Citation
Des oméga 3 produits par une plante OGM
Cyrille Louis (Le Figaro)
[18 mai 2004]
Loués par de nombreux médecins et soigneusement couvés par l'industrie agroalimentaire, les acides gras oméga 3 et oméga 6 intéressent de surcroît les firmes de biotechnologie. A commencer par l'allemand BASF qui, en finançant un programme de recherche mené à l'université de Bath (Grande-Bretagne), vient peut-être de réaliser une très bonne affaire. Au prix d'une manipulation génétique d'assez haut vol, rapportée sur le site Internet de la revue Nature Biotechnology (1), le biologiste Baoxiu Qi est en effet parvenu à créer une plante capable de produire, en quantité relativement importante, ces acides rares et particulièrement recherchés.
L'annonce, si elle ne constitue qu'une étape très préliminaire vers une éventuelle production intensive d'oméga 3, survient au moment où le public manifeste un enthousiasme croissant pour ces acides gras polyinsaturés.
Vantée pour ses effets favorables sur la santé cardio-vasculaire - sur la foi d'études concordantes -, mais aussi, de façon beaucoup plus
controversée, pour ses vertus présumées contre le stress, la dépression ou encore l'hypercholestérolémie, cette véritable coqueluche des nutritionnistes se consomme désormais à la louche. Par bouteilles d'huiles à haute teneur en oméga 3, sous formes de gélules ou encore tout simplement à grandes portions de poissons gras - thon ou saumon.
Or, précisément, la rareté des sources naturelles d'acides oméga 3 et oméga 6 inquiète aujourd'hui les spécialistes : tandis que les poissons sauvages se font rares, leurs congénères nés en élevage affichent, selon certaines études, d'inquiétantes teneurs en polluants dangereux pour la santé humaine.
Si bien que les regards se tournent désormais vers les plantes - hélas
incapables, à l'état naturel, de produire les précieux acides gras.
Pour pallier la pénurie annoncée, les biologistes britanniques se sont
concentrés sur le «cobaye» le mieux connu du règne végétal : Arabidopsis thaliana, une lointaine et minuscule cousine du chou. En temps normal, cette plante synthétise des acides gras comptant 18 atomes de carbone, soit deux de moins que les molécules baptisées oméga 3 et oméga 6. Pour les besoins de leur manipulation, Baoxiu Qi et ses collègues lui ont cette fois demandé un petit effort supplémentaire en «greffant» sur son génome un gène normalement
présent chez certaines algues marines qui, lorsqu'il est exprimé, produit l'enzyme «Élongase». Cette dernière permettant d'ajouter deux atomes de carbone à la chaîne naturellement produite par la plante.
Dans un second temps, l'addition de deux gènes respectivement prélevés sur une algue d'eau douce et sur un champignon a permis de conférer à Arabidopsis thaliana la faculté de modifier l'architecture de ces acides gras «allongés». Et de les transformer ainsi en véritables oméga 3 et oméga 6.
«Fruit d'un jeu très précis de biotechnologue, cette manipulation démontre qu'il est possible de susciter la biosynthèse de ce type d'acide gras chez les plantes oléagineuses, commente Yves Chupeau, directeur de recherche à l'Institut national de recherche en agronomie (Inra). Mais il reste à établir que l'opération est transposable à une espèce cultivable facilement - comme le colza - et que le rendement de cette synthèse en fera un outil économiquement intéressant.»
D'emblée, les auteurs de cette première ont annoncé leur intention de la reproduire en utilisant pour support le colza ou le lin. Sans doute avec le secret espoir que leurs OGM rencontreront - contrairement au maïs transgénique - le même succès parfois un peu désarçonnant que les authentiques oméga 3.
(1)www.nature.com/nbt
HTTP://www.lefigaro.fr/sciences/20040518.FIG0271.html
Cyrille Louis (Le Figaro)
[18 mai 2004]
Loués par de nombreux médecins et soigneusement couvés par l'industrie agroalimentaire, les acides gras oméga 3 et oméga 6 intéressent de surcroît les firmes de biotechnologie. A commencer par l'allemand BASF qui, en finançant un programme de recherche mené à l'université de Bath (Grande-Bretagne), vient peut-être de réaliser une très bonne affaire. Au prix d'une manipulation génétique d'assez haut vol, rapportée sur le site Internet de la revue Nature Biotechnology (1), le biologiste Baoxiu Qi est en effet parvenu à créer une plante capable de produire, en quantité relativement importante, ces acides rares et particulièrement recherchés.
L'annonce, si elle ne constitue qu'une étape très préliminaire vers une éventuelle production intensive d'oméga 3, survient au moment où le public manifeste un enthousiasme croissant pour ces acides gras polyinsaturés.
Vantée pour ses effets favorables sur la santé cardio-vasculaire - sur la foi d'études concordantes -, mais aussi, de façon beaucoup plus
controversée, pour ses vertus présumées contre le stress, la dépression ou encore l'hypercholestérolémie, cette véritable coqueluche des nutritionnistes se consomme désormais à la louche. Par bouteilles d'huiles à haute teneur en oméga 3, sous formes de gélules ou encore tout simplement à grandes portions de poissons gras - thon ou saumon.
Or, précisément, la rareté des sources naturelles d'acides oméga 3 et oméga 6 inquiète aujourd'hui les spécialistes : tandis que les poissons sauvages se font rares, leurs congénères nés en élevage affichent, selon certaines études, d'inquiétantes teneurs en polluants dangereux pour la santé humaine.
Si bien que les regards se tournent désormais vers les plantes - hélas
incapables, à l'état naturel, de produire les précieux acides gras.
Pour pallier la pénurie annoncée, les biologistes britanniques se sont
concentrés sur le «cobaye» le mieux connu du règne végétal : Arabidopsis thaliana, une lointaine et minuscule cousine du chou. En temps normal, cette plante synthétise des acides gras comptant 18 atomes de carbone, soit deux de moins que les molécules baptisées oméga 3 et oméga 6. Pour les besoins de leur manipulation, Baoxiu Qi et ses collègues lui ont cette fois demandé un petit effort supplémentaire en «greffant» sur son génome un gène normalement
présent chez certaines algues marines qui, lorsqu'il est exprimé, produit l'enzyme «Élongase». Cette dernière permettant d'ajouter deux atomes de carbone à la chaîne naturellement produite par la plante.
Dans un second temps, l'addition de deux gènes respectivement prélevés sur une algue d'eau douce et sur un champignon a permis de conférer à Arabidopsis thaliana la faculté de modifier l'architecture de ces acides gras «allongés». Et de les transformer ainsi en véritables oméga 3 et oméga 6.
«Fruit d'un jeu très précis de biotechnologue, cette manipulation démontre qu'il est possible de susciter la biosynthèse de ce type d'acide gras chez les plantes oléagineuses, commente Yves Chupeau, directeur de recherche à l'Institut national de recherche en agronomie (Inra). Mais il reste à établir que l'opération est transposable à une espèce cultivable facilement - comme le colza - et que le rendement de cette synthèse en fera un outil économiquement intéressant.»
D'emblée, les auteurs de cette première ont annoncé leur intention de la reproduire en utilisant pour support le colza ou le lin. Sans doute avec le secret espoir que leurs OGM rencontreront - contrairement au maïs transgénique - le même succès parfois un peu désarçonnant que les authentiques oméga 3.
(1)www.nature.com/nbt
HTTP://www.lefigaro.fr/sciences/20040518.FIG0271.html










