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[AJH] 6 - Le coût réel d'un investissement public


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4 réponses dans ce topic

#1 AJH

AJH

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Posté 23 juillet 2004 à 13:07

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Bonjour

Pour se détendre un peu, je commence par un petit conte.

Comment le sultan IFO s’aperçut qu’il pouvait faire beaucoup sans dépenser...

Il y eut une fois, il y a fort longtemps, dans un pays qui s’appelait La Francassie, une terrible tempête océane.
Des forêts entières furent abattues, mais surtout, le peuple de l’Ouest vécut de très longues journées sans électricité, les pylônes et les lignes ayant été abattus.

Le sultan IFO  manda son Grand Argentier et lui tint à peu près ce langage :
— Monsieur le Grand Argentier, je désire que l’ensemble des câbles électriques de la Francassie soit enterré, afin que si survient de nouveau un jour une si terrible tempête, le bon peuple n’en souffre plus et que les techniciens de l’électricité puissent passer les fêtes de fin d’année tranquillement au coin du feu, avec leur famille, au lieu de grimper sur des pylônes dans le froid et la pluie. Ceci également rendra plus accueillants les paysages de notre merveilleux pays pour les millions d’étrangers qui le visitent chaque année au grand bénéfice de notre balance des paiements.

Le Grand Argentier obtempéra, appela le directeur général de la Distribution d’Électricité en Francassie (D.E.F.) et lui transmit les souhaits du Sultan.
— Impossible, lui répondit celui-ci, cela coûterait 100 Milliards de francass TTC (soit 83 M de francass HT), nous n’en avons pas les moyens.

Le grand Argentier rapporta cette conversation au sultan IFO qui réfléchit quelques jours et ordonna que :
• La D.E.F. soit maître d’œuvre de l’enfouissement des lignes électriques en Francassie.
• Qu’elle prendrait les sous-traitants qu’elle souhaitait  
• Que les travaux seraient payés au fur et à mesure des avancements par l’État qui les financerait, ainsi elle n’aurait nul besoin de crédit bancaire, mais aux conditions suivantes :
- Qu’il n’y ait aucune importation, de matières ou de produits finis. Tout devait être extrait et transformé en Francassie.
- Que les entreprises sous-traitantes ne fassent, sur ce chantier, aucun bénéfice. C’est-à-dire que le flux d’argent entrant devait être intégralement distribué, soit en salaires, soit en paiement de fournisseurs amont, soit en Taxe Vraiment Admirable (1) qui était un impôt sur l’ajout de la valeur que réalisait chaque créateur de biens ou de service,  soit en charges en retour à l’État. Il n’y aurait donc aucun impôt sur ces sociétés puisqu’elles ne faisaient pas de bénéfices.
- Que seuls des salaires seraient payés, du balayeur au directeur, de telle manière que chacun ait la juste rémunération de son labeur et que chacun s’engage à dépenser ces salaires dans le commerce, au fur et à mesure, et à ne pas les immobiliser dans d’éventuels placements financiers que proposaient encore les banques de l’époque. Les actionnaires, n’ayant aucun labeur réel dans cette opération (ils se contentaient de toucher des jetons de présence aux Assemblées générales), n’auraient aucun dividende.
- Les amortissements seraient intégrés dans les coûts, à charge pour les entreprises d’effectuer les investissements de remplacement dans le cadre défini ci-dessus.

La D.E.F. chercha quelque temps les entreprises qui acceptaient ces conditions, et finalement en trouva deux, en décidant de se charger elle-même de faire les nœuds aux extrémités des câbles, travail difficile et dangereux s’il en était.
- La société DUFIL qui fabriquait les câbles,
- La Société LETROU qui se chargeait de réaliser les tranchées et de poser les câbles au fond de ses trous.

Et l’on se mit au travail.
Je vous passe les difficultés que rencontrèrent les entreprises pour éviter toute fuite de francass à l’exportation, par exemple lorsqu’elles avaient besoin d’acheter une pelleteuse mécanique, du ciment, ou des ordinateurs, avec la certitude que tous les composants étaient fabriqués en Francassie et que les matières premières qui servaient à les fabriquer ou à les faire fonctionner venaient également de Francassie. Mais il est inutile de rentrer dans ce genre de détail.

Au bout du compte, tous les câbles furent enterrés en une année et la Francassie retrouva ses paysages naturels.

Le grand Argentier mit plusieurs mois à comprendre comment l’enfouissement des câbles n’avait rien coûté à l’État francassien et avait permis une augmentation substantielle de l’activité et par conséquence une diminution importante du chômage qui, à l’époque, frappait durement la Francassie.
Il est vrai que, depuis sa sortie de l’ENA (2), il avait toujours été ministre du Sultan, et chacun sait bien que les ministres sont très peu au courant des véritables réalités économiques...
Mais il y avait, fort heureusement, quelques conseillers qui eux ne venaient pas de l’ENA, dans son ministère. Ils lui donnèrent quelques cours du soir et lui expliquèrent, pas à pas, ce qui s’était passé.

Le Grand Argentier finit par comprendre que toute production de biens réels ne coûte que du travail et des marges imbriqués, les matières premières étant fournies gratuitement par la nature (celle-ci n’ayant pas de compte en banque) et donc que seul coûte, en salaires, le travail pour les extraire ou les transformer.
Que l’argent ne se consomme pas et qu’il circule de mains en mains ! Que les chaînes en cascade représentent des cycles !
Que tant que de la capacité de travail est disponible, l’injection de francass dans l’économie ne coûtait rien à l’État, sous réserve bien sûr qu’il ne doive pas payer de quelconques intérêts sur cette monnaie, fiduciaire ou scripturale, car, en définitive, tout argent donné par l’État revient à l’État.

Les agents de la D.E.F. passèrent, jusqu’à leur dernier jour, les fêtes de fin d’année avec leurs familles, malgré les autres tempêtes océanes dues au dérèglement général du climat sur la Planète, jusqu’à ce que celle-ci reprenne son équilibre au fur et à mesure de la diminution de la pollution et de l’excès d’activité des hommes.
Mais ceci est une autre histoire.

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1) TVA: Taxe Vraiment Admirable dans la mesure ou elle a réussi à faire que ce soit les entreprises qui soient devenues percepteurs de l'Etat .. mais ceci est un autre débat..
2) ENA: Ecole Nullement Adaptée ... est ce vraiment nécessaire de s'apesantir ? :-)

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Une démontration "mathématique" simplifiée de ce conte, dans lequel j'ai pris l'exemple d'une réalisation d'un ouvrage collectif écologiquement nécessaire ( le ferroutage nord/sud dont le coût estimé était justement, il y a quelques années, de 100 Milliards de francs : désolé, je suis encore en francs :)  ), peut être téléchargée sur: http://www.local.att...ents/doc20.pdf(ca fait # 80 Ko). Il s'agit d'un document en support d'une petite intervention locale lors d'un "Café Attac Citoyen(CAC)"
La démonstration complète se trouve pages 117 à 125 sous le titre: " Comment toute création de biens et services commandés par l'Etat ... ne coûte rien à la collectivité si ce n'est du travail, ne nécessite pas d'impôts supplémentaires, induit une activité multiplicatrice et crée des emplois."
Il y est également démontré que sous certaines conditions:
- toute injection par l'Etat, à utilité de travaux collectifs qu'il commande aux entreprises privées, revient intégralement à l'Etat au terme d'un certain nombre de cycles (de l'ordre de 4 à 5 ans)
- que pour une injection de 100 MdF l'activité totale générée s'établit à 420 MdF car les activités secondaires générées ont un effet multiplicateur
- que, toujours pour une injection de 100 MdF, les salaires bruts distribués le sont pour un total de 246 MdF, et donc que le coefficient multiplicateur des salaires est de 2,46.
- Que 246 MdF , pour une moyenne de salaire brut de 150.000 F annuel, représentent ceux de 1.640.000 emplois, qui deviennent pérennes s’il y a injection de 100 MdF de commandes publiques annuelles. Ces emplois supplémentaires permettent soit de diminuer les prestations d’Assedic (donc les charges salariales et patronales), soit d’augmenter les prestations compensatoires envers les laissés-pour-compte de la société.
- Que les charges sociales redistribuables représentent 157 MdF.
Ce que l’on peut y voir aussi, compte tenu de la vitesse annuelle de rotation de la monnaie (actuellement entre 4 et 5) c’est qu’au terme d’une rotation, c’est-à-dire une année, L’État a déjà récupéré 75 % et le total des charges redistribuées a atteint 116 MdF.

Ces démonstrations restent valables quel que soit le bien ou service d’intérêt général, même s’il s’agit d’une bibliothèque municipale, sous réserve que ce soit l’État qui finance (ou rembourse la commune de son « avance de trésorerie », ce qui revient au même).

Conclusions
Les grands et petits travaux, biens collectifs d’utilité publique, présentent des avantages certains :
- Ils procurent les biens d’équipement collectifs, vitaux pour le pays.
- Ils procurent du travail à ceux qui n’en ont pas.
- Ils permettent la création d’activités individuelles secondaires.
- Ils permettraient, en injectant moins de 200 MF, de résorber totalement le chômage et l’exclusion, sous réserve que la main-d’œuvre qualifiée soit disponible.

Cette étude invite aussi à se poser quelques questions fondamentales:
- Pourquoi l’État a t-il abandonné son droit de créer l’argent dont il a besoin, avec pour conséquence qu'il doit donc maintenant couvrir les déficits ( qui correspondent grosso-modo aux intérêts payés) en empruntant sur le marché financier?
- Pourquoi refuse t-il de lancer les grands travaux dont nous avons besoin (ferroutage, enfouissement des lignes électriques, investissement dans la recherche, développement des énergies renouvelables, indépendance logicièle et informatique, etc, et en allant plus loin, l'aide aux PVD sous forme de "plan Marshall")

Je n'ai pas de réponse à ces dernières questions ... Qui nous a mis dans cette "m...e" en négociant le Traité de Maastricht? Quels fonctionnaires, quels "politiques", de quel droit et pour quels avantages personnels (ou simplement par bétise) ? ... et tout cela me rend furieux! :tresfache:
.
L'État dit "je n'ai pas d'argent", alors qu'il a tout fait pour ne pas en avoir.
L’État dit "je n’ai pas d’argent pour créer de l’emploi ", alors que l’emploi n’en consomme pas,


"Coûter cher" signifie simplement "coûter beaucoup de travail... "
C’est justement l’objectif recherché pour résorber le chômage.


Cordialement

AJH

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Ce message a été modifié par EcliptuX - 31 juillet 2004 à 10:01.


#2 pierre_t

pierre_t

    et là, ça marche ?

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Posté 24 juillet 2004 à 11:44

Merci pour ces textes très instructifs ça donne des belles idées :)

Mais, pourquoi, à l'école, en cours économie on apprenait les pourcentages, le PIB, quelques outils mathématiques de base, mais jamais ça ?

A croire que l'école n'a pas pour but d'éduquer les citoyens...

#3 Mike

Mike

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Posté 24 juillet 2004 à 12:20

SUPER.....

On embauche un million de fonctionnaires en plus pour aider la société à mieux fonctionner (police, magistrature, personnes âgée), on crée de l'emploi, on soulage les caisses du chômage, et l'argent (des bas salaires)  est dépensé en France.

YACA..... Si cela pouvait être aussi simple !!!!

Les états ne fonctionnent pas (plus) en vase clos, ils importent et exportent des volumes énormes de biens de consommation.

Créer de l'emploi n'est pas créer de la richesse, c'est de la propagande de gauche qui vous martèle cette contre vérité depuis 50 ans.

C’est ce que nous sommes capable de produire qui est en fait le moteur de la richesse, il ne faut pas être universitaire pour comprendre cela.

La création de services est la conséquence d’un tissu industriel productif qui devient demandeur de prestation de service et jamais l’inverse.

Dépenser l’argent de l’état (qui est le nôtre ) embaucher plus de fonctionnaire, créer des postes supplémentaires dans les services, ne seront jamais productif de richesse s’il ne représentent pas une réponse à une réelle demande venant des secteurs qui ont la productivité.

Ce message a été modifié par Mike - 24 juillet 2004 à 12:34.

FIN D'UN EMPIRE

#4 AJH

AJH

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Posté 24 juillet 2004 à 14:35

Mike, le Samedi 24 Juillet 2004, 12:27, dit :

SUPER.....

On embauche un million de fonctionnaires en plus pour aider la société à mieux fonctionner (police, magistrature, personnes âgée), on crée de l'emploi, on soulage les caisses du chômage, et l'argent (des bas salaires)  est dépensé en France.
YACA..... Si cela pouvait être aussi simple !!!!


Bonjour

Où ai je écrit ou sous entendu  cela ( ce qui ne veut pas dire que je ne le pense pas: je pense que  oui, c'est presque aussi simple, mais c'est un autre débat qui n'a rien à voir avec mon post ... )?
J'ai écrit:
Il y est également démontré que sous certaines conditions:
"- toute injection par l'Etat, à utilité de travaux collectifs qu'il commande aux entreprises privées, revient intégralement à l'Etat au terme d'un certain nombre de cycles (de l'ordre de 4 à 5 ans)"
=> L'Etat n'est qu'un donneur d'ordre...

Citation

Les états ne fonctionnent pas (plus) en vase clos, ils importent et exportent des volumes énormes de biens de consommation...

Ben oui, et alors ? ... Actuellement 30% du PIB et pour info la France est plus exportatrice qu'importatrice (en valeur monétaire, évidemment..)...
Mais vous voulez prouver quoi ?  ... qu'il faut mettre les français à la chaîne pour fabriquer des stylos billes  ou tout autre objet sans quasiment de valeur ajoutée ?


Citation

Créer de l'emploi n'est pas créer de la richesse, c'est de la propagande de gauche qui vous martèle cette contre vérité depuis 50 ans.

C’est ce que nous sommes capable de produire qui est en fait le moteur de la richesse, il ne faut pas être universitaire pour comprendre cela.

La création de services est la conséquence d’un tissu industriel productif qui devient demandeur de prestation de service et jamais l’inverse..

Le tertiaire représente plus de 60% des échanges....  on n'en est plus dans une société où l'industrie était primordiale. Ceci dit,  je ne nie pas la nécessité d'un tissus  industriel productif, au contraire puisque je donne en exemple la création de grands travaux d'utilité publique ... par les entreprises privées....
Mais ce qui est amusant dans votre raisonnement c'est que vous argumentez sur des points que je n'ai jamais soutenu, vu que ma démontration tends à démontrer que  toute production de biens réels ne coûte que du travail ... et je souligne "biens réels" .... ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit...
Mon prochain post, demain ou après demain, sera justement sur la différienciation "biens réels"/ "biens symboliques"

Citation

Dépenser l’argent de l’état (qui est le nôtre ) embaucher plus de fonctionnaire, créer des postes supplémentaires dans les services, ne seront jamais productif de richesse s’il ne représentent pas une réponse à une réelle demande venant des secteurs qui ont la productivité.

L'argent ne se dépense pas, il ne fait que suivre des cycles et revient toujours à l'état (la collectivité, nous), sauf dans le cas d'épargne (où il ils bloqué dans son cycle) et dans le cas "d'exportation" (les bahamas par exemple)  où il sort complètement du circuit en nous appauvrissant... on voit bien que vous n'avez pas lu le document pdf téléchargeable... http://www.local.att...ents/doc20.pdf
C'est aussi ce que les libéraux ne semble pas avoir bien compris; il y a des fonctionnaires productifs (en services, services à la collectivité,, puisque c'est leur rôle).
De toute façon, on dirait que vous n'avez pas réfléchi "" va l'argent distribué aux fonctionnaires (sous forme de salaires) ... ce n'est pas eux qui l'envoient dans les paradis fiscaux ... non, il reste dans le circuit commercial et vivifie le commerce et donc la production de biens...
N'oublions pas qu'il ne sert à rien de produire beaucoup de biens si la population ne dispose pas de la monnaie suffisante pour les acheter...
Contrairement aux libéraux, je pense qu'il faut d'abord "distribuer" la monnaie pour créer la demande...

Cordialement

AJH

#5 EcliptuX

EcliptuX

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Posté 31 juillet 2004 à 13:00

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