"L'expérience amarnienne" représente finalement surtout l'expérience personnelle du roi.
Akhenaton avait " trouvé " Aton par une recherche philosophique ou une intuition profonde (il dit bien que le dieu est dans son cœur) et pensait que la lumière, comme principe unique, pouvait expliquer tout le cosmos.
Ainsi se mêlait indissociablement l'immanent et le transcendant: " bien que tu sois loin, tes rayons sont sur terre " disent les Hymnes.
Mais avec la lumière, il se liait à l'univers visible, ce qui l'obligeait à nier tout ce qui ne lui appartenait pas : la nuit, la vie dans le Monde d'En-Bas, et les divinités du panthéon traditionnel et surtout bien sûr Amon, " le caché " ou encore Osiris . Akhenaton avait fait d'Aton un concentré, une synthèse de tous les dieux à connotation solaire d'Égypte. Mais le débat n'est pas clos pour savoir si nous avons affaire à un vrai monothéisme, cohérent.
Nous avons vu que le nom même du dieu fait référence, au début au moins, à trois entités divines Ré, Horus et Shou. De même Aton formait une triade avec le couple royal, calquée sur celle réunissant Atoum (le Dieu créateur unique), Shou (dont le roi porte parfois les plumes (vue 21) et Tefnout.
L'existence d'une triade semble à priori surprenante, mais nous avons appris depuis le christianisme que la notion de trinité ne semble pas incompatible avec celle de dieu "unique"... Il faut d'ailleurs faire attention au mot " unique " aussi en Égypte ancienne. Il est très souvent employé par les fidèles pour donner la préférence au dieu qu'ils se sont choisi. Et cela ne gène personne de faire figurer sur une stèle le nom de " Aton l'unique ", et de citer tout de suite après Osiris et Khnoum…
En tout état de cause, Akhénaton n'a pas créé cette religion de novo. Il a poussé à l'extrême les conclusions de tout ce courant de pensée dont nous avons parlé qui tendait à rassembler le multiple dans l'un.
Vue 21
Je pense que son intuition personnelle était vraiment celle d'un seul dieu et que le concept de monothéisme est bien présent dans l'esprit du roi lorsqu'on lit gravé sur les tombes : " il n'y a que lui ", et il se considère très clairement comme son seul interlocuteur : " aucun autre ne te connaît ", ce qui rappelle étrangement certains passages de la Bible. On peut également suivre le cheminement intellectuel du roi qui dit à ses débuts "il n'y pas d'autre Dieu COMME toi" puis on passe à Amarna à "il n'y a pas d'autre Dieu QUE toi".
Akhénaton est il un" révolutionnaire"?
Si l'on admet qu'une révolution dans un domaine (politique, mode, technique...) représente une rupture brutale et drastique avec le passé, on peut admettre ce qualificatif pour la politique religieuse du roi, car quoiqu'il n'ait pas tout changé comme on le prétend trop souvent, il a tout de même provoqué un séisme dans l'histoire égyptienne. On a toutefois ici le prototype d'un mot moderne , qui a des connotations bien éloignées de celle de l'époque amarnienne, et qu'il convient d'utiliser avec une grande prudence.
Quand on lit les Hymnes, on ne peut qu'être frappé par l'apparente discordance entre leurs hauteur de vue et ce que nous avons déjà dit sur la personne et l'action du roi lui même, dont on pourrait dire qu'il s'agit d'un personnage passionnant mais infréquentable....De plus, les idées originales du roi se sont accompagnées de l'apparition d'une cour comportant des gens nouveaux, dont probablement un nombre non négligeable d'opportunistes, d'où le sévère jugement de Morenz: "Terreur en haut, carriérisme en bas".
Et là se situe un problème récurrent dans l'histoire de l'humanité et dont Akhenaton semble être le précurseur : au nom d'idées séduisantes -du moins pour ceux qui sont adeptes d'une des religions du Livre-, Akhenaton va bâtir un système d'une inexorable rigueur et utiliser toute la puissance temporelle et religieuse dont dispose un pharaon d'Égypte pour essayer de l'imposer envers et contre tout , par la force, sans qu'il y ait adhésion véritable ni des élites ni du peuple d'Égypte.
Cette religion , centrée sur le roi qui est le "seul à connaitre l'Aton", était donc condamnée à disparaître avec son fondateur. Et elle est effectivement tombée dans l'oubli pendant 2300 ans, jusqu'à la fin du 19ème siècle. Mais,… mais Aton lui même ne disparaît pas… et des traces inconscientes des idées d'Akhenaton vont s'incorporer dans la religion égyptienne, et perdurer jusqu'à sa fin. Nous en avons déjà donné plusieurs exemples. On peut donc considérer d'une certaine manière la période amarnienne comme un terreau pour la vie spirituelle et artistique future de l'Egypte.
On a fait un rapprochement entre les textes des Hymnes et le psaume 104 de l'ancien testament, écrit plusieurs siècles plus tard dont les accents sont certes voisins.
Inévitablement, certains en ont déduit l'existence d'un culte secret, d'une communauté d'initié qui aurait perpétué les idées d'Akhenaton jusqu'à Moïse. Quand encore on ne lit pas qu'Akhenaton et Moïse étaient tout simplement la même personne ! Sigmund Freud de son côté considèrait Moïse comme un Égyptien qui aurait transmis le savoir d'Akhénaton aux tribus d'Israël...
Il est plus prudent et probablement plus vrai de considérer que les rapprochements incontestables qui peuvent être établis sont dus à une évolution parallèle des réflexions dans ce monde proche-oriental devenu cosmopolite où les brassages de population et d'idées sont incessants.
Remarquons au passage l'ironie de l'Histoire: la religion fondée par Akhénaton, personnage dont l'historicité est certaine a disparue, tandis que la religion des Hébreux qui se fonde sur un personnage mythique, Moïse, dont jamais personne n'a prouvé l'existence, a perdurée avec le succès que l'on sait...
Le mono-atonisme d'Akhenaton était la première manifestation dans l'histoire de la distinction " vrai Dieu - faux Dieu", qui sera reprise dans le mono-Javhisme de Moïse. C'est par cette recherche opiniâtre du "principe unique"au 14ème siècle BC qu'Akhénaton peut apparaitre comme un homme moderne. Malheureusement, c'est aussi la base des fondamentalismes, de toutes les intolérances et persécutions que le monde polythéiste n'avait jamais connu.
Heureusement, la civilisation égyptienne ancienne pourra encore survivre 18 siècles après Akhenaton...
C'est un autre monothéisme, celui du Christ qui finira par l'abattre. Et par une intuition extraordinaire, plusieurs siècles avant cette fin, des théologiens avaient pressenti que l'abandon du culte des dieux signifierait la fin de l'Égypte. Ecoutons les : " les dieux , quittant la terre regagneront le ciel ; ils abandonneront l'Égypte. Cette contrée qui fut jadis le domicile des saintes liturgies, maintenant veuve de ses dieux, ne jouira plus de leur présence… Égypte, Égypte, il ne restera de tes cultes que des fables et tes enfants, plus tard, n'y croiront même pas. Rien ne survivra que des mots gravés sur les pierres qui racontent tes pieux exploits "

comme cest enciens théologien etais dans le vrais...
source:
osirisnet.net