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#1 pauvre pécheur

pauvre pécheur

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Posté 12 juin 2004 à 14:53

Le courage et la raison.
I

Le coeur n'a qu'une seule vertu : le courage. Il n'a qu'un seul défaut la lâcheté.

Le courage se décline en plusieurs versions :
le courage de dire la vérité, quand elle fait peur.
Le courage d'aller jusqu'au bout de ce que l'on sait juste..
Le courage d'admettre ses erreurs même envers qui n'importe qui.

L'orgueil couvre  la lâcheté.
Le fanatisme également.

L'esprit n'a qu'une seule vertu : la raison. Il n'a qu'un seul défaut : l'illogisme. Un coeur lâche s'adonne avec joie à l'illogisme. Un coeur valeureux s'adonne fidèlement à la raison.

Un homme bon et honorable médite en son coeur les paroles des sages, en silence il discerne le juste du vrai. Losqu'il a trouvé, sa compréhension le rassasie. Son oeil est muet.

II

Voici comment trouver la sagesse :

Ne pas aller vers celui qui enseigne, qui croit savoir, que l'on reconnait parce qu'il condamne les autres.
Reconnaître celui qui est plus fort que soi. Untel est plus doué à telle tâche que toi : cède lui ta place. L'homme sincère vise le bénéfice de son oeuvre et non à briller grâce à elle ; il cède le pouvoir à ceux qui sont plus doués.
Ne pas renier ce que l'on a fait par le passé à moins que notre coeur parle : c'est du chagrin et le chagrin est pur. Mais si on a commis quelques erreurs, discerner et comprendre en quoi on les a commises.
Ne pas s'humilier devant celui qui est moins fort que soi, mais discerner ainsi : est-il vraiment moins fort que moi ?  S'il est moins fort que moi, sera-t-il capable que je lui montre, veut-il qu'on lui montre ? S'il ne veut pas, sépare toi de lui. S'il le veut, montre-lui.

Voici encore comment trouver la sagesse :
Remettre en cause qui l'on est et ce que l'on fait. Trouver les erreurs et les réparer. Méditer à l'avance : serai-je capable d'aller jusqu'au bout ? Si oui, réparer l'erreur. Sinon, discerner encore. Réparer ses erreurs est le prix pour avoir un coeur valeureux.

III

Celui qui est courageux applique toujours ce qu'il pense. Celui qui n'applique pas ce qu'il pense fait du vent.

IV

Quand quelqu'un fait un compliment, ne pas se réjouir. Celui qui a vraiment une vertu qui l'aide et le rassasie dans son coeur se passe de compliments. En soi la vertu est présent meilleur. Félicite-t-on quelqu'un : “Tu es toi-même, bravo ! Quel bonheur que tu sois toi-même” ? On ne fécilite que pour les choses qui ne sont pas vraiment utiles. Mais l'orgueil se laisse facilement prendre au compliment.

Quand quelqu'un fait une critique, ne pas répondre. Es-tu assez humble pour recevoir une critique ?  Si tu es assez humble pour recevoir une critique, est-ce celui qui a porté la critique a parlé en bien ou en mal ?
  S'il a parlé en bien, corrige-toi. S'il a parlé en mal, c'est son problème...

V

  Un homme bon est caché. Il ne diffère en rien des autres hommes mais ce qu'il éprouve n'est pas commun et ne saurait être a décrit par aucun mot. Vie, esprit, conscience ou éveil ne sont pas des mots propres à décrire cela.
  L'homme bon sait que personne ne le comprendra jamais. Il ne parle pas de son état. Il ne cherche pas à le faire découvrir. Il ne s'émeut pas qu'on veuille le ranger dans telle ou telle catégorie pour avoir un jugement à son sujet. Il n'est pas dans une catégorie. Il n'est pas accessible aux remarques, et il n'est pas non plus accessible aux sentiments. On le confond avec le reste, mais il deviendrait comme le reste s'il s'en rendait ému.

  Dire que quelqu'un est ceci, c'est cela qui contribue à en faire l'homme qui correspond au jugement.. C'est le jugement, porté jour après jour sur un homme, qui le rend mauvais.

  Un homme bon ne se regarde jamais dans la glace : il sait que ce n'est là qu'un leurre et une tromperie. Un homme bon ne regarde pas l'apparence des gens. Un homme bon ne discute jamais des choses que les hommes aiment connaître et il sait que tout jugement qu'on pourrait porter sur lui est faux. C'est pouqruoi il vit loin des hommes.

VI

  Un esprit sans vertu discute de tout. Un esprit vertueux ne parle de rien.

VII

  Le courage pousse à se défier des croyances. Mais le courage ne vient qu'avec la confiance ; et la confiance fait aimer la raison plutôt que la croyance. La seule bonne religion est la religion raisonnable ; mais aucun homme n'est capable de faire confiance à son courage pour mettre en oeuvre la raison.

  Le courage allié à la raison pousse à redécouvrir des principes de sagesse et à ne pas admettre l'absurde. Le courage pousse à ne pas avoir peur de ses ennemis, les regarder dans les yeux ses  lorsqu'ils arrivent et leur demander ce qu'ils veulent. Le courage écarte toute peur : la peur de la mort, la peur du noir, la peur des bestioles ou la peur de l'inconnu. Le courage est la vertu du coeur. Pas de coeur sans la vertu du courage. Celui qui n'a pas de courage, il n'existe pas non plus ! Celui qui a du courage est forcément raisonnable.

VIII

  Le faux courage, c'est d'aller au bout d'idées qui sont fausses. Le faux courage pousse à se séparer d'une qualité ou d'un talent alors que le vrai courage est d'exploiter cette qualité ou ce talent dans le sens de la justice sans avoir peur d'un Dieu. Toute chose est tenue en respect par le courage et le courage les tient en respect. Mais sans courage, il n'y a pas non plus de monde...

IX

  L'homme courageux s'échappe de sa prison, qu'elle soit mentale ou physique.

XII

  Les plaisirs des sens amènent vite à l'oubli. Le vrai courage consiste à ne pas manger les nourritures trop gourmandes, ne pas faire usage du sexe pour le plaisir, et ne pas se donner en spectacle.
  Les nourritures gourmandes et autres plaisirs excitant enchaînent vite à la perte, aucun coeur ne se maintient en lui-même lorsqu'il cède au plaisir. Se donner en spectacle vient de la peur.

XIII

  Les démons envahissent l'homme qui cède son courage contre la lâcheté. Il se laisse facilement convaincre de son impuissance et court chez ceux dont il croit pouvoir tenir la guérison, il devient superstitieux et rien ne peux le délivrer. La fausse humilité fait cesser le courage tout comme la fausse curiosité.

XIV

  Un homme qui sait qu'il a raison ne doit pas se donner mission de convaincre les autres. Ils seront absolument impossible à convaincre. L'hypocrisie et la mauvaise foi sont l'esprit protecteur des hypocrites ; leur lot de tranquilité n'est que provisoire. Mais celui qui suit vraiment la voie n'abandonne pas son courage.
  Il ne faut pas aller découvrir la sexualité parce qu'on nous dit qu'elle si belle ; celui qui n'a pas besoin de cela ne doit pas essayer par humilité ; ou il sera enchaîné à un maître qu'il n'avait pas auparavant. Il ne faut pas essayer les drogues non plus ! Il ne faut pas se mettre à boire. Il ne faut pas se mettre à fumer ou se mettre à jouer aux jeux.

XV

  Un sage isolé manque de compagnie. Les insensés, eux, ont beaucoup de compagnie : des millions d'hommes. Que doit faire le sage isolé ? Il manque de compagnie ! Hélas, supporter sa sollitude est encore le mieux. Peut être que le ciel lui enverra un compagnon, mais il vaut mieux être séparés de ceux qui ne comprennent pas et vous attirons vers l'incompréhension...

XVI

  Il est tout à fait possible pour un sage qui a encore des désirs de redevenir le plus parfait des idiots.  C'est véridique. Si un sage n'a plus confiance en lui, il redevient idiot. A qui la faute ? A ses désirs, d'une part, et à ceux qui prétendent avoir raison et ont tort. Car jamais quelqu'un qui a raison ne dira un seul mot de sa bouche. Il se taira toujours sachant que son état est incompréhensible. Les hommes normaux agissent selon leurs passions et leur émotions, qui ils croivent être. Mais l'état d'un homme sage est indescriptible. Quelle que soit l'idée qu'un homme normal se fait de la sagesse, cela est faux. Et il se trompe toujours quand il parle à propos d'un homme sage.
  Lorsqu'un homme sage est redevenu idiot, il ignore même ses propres écrits ou ses propres pensées de jadis. Par crainte, il renonce à tout. Il se soucie à nouveau du regard des autres et se console dans l'affections des hommes normaux de sa propre perte. Rien ne l'empêche de retrouver rapidement sa sagesse s'il renonce à la peur et aux désirs qui l'ont fait tomber.
  
  Lorsqu'un homme n'a plus confiance en lui, il retombe dans la superstition : il lave à nouveau les aliments, ses mains, et récite des milliers de prières. Mais celui qui est sage ne prie pas et ne se lave pas la main.

XVI

  Il n'existe pas vraiment de démons mais seulement des forces qui demandent justice : elles exigent le courage. Devant celui qui a subit une injustice, le courage fait volte-face. Les démons partent !  Existaient-ils vraiment ? Rien n'est immortel sauf le courage ! En se tournant vers une chose qui fait peur, le courage fait renaître le coeur.

  Le courage n'est pas l'esprit. Le courage fait vaincre.

  Une personne qui n'est pas courageuse, lorsqu'elle s'adresse à quelqu'un qui est courageux ne le voit pas. Que doit faire la personne courageuse : répondre ou laisser faire ? Répondre si la personne est capable de l'entendre ; mais si elle ne l'a pas entendu une première fois, il est inutile de recommencer. Il ne faut pas rester avec quelqu'un qui n'est pas courageux : peu à peu, on devient comme lui.

  Les personnes qui ne sont pas courageuses voient des fantômes et vont se réfugier vers des dieux protecteurs : ce sont leurs propres fantômes, qu'elles feraient partir en les regardant dans les yeux.

L'homme vertueux.
XVII

  L'homme vertueux n'a pas un principe : il agit selon la nature. Lorsque les hommes le regardent, il agit comme si personne ne le regardait. Lorsque les hommes le jugent, il n'écoute pas. Si on lui dit : fais ceci, il le fait. L'homme courageux est en bonne santé.

  L'homme vertueux ne jeûne pas à moins qu'il le veuille vraiment. S'il pense qu'il doit jeûner, il jeûne, mais il sait pourquoi ; il ne fait rien pour se prouver quoi que ce soit. L'homme vertueux mange ce qu'il trouve mais il ne prépare pas de mets excellents et n'absorbe pas de boissons sucrées ou alcoolisées.

  L'homme vertueux s'applique totalement à son éthique. Il connaît les principes de bases qu'il applique : ne pas tuer, ne pas mentir, ne pas porter d'armes, ne pas aimer la possesion et relativiser la beauté.

  L'homme vertueux n'aime pas l'art car il préfère en toute chose le modèle plutôt que l'imitation. Or le modèle est la nature. Mais celui qui aime l'art s'attache très vite à l'art et ne s'en détache pas. Il est abusé par la sensation qui a son emprise sur lui. Il cède à un esprit.
  L'homme vertueux sait bien la tristesse que posséder quelque chose : c'est dépendre la possession. Mais l'homme vertueux est heureux dans la nature, dans ce qu'il ne possède pas. Il est heureux auprès des arbres, sous la pluie, dans l'épreuve. Il est d'autant plus heureux qu'il constate que ces choses ne lui font rien mais il voit bien que le seul obstacle à ce que les autres apprécient aussi ces choses là, c'est du cinéma.

  L'homme vertueux sait bien que la beauté dépend de l'esprit qu'une personne s'est fait. Seul l'esprit enfermé apprécie la beauté, car en appréciant la beauté il rejette sans raison tout ce qui ne satisfait pas ses propres critères. Celui qui aime la beauté trouve laid ce qui est naturel et refuse le contact des choses propres ; il s'enferme et s'écarte des autres. Celui qui relativise la beauté n'éprouve de rejet pour rien.

  L'homme vertueux fuit toute discussion dont les acteurs ne sont pas vertueux ou sont orgueilleux. A discuter avec quelqu'un, on ne peut que devenir comme lui. Est-ce que la personne avec qui l'on discute mérite que l'on devienne comme elle ?

  L'homme vertueux n'a qu'une seule nourriture : ce qui est naturel. Pourquoi voudrait-il autre chose ? Le meurtre d'un animal lui semble comme ce qu'il est. Il ne goutte pas non plus aux mets raffinés et il suit quand même les circonstances.

  L'homme vertueux n'a aucun contact avec la société de consommation ou le moins possible mais il ne condamne et ne méprise rien ni personne. Il sait en effet que toute chose à sa raison et que les injustices sont tristes pour leur auteur. S'il refuse une chose, il ne la méprise pas, mais ne fait que respecter l'ordre.

XVIII

  Quand un homme sage entend : “il faut trouver un maître”, l'homme sage se tait car il est déjà son propre maître. Mais quand bien même est-il son propre maître, l'homme sage dédaigne pour lui ce titre. L'homme sage sait que pour être sage il faut se considérer ignorant ; mais l'homme insensé considère l'homme sage comme ignorant et lui dit de trouver un maître.
  
   L'homme sage n'a pas beson de trouver un maître ! Qui sont le ciel et la terre pour lui sinon un maître et une maîtresse ? Ses amis,il les choisit parmi les sages. Ses gestes sont mesurés, sa vie est droite, n'est-il pas sur un chemin parfait ?

XIX

  L'homme sage n'imite jamais et n'a aucun principe. L'homme ordinaire se dit : je dois aimer parce qu'il est dit qu'il faut aimer ! Mais l'homme sage est sur le bon chemin, et ce qu'il fait, il le fait. Son état intérieur ne causera rien chez personne qui ne soit pas bon. Celui qui se dit qu'il faut aimer ou qu'il faut être compassioné n'est qu'un imitateur et il perturbe la nature.
  Les petits enfants connaissent bien les lois de la nature ainsi que la vérité des sentiments ; ils n'ont pas besoin qu'on la leur enseigne. En présence de celui qui prétend leur apprendre, ils se questionnent : pourquoi m'apprend-t-il ce que je sais déjà ? Remplis de confiance, le coeur des enfants est déjà aimant et pur mais ce n'est que l'inconfiance qui pousse des gens à dire : “il faut aimer” ou “il faut faire cela”. Car tout ce qui est bon et naturel, l'enfant le fait déjà.  
  Lorsqu'un enfant répond “parce que”, il donne la meilleure réponse. Certaines choses trouvent leur réponse en soi. C'est aussi comme cela que le sage trouve les réponses, en soi, voilà aussi pourquoi il ne parle pas. Le sage est comme l'enfant : il ne parle pas de ce qu'il sait. En mettant un intérêt à ce que dit la bouche, on la pervertit. En mettant un intérêt à ce que fait l'homme, on le pervertit.

  Faut-il être droit et plein de compassion ? Absolument pas, ou si on l'est, ce n'est pas quelque chose qu'on a choisit, sinon avec le coeur, étranger à la raison. La raison peut donner confiance au coeur, mais le coeur seul est droit et plein de compassion. Ceux qui ont subi des injustices pleurent ou deviennent méchants et lâches, ou comprennent. Ceux qui n'ont pas supporté l'injustice qui leur a été faite, peuvent-ils encore éprouver de la compassion ? Ils ne peuvent pas, ils ne pourront qu'imiter. Ceux qui n'ont pas le courage de se tourner vers la vérité, d'examiner leurs fautes, de pardonner ou de regarde en face leur adversaire, de vivre dire que les maux qu'ils subissent sont injustes (car ils sont justes), comment pourraient-ils être compassionés ?

XX

  Lorsqu'on médite, qu'acquiert-on ? On acquiert le silence. Lorsque le bruit est là, le silence est là également. Le silence vient tôt ou tard, le jour ou l'homme rejoint la source. A quoi lui sert de méditer pendant sa vie s'il y a le silence ensuite.
  En méditant, le sot et le sage n'ont pas de résultat comparable. En méditant, le sage éprouve la félicité mais même lorsqu'il ne médite pas il éprouve la félicité. Mais le sage sait que toute pensée demande justice, il découvre les causes des pensées plutôt qu'il ne les rejette ou leur fait face. Il s'emploie plus à atteindre sagesse, qu'à perfectionner ses techniques de méditations. Le sot aura beau avoir perfectionné totalement sa technique de méditation, tôt ou tard, les pensées qu'il a rejetées referront surface.
  Si la méditation était une voie, on entendrait jamais parler de ceux qui méditent ; ils ne parleraient pas de leur état.

Les dieux.
XXI

  Un homme qui est triste a fait un mauvais choix : un choix lâche. Mais la vie est longue, et on a toujours le temps d'inverser les décisions qu'on a prise. Les démons se collent rapidement à ceux qui sont incohérents.
  Se croire sans force, cela n'est pas bon. Si l'homme se croit sans force, il devient sans force. Si l'homme se croit fort, il devient fort. Si l'homme se jette dans les bras d'un Dieu terrifiant, il devra affronter ce dieu terrifiant un jour ou l'autre ou sa tristesse sera éternelle... Mais aucun état émotionnel n'est éternel. Faut-il se préparer pour la mort ? Il ne faut pas. Mais celui qui est juste ici n'a pas de souci à se faire.

  Les dieux existent-ils, que peut-on attendre d'eux ? Hélas, ils existent ! Hélas, car ils nous possèdent et nous sommes leurs jouets ; nous sommes pour eux des pantins et ils ont tout ce qu'il faut pour nous faire périr...
  Examinant nos sentiments, le ciel discerne: celui-ci est-il juste, celui-ci est-il injuste ? A quoi est-il attaché ? Car on ne peut être attaché qu'aux choses terrestres, et les choses terrestres : ce sont les dieux qui les apportent à notre profit. Les dieux pourvoient aux bonnes récoltes et aux bons accouchements, les dieux pourvoient protection aux royaumes, les dieux font tout cela et en retour l'homme qui est attaché à l'un de ces bienfaits doit fidélité à un dieu. Mais si l'homme cesse d'être fidèle dans le dieu qui lui a apporté le bienfait, le dieu retire le bienfait et l'attachement se découvre.
  Mais celui qui comprend la nature de l'univers, la source et le coeur, le dieu le respecte, car il n'est pas attaché et le dieu n'a pas de force pour l'atteindre. C'est pour cela que les hommes que les dieux respectent meurent et ne retournent pas dans ce monde. Ils n'ont pas peur du dieu. Le dieu vient de la source et il le savent : c'est pour cela qu'ils ne le craignent pas. Mais ils reconaissent quand même que le dieu pourvoit à leurs besoins, qu'il est maître du monde.
  Il y a un maître dans ce monde mais il n'y en pas au-delà de ce monde, mais il n'y a rien, en dehors de la source... La source est éternel, au centre du coeur, elle stupéfie les hommes et les dieux. Le glorieux la protège.

XXII

  Tout homme qui a un besoin dépend d'un esprit. Cet esprit est positif ou négatif mais cet esprit prend comme il donne. Un dieu aimable n'apporte que des choses bonnes comme un homme aimable ! Mais l'esprit n'est pas le coeur et n'est pas courageux : il l'aime si on l'aime.

  Celui qui arrête de remercier l'esprit qui pourvoit aux récoltes doit aussi renoncer à la faim, et celui qui arrête de remercier l'esprit qui donne la chance doit aussi renoncer à la chance. Enfin, celui qui arrête de remercier l'esprit qui pourvoit à la santé du corps et à l'intelligence doit aussi renoncer au corps et à l'intelligence ; mais celui qui ne renonce pas à ses choses ne peut pas développer le courage.
  Mais comment avoir ce courage ? Si l'on n'est pas orgueilleux, seulement, et si avoir le courage est notre seule motivation ! Peut-on avoir ce courage lorsque l'on est jeune et vigoureux ? C'est trop difficile. C'est pourquoi il ne faut pas acquérir la vraie sagesse trop vite, mais lorsque les désolations et le chagrin ont donné une raison à l'homme et qu'il ne désire plus se lancer dans des projets fous. Car celui qui est jeune et plein d'entrain désire vivre, mais s'il prie le Dieu qui donne la raison et la sagesse, il aura des épreuves dures mais faites pour lui. Peu à peu, ses envies folles lui passeront, pourvu que son courage lui donne de considérer ses épreuves comme justes. Car tout est juste, voilà ce que proclame le courage.
  Tôt ou tard, la voie suprême veut qu'on renonce à la vie. S'il y a une chose qu'on regrette encore, ce n'est possible... Personne n'est prêt à mourir avant d'avoir accompli son destin ; il ne faut pas juger son destin, même s'il est “petit” : il est parfait, à la mesure de nos attentes, pourquoi désirer davantage. On ne peut mourir qu'une fois le destin accompli et tout regret impossible.

XXIII

  Pour ne pas avoir de regrets, il ne faut pas prendre de décision à la légère. Celui qui commence quelque chose doit aller jusqu'au bout : il en sera purement heureux s'il est attaché ou serein s'il est détaché. Mais celui qui ne va pas jusqu'au bout se sentira lâche et il le sera. Il donne prise aux démons. Mais les démons viennent de l'homme ; celui qui est glorieux les maîtrise.
  Qu'est-ce que cela veut dire : vient de l'homme ? Cela veut dire que le coeur de l'homme est là où il y a le courage ou la lâcheté ! Et quand l'homme est lâche, il doit le reconnaître devant le ciel, ou produire des preuves du contraire. Quand l'homme est courageux, il est respecté du ciel qui n'intervient pas pour le policer. Le coeur de l'homme est aussi le coeur de l'univers. En l'homme les forces se combattent, l'homme est impur. Mais un coeur courageux est pur. Si un homme a un coeur pur, il est la source, il n'est pas un homme. S'il cesse de vouer un culte, il meurt, mais s'unit à la source la vraie.

XIV

  Quand un homme est un homme, qu'il vit, boit et mange, il doit avoir un but, et pour ce but, avoir un Dieu. Mais la vraie voie, c'est la source. Et la source ce n'est ni Dieu ni rien du tout ; c'est le courage de se réveiller, le courage de penser raisonnablement et le courage de faire ce qui nous frustre ou nous fait peur. Seule la vraie raison peut mener à la source, mais cela ne veut pas dire se passer de Dieu. Car on a Dieu dans le coeur, mais la source, cela ne tient pas en mot – ce n'est donc pas incompatible. Celui qui est rassasié de jours et peut enfin renoncer à sa vie d'homme et commence à voir la source.
  Celui qui n'a pas le courage, un dieu peut l'aider. Mais que veut le dieu en échange ? Le dieu veut de l'amour, et il veut que nous le respections. Celui qui n'a aucune qualité mais respecte dieu et respecte ses bienfaits sera aimé de dieu et développera vite le courage. Le courage le poussera dans les épreuves, pour son idéal il ne renoncera à rien.
   A sa mort, il rejoindra la source, or la source n'est autre que soi-même, le coeur mais personne ne peut comprendre cette vérité sinon celui qui l'éprouve. En effet, il est inutile d'en parler car cela ne se comprend pas.

XV

   Que peut-on dire sur la source ? Elle n'est pas Dieu, mais elle est unie à lui. La source et Dieu ont dit : je suis. De cette déclaration est venue le monde régit par Dieu et la source entièrement pure. Dieu pourvoit à la providence pour que la source naisse et la source donne Dieu. La source n'a pas de temps : elle en est la source. La source n'a pas d'espace : elle en est la source. La source n'a pas d'identité ni d'émotion : elle en est la source. La source est dans le coeur le plus profond. Mais comme la source est tout, la source est aussi dans le monde : en parlant de la source, je me parle. En parlant ainsi d'un homme à un autre, je me parle. C'est la source qui se parle à elle-même. Une seule personne. La source est aussi dans le monde : il y a la providence.
  La source est la voie des sages, mais personne ne peut la comprendre sinon en étant mort.

  Celui qui suit la providence est prêt à tout perdre, et il l'assume. Il est également prêt à affronter tout, il l'assume. Ce n'est pas un travail à la légère : qui est prêt à perdre la vie pour toujours ne sachant pas ce qu'est la source ? Car personne ne sait ce qu'est la source et quelques uns seulement le devinent. Qui voudrait bien mourir ? Dieu aide ceux qui cherchent la source à la trouver mais il doivent d'abord accomplir leur destin. En elle-même la source ne se dit pas qui est ; son bien-être est absolu, mais il ne résite point dans une situation, c'est plutôt par elle-même, l'essence du soi, la négation totale de l'identité.

XVI

  De la source, que dit-on encore ? Est-elle Dieu le père ? Elle n'a ni ce nom ni un autre ! Peut-on plaire à la source ? On ne le peut pas : il n'y a pas d'émotion. Peut-on rejoindre la source : on le peut, si on est bien entouré et si l'on porte notre confiance envers tout, mais qu'on est prêt à tout abandonner et à toute épreuve. Mais qui est Dieu ? Dieu existe-t-il ? S'il veille sur nous, c'est un esprit. Si Dieu est éternel, il vient de la source, mais s'il est termporel il vit de l'adoration des hommes. Pourquoi un dieu voudrait-il l'adoration des hommes s'il ne dépend pas d'eux ? Dieu aime les hommes parce qu'ils vont à la source et que Dieu aime la source car il vient de la source.
  
  Celui qui adore Dieu subit sa jalousie et son dieu est cruel. Celui qui aime Dieu a son amour mais il est attaché. Celui qui a Dieu dans le coeur réussit tout et vit selon son destin. Celui qui ne pense jamais à Dieu est perdu.
  Comment faire, alors, pour retrouver la vérité, la sagesse, contenues dans la source ? Faut-il rejeter Dieu ? Il ne faut pas ! La confiance seule le permettra. Mais comment a-t-on confiance en quelqu'un ; est-ce en le craignant ? Certainement pas. Celui qui a confiance en quelqu'un ne craint pas et ne sollicite pas lorsqu'il veut quelque chose. Aussitôt, il l'obtient. Ainsi doit être la relation entre Dieu qui est maître du monde et l'homme : confiance aboslue et pas de sollicitation. Ou alors, c'est que la confiance n'existe pas et de là naissent tous les problèmes.
  Si l'homme a confiance en Dieu, il nait pour un destin bien précis et reçoit l'amour nécessaire pour remplir toutes les épreuves qu'il aime à remplir. Mais s'il rejette Dieu, dieu le rejette également. Tout homme vient pour une mission, sinon pourquoi serait-il né ? Avoir confiance en Dieu est la seule voie, en effet, car il n'y a que cela qui peut donner à l'homme le courage d'accomplir son destin qui mène à la source. Lorsque la source est retrouvée, tout disparaît et le monde s'endort paisiblement, c'est la fin du monde, mais le monde recommence...

La société vertueuse
XVII

  Si le monde suivait la vertu, il n'y aurait pas de machines. A quoi servent les machines sinon à produire du gain, de la guerre, et du plaisir ? Le gain rend l'homme espiège et lâche à l'effort, la guerre le divise et le rend méchant par les injustices qu'elles provoque, le plaisir le rend dépendant : il ne peut être libéré...
  Si le monde suivait la vertu, il n'y aurait pas d'éducation. Car l'enfant sait déjà tant de choses qu'il devrait apprendre à l'adulte. Lorsque l'enfant, naif, désire apprendre, l'adulte exaucerait son souhait, aussitôt, rempli d'admiration pour cette pureté. L'enfant ne suivrait que sa propre nature et jouerait tant qu'il voudrait, on ne lui enseignerait rien qu'il ne veuille venir découvrir par lui-même car l'enfant cherche toujours à devenir adulte et vient l'imiter quand il le peut, il demande donc à apprendre si on ne cherche pas à le faire à sa place !
  Ce qu'il faut savoir à propos de la sagesse ne serait expliqué que lorsque l'enfant le demande, et il ne le comprendrait que lorsque vient le temps de le comprendre. Qu'expliquerait-on à l'enfant ? Rien qu'il ne doive savoir et ne peuve savoir ! Un état peut-il se connaître ? L'enfant qui est rempli de joie en jouant veut-il trouver la sagesse ? Ne pas causer d'injustice et avoir du courage quand la douleur se présente, voilà ce qu'on apprendrait à l'enfant, mais les choses du ciel, il les découvrirait que lorsque l'occasion se présenterait : en temps bien imparti.
  L'homme n'aurait pas non plus de coûtume autre que les siennes et n'en chercherait pas le temps. La vie serait simple, fonctionnant selon les saisons et la journée. Aurait-on des vêtements ? Pas forcément ! Lorsqu'il fait froid... Aurait-on des maisons ? Pas forcément, si cela est nécessaire... Peindrait-on et créérait on ? On ne peindrait pas et on ne créérait pas sauf si l'on y trouve un plaisir mais sans patience nécessaire ! Car ce qui demande de la patience et qui n'est pas essentiel créé de l'attachement... Qu'est-ce qui est essentiel ? En dehors de ce dont on ne peut parler : rien.
  L'homme saurait bien ce qui est juste et ce qui ne l'est pas, ce qui cause de problèmes et ce qui n'en cause pas, et il suivrait sa nature propre. Y aurait-il des cultures ? Pas forcément ! L'ordre serait rétabli et les plantes produiraient abondemment ce qu'il faut à chaque saisons : l'homme saurait reconnaître ce qui est bon pour lui. L'homme serait-il triste quand il faudrait mourir ? Pas forcément. Les hommes et les femmes qui seraient rassasiés de jours, d'eux mêmes, iraient vers la source, mais pas avant d'avoir accompli leur destin..
  Y aurait-il des livres ? Pas forcément ! Qu'y aurait-il alors ? Serait-on ignorant ? Pas forcément, mais la connaissance se transmettrait par oral : car le coeur retient facilement ce qui est utile mais ne retient pas forcément ce qui n'est pas utile alors que les livres contiennent rarement ce que le coeur retient. Il n'y aurait donc pas de livre ni d'écriture car à quoi sert la sagesse si elle n'est pas dans le coeur de l'homme ?
  Les hommes respecteraient Dieu et auraient confiance en lui sans éprouver le besoin de lui adresser des louanges par la crainte ou la simulation ; cela arriverait mais l'homme ne craindrait pas de ne pas prier car Dieu serait dans le coeur et à sa mort l'homme rejoindrait la source, prêt à tout abandonner. Les hommes ne sauraient pas qui est Dieu en parole ou en intellect mais dans leur coeur. Il n'aurait pas de nom. Les hommes ne seraient pas tristes des maladies ou des catastrophes.

   Si le monde suivait la vertu, il n'y aurait rien qui ne soit pas naturel. Aucune découverte n'existerait et personne n'enseignerait ! Il n'y aurait pas de métier ni d'instructeur, pas d'outil, pas de choses qui facilitent la vie et en retour la vie serait fertile. Il n'y aurait pas de besoins superflus mais la nature pourvoirait et le ciel serait le protecteur de l'humanité car le ciel serait dans le coeur des hommes. Pourtant, personne ne serait triste si l'humanité disparaissait, sachant bien que l'homme contient quelque chose de plus pur en lui qui n'est pas l'homme mais qui s'atteint lorsque le destin est accompli : la source.
  Il n'y aurait pas d'intelligents, pas de prophètes, pas d'affligés, pas de déshérités, pas de possession et pas de voleurs non plus : car que vole-t-on dans un monde ou il n'y a pas de possession ? Vole-t-on une pomme ? Il en pousse des millions ! Vole-t-on le soleil, vole-t-on l'air ? Vole-t-on l'eau ?

  Dans un pareil monde tout le monde serait heureux sans chercher à l'être, tout le monde vivrait vieux sans connaître la maladie ; il n'y aurait que des chagrins passagers, lorsqu'un enfant s'écorche contre un arbre. Chacun saurait dès sa plus grande jeunesse qu'il ne faut pas faire du tort à autrui et ne pas s'attrister lorsqu'on perd quelque chose, savoir prêter, être courageux dans la douleur et aimer son prochain et c'est tout. Ainsi la sagesse murirait lentement, pas trop tôt, afin de ne pas se heurter aux passions de la jeunesse, qui s'éteignent naturellement...
  Y aurait-il des chefs, des hommes valeureux, des hommes plus hauts ? Il n'y en aurait pas car chacun serait son propre chef, vivant comme un enfant.
  Y aurait-il des lois ? Aucune, seulement la nature, le corps humain... Chacun aura la sagesse dans le coeur, mais pas avant que n'aient été libérées toutes les forces, et que l'enfant se soit réjouit de tout les plaisirs. Ainsi la création et l'univers seraient parfait. L'ordre serait rétabli. L'enfant et la mère seraient rempli de joie et le vieil homme découvrirait la vérité suprême, qui ne tient pas en mots, plus heureuse que tout ce qu'il a vécu dans ses jours.

  Dans ce monde personne ne serait jugé, personne ne serait condamné ni enfermé, il n'y aurait pas de fautes car il n'y aurait pas de motifs de faute. Sans contrainte, il n'y aurait pas de frustrés ; et sans haine, il n'y aurait pas de tueurs. Et même s'il y avait un tueur, il serait pardonné. Il n'y aurait pas d'homme mauvais en ce monde, car rien ne pourrait rendre l'homme mauvais.

  L'homme de ce monde ne serait pas intéressé par les relations sexuelles avec une femme ni la femme avec l'homme car ils seraient élevés dans la pureté. Et quand bien même seraient-ils intéressés, leur relations seraient pure. L'homme s'unirait avec la femme dont il tomba amoureux dès l'enfance, et ils seraient ainsi unis depuis leurs premiers jours, élevés ensemble, au même sein, dans un profond respect l'un de l'autre. Il n'y aurait pas de tricherie possible. Ils vivraient comme les oiseaux, deux par deux, ne sachant même pas ce qu'est le mariage !
  Mais la sagesse n'est possible qu'avec la retenue, et cette retenue c'est l'amour et la pudeur. Grâce à la pudeur, l'homme et la femme n'oseraient pas se connaître sauf en désirant  avoir des enfants. Ils resteraient purs.

  Comment parvenir à ce monde ?

  Il faut affronter ceux dont on a le plus peur et leur demander pardon pour l'injustice qu'on leur a faite. Il faut renoncer aux vices et préférer la vertu, respecter le ciel, le dieu qui veille au mode, tout ce qui vit. Il faut vivre simplement et préférer les choses simples, il ne faut pas mentir, avoir du courage. Il ne faut pas être contrarié et il faut aimer la justice. Comment faire ? Pas facile. Il faut s'y habituer mais ne pas s'y forcer.

Autres maximes.
XXIX


Il ne faut pas se prendre de passion pour une idée, un livre, ou ce qu'a dit ou a été un homme : c'est tomber dans la folie.

XXX

Quand on a envie de rire, pourquoi se retenir ? Quand on a envie de pleurer, pourquoi s'en empêcher ? Imagine un instant que ton coeur n'ait plus envie de rire ni de pleurer, cet état ne serait pas bon sauf s'il vient par sagesse, le jour venu.

Un homme sage ne s'inquiète pas de l'avenir, car il a confiance. La confiance en Dieu, c'est la confiance.

Le sage se dit que toute punition est juste, sinon il ne peut pas se retenir de pleurer.

XXXI

Quel bonheur d'avoir sommeil et d'aller dormir, d'avoir une faim pressante et d'aller de vive allure manger. C'est ainsi que le corps a été créé : avec des besoins que l'homme doit suivre sauf s'il veut l'épreuve. Qui peut contester cela envers le créateur de ces choses ?
  Avoir faim, avoir sommeil, cela est naturel ; ce sont les oeuvres de Dieu, il faut en être heureux car l'ordre est bon selon ces lois... Rendre louange à Dieu pour son bonheur, c'est très sage.

XXXII

  On ne peut pas préferer l'union au coeur au destin que Dieu nous tend avant d'être rassasié et que le coeur se tourne naturellement vers nous. Les envies naissent des manques, qui naissent des injustices. Être rassasié de vérité, et rassasié de justice se peut grâce au courage mais aussi grâce au bonheur et à l'admiration.

XXXIII

  Il n'y a pas de vérité meilleure qu'une vie naturelle suivant les lois de la nature ; avoir peur de beaucoup de choses signifie être innocent et l'innocence protège du mal. Nier ses peurs renforce l'orgueil ; celui qui n'a plus rien à craindre est fier. Être fier, cela n'est pas possible car celui qui est fier, tout le monde ne pourrait pas être comme lui et il ne peut que susciter le désordre. Celui qui a peur garde sa nature pure de fierté.

XXXIV

  Ou est le début, ou est la fin, dans une chose qui n'a pas d'ordre et qui n'a pas de début ni de fin ? Dans une chose qui n'est pas séparée, ou sont les extrémités ? Dans la vérité suprême, qui est quoi ?
  L'âme se fond en elle-même, l'âme change, l'âme découvre ; tout passe par elle, y compris des illusions.
  Il n'existe pas de vérité cachée qui soit simple à comprendre mais une vérité impossible à comprendre peut être simple ; c'est pourquoi il n'y a pas de vérité. Pas de début, pas de fin. Pas d'avant, sauf si on y croit. Croyance diffère de vérité. Un homme peut croire et devenir.
  Pourquoi refuser l'évidence, la vérité est évidente. L'homme présent n'a qu'une seule naissance, voilà une évidence même s'il est vrai qu'il y a des liens entre tous les hommes et les ancêtres, voilà aussi une évidence.

XXXV

  Il ne faut pas prendre une décision entre sa vie et la vérité ; il faut vivre sa vie jusqu'à ne plus désirer vivre sa vie mais désirer la vérité et sinon continuer sa vie, même si l'on fait quelque chose que l'on a du mal à admettre.
  La joie d'être heureux et le bonheur ne doivent pas nous empêcher de découvrir de chercher la vérité. Comment croire cela ? Le coeur n'est pas le bonheur mais renoncer au bonheur pour le coeur, c'est prendre une folle décision. Car le coeur ne s'acquiert qu'avec le bonheur, quand le bonheur est complet. Le bonheur s'acquiert seulement en étant soi-même et reconnaissant, jusqu'à ce que l'illusion soit rompue ; mais ce n'est point par notre volonté. Chacun pratique selon ses forces. Celui qui est heureux d'avoir perdu sa vie va vers la vérité...
  Qui peut se réveiller subitement par décision ?

XXXVI

  Celui qui a du mérite a besoin de beaucoup d'amour : il faut l'aimer et ne pas le jalouser car ce serait indigne. Celui qui a du mérite aime son prochain, mais son moteur est l'amour de son prochain. Son oeuvre est belle et il faut l'admirer. Pourtant celui qui a du mérite ne cherche pas l'admiration, et ne désire pas les compliments, mais il est facilement triste des paroles de haines. Lorsqu'un homme est droit, qu'il a du coeur et qu'il accomplit de grandes choses, qu'il ne fait rien d'indigne et mène une vie parfaite, on le détruit facilement par la haine ou on l'édifie facilement par l'amour... Il n'oublie jamais ses amis, les place à ses côtés à des postes de choix, il vient soulager ceux qui manquent de nourriture, et dépense tout son argent pour les pauvres. Tel est l'homme de mérite. S'il est riche, un quart de sa fortune va pour ses vieux amis, un quart va pour sa famille, un quart va aux oeuvres de charité, il ne consomme que le dixième de ressources, ou moins... Il aime grandir et relever les autres, non pas par amour de lui-même, mais par spontanéïté et joie ; il ne le fait pas des compliments, il ne lance pas d'encouragement : il offre l'opportunité et personne n'a besoin de le remercier car cela ne lui a rien coûté. Quand il voit un ami en bonne position, il est naturellement réjoui : n'est-ce pas celui avec qui il mange et passe de bons moments qui est heureux ?

XXXVII

  Celui qui a du mérite ne se dit pas : "quelle injustice m'a été faite !" lorsqu'on ne lui a pas rendu ce qu'il attendait. D'ailleurs, il n'attend rien. Mais il se dit : “un autre jour et cet homme sera plus en forme !” ou encore “cet homme est triste, mais je peux l'aider, si dieu le veut”. Un homme de mérite qui s'est fait volé se dit : “mon or est parti, puisse-t-il être en de bonnes mains et ceux qui l'ont volé connaître de meilleurs jours...”
  Celui qui a du mérite tombe de sommeil le soir, se réveille tôt le matin pour profiter de sa journée, il sent la faim dans son ventre au moment de manger, et la soif au moment de boire. Il ne s'empêche pas de rire de ce qui ne porte pas à conséquence mais il n'abuse pas du someil ni de la faim ni de la soif ni des joies car son but est la droiture.

XXXVIII

  Il ne faut rien mépriser ni rien rejeter, même ce qui est totalement opposé à nous, car cela a peut-être des raisons qui sont justes, et si cela n'en a pas : ce n'est pas triste pour celui qui est juste mais pour celui qui est injuste. Il n'y a pas de plus grand bonheur qu'être juste. Celui qui subit l'injustice est juste, mais celui qui la comet est injuste. Lui seul est perdu. Il faut plutôt avoir de la compassion pour celui que l'on haissait.

XXXIX

  Pratiquer la charité ne sert à rien sinon à se rendre fier. Offrir un cadeau lors d'une fête créé une mauvaise relation sauf si le désir est sincère. Mais pourquoi refuser ces choses ? On ne peut pas... Mais celui qui est juste ne pratique pas la charité, il rencontre le coeur. Ou alors il agit sans être vu. Il ne rend pas service, il ouvre sa maison. Il n'offre aucun cadeau, mais on peut compter sur toute sa fortune et même plus s'il le faut.

XL

  Quelqu'un qui enseigne la vérité, il faut le fuir. Mais quelqu'un qui dit quelque chose de vrai, cela touche le coeur. Quelqu'un qui dit beaucoup de vérité touche beaucoup le coeur. Quelqu'un qui prétend dire la vérité mais force le coeur, il faut le fuir. Celui dont l'apparence dit : il a la vérité, touche-t-il le coeur ? S'il touche le coeur, il dit la vérité. Mais s'il ne touche pas le coeur, et si c'est seulement par impressionnement et crainte, ou désir d'un état meilleur sans savoir sur qui compter qu'on l'écoute, cela n'est pas bon...
  Si quelqu'un porte des habits spéciaux et enseigne la vérité, il faut le fuir.

  Personne n'enseigne la vérité, car elle ne s'enseigne pas, mais chacun a la vérité codée en lui. Les arbres poussent et donnent leur fruit sans mode d'emploi. L'univers tout entier trouve son ordre sans mode d'emploi. De même l'homme trouve son ordre sans mode d'emploi et apprécie ainsi la vérité.

XLI

  Rien de pire qu'une mauvaise parole.   On cause plus de violence par la bouche qu'en frappant. Celui qui gronde pénètre au coeur. Il ne faut jamais perdre patience et se mettre en colère contre un enfant de même qu'on n'oserait pas se mettre en colère contre quelqu'un qu'on ne connait pas. La lacheté de l'adulte lui fait appliquer la loi du plus fort et il déverse le mal sur l'enfant qu'il tourmente.
  Quand on subit une injustice physique, on pleurt et l'on se remet rapidement. Mais quand on subit une injustice, verbale, le coeur est touché, froissé, crispé comme un chiffon. Le chagrin s'installe pour plusieurs années. L'enfant est la perle de la création : tout enfant naît pur. Il purifie tout ce qui est venu avant. Un enfant restera pur s'il n'est pas aimé d'un amour trop attachant, si aucun exemple de caprice ne lui est donné, et s'il n'est pas contraint aux choses qu'il réprouve, mais qu'il est protégé et qu'on lui fait confiance, qu'il est élevé selon la nature, et qu'il n'entend jamais quelqu'un élever la voix.

XLII

  Les enfants appliquent les sentiments qu'on leur enseigne, pas seulement les paroles. L'adulte n'a pas raison : il refuse de voir. Les savoirs de l'adulte ne sont que des astuces pour contourner la vérité et sa maison, ses affaires, ses meubles et toutes ses possessions ne sont que des caprices. Quand il a toutes ces choses, il enseigne à l'enfant le caprice... Quand il se met en colère, il enseigne l'impatience. Si c'est pour quelque chose qui ne concerne pas les besoins naturels, il enseigne la futilité. Quand il parle avec sa raison d'adulte, il enseigne l'orgueil et la mauvaise foi. Les enfants apprennent tout cela et le pratiquent. Sans éducation et sans loi autres que celles de la sagesse, un enfant serait parfait.

XLIII

  Peut-on gâcher la plus grand des richesses ? On le peut : les adultes font cela depuis une éternité en éduquant leurs enfants et en leur faisant suivre leur exemple.

  Peut-on laver ce qui est complètement souillé ? On le peut : c'est ce qui arrive lorsqu'un enfant naît bien que ses parents soient souillés, lui est pur.

XLIV

  Quand tout le monde applique le mensonge, reste-t-il un homme capable de les relever tous ? Il en reste peut-être un, mais il est rempli de colère. Il ne se manifeste pas sans qu'on ait crié vers lui car il sait bien que dès que la vérité se présente, l'insensé la fuit ; ce n'est que le désarroi qui le tourne à nouveau vers la vérité. Alors, il est bon qu'il la reconnaisse lui-même, sans intervention. Si personne n'intervenait pour sauver personne, tout le monde se sauverait soi-même... c'est naturel.
  Quand la situation est désespérée, que peut-on faire ? Rien, sinon elle n'est pas désespérée. Celui qui nous propose une aide nous veut-il du bien ? Pas s'il demande quelque chose en échange, que nous croyions ou que nous fassions quelque chose...

XLV

  La méditation détruit l'homme, mais la vie le relève.  Car on entre en méditation par la vie, de même qu'une chandelle, après avoir brillé, se consume. Avant de libérer ses forces pour une chose, il faut s'assurer que ce n'est pas un orgueil.

XLVI

Contraindre les idées à ne pas nous envahir, y compris l'idée de soi, est le pouvoir de d'un homme admiré et craint - mais qui ne peut rien sans cela - ou il entre en colère. Qui le comprend ?

XLVII

Ne pas s'identifier à une idée, un courant, une doctrine ou un pays, ne pas se croire ceci ou cela, c'est un secret pour se réveiller. Mais en l'homme les forces qui n'ont pas été libérées n'attendent pas la vieillesse. Jeune, l'homme doit suivre son destin ; la sagesse sera son lot doux des vieux jours. Comment méditer sur un cheval qui saute ? Le laisser courir est la solution. Il finit par s'endormir, et il n'est pas immortel. Mais le cheval qui veut sauter et qu'une force contraint, ne devient-il pas plus incontrôlable ? Il ne faut pas se laisser emporter, voilà le secret.

XLVIII

  Celui qui cherche à se contrôler lutte contre lui-même. Celui qui ne contrôle pas ses passions est perdu. Celui qui ne cherche pas à se contrôler devient sage, lentement. Forcer sans raison amoncelle des nuages qui n'éclatent jamais.

XLIX

  Ne pas remercier Dieu pour les bienfaits et les joies qu'on a dans sa vie, c'est de la folie. Rendre gloire à Dieu, c'est aimer les oeuvres qu'il a fait dans la nature mais ne point y être attachés, car il y a bien plus précieux en l'homme. Dormir, manger, boire, cela fait partie des besoins naturels : c'est l'oeuvre de Dieu. Trouver des soucis, c'est manquer de confiance : ils viennent plus nombreux.
Il voit un ordre dans la matière qui vient de Dieu, celui qui reconnait le ciel, mais il n'est pas avare et ne compte pas ses ressources.

L

La vie passe comme une flèche, et celui qui n'a pas la sagesse n'a que des regrets.

LI

  Celui qui prie, ou doit-il prier ? Dans un lieu précis ? Nulle part et partout : car s'il un Dieu, ou est-il en particulier ?

  La confiance est supérieure à la prière.

LII

  Ce que tu rejettes te rejette et ce que tu aimes t'aime, la force de ton coeur peut relever tout ce qui est effondré. Toute chose rend l'identique.
  Ne méprise pas ce qui est laid d'aspect et par ton coeur cela deviendra beau. Ne méprise pas ce qui est beau ou cela pourra devenir laid.

LIII

  Pas d'intervention, pas d'opinion, pas de jugement, pas d'idée, pas d'objectif, pas de crainte, pas de critique, pas de réserve, pas d'objection, pas de soucis, pas de regrets, pas de désirs, pas de clause, pas de condition, pas de contrariété, pas de peur ... et n'importe quoi réussit.

LIV

Aucune arme ne protège. Toute arme demande à être utilisée. Toute arme menace le voisin parce qu'elle sera forcément utilisée un jour contre lui...

Que fait le sage, il détruit les armes et détruit les plans, son voisin ne le craint plus.

#2 Akina

Akina

    Azur

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Posté 07 juin 2005 à 10:26

J'ai un peu survolé ce texte... juste une petite question... en cour de route: qui en est l'auteur?

Sinon, il est riche... une belle attitude de vie, à prendre selon son point de vue... merci de l'avoir mise... ces rappels sont... utiles. De belles valeurs, souvent dites... mais toute confession confondue, ce qui est juste, nous le savons... est caché, quelque part en nous
"Il est troublant de découvrir combien de gens pensent qu'ils ne peuvent apprendre et combien plus encore croient que c'est là chose difficile. Muad'Dib savait que chaque expérience porte en elle sa leçon."

Extrait de L'humanité de Muad'Dib, par la Princesse Irulan