Le genocide va peut-être bientôt commencer à Falloudja :
A Falloudja, les marines n'attendent plus qu'un ordre
Par Michael Georgy
vendredi 5 novembre 2004, 14h33
FALLOUDJA, Irak (Reuters) - Les forces américaines ont bouclé les accès routiers à la ville de Falloudja, une nouvelle fois bombardée dans la nuit par l'aviation, et n'attendaient qu'un ordre pour monter à l'assaut.
"Nous achevons les derniers préparatifs. C'est pour bientôt. Nous n'attendons plus que les ordres du Premier ministre (Iyad) Allaoui", a déclaré à Reuters le colonel Michael Schupp, commandant d'une unité d'assaut des "marines".
Selon des sources médicales dans ce bastion de la résistance sunnite, à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Bagdad, les bombardements de la nuit ont fait trois morts et quatre blessés. Cinq maisons ont, d'après des habitants, été détruites.
Les rebelles ont riposté par des tirs nourris de mortier et de lance-roquettes RPG aux attaques américaines, ont rapporté des témoins.
Les "marines" américains préparent depuis plusieurs jours une grande offensive sur Falloudja, une ville dont l'immense majorité des quelque 300.000 habitants se sont enfuis en raison des affrontements qui ont éclaté en avril. D'après le renseignement militaire américain, sa population serait aujourd'hui inférieure à 60.000 habitants.
L'armée américaine a de nouveau largué des tracts vendredi sur la ville et s'est adressée par haut-parleurs à ses habitants. Elle a invité les femmes et les enfants à quitter Falloudja et prévenu que tout homme âgé de moins de 45 ans tentant d'entrer ou de quitter Falloudja serait arrêté.
L'armée américaine a aussi demandé aux habitants de l'aider à capturer les "terroristes" qui se cacheraient dans la ville.
L'assaut apparemment imminent s'inscrit dans le cadre des efforts déployés par le gouvernement intérimaire irakien pour écraser toutes les rébellions dans le pays avant les élections prévues en janvier.
DOUTES SUR L'IMPACT D'UNE OFFENSIVE
Les "marines" qui campent aux abords de la ville affirment qu'ils n'ont besoin que des ordres d'attaque du chef du gouvernement intérimaire irakien et du président américain George Bush pour déclencher l'offensive.
Mais Iyad Allaoui, qui se trouve en visite en Europe, n'a pas donné publiquement son feu vert à un assaut contre la ville et contre Ramadi, autre bastion de la rébellion sunnite située à une cinquantaine de kilomètres plus à l'ouest.
Dans son entourage, on admet redouter les possibles conséquences sur la population civile d'un assaut contre Falloudja, devenue le symbole de l'insurrection et de la résistance à la présence de forces étrangères en Irak.
"Le recours à la force tuant des civils en masse est une erreur. La logique d'occupation doit cesser", a déclaré à Reuters le vice-ministre irakien des Affaires étrangères, le chiite Hamid al Bayati.
L'une des craintes, notamment, est qu'un nombre trop important de victimes civiles ne conduise à un boycottage par la communauté sunnite des élections prévues le 27 janvier ce qui réduirait pratiquement à néant la légitimité de l'Assemblée constituante.
Mais la tenue des élections générales dans le respect du calendrier peut tout aussi bien dépendre de la prise de Falloudja par les forces irakiennes et leurs alliés de la coalition.
En avril dernier, une précédente offensive lancée par les "marines" contre la ville avait échoué.
L'état-major américain en Irak estime que la situation n'est plus la même. Au printemps, les forces d'occupation américaines devaient affronter simultanément le soulèvement de l'Armée du Mahdi, la milice de l'imam radical chiite Moktada Sadr, dans le sud du pays.
De plus, l'assaut que préparent à présent les "marines" serait ordonné cette fois par un gouvernement irakien et des forces irakiennes y participeraient. En avril, des unités de l'armée embryonnaire d'Irak avaient refusé de combattre.
D'après les estimations larges du colonel de "marines" Michael Schupp, Falloudja abrite 1.000 à 6.000 combattants prêts à affronter les troupes américaines. Il dit cependant ignorer si Abou Moussab al Zarkaoui, considéré comme le relais entre le réseau Al Qaïda et l'Irak, s'y trouve.
"L'opération ne sera terminée que lorsque les terroristes auront été écrasés (crushed) et Falloudja rendue au gouvernement légitime irakien", précise-t-il.
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