[quote name='Daman' date='Jeudi 30 Juin 2005, 20:10'] [quote]La spiritualité est la prise de conscience de l'univers et de la place de l'homme au sein de cet univers.[/quote]
Merci de cette tentative Amédée mais qu'est ce qui peut prouver que cette "prise de conscience" n'est pas purement subjective voire carrément fallacieuse ? [/quote]
salut!
ma conception de la religion est une affiliation à une tradition.celle-ci permets de recevoir au fil du temps plusieurs possibilité d'apréhender le monde dans lequel on vit.Et dans cette espérance d'un monde meilleur...
La spiritualité est une évolution personnelle, sans attache traditionnelle, et donc sans soutient par définition, ex un directeur de conscience , du au fait que l'on peut tres bien s'illusionner sur des états de conscience dits mystiques. "la folie guette le présomptieux"et c'est le moindre mal...
Je mets un texte d'un mystique chrétien, qui fut auparavant un occultiste, de la belle époque, c'est un point de vu qui résumme bien ce qu'est la religion et comment je l'aime, jusqu'à l'idéal.
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Le Sacrifice antique
L'échange est l'expression la plus générale des rapports entre les êtres. Chaque créature reçoit quelque chose de toutes les autres, et leur rend autre chose. Entre systèmes solaires et planétaires, entre les minéraux, les plantes et les animaux, entre la mer et l'atmosphère, entre l'homme et la Nature, entre les mondes invisibles et les visibles, entre les dieux et les démons, entre les hommes eux-mêmes, entre l'homme enfin et Dieu, tout n'est qu'échanges : obligatoires ou délibérés, cupides ou généreux, involontaires ou conscients.
Ces contrats innombrables, lorsqu'ils sont tacites, forment le jeu normal des lois qui régissent la vie universelle. Lorsqu'ils sont exprès, ils résultent de l'impérieux besoin qu'un être éprouve d'un secours extraordinaire. Sans entreprendre ici une énumération fastidieuse de tous les cas que présentent les situations physiques, morales, intellectuelles ou spirituelles dans lesquelles les créatures peuvent mutuellement se trouver, je considérerai seulement celles d'entre elles qui ressortissent au domaine religieux.
L'homme primitif, perdu dans la jungle préhistorique, essaie de ravir à ses compagnons les proies qu'ils ont conquises ou les objets utiles qu'ils ont fabriqués. Il tente l'échange et, si l'échange ne réussit pas, il se rue à la bataille. Mais il se sent parfois seul, faible et désarmé, surtout devant l'assaut inexorable des forces naturelles. Il conçoit alors l'existence probable d'êtres plus puissants que lui, de génies, de dieux méchants ou bons, et il en vient vite à chercher comment attendrir les premiers, se concilier les seconds, ou même comment lancer ceux-ci contre ceux-là. Telle est la forme primitive de la religion : une crainte, un appel, et peu à peu se constitue un ensemble de pratiques empiriques d'où naît la magie des sauvages.
Cette conception religieuse d'un commerce profitable entre l'homme et un invisible plus puissant s'épure peu à peu, au cours des siècles, à mesure que se précise l'idée d'un Etre suprême. Et l'on voit, dans les grandes religions antiques, celles de la Chine, de l'Inde, de l'Iran, de l'Egypte, puis d'lsraël, de la Grèce et de Rome, s'établir le double usage d'un culte social auquel les foules sont conviées, et d'un culte personnel qui sublimise les éléments exotériques du sacrifice et en organise la pratique dans la vie intérieure d'un certain nombre d'individus d'élite.
Il m'est impossible d'analyser ici dans leurs formes et dans leur esprit les rituels vénérables élaborés par Fo-Hi, par Vyasa, par le premier Zoroastre, par Moïse, conformément aux besoins de leurs peuples et à leurs compréhensions de la vie universelle. Il me faudrait pour cela toute une année de causeries.
Mais nous allons, si vous le voulez bien, jeter un regard d'ensemble sur les conceptions hindoues du sacrifice, puis analyser rapidement les principaux éléments du culte antique le plus près du nôtre : le culte israélite. Nous nous rendrons compte ainsi, autant qu'il est possible dans un si court espace, des croyances préalables qu'il suppose et des moyens mis en oeuvre pour faire descendre sur les hommes telle des forces supé-rieures qu'ils ont crue capable de les aider à vivre.
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C'est l'Inde, je crois, qui offre du sacrifice la matière la plus riche; il faudrait des années pour l'épuiser. Je ne me permettrai de dire ici que quel-ques vues très générales.
Nos orientalistes pensent que la première idée du sacrifice vient de la découverte du feu. Le feu, Agni, est invoqué à chaque ligne des rituels védiques. Pour l'homme primitif, l'importance du feu pour la conservation de sa vie est telle qu'il prend peu à peu l'habitude d'entourer la naissance et l'entretien du feu des mêmes paroles, des mêmes gestes, qui deviennent par la suite des rites indispensables. Lorsque la science sacrée des relations de l'homme avec l'invisible se constitue, le feu physique devient le signe de plusieurs autres feux plus subtils : le feu élémentaire, le feu éthéré, le feu du firmament, le feu solaire, le feu intellectuel, le feu cosmique; et ces sept sortes de flammes, en se combinant avec les autres formes de la force universelle, engendrent les quarante-neuf flammes d'Agni, la cinquantième, indescriptible et insai-sissable, étant identique au Brahman et à l'Atman.
L'un des Brahmanas, le Çatopatha, enseigne que la Création tout entière n'est qu'un immense et continuel sacrifice, le premier et le dernier, le principe, le modèle et le terme de tous les sacrifices. Car le Seigneur (Pradjapati) y préside comme prêtre, comme victime, comme agent (feu) et comme bénéficiaire ou destinataire. Nous retrouverons une thèse semblable dans la théologie catholique.
Le sacrifice, ajoute le même livre, pour que la vie du monde demeure normale, doit être continu : non point une suite de cérémonies distinctes, mais une trame sans fin d'holocaustes et d'hommages tendue de toute la surface de la terre sacrée jusqu'à toute la superficie des univers visibles et invisibles qui roulent rythmiquement autour du point originel. Il va partout et tout converge vers lui; il fait descendre les dieux, et monter l'homme aux séjours célestes; il est pour lui la seconde naissance, la troisième étant la libération définitive.
Au regard du Brahmane, tout est sacrifice : la nourriture qu'on jette aux animaux; l'aumône donnée au mendiant; l'offrande funéraire qui nourrit les mânes et les attire près du foyer familial; le culte rendu aux dieux qui se nourrissent de la fumée du bois, des graines, des parfums; l'ascé-tisme du Yogi tendu vers l'Absolu.
A leur tour, les animaux aident l'homme; le pauvre secouru efface des péchés; les ancêtres protègent les fils pieux; les dieux envoient la santé, la chance et la richesse; et Parabrahm délivre son dévot.
Il paraîtrait que, dans les siècles primitifs, on a sacrifié le bouc, la brebis, la vache, le cheval et même l'homme. C'étaient des complications du rite originel, lequel se contentait de nourrir le feu tutélaire avec du bois et des aspersions de beurre et de soma. Le brahmanisme revêtit d'une force mystérieuse et d'un sens secret les paroles toutes simples dont les assistants accompagnaient la nais-sance du feu : ce furent les mantrams ou incantations. Mais en même temps se concréta l'idée qui est à la base de la magie : à savoir que la forme matérielle de l'acte religieux commande son effet spirituel et que, par suite, toute erreur, même involontaire, même minime, dans la célébration du rite, entraîne, pour le prêtre comme pour les assistants, des catastrophes inévitables, absolument comme ferait dans la chaufferie d'un paquebot l'erreur machinale d'un mécanicien.
Les mêmes idées générales se retrouvent dans l'Avesta, dans les hiéroglyphes égyptiens, dans les livres de Moïse. Etudions ces derniers; le plan de cette science mystérieuse y apparaît plus net, plus simple que partout ailleurs, et aussi complet.
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Moise dispose les cérémonies de son culte en deux catégories : les sacrifices proprement dits et les rites animés par les sacrifices.
Dans la première se trouvent :
l'holocauste, où la victime est immolée tout entière (Olah);
le sacrifice non sanglant (Mincha);
le sacrifice de communion (Zebach schelamim);
le sacrifice expiatoire pour un péché, ou
un délit
Les rites vitalisés par le sacrifice sont :
la consécration du Grand Prêtre;
la consécration de l'autel;
la purification des femmes après l'enfantement;
la réintégration du lépreux;
la préparation de l'eau lustrale;
le rite du bouc émissaire;
le voeu du Nazir;
le sacrifice pour amener la pluie;
le sacrifice de l'agneau pascal;
et d'autres encore, aux fêtes solennelles.
Etudions l'holocauste.
Tout d'abord, il faut noter que la religion juive est essentiellement monothéiste. A l'époque, en effet, où Moïse la promulgua, bien que les autres religions proposaient aussi un Dieu suprême à l'adoration de leurs dévots, elles peuplaient les mondes et les espaces cosmiques d'une multitude de divinités secondaires à qui incombait la gérance des nombreuses fonctions de la vie univer-selle, et vers qui montaient les prières des foules plus soucieuses de voir leurs désirs réalisés que d'attendre, dans une stoïque résignation, l'épuisement de leurs destins. Tout, dans l'esprit de nos ancêtres, obéissait à quelque dieu ou à quelque génie : non seulement la fortune terrestre, la fertilité des champs, la santé, les phénomènes météorologiques, la guerre, la paix, mais encore la course des planètes visibles et invisibles, les migrations des ancêtres et les mouvements des fleuves de forces cosmiques. Il était donc nécessaire à la vie religieuse de l'humanité que, sur un coin du globe, une petite peuplade reçût et conservât jalousement le dogme de l'Etre unique, cause première et maître suprême de toute la création. Il fallait que ce peuple maintînt entier ce dépôt de la Révélation primitive; il fallait à ce peuple une imperméabilité, une opiniâtreté, un orgueil de race tels qu'aucune influence étrangère, qu'aucune invasion ne pussent l'entamer. Aussi remarque-t-on chez les Hébreux les défauts de ces vertus, de même que les racines du chêne contiennent à l'état nocif les baumes bienfaisants de ses feuilles et de ses fruits. Telle est la cause de la sévérité de la loi de Moïse et de la dureté de ses commandements. Telle est la raison pour laquelle le Dieu du Sinaï est terrible, jaloux, vindicatif et si peu pitoyable.
On a beaucoup écrit sur le sens du Tétragramme sacré : Jéhovah. Je crois que sa traduction la plus vraie, c'est : l'Etre existant par lui-même. Il était donc présenté au peuple comme le créateur, le maître tout-puissant, le justicier. Et tout ce qui sur la terre porte le sceau de la force positive, active, inflexible, était son signe et sa représentation.
Ainsi, dans l'holocauste, la victime : taureau, bouc ou bélier est mâle, et porte des cornes, marque de vitalité. Cette victime est brûlée, consumée dans l'élément actif par excellence, le feu. Le prêtre imposait d'abord les mains sur la
tête de l'animal, pour lui communiquer son âme, c'est-à-dire pour que l'âme de la victime monte vers le Très Haut, à la place de celle du prêtre. Lorsque la victime est égorgée sur l'autel, quelques minutes plus tard, dans l'espace second où vibrent les dynamismes occultes, les choses se passent comme si le sacerdote s'était lui-même immolé.
L'autel est rectangulaire, chacun de ses côtés faisant face à un point cardinal. Suivant la science égyptienne,
le nord correspond à l'élément feu,
le sud, à l'élément terre.
l'est, à l'élément air,
l'ouest, à l'élément eau.
Aussi la victime était elle immolée sur le coté nord de l'autel, mais la tête tournée vers l'ouest, symbole de son retour à la substance-mère. Une fois le cadavre écorché, dépecé, lavé dans le réservoir placé à l'ouest, les graisses étaient brûlées à l'est, et la fumée montait dans l'air. La rampe par laquelle on montait sur la plate-forme de l'autel aboutissait au sud; du sol, emblème du monde matériel, le sacrificateur et la victime montaient vers le nord, sur l'autel symbole de ce pôle dynamique où se concentrent les énergies vitales de la planète, sublimisées, pour s'élever vers les mondes supérieurs. L'antique croyance que c'est par le pôle nord que partent de la terre les âmes libérées appuie cette même notion. D'ailleurs, les prêtres égyptiens pensaient, comme Moïse, que la race blanche, toute nouvelle encore à ces époques fabuleuses, et dernière née de la Terre, venait du pôle nord.
Le sang de la victime était aspergé sur les quatre parois de l'autel. De même que l'eau des nuages, considérée comme le sang de la terre, féconde le sol en l'arrosant, de même le sang, véhicule de toute la vitalité physique de l'animal, dynamisé en outre par la consécration préalable, vitalise les pierres inertes, les sature d'énergie, les change en centre d'attraction pour une multitude de créatures invisibles, et transforme l'autel en une sorte de pôle attractif qui fait descendre du haut du firmament et de la ténèbre des atmosphères occultes les foudres toutes-puissantes de Celui que l'on ne nommait pas. Le sang joue le rôle essentiel.
Quant aux chairs, dans certains cas, on les réduisait en cendres, qui s'amoncelaient sur le côté sud de l'autel. Le sud était considéré comme le lieu bas, le lieu inférieur, où s'accumulaient tous les résidus inertes, toutes les corruptions de la planète; on plaçait là les sombres portes de l'enfer. Le sacrifice qui comportait la combustion totale de la victime était dit sacro-saint, parce qu'en effet rien de vivant ne restait, les sels de la cendre étant des substances mortes; tout ce qui, après la mort de l'animal, possédait encore une vitalité diffuse, s'était répandu dans l'atmosphère seconde, comme la fumée s'élevait dans l'atmosphère physique. Cette consommation complète se pratiquait surtout pour les sacrifices purificatoires : le sacerdote se chargeait des péchés du peuple et devenait ainsi victime; puis il transportait sa qualité de victime sur l'animal, et ce dernier, tué, puis brûlé, empor-tait en même temps dans les ondes de sa vie physique dématérialisée et dans les remous de son âme libérée, les larves obscures engendrées par les péchés du peuple. Car les prêtres d'Osiris et, à leur
suite, les Kabbalistes, croyaient à l'existence d'une âme corporelle, attachée aux os et à la chair, et d'une âme spirituelle, la vitalité proprement dite, attachée au sang.
Lorsque certaines parties du corps de la victime étaient mises à part, pour la nourriture des prêtres, la graisse et les os étant seuls brûlés, le sacrifice était d'une valeur beaucoup moindre.
Les Israélites pauvres pouvaient offrir un pigeon mâle à la place d'un quadrupède. Parmi les oiseaux, le pigeon était marqué de l'élément feu, donc en correspondance avec l'énergie créatrice universelle.
Sur l'autel des holocaustes, un feu perpétuel devait être entretenu, car, par delà le plus haut des empyrées, fulgure perpétuellement le feu de Jéhovah.
La victime doit brûler toute la nuit. En effet, les courants de forces qui forment la vitalité magnétique de la terre changent de polarisation quatre fois par vingt quatre heures. Il importe que l'émission sacrificielle continue de monter vers le Seigneur par chacune des quatre portes que laissent quelques instants ouvertes les quatre changements de sens quotidiens du magnétisme terrestre.
Quant au sacrifice non sanglant, il se compose de fleur de farine, d'huile et d'encens. Le blé et l'olivier étaient tenus comme les plus purs des végétaux; l'encens servait à écarter certains êtres invisibles trop près de la matière corrompue. On pouvait pétrir et cuire la farine avec l'huile en une sorte de gâteau, à condition de ne pas y ajouter de levain, ni de miel. Les substances fer-mentées étaient interdites pour les usages religieux parce que leur assimilation détruit la régularité des courants magnétiques dans le corps humain. Autre-fois, en effet, l'homme, pour s'élever vers la divinité, devait partir de l'extérieur et de l'inférieur, pour rentrer dans l'interne et monter vers le supé-rieur; il devait pour cela purifier jusqu'à la limite ses divers corps : son corps physique d'abord, par une alimentation saine, stricte, et qui ne prenne que le minimum de forces; son corps fluidique, ensuite, par divers procédés : la respiration ryth-mique dans l'Inde, les purifications rituelles dans les autres contrées; son corps animique, par l'observance morale et ainsi de suite.
Or, dans ces entraînements isolés que sont les cérémonies du culte, la pureté corporelle et la pureté fluidique étaient à obtenir, puisque, pour l'homme du commun, le sacrifice n'était que le moyen de recouvrer sa pureté morale. Voilà pour-quoi le prêtre, qui tient devant Jéhovah la place du pécheur, accomplit un rituel si minutieux.
Revenons à nos gâteaux. S'ils ne devaient être ni levés, ni sucrés, il était prescrit de les saler. Le sel, en effet, représente la fleur de la matière; il arrête effectivement les fermentations organiques, il régularise les échanges et entraîne les impuretés. Ses cristaux symbolisent la sagesse ou, mieux, la sapience, cette quintessence du savoir; c'est pour cela que le Lévitique voit en lui le sceau de l'alliance avec Dieu. Toute une initiation était bâtie, en Egypte, sur la cristallographie; le Christ nous la rappelle d'ailleurs, Lui qui fut la pierre rejetée et qui, hélas ! l'est encore pour nous.
On pouvait offrir aussi des grains concassés et grillés, un peu d'huile et d'encens; le prêtre en faisait brûler une poignée sur l'autel, et le surplus lui revenait.
Ce sacrifice est, comme l'holocauste, sacro-saint. Il représente l'offrande au Créateur de ce que le règne végétal produit de plus pur, de même que la victime du sacrifice sanglant pour le règne animal. Celui-ci est le sacrifice du pasteur, celui-là le sacrifice de l' agriculteur. Car les Hébreux furent d'abord un peuple de paysans; ce n'est qu'après leur installation dans la terre promise qu'ils s'adonnèrent réellement au commerce et à l'industrie, comme ce n'est qu'après leur exil qu'ils se mirent à trafiquer, non plus sur les choses elles mêmes, mais sur les signes représentatifs de leur valeur : or, argent et papiers fiduciaires.
Un autre sacrifice sanglant est le sacrifice de communion. On pouvait y présenter des femelles. On le célébrait soit comme sacrifice de louanges, soit comme sacrifice votif, soit comme sacrifice volontaire. Le sacrifice de louanges com-portait l'offrande de gâteaux de diverses sortes. Les entrailles, les reins, le foie, la queue, ou plutôt la graisse de ces différentes régions du corps de la victime, étaient brûlées, et les prêtres avec le fidèle se partageaient la chair ainsi que les gâteaux.
Si la chair de la victime touchait quelque chose d'impur, elle ne pouvait être mangée; on la brûlait. La graisse de la poitrine était spécialement offerte à Jéhovah, puis brûlée; la chair de la poitrine revenait aux prêtres; et le prêtre qui avait offert le sang et la graisse recevait la cuisse droite de l'animal. Au surplus, il y avait défense absolue de manger la graisse ou le sang d'un animal quel-conque, sacrifié ou non.
Pour découvrir un sens aux rites du sacri-fice de communion, il faut se remémorer quelques-unes des théories cosmologiques qui avaient cours dans le sacerdoce juif. Et d'abord que l'homme est un petit univers, l'univers un homme immense, et l'Éternel en relations constantes avec son oeuvre par le moyen de hiérarchies angéliques créées par Lui à cet effet. L'Éternel agit, et son acte passe par quatre phases descendantes : l'émanation, la création, la formation et la faction, dont la dernière est cette nature physique. De plus, à travers ces quatre périodes originelles, mais inces-samment recommençantes, circulent des états d'existence nommés Séphiroth et qui sont des aspects du rayonnement divin. Ce rayonnement lui-même comporte cinq modalités principes, de la même façon que le Dieu des chrétiens se montre en trois personnes. L'insaisissable Jéhovah se révèle dans l'extase sous soixante-douze visages : les noms divins. Enfin, d'autres hiérarchies d'idées, d'anges, de démons, de gloires et de ténèbres peuplent, au dire des Kabbalistes, l'espace universel; tous ces mondes agissant les uns sur les autres, tous ces êtres se mêlant pour la concorde ou pour la bataille, dans un acheminement immense vers un état d'équilibre où la miséricorde et la justice de l'Éternel, enfin satisfaites, s'arrête-ront, l'une de punir, l'autre d'implorer.
La vie universelle apparaissait donc à l'Israélite pieux comme un innombrable sacrifice, comme une innombrable communion. Le moindre caillou enfoui dans les entrailles de la montagne, le brin d'herbe, l'oiseau ou le léviathan, le plus petit des vaisseaux du corps humain étaient les points d'aboutissement de toute une file immense d'esprits, de génies, d'anges ailés, de roues étin-celantes pleines d'yeux et toutes sonnantes d'har-monies ineffables. Le sentiment de cette énorme complexité, maintenu dans de justes proportions par l'intelligence lucide de Moïse, engendra plus tard les minuties décourageantes du Talmud. Et, pour rester dans notre sujet, plus !'objet du sacri-fice devient particulier, plus le rite se complique.
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Il en devient ainsi dans les sacrifices expiatoires.
Ils sont de deux sortes : pour le péché, pour le délit.
Remarquons tout d'abord la rigueur pri-mitive de la Loi : pas de pardon possible pour les fautes commises sciemment; le coupable était exilé. Le sacrifice expiatoire ne valait donc que pour l'effacement des fautes involontaires. Si le coupable est un prêtre ou la communauté d'lsraël, c'est un taureau qu'on offrira; dans le premier cas, ce sera le prêtre qui lui imposera les mains; dans le second cas, ce seront les anciens, représentants de l'assemblée. L'immolation s'opère comme précédemment, mais avec cette différence que le prêtre aspergera sept fois du sang de la victime le voile du sanctuaire, puis les cornes de l'autel aux parfums, et le reste du sang sera versé au pied de l'autel aux holocaustes. De la sorte, la vitalité physique de la victime chargée de la faute commise sera emportée par le voile et par les parfums, tous deux correspondant à la clémence de Jéhovah, et les coupables se trouveront débarrassés de cette tache. La graisse de l'animal sera brûlée au pied de l'autel des holocaustes et tout le reste du corps transporté hors du camp au dépôt des cendres grasses pour y être entièrement consumé.
Selon les théories égyptiennes, adoptées par Moïse, une nation, celle des bords du Nil ou bien la multitude errante dans le désert, une nation adoratrice du vrai Dieu représente en petit, sur le coin de terre où elle vit, les peuples innombrables des cieux invisibles et leurs organisations zodia-cales. Ainsi étaient les douze circonscriptions de Misraïm et les douze tribus d'Israël. Il existe bon nombre de savantes études sur le symbolisme du zodiaque auxquelles ceux qui s'intéressent à ces spéculations pourront se reporter avec fruit. De même que, dans l'organisation cosmique, un lieu demeure entre tous sacré, séjour du Très Haut et de ses cinq formes mystérieuses, de même, dans le royaume terrestre où vit le peuple élu, juif ou égyptien -- car autrefois chaque peuple se considérait comme élu -- un lieu est ménagé, ville sainte avec son temple où le peuple n'entre qu'après des purifications, symboles de ses accom-plissements de la Loi, grâce auxquelles l'homme se rend capable de monter jusqu'au séjour céleste.
Dans ce temple vivent les prêtres choisis comme sont les anges qui, devant la face du Tout Puissant, chantent ses louanges et exécutent ses ordres; et les autels de pierre, vitalisés par les invocations sacerdotales, par les parfums et par le sang des victimes, deviennent les pôles négatifs attirant les forces positives des régions supérieures.
Dans le culte de Moïse, en particulier, le peuple en route parmi les solitudes, c'est le cosmos immense voguant sur le Néant originel. Le camp, avec ses douze tribus, c'est le système de notre univers particulier. La tente sacrée, c'est le monde de la gloire, la Shekinah, maison de l'Éternel. Les prêtres sont les choeurs qui se tiennent sans cesse devant le trône de Dieu. Les fidèles et les victimes, ce sont les offrandes, les aspirations et les espé-rances que toutes les créatures font monter constamment vers leur Auteur pour Lui demander un secours, pour qu'Il efface leur désobéissance, pour Lui présenter leurs louanges de remerciement et d'adoration.
Pour en revenir à notre sacrifice expia-toire, on comprendra sans doute maintenant que le véhicule même de l'âme de la victime ayant été jugé seul capable de monter vers l'Éternel implorer son pardon, tout le reste du corps, le cadavre réel, inerte et sans vie, soit porté hors du camp, dans ce désert qui représente le Néant originel, où vont las résidus des échanges universels.
Une partie de la chair de la victime immo-lée en sacrifice expiatoire était qualifiée de sacro-saint et servait aux repas des prêtres seuls, à l'exclusion de leurs femmes. Ceci pour faire participer le sacerdoce à la clémence de Jéhovah,
puisque le sacrifice en question n'était qu'une évocation de cette clémence.
Le sacrifice expiatoire pour le délit était une réhabilitation; le délinquant, déchu de ses droits sociaux, les récouvrait en offrant à l'autel des holocaustes un bélier, dont la chair était aussi réservée aux seuls prêtres.
Dans l'esprit du théocrate, en effet, la caste sacerdotale tout entière représente le peuple dans ses rapports avec Dieu; on pourrait dire que Dieu regarde son peuple à travers les prêtres. Ceux-ci tiennent la tête de la vie nationale dans son aspect religieux. Tous les péchés du peuple, ils y participent et s'en trouvent responsables. Toutes les vertus du peuple, ils doivent les exercer; toutes les bénédictions descendantes, c'est par eux qu'elles passent avant de se répandre sur la foule.
Tel est le motif de cette identification double et constante du prêtre, d'une part avec le fidèle offrant le sacrifice, de l'autre avec le Seigneur qui le reçoit. Notons bien que cette identification n'est pas un geste symbolique, ni une allégorie morale; pour les Israélites de ces époques, c'était un phénomène réel, une entrée des esprits de ces hommes les uns dans les autres, et tous ensemble dans l'esprit de Dieu. C'est ce caractère de substantialité réelle qui faisait la force des religions antiques, et il me semble que le catholicisme tire-rait un renouveau d'énergie de la résurrection prudente et motivée de cette croyance.
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Parmi les nombreux rites israélites mus par le sacrifice, nous avons noté la consécration du grand prêtre et celle de l'autel où l'on sacrifie des animaux mâles : taureaux et béliers, le sexe mâle appartenant à Jéhovah.
La réintégration du lépreux offre une particularité curieuse. Elle comporte l'offrande de deux oiseaux, d'hysope, herbe dépurative, d'écarlate, signe de la pureté du sang recouvrée par le malade, de cèdre, bois incorruptible. L'hysope et le cèdre furent d'ailleurs les témoins, dit la Tradition, du premier crime dont les suites engendrèrent la lèpre. L'un des oiseaux est égorgé, son sang versé dans une coupe remplie d'eau courante; on y trempe l'oiseau vivant, le cèdre, l'hysope et l'écarlate, et le prêtre en asperge sept fois le lépreux. Puis il lâche l'oiseau dans la campagne. Sept jours plus tard, le malade qui s'est rasé la tête, les sourcils et la barbe, se représente devant le prêtre avec deux agneaux, une brebis, un peu de fleur de farine pétrie dans l'huile, et de l'huile. Le premier agneau est immolé sur le côté nord de l'autel des holocaustes et, de son sang, le prêtre marque l'oreille droite, le pouce droit et l'orteil droit du lépreux. Puis il répète la même chose avec l'huile, dont le reste est versé sur la tête du fidèle.
On voit ici qu'un des deux oiseaux est offert à Jéhovah, l'autre lâché dans le désert, servant d'indemnité au démon de la lèpre; les onctions et les aspersions sur les endroits du corps réputés positifs et mâles, signifient bien l'effacement d'une souillure contractée par le mauvais usage d'énergies de même ordre.
La faculté que possèdent les âmes animales de se charger des péchés commis par les hommes est mise en relief de la façon la plus nette
dans le rite du bouc émissaire. Pour les anciens, le péché n'était pas seulement une action perverse, une négation métaphysique; il était aussi une véritable souillure de l'âme vivante, de l'esprit vital, et même de la matière physiologique. Pour l'effa-cer, il fallait donc, à leur avis, une réparation matérielle, une purification fluidique, et le repentir. Ce dernier élément moral se trouve peu exprimé dans les livres de Moïse; mais ceux de David lui ont fait une grande place et lui ont donné l'expression la plus pathétique. Le rite du bouc émissaire illustre ces théories.
Ce rite était précédé d'une quadruple offrande : le grand prêtre présentait un taureau expiatoire et un bélier holocauste; le peuple offrait deux boucs expiatoires et un bélier holocauste. Les deux boucs sont tirés au sort : l'un reviendra à Jéhovah, l'autre à Azazel. Le grand prêtre immole son taureau, procède à des encensements et à des aspersions, puis fait de même pour le bouc de la communauté. Par ses gestes, les péchés du grand prêtre et ceux du peuple étaient enlevés du saint-des-saints, de la tente d'assignation et de l'autel où ils s'étaient concentrés comme nous l'avons vu tout à l'heure, en même temps que les prières et les vertus des Israélites. Le grand prêtre, imposant les mains sur le bouc resté vivant, le charge de tous ces péchés, le chasse dans le désert, où il devient la possession d'Azazel et des mauvais esprits.
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Inutile de continuer les descriptions sommaires de nombreux autres rites, puisqu'ils étaient
tous inspirés par le même esprit et bâtis sur le même plan. Le peu que nous avons vu suffit à faire appa-raître le caractère général des rites sacrificiels dans l'antiquité. La théorie en est partout la même dans ses grandes lignes.
L'homme, accablé par l'énorme Nature, poussé par des passions impérieuses, accumule de ces maladresses que la notion du Bien lui révèle comme des péchés. Ayant irrité son Dieu ou ses dieux, il tâche de les fléchir ou il implore leur aide toute-puissante. Se butant aux murs du monde invisible, il y cherche des lézardes qu'il puisse agrandir, il tente de séduire les gardiens des portes mystérieuses, il essaie d'escalader ou de fracturer. Natu-rellement l'égoïsme, sous la forme d'instinct de la conservation, l'inspire et aussi l'aveugle. Il s'imagine attendrir son Dieu en lui offrant quelque chose, il saisit quelque créature plus faible et la pousse devant lui, comme un bouclier, il la fait souffrir à sa place, non seulement en tuant son corps, mais en jetant sur son âme hagarde les vampires infer-naux que ses fautes attiraient sur lui-même. Tel est, à mon sens, le caractère essentiellement mauvais du sacrifice antique. Fondé sur un calcul mesquin : j'offre un petit objet dans l'espérance de recevoir un joyau; opérant sur ce qui est plus faible, par la contrainte et la violence, avec l'espoir de rendre accommodant ce qui est plus fort; supprimant de la vie corporelle, maléficiant de la vie immortelle; réduisant le Seigneur à l'image de l'humaine lâcheté; sophistiquant la religion vraie, qui est un entretien d'esprit d'homme à Esprit de Dieu, en l'enchaînant dans des rites et des formules; et, du même coup, chargeant des plus lourdes chaînes ses aveugles partisans, le sacrifice antique me représente la caricature invertie du véritable sacrifice, du sacrifice unique et innombrable que célèbrent les êtres éternels devant le trône de Dieu, et que nous nommons la Création.
Dans cette gloire perpétuelle, aucun coupable, aucun bourreau, aucun calcul, aucune contrainte, aucune larme, aucune formalité. L'as-sistant, le prêtre, la victime, l'autel, la prière et le Dieu agissent par l'enthousiasme innocent et libre de l'Amour. La crainte ne paraît pas, mais seules la joie, la lumière et la paix.
Nous nous croyons aujourd'hui bien affranchis de certains préjugés auxquels obéissait l'homme antique. Nous n'acceptons plus la vieille théorie des mondes invisibles, ni la grande idée de Dieu. Nous ne voulons nous en tenir qu'au dehors, nous voulons ignorer le dedans, l'au delà et l'en--deçà. Nous avons répandu sur tous les modes de l'action et de la pensée la même erreur que les Anciens professaient sur l'ordre religieux. Nous tenons les signes pour les seules réalités et, quant à la vraie Réalité, nous la nions.
L'essai que je viens de tenter, vous avez le droit de l'étendre aux diverses fonctions de la vie sociale, comme à celles de la vie individuelle. Nous devrions, plus sages que le vieil Hébreu ou que le vieil Asiatique, nous devrions nous apercevoir que tout ce qui fait notre orgueil de gens du XXe siècle, notre industrie, notre richesse, nos arts, notre confort, notre philanthropie, notre science énorme, tout, tout cela, ce n'est que symboles, signes, apparences et contenants. Nous devrions comprendre que tout cela n'est que l'ombre renversée d'une
Présence formidable, mais méconnue, dédaignée, caricaturée. Nous devrions apercevoir l'astre, par delà les nuages magnifiques mais fugaces; la cime, derrière les brouillards, l'Etre, au dedans des existences. Nous devrions nous éprendre d'Absolu.
Alors, nous pourrions mettre un peu d'Absolu dans ce décevant Relatif au milieu des reflets duquel nous nous agitons; nous pourrions nous essayer à ce magnifique grand'oeuvre dont, seul au monde, l'homme est capable. Ne nous lais-sons pas séduire par le charme nuageux de l'un de ces Christ « naturalisés » que l'ironique Asie pré-sente à la crédulité de nos intellectuels, comme une vieille nourrice agite la poupée de chiffons pour faire taire un marmot criard. Le seul Christ possible est l'incompréhensible Christ des chré-tiens. Si l'on s'éprend d'un dieu normal, logique et qui ne soit que l'agrandissement d'un héros, on en vient vite à ne plus avoir de dieu du tout. Le seul Dieu qui satisfasse notre inextinguible soif d'Infini, c'est Celui-là qui nous dépasse infiniment : c'est Jésus. Mais à quoi bon faire l'apologiste ? Jésus est le Maître : Il laisse rêver les sages et s'agiter les puissants : Il les laisse faire leurs expériences, jusqu'à la fatigue et jusqu'au dégoût. C'est alors qu'Il les attend. C'est alors que ces pauvres étourdis, enfin débarrassés de leurs prestigieuses et vaines magnificences, verront luire, comme la dou-ceur de la plus belle aurore, le regard fort et tendre de ce Jésus -- leur Maître et leur Ami -- contre lequel ils dressèrent si longtemps leurs petites prérogatives, leurs naïfs systèmes et leurs puérils mépris. La victoire, disent les stratèges, appartient à l'armée qui tient un quart d'heure de plus. Le
Christ l'aura toujours, ce quart d'heure, puisque c'est Lui qui organise le Temps, puisqu'Il ne S'offense jamais, ni ne S'irrite, ni même ne S'impa-tiente .
J'essaierai de vous décrire ces splendeurs, telles qu'elles se manifestent ici-bas, dans notre second entretien.
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LE SACRIFICE DE JÉSUS-CHRIST
Nous avons donc vu le sacrifice extérieur offrant à un dieu quelconque l'immolation d'une victime de matière dont l'âme libérée sert de véhicule à la puissance de ce dieu.
Mais le temps approche où se révélera aux hommes la possibilité d'un sacrifice intime par lequel les vrais adorateurs du Dieu-Un lui rendront un culte en esprit, c'est-à-dire sans victime corporelle, et en vérité, c'est-à-dire sans symbole ni figures.
Alors se dévoilera le véritable aspect du mystère de la Création : un Dieu indépendant de son oeuvre, transcendant à elle, infini, insaisissable, et dont le seul souci est le bonheur de cette création. Puis un être humain, synthèse de toute cette création, dépendant et prisonnier de ses lois, limité, impuissant, et par là même saisi de crainte ou ivre d'orgueil illusoire, mais, dans les deux cas, égoïste et esclave de son Moi.
Pour intégrer cette créature en son Créateur, il faut sans doute un sacrifice. Mais, comme le principe de la faiblesse de la créature est son égoïsme, le sacrifice devra être de même ordre que cette force cupide, c'est-à-dire tout spirituel.
Comme la distance de cette créature finie à son Créateur infini, est infinie, il faudra une victime qui souffre la mort injustement, donc innocente, parce que sa douleur alors prendra une valeur infinie.
Comme l'Etre suprême qu'il s'agit d'atteindre est infiniment libre, il faudra un prêtre tout-puissant.
Comme les besoins de l'homme implorant, quoique innombrables et perpétuels, se réduisent tous au même besoin, il faudra un autel unique, permanent, et fait d'une substance éternelle.
Comme le morcellement de la Création qu'il s'agit de ramener tout entière à l'unité principe se propage jusqu'à l'indéfini du Néant, il faudra un feu pur, né de lui même et subsistant par lui-même.
La victime innocente et immortelle, c'est Jésus-Christ;
Le prêtre tout-puissant, c'est Jésus-Christ;
L'autel perpétuel, c'est Jésus-Christ;
Le feu pur, c'est Jésus-Christ, maître de l'Esprit.
* * *
Le royaume de Dieu sur la terre, ou plutôt tout ce que la terre est capable de recevoir du Royaume de Dieu, c'est Jésus-Christ. Le seul moyen d'imaginer ce que peut être la vie dans ce Royaume inconcevable, c'est de regarder ce que Jésus-Christ a fait ici-bas.
Jésus-Christ est la Réalité; tout ce qui a eu lieu avant Lui ne fut qu'intersigne et tout ce qui a lieu après Lui n'est que répétition ou commémoration.
Nous avons vu que, dans l'ordre religieux, le sacrifice est l'acte essentiel, et nous verrons que, aussi bien dans la liturgie que dans la vie intérieure et dans la vie extérieure du disciple, tout équivaut à des sacrifices. En toute manière religieuse de vivre, il y a quelque chose qu'on offre à Dieu en espérant en retour une faveur quelconque.
Cette chose est d'abord choisie, et c'est la consécration.
Elle est ensuite présentée à Dieu, et c'est l'offrande.
Puis elle est effectuée, et c'est l'immolation.
Ensuite, elle reçoit la force divine, et c'est la consumation.
Enfin, elle est utilisée, et c'est la communion.
Regardons maintenant Jésus-Christ.
Le Verbe, par obéissance à Son Père, S'incarne. Il est ce que Dieu a de plus précieux, Son Fils bien-aimé et, en même temps, l'homme parfait, la fleur et le joyau de la Création tout entière. Choisi dès le commencement des siècles, en tant que Fils de Dieu, appelé, évoqué par les soupirs de tous les justes de la terre, en tant que Fils de l'Homme, Il apparaît de qualité unique et seule victime assez pure et assez précieuse pour contrebalancer les rigueurs de la justice divine et pour représenter devant elle l'ensemble total des créatures. Telle est Sa consécration.
Le seul être capable de prendre sur soi la somme effroyable et indéfinie du mal passé, présent et futur, commis par les créatures, devait être infini
et parfaitement indemne de la plus légère tache. Jésus-Christ seul pouvait donc S'offrir à Dieu, et Il l'a fait en S'astreignant à accomplir en tout, à toute heure, de toute manière la volonté de Son Père. Révérons ici l'accord parfait entre la décision du Père de donner au monde Son Fils unique et l'obéissance du Fils qui accepte les souffrances corporelles, puis ces souffrances spirituelles que la perversité des hommes Lui infligera jusqu'à la fin des temps.
Jésus-Christ a accepté la mort physique; Il S'est réellement immolé, succombant sous le faix du mal universel. La maladie, pour nous, n'est que la réaction fatale d'une désobéissance antérieure; nos souffrances sont des contre-parties et des pénalités. La souffrance du Christ est innocente et injuste. Innocente, elle efface la perversité dans les coeurs; injuste, elle surmonte la justice immanente. Illogique, déraisonnable, antinaturelle, elle dépasse les lois, bondit par delà les univers, ébranle les portes de l'infini; elle bouleverse le Surnaturel et le force à descendre ici-bas avec la miséricorde et la libération.
Après sa mort, le corps du Christ s'est envolé de la terre, comme consumé par un invisible feu, le feu de l'Esprit-Saint. Tel est le véritable aspect de la résurrection. Le feu terrestre les feux subtils, les feux cosmiques ne sont que les fumées de ce feu surnaturel qui ne brûle pas, qui ne détruit pas, et qui subsiste par lui-même. C'est lui qui a transformé le corps du Christ, qui l'a immortalisé, qui lui a fait surmonter les lois physiques, le ren-dant plus fort que toutes les chaînes et lui infusant cette liberté prodigieuse que nos philosophes s'imaginent être le privilège exclusif de l'Esprit.
Enfin, en Jésus se retrouve, excellente et parfaite, cette cinquième phase du sacrifice qui est le partage de la victime, alors saturée de la force divine, entre tous les assistants. L'humanité, toutes les humanités connaîtront un jour le Christ; tous Le recevront. Mais pour que Lui, Dieu, l'Infini, puisse entrer dans Sa créature, ténébreuse et bornée, sans la réduire en cendres sous l'incandes-cence soudaine de Sa toute-pureté, il Lui avait fallu au préalable visiter ce séjour obscur, lui insuffler le pressentiment de la Lumière, l'habituer à Sa présence insupportable, émouvoir les inconsistants souvenirs de la patrie éternelle, lui rendre l'appétit du Ciel, ouvrir ses yeux sur sa propre misère; il fallait que le Christ vive d'abord la vie de tous les hommes.
S'il était permis de porter les yeux sur ces mystères, on pourrait dire que le Verbe, en prenant un corps humain, a complété la Création et, après être ressuscité, qu'Il a pris dans la gloire une vie inédite et effectué une troisième création plus inconcevable encore que n'était l'Éternité antérieure. Nous sommes ici dans le domaine de l'impossible, nous le voyons par deux fois envahir le possible : d'abord quand le Verbe Se fait chair; ensuite quand le Verbe, disparu dans la Gloire, reparaît cependant dans le coeur de chaque disciple fidèle, et S'y réincarne. La cérémonie de la Messe n'est pas autre chose que le rappel constant de cette déraisonnable possibilité. Car les anciens ont eu les figures de la Vérité, mais les chrétiens ont la Vérité sous des figures. En d'autres termes, la Messe est la forme terrestre du sacrifice éternel.
La religion est toute spirituelle, ou plutôt le sera, ainsi que l'annonce le Christ Lui-même. Un dieu de la Nature est honoré, appelé, remercié par des actes naturels. Dieu, auteur de la Nature, n'est honoré, appelé, remercié que par des actes surnaturels, c'est-à dire contraire à l'égoïsme, et spirituels, c'est-à-dire par les mouvements les plus purs de notre volonté. Le vrai sacrifice sera donc spirituel, et cela est écrit en toutes lettres dans l'Évangile. Ceci est la doctrine constante de l'Église, saint Ambroise et saint Augustin l'ont for-mulée les premiers, je crois, et saint Thomas après eux.
Dieu est un; Sa création est une; mais, comme elle cherche la multiplicité avec une ardeur sans cesse croissante, Dieu endigue ce vertige par des ouvrages d'unification. Ainsi, en Son Fils, Jésus-Christ, Il Se joint à l'humaine nature; par l'Assemblée des disciples, Il réunit les âmes en un seul organisme; par Son Esprit, Il réunit à Lui-même l'esprit de l'homme individuel; par la loi de charité, Il réunit ensemble les esprits divergents des humains; par le sacrifice, Il unit à Son Fils, qui est Lui même, l'âme, l'esprit et jusqu'au corps des fidèles. Tout est en Dieu, et rien de ce qui s'agite hors de Lui n'a d'existence véritable.
Aussi dans le sacrifice, qui est l'essence même des rapports de l'homme avec son Créateur, Dieu Se trouve partout.
D'abord, c'est à Lui et à Lui seul qu'il doit être dédié : à Lui, principe premier, origine de tout, fin de tout.
Il y faut un prêtre : un homme exceptionnel, pourvu de qualités insignes. Un homme assez haut d'intelligence pour comprendre les pensées de la foule et les réunir, un homme assez bon pour compatir à toutes les souffrances, pour rester indulgent à toutes les faiblesses, pour sympathiser avec tous les désirs, un homme assez maître de soi pour qu'aucune renonciation, aucune crainte, aucune ténèbre ne fassent hésiter ses pas. Parmi les milliards qui ont vécu, qui vivent et qui vivront jamais, il n'en est point qui remplisse complètement ces conditions; il n'en est point, sauf un seul : Jésus.
Jésus est aussi la victime parfaite. Voici comment. Il est homme et tout ce qui trouve accès à la nature humaine trouve accès en Lui. Il reçoit toutes les visites : celles des anges et celles des démons, celles des vertueuses oeuvres et celles des perverses, celles des intelligences et celles des substances matérielles. Rien n'a lieu sur la terre et dans l'univers, aucun soupir, aucune larme, aucun enthousiasme, aucun ricanement, aucune noblesse, aucune bassesse, rien ne bouge qu'à travers Son corps spirituel. Il présente tout le bien à Son Père, Il travaille tout le mal, en en subissant l'opprobre, pour le convertir en bien. Il a été une fois physiquement égorgé pour les péchés du monde; mais Son esprit, Son âme, Son intelligence continuent d'être égorgés pour ces péchés, et continueront de subir jusqu'à la fin de ce monde le supplice de la croix.
Jésus est encore Celui pour qui le sacrifice est offert. N'a-t-Il pas dit que le pauvre, le malade, le vaincu, le prisonnier, le persécuté, le désespéré, quiconque enfin souffre de n'importe quelle manière, c'est Lui-même ? Or, comme personne ne souffre qu'à cause du mal antérieurement commis, Jésus Se met par ces paroles à la place du pécheur, Il prend en Lui et sur Lui le péché, Il S'identifie au pécheur, et Se présente devant le Père, tout ployé sous l'opprobre universel, écrasé de misères et saignant de mille plaies. Le Père alors, recon-naissant sous cette monstrueuse détresse le visage bien-aimé de Son unique Fils, S'émeut et accorde un pardon que n'auraient pu lui arracher les tièdes repentirs des hommes ni leurs égoïstes lamentations.
Le temple éternel, c'est encore Jésus-Christ. La plénitude divine habita dans Sa personne humaine terrestre et habitera toujours Sa personne spirituelle. De plus, toutes Ses pensées, toutes Ses paroles, toutes Ses actions humaines furent toujours des invocations vivantes adressées à Son Père et faisant descendre en Lui les souffles de l'Esprit. Mais, si l'on considère le Verbe, le Dieu, et non plus l'homme, le Verbe à la fois créateur et rédempteur, cet être immense à la fois omniprésent et insaisissable, sans lequel rien de ce qui existe n'a été fait, on s'apercevra qu Il constitue encore le double temple du Père dans le temps et dans l'éternité, dans l'espace et dans l'illimité, puisqu'Il est, dans toute créature, ce par quoi elle peut remonter vers le Père.
L'ensemble, parmi les créatures, de toutes celles qui ont obéi jusqu'au bout à la douce influence de ce Verbe qu'elles portaient, ce sont les disciples, les saints, les laboureurs du Christ, Ses soldats, Ses amis; c'est l'Église intérieure, le corps mystique du Verbe sur la terre, le temple réel et vivant dont chaque pierre est un être pur et qui, après que tout sera consommé, continuera de vivre avec une splendeur, une force, une joie infiniment accrues, dans le royaume du Père.
Il est difficile, il est impossible de parler du monde divin avec exactitude. Vu d'ici-bas, il apparaît comme immuable, immobile et homogène. On devrait plutôt le décrire comme infiniment mobile, infiniment fertile, comme se renouvelant sans arrêt. Dans la Nature, l'existence s'alimente par la souffrance et par la mort; personne n'y subsiste que par la mort d'une foule inférieure. Dans l'Incréé, chacun se donne sans cesse et retrouve dans la plénitude même de ce don une vie plus belle et plus haute. Ici l'on progresse pas à pas, moyennant mille blessures et mille fatigues. Là haut on s'agrandit sans mesure, dans la joie croissante de s'anéantir en obéissant et en aimant.
Aussi les immolations perpétuelles du Verbe, sous toutes les formes sensibles que Sa bonté veut bien revêtir, si elles sont pour ces formes des souffrances, ne procurent à Son essence que cette paix et cette joie qu'Il offre à Ses amis terrestres. Comment donner de ce paradoxe une explication raisonnable ? Tout, en Jésus-Christ, n'est-il pas ténèbres pour la logique autant qu'évidente clarté pour le coeur ?
L'ivresse du sacrifice possède donc le Verbe; Il est le sacrifice même en son entier. Si le Père réserva dès l'origine une partie de la ville éternelle aux hommes justes, c'est que le Verbe L'y détermina. Si, plus tard, le Père agrandit Son palais, afin d'y recevoir un plus grand nombre d'amis de Son Fils, ce fut ce dernier qui L'y obligea. Les hommes n'ont jamais rien inventé. S'ils ont bâti des villes, des maisons et des temples, c'est parce que les anges au Ciel ont bâti des villes, des maisons et des temples, dont toutes les pierres sont des êtres vivants, intelligents et libres. Si, dans nos temples, il y a un vestibule, une nef, des autels, un tabernacle, c'est parce que le temple éternel comporte diverses parties et notamment un saint-des-saints où siège le Père, où nul n'a encore pénétré, et où seul Jésus-Christ Se présentera au jour de la délivrance universelle.
Je m'excuse de m'étendre si longuement sur cette identification du Temple éternel avec l'un des corps glorieux du Verbe; mais, en religion, l'endroit où s'effectue un acte sacré prime l'impor-tance de cet acte. Ce n'est pas l'offrande qui sanctifie l'église, c'est l'église qui sanctifie l'offrande. De même que le climat de la montagne ou du littoral communique à ses habitants des qualités particulières, de même l'enceinte où vivent les serviteurs de Dieu, où ils prient, où ils se dévouent, communique à tout ce qu elle reçoit une vertu spéciale.
Ainsi, comme rien n'est plus pur et plus près du Père que Son Fils bien-aimé. Il sera d'abord temple, et cela dès l'éternité antérieure, puis, plus tard, prêtre, victime et peuple pieux. Car le Verbe, Jésus Christ, contient tout ce que nous pouvons concevoir ou imaginer de Dieu.
* * *
Jean l'Évangéliste raconte avoir vu sous l'autel céleste les âmes de ceux qui étaient morts pour le service du Père. Or, ceux-là, ce sont les serviteurs du Christ devenus membres de Son corps de gloire. L'autel du temple divin, c'est donc encore une forme du Verbe.
Tout ce que les hommes font de bien, tout ce qu'ils peuvent offrir à Dieu, hommages, recon-naissance, supplications, renoncements, et surtout dévouements, ils ne le peuvent offrir qu'en les présentant à Jésus-Christ : « Nul, dit-Il, nul ne vient au Père que par moi ». Ici encore, le Christ est l'autel. La doctrine constante de l'Église catholique, s'appuyant sur l'Apocalypse de Jean, affirme cette identité. Il est dit, dans le rituel de l'ordina-tion des sous-diacres, que Jésus est l'autel élevé devant Dieu.
Corporellement même, le Fils de l'Homme ne fut-Il pas l'autel construit des éléments les plus purs que les anges aient pu trouver dans l'univers, aussi purs du moins que l'impureté de ce monde-ci pouvait le permettre ? Nous voyons vivre les hommes supérieurs par une sorte de dédoublement grâce auquel ils se regardent agir et ils agissent. Jésus était en état de dissociation constante, puisqu'Il jouait simultanément des rôles plusieurs fois opposés : commandant et suppliant, méditant et agissant, guérissant et reprenant, aimant et se fai-sant aimer, toujours seul et toujours au milieu d'une foule visible et invisible, Se donnant et demandant qu on se donne.
Ainsi, prêtre et victime, dieu et fidèle,
pierre du sacrifice et hostie de communion, Jésus--Christ médiateur entre les hommes et Son Père, médiateur des hommes entre eux, Jésus-Christ Se trouve toujours tout entier dans chacune de ces fonctions, parce que Son être immense contient les types de toutes les formes de la vie, parce que cha-cune des substances pondérables ou impondérables qui le composent se trouvent en Lui à leur stade de perfection propre, parce qu'aucune durée, aucun espace ne sont pour Lui des liens.
Si le temple de Dieu est le corps cosmique du Verbe, le coeur de Jésus-Christ est l'autel de ce temple. Toute bonne oeuvre, toute demande, tout remerciement va du coeur de l'homme à Jésus-Christ et à Son coeur. De ce coeur, le Père l'accepte, et Il n'accepte rien qui ne soit passé par ce coeur, qui n'ait été purifié, sublimisé par les soins indul-gents de notre éternel Ami.
Tout ce que l'homme peut sortir de plus beau et de plus net reste tout de même humain, troublé, étriqué. Ce que nous appelons à tort nos mérites, il faut que le grand Alchimiste le prenne, le recuise, le transmute en précieuse quintessence; alors seulement ces mérites peuvent résister à ces fulgurations de l'Esprit-Saint, qui les réduiraient en cendres. Voilà ce que c'est que sanctifier une chose : c'est la transmuer, c'est la transplanter du naturel dans le surnaturel, du local dans l'universel, du temps dans l'éternité, de la mort dans la vie. Et nul ne peut faire cela que le Seul qui soit des-cendu de là-haut jusqu'ici.
Incidemment, apercevons ici pourquoi l'alchimie promet plus qu'elle ne peut tenir.
Quoi qu'en pensent les métaphysiciens, le créé est incapable de rentrer de lui-même dans l'incréé. Entre un homme parfait, comme le fut Jésus, et le Verbe, il y a un abîme, que seule l'in-carnation de ce Verbe et Son sacrifice ont comblé. Aussi le prêtre, commémorant ce sacrifice par les cérémonies de la Messe, devrait-il voir le Verbe dans tout ce qui l'entoure : dans l'édifice, dans l'autel, dans les espèces, dans les livres sacrés, dans les paroles rituelles et les chants, dans les reliques et les parfums, dans les fidèles, dans Lui même; toutes ces choses, ce sont des formes du Christ, des fonctions du Verbe. Et la saine théologie autorise ces contemplations qui dépassent l'intelligence.
De même que le Dieu est uni à l'Homme, en Jésus-Christ, non pas juxtaposé, mais mêlé, conjugué, combiné, de même ce que nous présentons à Dieu est pris par Jésus-Christ, assimilé par Lui, combiné avec Sa substance. Et l'ordre divin du sacrifice nous démontre ainsi comment l'amour dont notre Maître nous enveloppe en nous pénétrant, envahit du même flux l'univers tout entier, réalise l'impossible et nous béatifie en nous transfi-gurant.
* * *
Si le Seigneur à qui s'adresse le sacrifice est le Verbe vu sous Son rapport avec le Père, le feu qui consomme le sacrifice est ce même Verbe dans Son rapport avec l'Esprit.
Il faut nous l'avouer : nous employons les termes de Père, de Fils, d'Esprit, pour spécifier des fonctions, des attitudes ou des aspects de l'Etre inconnaissable. Mais nous ne pouvons concevoir que des symboles ou des analogies quand nous réfléchissons sur le Mystère suprême et, entre les trois personnes divines, c'est l'Esprit la plus insaisissable.
Dans l'ordre religieux, de l'Esprit-Saint descendent toutes les larmes et toutes les joies, et partout Il rassemble les extrêmes. Il souffle partout et nulle part, entre le Lieu non localisé où trône le Père et tous les points du Monde où passe le Fils. De même que l'Amour se comporte en ennemi de celui qu'il possède, puisqu'il le pousse à la souffrance et à la mort, l'Esprit est l'ennemi du Fils, puisque c'est par amour que le Fils S'est immolé. Par contre, dans le monde de la Gloire, c'est le Fils le Maître de l'Esprit. En mourant, Jésus a légué à Sa Mère le genre humain tout entier et, par sur-croît, au genre humain Il a légué l'Esprit ou, comme Il L'appelle, le Consolateur. « L'Esprit souffle où Il veut »; Il est le libre par excellence, Il est la liberté, Lui seul délivre les créatures. Il est un ouragan dont la violence est telle qu'on ne la sent plus. Il est un feu dont l'ardeur est tellement incandescente qu'elle consume le disciple et le recrée enfant de Dieu sans qu'il s'en aperçoive. Car Dieu vient toujours en nous comme un voleur, à l'improviste, et Il entre où nous ne sommes pas sur nos gardes d'obstination. L'homme ne résiste à Dieu que par un endurcissement, une pétrification, donc en se mettant lui même en prison. Mais Jésus guette et, soudain, par une fissure, Il fait passer l'Esprit. Alors commence le travail de notre libération : influence douce, souple, et tenace. Et cette libération est gratuite : la grâce, le don du Ciel, et la liberté progressent de pair en nous.
Tel est le combat de l'homme avec Dieu; Dieu reçoit inlassablement tous les coups; mais, quand l'orgueil est arrivé à sa limite de tension, alors commence notre défaite. Dès ce moment, Jésus S'éloigne, comme fait la mère pour encourager la marche hésitante du tout petit; et le Consolateur, qui suit Son Maître, S'infiltre peu à peu en nous, comme l'air pur à travers les fentes de la hutte. A nous dès lors de contrôler les impulsions récalcitrantes du Moi, et d'obéir à celles de l'Initiateur divin. De Lui nous viennent la confiance, l'espérance et l'amour, l'illumination de notre intellect, la force de notre bonne volonté. C'est à Son opération très secrète que le saint doit cette paix, cette douceur, cette patience, cette bénévolence, cet équilibre qui attirent sans effort les malheureux auprès de lui. C'est Lui en effet de qui la vertu subtile rénove peu à peu tout notre être, donne à toutes nos ombres la clarté, et nous apprend à tirer du Cep éternel les nourritures que nous demandions auparavant à la matière, au savoir, à l'or, à l'amour humains.
L'action de l'Esprit sur l'homme consiste essentiellement à faire passer de puissance en acte les semences d'éternité que nous portons à notre insu, par delà le conscient, le subconscient et le surconscient.
En ce qui concerne l'accomplissement du sacrifice, l'Esprit procède d'une façon analogue; Il pénètre la victime spirituelle, que ce soit l'une des substances du Verbe, ou l'une des formes de notre Moi, Il la sature, il la transforme, la transmue, la régénère et l'emporte ainsi, devenue libre et pure, jusque devant la face de l'Éternel. L'oeuvre propre du Père, qui consiste à envoyer perpétuel-lement Son Fils construire le monde, le soutenir, remédier à ses fautes, le ramener vers l'harmonie de l'Amour, conduire les créatures vers l'unité au moyen des gestes de la fraternité pratique, leur inspirer le désir du Ciel, les prosterner dans la reconnaissance, cette oeuvre, commencée au pre-mier jour de la Création et qui ne se terminera qu'au dernier jour, c'est l'Esprit-Saint qui la réalise.
* * *
Tout l'immense dispositif de l'univers, les innombrables mouvements de la Nature, les travaux de tous les êtres visibles ou invisibles vont vers un seul objectif : la synthèse, l'harmonie dans l'unification totale. Pour le genre humain, cette harmonie se nomme la fraternité. Le genre humain étant le coeur de l'univers et le pivot par lequel Dieu Se communique à toute l'immense machine, on com-prend que l'amour fraternel soit l'unique moyen, nécessaire et indispensable d'une part, suffisant et complet d'autre part, pour ramener à Dieu le grand enfant prodigue qu'est cet univers.
Pratiquement, tout en revient à la charité. Le sacrifice ne sera parfait que s'il devient charité, c'est-à-dire don de soi, volontaire, libre et généreux. La condition de la victime, esclave enchaînée, rend tous les sacrifices antiques imparfaits et incapables d'atteindre l'Absolu, domaine par excellence de la liberté. Dans le seul sacrifice de Jésus-Christ, la victime est libre, innocente et volontaire; seul, ce sacrifice-là touche l'Absolu. Les sacrifices partiels des disciples de Jésus-Christ touchent aussi l'Absolu,
par l'intermédiaire unique de ce même Christ, dans la mesure où ils sont offerts avec spontanéité, humilité, charité.
Le Père voit les oeuvres, bonnes ou mau-vaises, de Ses créatures, non pas tant sous leur grandeur ou leur volume, mais Il les juge bien plu-tôt selon l'esprit dans lequel on les a effectuées. Un ermite peut bien s'imposer les pénitences les plus cruelles; c'est son humilité, son amour qui les ren-dront fructueuses. Jésus, parce que Sa personne physique était toute parfaite, a souffert infiniment plus que nous; à Sa place, aurions-nous souffert des mêmes fatigues, des mêmes veilles, des mêmes supplices et des mêmes animosités ? Mais Sa péni-tence surhumaine a été multipliée à l'infini parce qu'une compassion infinie L'animait à toujours. Cette petite phrase du catéchisme : Jésus nous aime..., tant de millions de fois répétée, banalisée, incomprise, inentendue, c'est le Grand Arcane, le secret des secrets.
Le prêtre offre son holocauste dans l'intention générale de l'ensemble des fidèles, et dans les intentions particulières de quelques-uns d'entre eux. Mais le pontife éternel, le Verbe, voit rangés devant Lui l'humanité totale, les générations disparues, celles d'aujourd'hui, celles de l'avenir, les foules terrestres et les autres nombreuses foules qui peu-plent ces astres énormes que nos savants déclarent inhabités; chacun de ces milliards d'individus est présent, distinct, et vivant sous le regard de ce Christ dont toute la bonté est nécessaire pour que nous ne tremblions pas devant Sa formidable gran-deur.
Or, les multitudes qui s'intitulent chrétiennes, non seulement la foule éreintée par la fatigue du pain quotidien, et qui trouve à peine le soir la force de tendre les bras vers le seul Dieu dont presque toutes les paroles vont aux misérables, non seulement cette foule harassée, toute poignante de la plus douloureuse beauté, mais surtout l'autre partie des chrétiens à qui un destin plus clément, mais peut-être plus cruel, permet de prendre du repos et du plaisir, ces multitudes errantes entre l'indéfini de leurs vagues aspirations et le défini de leur mécontentement plausible ou injustifié, elles devraient recevoir, dans leurs coeurs incertains, la certitude du mystère suprême : cet amour que Jésus offre à chacun et qui peut remplir l'infini de chacun sans que personne ne trouve sa part diminuée.
Voilà la figure saisissable et terrestre du sacrifice indescriptible que le Verbe célèbre devant le trône de Dieu à tous les moments de l'éternité. Pour nous ici-bas, et pour toute créature, même pour la plus magnifique, ce mot de sacrifice éveille un sentiment pénible de gêne et de privation. Mais, dans le royaume de Dieu, nous serons tellement comblés de béatitudes, de beautés, de puissance, que, semblables à des enfants dont la jeune vigueur débordante exhale son trop-plein en bondissements et en clameurs joyeuses, notre vie sera un chant perpétuel de reconnaissance et d'adoration. Chacun de nos regards découvrira une merveille inédite qui engendrera un ravissement nouveau, et chacun de nos désirs se trouvera aussitôt rassasié pour faire place à un désir nouveau plus pur et plus rempli de félicité.
Nous serons uns avec le Verbe, nous agirons avec Lui, nous L'aimerons et Il nous aimera à découvert, nous nous aimerons les uns les autres, et aucune joie ne béatifiera plus l'un de nous que tous les autres n'en ressentent immédiatement une exaltation de leur propre joie.
L'existence présente ne doit être qu'entraînement vers la vie éternelle. Aujourd'hui, nous devons lutter, nous devons triturer l'égoïsme, nous devons faire de nos corps et de toutes nos facultés les images aussi ressemblantes que possible de ce que nous devinons de leur transfiguration future. Nous devons être des victimes et pour nous mêmes et pour nos frères; nous devons appeler sur nous le feu du Ciel, qui est l'Esprit-Saint, qu'Il transmue en esprit tout ce qui est matière, en splendeur tout ce qui est obscurité, en joie tout ce qui est souffrance. Et cet Esprit, qui Se nomme aussi le Consolateur, par un effort supplémentaire de la tendresse du Christ à notre égard, nous infusera de Sa force, et nous rendra capables de nous sentir heureux au milieu même des soucis et des misères terrestres.
Comment nous rendre capables de cette paix singulière, c'est ce dont nous essaierons de nous rendre compte à notre prochaine réunion.
(3 MAI 1926)
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LE SACRIFICE DU DISCIPLE
Le sacrifice est un devoir essentiel de la créature. Les anges même y sont astreints. Les dieux aussi. Les pierres, les plantes et les animaux le célèbrent sous les auspices de l'esprit de l'homme juste.
Mais, pour ce dernier, roi de la Création, le sacrifice extérieur n'est que le signe du sacrifice intérieur duquel il reçoit toute sa vertu. De plus, le sacrifice intérieur change de mode selon la place que la créature qui l'offre occupe dans la hiérarchie universelle.
Notre terrestre condition comporte des besoins impérieux que nous ne pouvons satisfaire toujours par nous-mêmes, et que nous implorons le Ciel de combler : c'est le sacrifice de demande, propre à toutes les créatures en évolution.
Ces mêmes créatures commettent des erreurs et des désobéissances; si elles s'en aperçoivent et qu'elles soient de bonne volonté, elles offrent, pour les réparer, le sacrifice d'expiation.
Quand elles ont obtenu, elles remercient; c'est le sacrifice d'action de grâces ou de reconnaissance.
Et si elles parviennent, à force de recevoir les bienfaits divins, à cet état angélique où l'on aime le Père non plus seulement pour Ses bien-faits, mais pour Lui même, elles offrent alors le sacrifice d'adoration.
Tel est l'état d'âme du disciple. Il sait, d'abord théoriquement, puis de plus en plus expé-rimentalement, qu'il doit tout à son Créateur. Adorer ce Père si bon, offrir en hommage à ce Père les fruits de tous les dons reçus de Lui avec une reconnaissance et des remerciements perpé-tuels, présenter à Sa justice des épreuves subies avec patience afin d'émouvoir Sa miséricorde, appuyer enfin les appels à l'aide qui naissent des incessants besoins de chaque jour : telles sont les quatre grandes sortes de sacrifice que le disciple présente sans arrêt au Père par les mérites de Jésus-Christ, selon qu'il se trouve dans l'état du besogneux misérable, dans celui du fils prodigue, dans celui du serviteur fidèle.
La cohorte des disciples parfaits, enseigne le chef des Apôtres, est un peuple de sacerdotes. Non pas que des laïques aient à usurper les fonc-tions du clergé; non, tout ce qui existe, n'existant que par la permission ou par l'ordre de Dieu, porte en soi sa raison d'être et sa légitimité. Mais si un laïque obéit de toutes ses forces aux commande-ments de l'Évangile, il reçoit une lumière spéciale qui, lorsqu'il continue dans le fond de son coeur à s'en reconnaître indigne, devient un sacerdoce offi-cieux qui s'exerce dans les cas particuliers que la Providence lui réserve.
Ce sacerdoce secret constitue un privilège redoutable; qui voudrait le conquérir s'en rendrait
à jamais indigne. Et le Christ ne le confie qu'à ceux de Ses serviteurs qui se tiennent constamment et sincèrement à la dernière place. Personne n'est inscrit parmi les serviteurs du Christ s'il ne pratique l'amour fraternel et le pardon des offenses. Mais les chefs de ces serviteurs ajoutent à l'indulgence et à la charité la très rare vertu d'humilité.
Devenir humble est une entreprise presque impossible. En face d'un grand artiste, d'un pen-seur sublime, d'un puissant industriel, se sentir fruste, inintelligent, faible, ce n'est pas de l'humilité, c'est du bon sens, c'est de la modestie. Mais lorsqu'on subit en silence des attaques injustes en se disant qu'on les a peut-être méritées; lorsque, croyant avoir raison, on se dit que peut-être l'on voit faux; lorsqu'on parvient à dompter l'amour-propre qui se cabre : alors on marche vers l'humilité. Et le signe qu'on est parvenu au fond de cet abîme, c'est lorsque ni moqueries, ni insultes, ni injustices ne nous font plus rien; elles nous laissent insensibles; c'est comme si nous étions devenus trop petits, trop minuscules pour qu'aucune flèche ne puisse nous atteindre. Or, chacun de nos pas, dans cette marche descendante, est un sacrifice.
L'homme intérieur, tout cet organisme complexe qui s'étend de l'aura électrique irradié du corps jusqu'aux étincellements sublimes de notre esprit immortel, apparaît parfois comme un ensemble de sphères tournantes, de soleils et d'étoiles, semblables aux mondes astronomiques; et parfois comme tout un peuple d'êtres divers, aux formes infiniment variées, pourvus chacun de leur sensibilité, de leur intelligence et de leur liberté particulières.
Selon le premier point de vue, le développement des vices et la culture des vertus se poursuivent comme les phases d'une vaste opération chimique au cours de laquelle la matière psychique se purifie dans les lentes distillations de la souffrance, dégage son esprit subtil, dépose des résidus épais et, pour parler comme les alchimistes, se putréfie, comme une graine confiée au sol. Lorsque cette putréfaction est complète, comme un terreau riche en éléments nutritifs, la noirceur de la matière représente cette double ténèbre de l'humilité con-fondue avec la foi, nuit pleine de promesses et d'espoirs, nuit où fourmillent les germes de splendeurs futures, nuit bienheureuse au plus épais de laquelle jaillit l'éclair du Verbe, et l'aurore de la régénération définitive.
Mais si l'on considère l'homme sous son aspect d'entité collective, sous le regard du vision-naire se déploient les armées fabuleuses des esprits des cellules, des organes et des fonctions, avec leurs hiérarchies, leurs chefs, leurs mercenaires, s'engendrant tour à tour et s'assassinant, construisant, détruisant, s'organisant, se révoltant, se réjouissant, s'affligeant, blasphémant ou priant, tout comme nous le voyons faire, le long des siècles, aux multitudes sociales. Sous ce jour, la culture des facultés, le foisonnement des vices, l'ascèse des vertus sont des actes, des travaux, des voyages des diverses familles d'esprits parcellaires dont se compose l'esprit humain, vivant sous l'autorité centralisante du Moi. L'orgueil s'exprime alors comme une montée au sommet de quelque échafaudage artificiel, ou comme une monstruosité de ce même Moi qui prend une trop grosse tête,
ou un trop long cou, ou des jambes trop hautes; l'humilité produit une descente vers des lieux sou-terrains, un rapetissement de la stature spirituelle.
On me dira : Tout ceci, c'est des histoires pour primitifs, c'est de l'anthropomorphisme, c'est de l'animisme ! Oui, je l'accorde, mes théories sont simplettes et ressemblent à des contes de bonnes femmes. Mais, si frustes qu'elles soient, elles me paraissent plus vraies, ou, si vous préférez, plus proches de la réalité, que la métaphysique. Il y a deux manières de se représenter le monde : la concrète et l'abstraite, l'objective et la subjective, l'expérimentale et la méditative. La première conduit à considérer chacun des modes de l'existence universelle comme des lieux; la seconde, au contraire, y voit en définitive des états de conscience. L'une et l'autre vues sont incomplètes. Tout est à la fois un individu, une collectivité, un volume dynamique, une entité métaphysique, un lieu et un mode d'être. Prenons comme exemple un sujet connu : l'enfer, le paradis. Partout où un être souffre, c'est l'enfer; partout où un être est heureux, c'est le paradis. Les métaphysiciens diront : Vous voyez bien que l'enfer n'est qu'un état d'âme, puisque telle situation, celle par exemple de n'avoir pas de logement, est un supplice pour beaucoup, mais un plaisir pour quelques-uns, vagabonds par vocation. Oui, certes, l'enfer est un état d'âme; mais je prétends que c'est aussi un lieu précis dans un espace inconnu; car l'esprit de celui qui souffre subit réellement les tortures du feu ou d'une certaine faim; de même que l'Européen vit mal dans les forêts du Gabon qui constituent pour son corps un enfer, de même le noir vit mal dans les brouillards du Nord, tandis que la chaleur accablante de sa forêt natale est un paradis pour son corps. La vraie vérité rassemble et synthétise toujours tous les points de vue possibles.
Cette parenthèse me conduit à vous dire que la vie du disciple peut être comprise comme un long sacrifice, composé d'innombrables sacrifices partiels, de tout ordre. Chacun de nos gestes, s'il est accompli en vue d'un idéal, peut être considéré de différentes façons et, en particulier, comme un sacrifice. On y retrouve toujours en effet : le dieu : l'idéal de réussite matérielle, d'art, de science, de pensée, d'humanité, de religion;
la victime : les cellules physiques, les forces psychiques, animiques, intellectuelles, voli-tives qui se consument et s'immolent dans l'effectuation de l'acte; le prêtre : le moi, la conscience qui décide l'acte; l'autel : l'organe qui effectue l'acte; le feu : l'intention qui anime l'acte.
Je pourrai, si vous voulez bien me le permettre, pousser l'analyse plus au détail; ce développement nous donnera peut-être une notion plus sérieuse de la gravité de tout ce que nous faisons et de la profondeur des échos que le moindre de nos gestes peut éveiller dans l'univers total.
Prenons un exemple concret. Soit un disciple qui, au lieu d'aller, le dimanche, faire une partie de campagne, décide de rendre visite à quelques malades dans le dénûment. S'il veut faire de cet acte un chef d'oeuvre spirituel, s'il veut l'accomplir avec toutes les garanties possibles de
pureté, de légitimité, de fécondité, s'il espère véritablement qu'en retour le Ciel lui fera la grâce sans prix de descendre sur ses malades, si enfin et plus simplement il songe à se tenir sans intermédiaire en la présence réelle et vivante de Dieu, il mettra tous ses soins à la préparation et à l'accomplissement de cette oeuvre fraternelle.
Le disciple, en tant que tel, se trouve être le représentant du Christ sur la terre. Cette fonction redoutable s'accomplit dans la mesure où le serviteur s'efface, s'anéantit et, retirant de tout son être les effluves du Moi dont il est d'ordinaire saturé, laisse toute la place au Verbe. Les facultés mentales, les passions, les énergies vitales du corps baignent dans l'atmosphère de l'égoïsme; il faut chasser ces vapeurs délétères, afin que les rayonnements de l'Esprit descendent dans l'intelligence, purifient les sentiments, régénèrent la vitalité physique. Tout ce que l'homme le plus fort peut faire, c'est ce lavage, cette mundification, ce nettoyage.
Le Ciel aime l'homme; le plus vif désir de Dieu, si j'ose m'exprimer ainsi, c'est de descendre en nous, d'habiter en nous. de Se donner à nous. Cette renaissance dans l'Esprit-Saint, toujours impossible, puisque le fini, l'enchaîné, le passager ne peut rien sur l'infini, sur le libre, sur l'éternel, cette renaissance, dont les épreuves des anciennes initiations et les baptêmes des religions ne sont que les figures, c'est Dieu seul, comme Verbe, qui la peut effectuer.
Chaque disciple, à proportion de son avancement, est un membre, une cellule organique du corps spirituel du Christ dans le monde de la Gloire. De même que la santé physiologique n'est possible que lorsque tous les organes et toutes les fonctions obéissent aux ordres de la flamme vitale siégeant dans le coeur, le disciple ne jouit de la santé spirituelle que si tous les organes de son être conscient obéissent à l'étincelle éternelle qui, en lui, brille comme la semence du Verbe. De même la perfection universelle, la nouvelle Jérusalem. Le royaume des Cieux sur la terre, ne seront possibles que lorsque tous les disciples vivront en parfaite harmonie les uns avec les autres, dans l'amour fraternel complet, sous la direction de leur Seigneur unique, le Verbe.
Tous les travaux mystiques des disciples passés, présents et futurs ne sont qu'un seul travail, parachevant les travaux du Christ. Ils donnent à leurs frères, moins éclairés, les fruits de leurs fatigues, et c'est la communion centrale de tous les membres du genre humain. Mais ils reçoivent de leur Seigneur leur communion à eux, qui est Lui-même : double symphonie de sacrifices innombrables dont on peut trouver la figure la plus exacte dans les sacrifices de la Messe chrétienne.
Ainsi les seules valeurs que peuvent prendre les fatigues du disciple, ce sont les idées qui les dynamisent : diminution de la souffrance humaine, obéissance au Maître qu'on adore, dimi-nution des souffrances infinies de ce Maître martyr. Un tel état d'âme ne s'établit pas en quelques minutes; il résulte d'un désir incessant d'union mystique, d'une lutte perpétuelle contre les appétits sensuels et les passions égoïstes. On doit imiter
Jésus dans Ses souffrances avant de pouvoir Le représenter dans Sa puissance. Le Verbe est prêtre dans le Ciel, le disciple aspire à être prêtre sur la terre.
Ceci posé, avant d'entreprendre une oeuvre de bien, le disciple renouvellera sa mise en présence de Dieu, la connaissance de son néant, le repentir de ses fautes et la demande de son pardon. Il demandera que son coeur devienne pur et sa volonté droite, par le Père qui l'a élu, par le Fils dont il est une cellule et qu'il imitera en s'offrant comme victime puisque l'effort nécessaire à accomplir la visite à ces malades, que nous avons prise comme exemple, est un sacrifice de quelques-unes des énergies du Moi, par l'Esprit enfin qui est la force réalisatrice de l'oeuvre entreprise.
Cette oeuvre, si banale qu'elle paraisse à première vue, est immense et grave puisqu'elle est une oeuvre de Dieu. Elle demande un coeur renou-velé, une âme allègre et la simplicité d'un petit enfant. Elle demande l'aide de toute la Lumière que le disciple peut recevoir, et de toute la Vérité que son bon sens peut comprendre, Le disciple regardera donc de nouveau ses maladresses et ses fautes, et cette confession secrète sera suivie de l'imploration de la miséricorde suprême, puisqu'il va être comme Jésus-Christ un prêtre, comme Jésus-Christ une victime, comme Jésus-Christ un autel et comme Jésus Christ un feu pur.
Voici la préparation terminée. La seconde phase du sacrifice mystique comporte la concentration
de toutes les forces du disciple. Il est écrit en effet : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de toute ton intelligence et de toutes tes forces ». Et nous savons que l'homme est une multitude, trop souvent anarchique. Il s'agit de l'organiser.
Du fond de son coeur, le disciple s'élancera vers la Gloire divine et vers la bonté du Père, et son esprit rejoindra les hiérarchies angéliques.
En effet, il y a deux vastes systèmes de communications qui relient la terre à son Créateur. Le premier est celui des invisibles : dieux, génies, entités élémentaires et forces cosmiques, fonctionnant selon l'ordre établi aux premiers jours du monde; là tout descend et tout remonte de proche en proche, par intermédiaires successifs, fixés chacun à un poste défini. C'est par cet ordre-là que montaient les prières et les oeuvres des anciens, ce sont ses secrets qu'enseignent les initiations polythéistes et l'antique magie.
Le second est celui des Anges : créatures engendrées sans cesse par le Père pour des missions précises, et dont les chemins passent à l'intérieur de tous les espaces créés, à travers les foules les plus denses, comme l'électricité par exemple passe à travers les atomes infiniment condensés du cristal le plus compact. Ces anges ne servent que Dieu et les serviteurs de Dieu. Avant la descente du Verbe, ils n'intervenaient que dans des cas fort rares. Mais, depuis, comme ils accompagnèrent par foules leur Maître le long de Sa route stellaire, ils ont frayé des chemins directs entre tous les lieux de la Nature où leur Seigneur passa et Sa résidence éternelle. C'est eux qui portent les prières de Ses serviteurs terrestres et qui en rapportent les exaucements. Quand un adepte de l'ancien temps guérissait un malade, c'était par un commandement à telles créatures invisibles. Depuis le Christ, quand un disciple guérit un malade, c'est un ange qui rapporte du Ciel le remède mystique insaisissable.
Après avoir appelé le Ciel, le disciple rassemblera les énergies de tout ordre qui composent sa personnalité, pour les présenter à son Dieu. Et, dans cet état de concentration aussi parfaite que possible, il se ressouviendra de la parole évangélique qui convient à son projet, pour en faire l'assise de son oeuvre. En un mot, il tâchera de refaire son unité, que les mille distractions de la vie courante éparpillent d'ordinaire.
Seul avec lui-même, comme un prêtre devant la foule qui remplit son église, le disciple examinera l'oeuvre qu'il veut accomplir, dans toutes ses circonstances matérielles; pour l'exemple choisi, ce sera le malade à visiter, sa maladie, sa situation, ses besoins, les remèdes nécessaires, les paroles à dire pour le consoler, pour l'encourager, les sentiments plus ou moins chaleureux qui naissent en son coeur à l'égard de ce malade, quel petit présent agréable ou utile il peut lui offrir; et d'abord, il offrira au Christ ces remèdes, ces paroles, ces objets, puisque le Christ, c'est ce malade lui-même ainsi qu'il est écrit dans le Livre éternel. Il demandera au Ciel de bénir ces choses, de les rendre bienfaisantes au malade et à l'humanité et à la Nature entière. En toute exactitude il peut dire à Dieu : « Voici mon dérangement, le plaisir dont je me prive, l'argent que je vais dépenser, les forces que je vais employer, les paroles que je vais dire, la compassion que je m'efforcerai de répandre sur ce pauvre souffrant : prenez tout cela, mon Dieu, car tout cela, c'est Vous qui d'abord me l'avez donné, et en tout cela se cache une Lumière émanant de Votre Fils, c'est-à-dire de Vous-Même, tout cela porte quelque vertu, sortie du corps et du sang de Votre Fils. »
A cette offrande doivent, je le répète, prendre part, non seulement la ferveur dévote du coeur, mais encore la pensée du disciple et les innombrables petites forces de son corps; afin que tout ce qu'il y a de ténébreux en lui se tourne vers la Lumière, et que tout ce qu'il y a de lumineux monte vers une Lumière plus pure et plus subtile.
En quatrième lieu, le disciple rappelle à tout son être qu'il essaie en ce moment d'imiter Jésus-Christ, avec le concours de ce même Christ, et en Son honneur. L'aide qu'il se propose d'apporter au malade, dont il a fait hommage déjà à son Maître, va recevoir de ce même Maître une vertu particulière, et tout cela ensemble, l'effort du disciple, avec toute sa personne, l'acte de frater-nité qu'il a en vue, le malade, et le Christ vont prendre une unité essentielle qui enlèvera tout jusqu'aux cieux de la Gloire.
Cette sublime transmutation d'un ensemble d'actes banals dans leur forme extérieure profite à toutes les forces et à tous les êtres qui y collaborent. Elle purifie le disciple, elle fait descendre sur lui un peu plus de Lumière, elle le monte vers Dieu, elle le réunit à tous les autres disciples morts ou vivants qui s'efforcent vers le même idéal, elle améliore son harmonie intérieure, elle transforme tous les objets qui serviront à l'oeuvre prévue en porteurs de Lumière, elle sanctifie les lieux où se passent tous ces faits.
L'épisode de la vie terrestre du Christ le mieux correspondant à ces idées, c'est la dernière Cène. Il y a là deux actes du Christ aussi importants l'un que l'autre, bien que le second paraisse avoir accaparé toute la vénération des foules. Jésus partage le pain et fait circuler la coupe en disant : « Prenez et mangez, ceci est mon corps; prenez et buvez, ceci est mon sang ». Ces paroles constituent l'axe de tout le culte chrétien. Mais Il avait d'abord accompli un autre geste :Il avait bu et mangé avec l'homme qui allait devenir son assassin. Ce premier geste, perfection de l'Homme, précède le second, perfection de Dieu. N'est-il pas logique de penser que le chrétien, avant de recevoir le sacrement, doit d'abord se réconcilier avec ses ennemis ? Et de se demander comment une communion peut être valable si le fidèle n'a d'abord apaisé les haines, arrêté les procès, indemnisé ceux auxquels il a fait du tort ?
Voilà donc ce à quoi le disciple doit se résoudre avant de jouer les saint Vincent de Paul. Et voilà pourquoi il ne doit rien faire qui ne puisse être véritablement et dignement « en mémoire de Jésus ».
Ayant contemplé ces faits, d'un esprit lucide et d'un coeur ardent, avec la même ferveur le disciple offrira sa bienfaisance à Celui qui la lui a inspirée, dans la foi que tout ce qu'il va dire et faire à son malade, ce sera sous les regards et avec le secours de Jésus-Christ, ce sera par Jésus-Christ, en Jésus-Christ, pour Jésus-Christ.
* * *
Résumant toutes ses aspirations, le disciple redira les demandes dont son Maître nous donna le modèle. L'oraison dominicale lui permettra de résumer, d'unifier, d'universaliser tous ses voeux.
Remarquons ici que cette prière est adressée à « notre Père qui est dans les cieux », non pas au Père d'avant les cieux, d'avant la création, d'avant les premiers prodromes de l'incarnation du Verbe. Les amateurs d'orientalisme sont mal venus de reprocher au christianisme l'ignorance de ces régions métaphysiques, qu'ils considèrent comme leur domaine propre, et où ils se croient seuls à contempler ce qui est au delà de l'Etre et au delà du Non-Etre. Le Dieu que l'homme peut atteindre est un Dieu vivant, son Père, l'Etre subsistant par lui-même : c'est un Dieu pour tout le monde; et Il accueillera ceux qui L'ont dédaigné pour un abstrait insaisissable, aussi bien que les simples auxquels Il ne demande que de vivre, avant que de spéculer.
L'oraison dominicale est en somme une prière pour la paix, pour l'harmonie, pour l'unité. Le disciple qui la prononce à l'intention de quelque souffrant demande que la paix vienne sur cet homme, sur son corps, sur son coeur, sur sa pensée, sur son destin. Et la paix descend selon que le demandeur, par l'habitude de sa vie courante, se fait un avec Celui à l'ombre de qui il implore et de qui le dernier legs à Ses premiers serviteurs fut la paix.
Dès lors, les secours matériels ou autres que le disciple se propose de porter à son frère malheureux ont dû recevoir toutes les forces spiri-tuelles nécessaires, puisqu'il nous est promis que tout ce que nous demanderions au Père au nom du Fils, Il nous l'accorderait, et que le disciple est supposé faire tout son possible, d'une façon constante, pour demeurer dans le chemin de ce Fils.
L'une des grandes difficultés de l'état du disciple, c'est de ne pas tomber dans l'habitude des formules, dans la satiété des choses divines. Les longs commentaires que je viens de me per-mettre pour la préparation d'un geste aussi simple que d'aller rendre visite à un malade, ont surtout pour but de souligner l'importance extraordinaire du moindre de nos actes quand nous y mêlons Dieu. La majesté, la magnificence, la toute-puis-sance sont, sur terre et même dans toute la nature, des choses extérieures. Dans le monde divin, ce sont des choses intérieures, imperceptibles, non sensibles. Là réside le danger des formules pieuses; on en vient à les réciter mécaniquement, au lieu qu'elles devraient rester, à chaque fois qu'on les prononce, des jaillissements spontanés de notre amour ou de notre détresse.
* * *
Mais, d'autre part, l'état actuel de l'homme est réellement si loin de l'Esprit, que des répétitions innombrables des mêmes sentiments lui sont nécessaires, comme sont nécessaires les innombrables exercices du virtuose. Sauf que, pour l'entraînement mystique, la personne tout entière doit y participer.
Ainsi le disciple se redira sans cesse qu'il n'est rien, que tout ce qu'il fait de bien, c'est le Christ qui le fait en lui et par lui; que ce Christ l'aime infiniment plus que lui ne L'aime; que ce Christ désire ce pauvre coeur infirme bien plus que nous ne savons désirer les plus précieux trésors; que c'est du Christ qu'il doit tout attendre, tout dans l'intelligence, tout dans l'amour, tout dans la force et que, par la merveilleuse folie de l'Amour, le pauvre homme, si inférieur à ses aspirations, si misérable dans ses idolâtries, si versatile dans ses volontés, cette pauvre ébauche d'homme enfin peut être reçue par le Verbe, peut devenir une partie de cette splendeur, et un rayon de ce soleil.
Je crains d'avoir trompé votre attente. Ce que je viens de vous dire, en effet, vous l'auriez trouvé dans beaucoup de livres de dévotion; vous pourriez même, si vous suivez votre religion, l'avoir compris en assistant à la messe ou au culte. J'aurais pu vous dire des choses curieuses sur la vie invisible de la messe catholique, de la Cène protestante ou de l'office orthodoxe. Au lieu de mets rares et compliqués, je vous ai offert un morceau de pain. Mais le bon pain lui-même devient rare à notre époque. Brillat-Savarin a sans doute bien des gouttes et des dyspepsies sur la conscience, tandis qu'avec du pain de campagne et l'eau de la fontaine on peut vivre. Avant l'agréable, ne faut-il pas prendre l'utile ?
Ceux d'entre vous qui ont fait l'expérience du Christ vivant savent que ce que je dis est la vérité. Pourquoi les autres n'essaieraient-ils pas ? On offre à nos contemporains tant de choses baptisées nouvelles, et qui sont bien vieilles ! Ce que je vous offre est très vieux : plus vieux que tous les siècles; je souhaite que vous trouviez en vous-mêmes le courage d'abandonner les petites expériences des systèmes qui passent et des théories extraordinaires, pour entreprendre l'expérience que je vous propose : durable plus que l'univers, et simple pour les plus simples.
Le disciple, en se consacrant au Père, a célébré le plus beau, le plus vivant, le plus fructueux des sacrifices. Chacune des actions de son existence, chacune des méditations qui les pré-parent, chacune des ardeurs qui les vivifient constituent les développements du sacrifice initial, et l'incorporent peu à peu à l'esprit du grand Sacrifié, à l'esprit de Jésus-Christ. On annonce aujourd'hui comme une grande découverte que nos sentiments et nos pensées sont des substances; évidemment, cette antique notion est vraie. Mais au dedans de tout cela, au centre de notre être réside une étincelle de la substance incréée dont les autres énergies de notre personne ne sont que les reflets inconsistants, comme l'ombre des nuages sur un lac tranquille. Cette étincelle, voilà le principe de notre vie future; c'est elle qui nous incline vers les malheureux, c'est elle qui nous enlève vers notre Père; c'est elle qui, nous unissant à son foyer, le Verbe, nous rassemble, nous consolide, nous organise; c'est elle qui nous transporte sur les collines de la paix et, au milieu même des privations et des fatigues, nous inonde d'une joie secrète, délicieuse et adorante.
Ce bonheur qui transparaît sur le visage des amis de Dieu, cette douceur qui coule de leurs mains fraternelles, cette pure tendresse qui palpite sur leurs lèvres, ce sont les prolongements humains de l'extase où les a ravis un seul regard reçu de leur Maître; comme fait un voile soudain entr'ouvert puis retombant, ce regard leur a montré les souveraines splendeurs de la Cité divine. Ils ont compris alors que leur Maître S'est rendu à eux infiniment plus qu'ils ne se sont donnés à Lui; la foi a pris possession d'eux; ils oublient la crainte et le doute; les tourments terrestres perdent leur cruauté essentielle; ils peuvent toujours souffrir certes, mais l'enivrement de l'Amour endort leurs blessures; ils ne trouvent plus rien à demander puisqu'ils possèdent le Tout; ils ne savent plus que remercier, et leur vie désormais n'est plus qu'un chant d'adoration, de louanges et de reconnaissance heureuse.
On me reproche parfois de ne proposer à ceux qui m'écoutent qu'humiliations, renoncements, fatigues et soucis. Sans doute, je fais cela. Mais le problème se pose d'autre façon. Imaginez des voyageurs parcourant péniblement une contrée inhospitalière. Ils souffrent certes, et de toutes façons. On leur dit de ne pas craindre la souffrance, et que s'ils veulent bien chasser l'inquiétude, la force reviendra dans leurs membres, l'air s'adoucira, et leur pénible marche deviendra une promenade. Or, ils conservent leurs inquiétudes, ils les entretiennent et s'y accrochent. Ils restent donc misérables et malheureux.
Si l'on ne veut pas s'abstenir de respirer l'esprit de ce monde, les essais qu'on pourra faire de vivre selon Dieu ne donneront que de nouvelles peines et plus cuisantes. Mais si, résolvant d'agir selon Dieu, on ferme son coeur à l'atmosphère terrestre et qu'on l'ouvre à l'air du Ciel, tout change, et les pires supplices deviennent vagues et presque insensibles. Il faut donc choisir; on ne peut pas s'écarteler, les pieds dans la boue, la tête dans l'azur. Il n'y a qu'un pas à faire, un simple rideau à soulever; notre esprit immortel ne peut vivre que dans sa patrie; ne le maintenons pas dans les Ténèbres tout en le lançant vers la Lumière.
Vous voyez donc combien le problème des rapports de l'homme avec Dieu, en apparence déconcertant, se simplifie au simple appel du bon sens. Que ceci nous encourage à nous tourner une fois pour toutes vers ce Père si bon, de qui seul peuvent venir la paix, la certitude et le bonheur, aussi bien pour les corps que pour les intelligences, pour les individus que pour les sociétés. Croyez-moi, le temps presse; les heures définitives, qui ne sonneront peut-être qu'au prochain siècle, peuvent cependant sonner demain. Souvenons-nous que le Maître paraîtra tout à coup « comme un voleur ». Et décidons-nous.
3 Mai 1926
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La Mystique de sédir , source
Certains aiment les oeufs, d'autres les omelettes. faut juste savoir que brouiller les choses est devenu un art majeur. R