Le Comité de recherche et d'information indépendante sur le génie génétique (Crii-gen), co-fondé par Jean-Marie Pelt vient de lancer un pavé dans la mare au sein du controversé dossier des OGM. Selon le Crii-gen et Ovale (Observatoire de vigilance et d'alerte écologique mis en place par l'ancien ministre de l'Environnement Corinne Lepage), le rapport de l'Académie de médecine sur les OGM n'existe pas. Ces chercheurs auraient découvert qu'il n'y a pas de rapport de l'Académie de médecine sur les OGM.
L'Observatoire, qui voulait analyser ce rapport, a cherché à se le procurer auprès de l'Académie de médecine. Corinne Lepage, co-fondatrice d'Ovale avec Michèle Rivasi, s'est vue répondre que le rapport n'existait pas et que seul un communiqué avait été diffusé en décembre dernier ! Immédiatement, dans un communiqué, Ovale et le Crii-gen s'étonnent d'un tel fonctionnement et considèrent qu'il s'agit là d'une supercherie qui n'est pas digne d'une institution aussi prestigieuse que l'Académie de médecine. "Du coup, le communiqué de cette dernière, déjà critiquable sur le fond, perd toute crédibilité" ajoute le Crii-gen.
Selon ce communiqué, l'Académie de médecine ne mettait en avant que les avantages économiques escomptés, au détriment de l'impact sanitaire. Le Crii-gen conclu : "On peut s'interroger sur les visées réelles d'un tel "avis", sachant qu'aucune étude sanitaire n'a pu confirmer ou infirmer une telle conclusion, qui donne le feu vert à "une introduction et une production raisonnée" des OGM, selon cet avis qui n'en est pas un !".
On imagine la répercussion d'une telle découverte. Jean-Marie Pelt, scientifique et écrivain déclare : "Aujourd'hui, nous sommes dans l'urgence. Le temps des avertissements est passé. C'est une rude bataille contre l'argent... Le problème est qu'au lieu de jardiner la nature avec amour, nous l'exploitons. Ce n'est pas de l'avoir labourée un jour, c'est de l'avoir brutalisée. Mon pire cauchemar serait que les OGM soient tout d'un coup à l'origine d'une maladie virale dévastatrice, que personne n'avait prévue - aussi imprévue que la vache folle et le sida. Un agent pathogène redoutable dont on ne saurait se débarrasser et qui se répandrait à toute vitesse à travers la nature. Même les végétariens ne pourraient plus manger !
Quand je parle de ces questions avec des gens conscients, chacun partage l'avis qu'il faut remettre tout ça sur des rails pour réussir le siècle qui vient, grâce à la sensibilité des jeunes. Il est frappant de constater que même des jeunes sans préparation aucune sont archi-sensibles à la disparition des bosquets, des haies, des bois... C'est une rude bataille contre l'argent. C'est lui l'adversaire. L'argent est très puissant. Il pousse les hommes à exploiter violemment cette société qui consomme et consume en même temps. Par rapport à ça, il n'y a que la solidarité, l'amour de la terre et l'amour des hommes. Aujourd'hui, nous sommes dans l'urgence. Le temps des avertissements est passé. C'est le temps de la panique. La moitié des bulletins d'info sont consacrés à l'écologie. Nous sommes dans l'?il du cyclone. Une position très précaire !".
La standardisation des filières de production alimentaire détruit, on le découvre aujourd'hui, la saveur des aliments. Pour mieux comprendre l'ensemble des inquiétudes, il est à rappeler que selon leur définition, les OGM sont des organismes vivants dont le patrimoine génétique a été modifié. Le processus qui permet ces modifications s'appelle la transgenèse et consiste en l'insertion d'un ou plusieurs gènes provenant d'autres organismes.
Ces manipulations naquirent dans le monde de la médecine au début des années 1980 pour développer la synthèse de protéines encore impossibles à produire. Ensuite, ce fut au sein des élevages industriels qu'elle se développèrent afin d'obtenir des animaux plus résistants ou comportant un taux de graisse moins élevé. Par la suite, la méthodologie employée par la médecine et le monde des éleveurs s'est transportée dans le domaine de l'agronomie afin de produire des plantes toxiques pour certains animaux ou résistantes à certains virus et herbicides.
La chose peut sembler aller dans le sens d'une amélioration de la nature mais apparaît plus critiquables lorsque les entreprises qui produisent ces organismes génétiquement modifiés se les approprient pour en faire des marques déposées et, dès lors, en interdire la reproduction sans autorisation.
Jean-Marie Pelt posait la question : "Au nom de quoi peut-on breveter le vivant ?". La question se pose lorsque des agriculteurs qui utilisent des semences génétiquement modifiées doivent obligatoirement les racheter l'année suivante parce que la première génération est stérile du fait d'une technique transgénique appelée "Terminator". Actuellement, une dizaine d'entreprises essentiellement américaines se partagent 30% du marché mondial. La question se pose aussi dans la sphère éthique et dans le domaine religieux.
Les OGM peuvent donc apparaître comme une menace pour notre écosystème même si elles permettent, par exemple, de réduire l'utilisation des insecticides. En effet, personne n'est actuellement capable de prévoir ce que donneront les croisements entre organismes naturels et les organismes génétiquement manipulés. Il pourrait s'ensuivre un appauvrissement, voire une modification radicale, de notre environnement. Ce qui signale aussi les créations du génie génétique est également leur vocation à se propager et se développer à une vitesse exponentielle.
Les craintes ne s'arrêtent pas là. La technique opératoire pour mener à bien la transgenèse oblige à de nombreuses modifications, lesquelles pourraient avoir un impact sur le monde du vivant. Ainsi, sur les bactéries et leur résistance (déjà fort développée) aux principaux antibiotiques. Et la liste des dangers potentiels est en constante élargissement.
Alors qu'une dizaine d'OGM seulement étaient agréés en Europe, contre une cinquantaine aux USA la production est à nouveau autorisée par décision du Parlement européen depuis le 12 avril 2000. Un registre public recensant et localisant toutes ces cultures devait être, selon les textes européens, tenu à la disposition des citoyens. Pourtant, pour des raisons liées à une culture du secret, les préfectures refusent de donner l'implantation exacte de ces cultures.
Dès lors, en cas de problème majeur, comment pourront être désigné les responsables juridiques et financiers ? La question reste posée. Quand doit-on détruire une culture non OGM contaminée avec des OGM ? A partir de quel seuil et selon quels critères ? Au frais de qui sera fait cette destruction ? D'une façon générale, il est à noter que lorsque le mensonge ou la dissimulation devient une arme pour l'une des parties d'un conflit, cela pointe la faiblesse de l'argumentation de cette dernière et marque, souvent, les derniers feux du combat.
Eric Meunier
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