L'astrologie n'est pas née de la seule observation des astres, mais aussi de l'étonnement de l'ego devant la diversité humaine et devant le sentiment de son altérité : pourquoi suis-je ainsi, et non pas tel que cet autre ? La conscience astrologique ne procède pas d'un double constat qui serait celui de l'observation extérieure et celui de l'introspection, mais d'une expérience au sens large, extérieure-intérieure, psychique et cognitive : c'est dans un même mouvement que je comprends mon être, autrui, le monde extérieur, et leurs racines astrales communes. On ne vient à l'astrologie que par un saisissement, assez proche d'une révélation de nature spirituelle, puis par un assentiment, intuitif et intellectuel, à la participation de chaque être à l'ordre cosmique et à la plénitude de l'univers.
On n'apprend pas l'astrologie : on la reçoit soudainement, non seulement par la découverte de textes et de pratiques marginalisés par un savoir institutionnalisé qui ne répond pas à ses aspirations, mais surtout parce que l'on a vécu à une époque où la conscience cherche à se connaître elle-même, généralement à l'âge de l'adolescence, une métamorphose de sa compréhension du monde et de soi-même.[/COLOR][COLOR=yellow] En revanche on apprend à ne pas "croire" à l'astrologie, mais à considérer ce savoir millénaire de l'humain, eu égard à la totalité de son expérience existentielle, et à répudier les discours superstitieux et les techniques contrefaites qui s'en réclament. L'astrologie n'est pas affaire de croyance mentale, ni de vérification expérimentale, mais d'adhésion psychique : il existe une réalité qui nous affecte et dont ne rendent pas compte les systèmes de représentation environnants.
Penser l'astrologie, c'est chercher à définir son statut, à déterminer ses fondements, ses structures opératives et ses niveaux d'articulation, à circonscrire ses limites et ses champs d'application, à élucider ses perspectives anthropologiques. L'astrologie se distingue de l'ensemble des discours religieux, philosophiques et idéologiques, par sa pérennité, par son ubiquité, par sa capacité à persister et à se régénérer en dépit des normes et des modes culturelles. Traversant les âges et les civilisations, elle renouvelle incessamment ses habits conceptuels, empruntant aux milieux culturels le nécessaire pour sa perpétuation.[1] Malgré la cécité spirituelle et la tumescence mentale actuelles, son objet reste le même : la relation structurante de l'environnement géo-solaire à la psychè.
La conscience est immergée dans une multitude d'idées, d'images, de souvenirs, d'informations - et de désinformation - issus du monde extérieur ou générés par sa propre inquiétude. Le mental est lui-même un champ de forces aux orientations divergentes, d'irruptions et d'agitation incessante. Comment ordonner ce chaos que reflète le tohu-bohu environnant ? Les systèmes philosophiques recherchent l'unification dans l'affirmation d'une perspective ou d'une orientation particulière de la conscience. C'est pourquoi ils sont si dissemblables et caractérisent le plus souvent, comme l'a souligné Nietzsche, le tempérament de leurs créateurs. La science qui a envahi le terrain d'une spéculation métaphysique devenue moribonde, présente, non pas une véritable perspective unifiée du réel, mais des instruments d'analyse du monde extérieur, par la fragmentation des objets, la mesure, et l'expérimentation des phénomènes. Elle a substitué son objectivité désorientée à la subjectivité ordonnée des philosophies.
L'astrologie admet logiquement trois postulats :
1. Le monde des faits, du concret, des choses, de "l'expérience", comme celui des lois, des mots, des représentations mentales, n'apparaissent à la conscience que grâce à la présence d'un premier monde, psychique, interne, qui les reçoit et les modèle. Les idées de l'esprit ne naissent qu'en raison de l'appréhension du monde extérieur par une intériorité qualifiée. Les états psychiques priment les choses et les mots.
2. Ce monde intérieur est en perpétuelle mouvance, en innervation continue par les cycles planétaires. C'est pourquoi je le nomme psychique-astral, comme j'appelle impressional (l'impressio de Paracelse) la marque de cette imprégnation psychique par les opérateurs astraux.
3. Les impressionaux se différencient à travers des structures. Cette structuration de la psychè, individuelle et collective, s'effectue à travers quatre milieux conditionnels : énergétiquement par les Forces planétaires, spatialement par les Maisons, temporellement par les Cycles planétaires, structurellement par les Signes zodiacaux.
L'intégration organique des rythmes planétaires, au niveau du système nerveux ou du code génétique, hypothèse de base de la réalité astrale, nécessite donc une catégorie d'étants - les impressionaux ou impressions astrales - qui désignent le rapport de l'astral à la conscience. Tout ce qu'on peut dire d'une impression astrale, c'est qu'elle laisse une trace fugitive dans la conscience, un coloris psychique évanescent. A ces impressionaux, directement et intérieurement expérimentés par la conscience, mais invérifiables, impondérables, trop ténus pour être exploités par les machineries de la pensée logico-expérimentale, sont assignés des formes archétypales [2] , symboliques ou mythiques, qui résorbent le déséquilibre psycho-mental provoqué par l'impossibilité à en fixer les caractéristiques. Le symbole a pour fonction de qualifier ces entités liminales, réfractaires à toute tentative de détermination, et de suppléer l'inaptitude de la raison à rendre compte du réel dans son intégralité. On ne parlera pas d'influence (terme qui a une connotation physique et qui contient l'idée d'une sorte d'action d'origine extérieure), mais d'incidence, c'est-à-dire d'une intégration intérieure, psychique, de provenance astrale.
Le signal astronomique est ressenti comme impressional, et exprimé comme symbole. L'astral (les impressionaux) relève du psychique, l'astrologique (les symboles et les structures opératives) du mental. L'astral désigne ce qui est ressenti, vécu, "imprimé" dans la psychè, perçu fugitivement, "imperçu" ; l'astrologique ce qui est structuré, conceptualisé, modélisé. Cette distinction est au coeur du débat relatif à la nature et aux conséquences pratiques du savoir astrologique.
Présumée irrationnelle, imaginaire ou improbable, parce qu'inaccessible aux instruments d'observation et inanalysable par les lois de la causalité, l'astrologie, science de l'impondérable, connaissance de l'évanescent, savoir de l'imperceptible, ne relève pas du physique ou du mental, mais de leur souche commune qui est "derrière nos yeux" (Paracelse), ni d'un au-delà, mais d'un en-deçà, intime, propre, proche de nous-mêmes et pourtant si étrange.
L'astrologie a pour fonction de déterminer les lois structurelles de l'intériorité. Dans son application pratique "horoscopique", elle est un outil de compréhension du vécu : comparable au Yi King, elle ponctue l'expérience de la conscience. Elle n'a pas de conséquence prévisionnelle ou divinatoire immédiate, d'abord parce que le praticien n'est pas en mesure d'évaluer avec sûreté le poids des facteurs extra-astrologiques (biologiques, socio-culturels, familiaux, professionnels, climatiques...), mais surtout parce que l'incidence astrale n'opère pas au niveau du factuel, de l'événementiel, du concret existentiel, mais de leur avènement intérieur. Elle agit sur le rapport de ce qui est ressenti à ce qui se manifeste. C'est pourquoi l'interprétation psycho-mentale et l'explication physiologique ne suffisent pas à rendre compte de sa nature. La notion d'impressional libère l'astrologie de son asservissement à une psychologie extérieure, qu'elle soit psychanalytique, behavioriste, phénoménologique, gestaltiste, existentialiste ou même réflexologique. Il est temps pour l'astrologie de forger ses propres concepts.
On peut admettre avec Kant au moins trois acceptions à l'idée de vérité, selon qu'elle s'applique au langage et au discours, aux objets de l'expérience sensible, ou aux capacités de l'esprit.
La vérité formelle, condition préalable et nécessaire de toute vérité, consiste dans l'accord de la connaissance avec elle-même, c'est-à-dire dans l'organisation logique du discours et dans l'agencement cohérent et non contradictoire des concepts et des propositions.[4]
La vérité expérimentale, ou matérielle, relative au contenu de la connaissance, aux faits et aux constatations empiriques, dont le critère de validité est la vérification, suppose la possibilité pour les concepts de l'entendement de désigner et de décrire le réel sensible, et par suite une adéquation de la pensée à la chose pensée.
La vérité transcendantale, inventée par Kant et susceptible selon lui de sauver la métaphysique, ne concerne pas les objets de connaissance, mais la pensée dans sa capacité à connaître le réel, et suppose que l'entendement humain recèle une faculté d'émettre des jugements "purs", des "jugements synthétiques a priori".
La raison pure contiendrait en elle-même les principes garantissant la rectitude des idées. Le rationalisme idéaliste kantien présuppose un entendement illusoirement libre de tout enracinement interne et de toute contrainte externe, proche en cela du sens commun, du "bon sens" cartésien, c'est-à-dire de cette faculté innée de l'esprit à distinguer le vrai du faux. Or si la raison garantit la justesse et la cohérence des représentations mentales, c'est qu'il existe nécessairement une intelligibilité immanente au réel, un ordre implicite de la totalité, un fond indéterminé mais lumineux, antérieur à la transparence des représentations verbales comme à l'opacité des manifestations sensibles.
ASTROLOGIE : LE MANIFESTE