Bon alors, par où commencer … il y a tellement de choses là-dedans, quel fouillis !
Je crois que je vais faire en vrac avec les réponses de Gwelan et de Tearseller sur le sujet, sinon je ne m’en sortirai jamais, tant vos post m’ont fait réagir à toutes les phrases
D’abord, je suis toujours époustouflée par la réactivité énorme, souvent choquée, parfois même blessée, de certains hommes à cette notion d’instinct maternel développée par des femmes. Je pense qu’il y a une composante de défense, un peu comme si certains éprouvaient la crainte qu’on ne leur prenne quelque chose, ou qu’on leur dénie la capacité de ressentir autant d’amour qu’une femme pour leur enfant.
Je peux comprendre, surtout étant donné le subtil travail de sape que certaines femmes sont capables de mener auprès de leurs enfants afin de les utiliser comme arme contre un homme qu’elles n’estiment plus … mais bref, passons, c’est un autre débat encore.
Pourtant, si l’instinct maternel existe bel et bien, s’il peut-être d’une puissance exceptionnelle, il n’annihile pas pour autant la relation, aussi forte et puissante, que peut avoir un père à son enfant. Mais un homme n’a pas, je pense, à revendiquer une relation « maternante » à son enfant pour faire valoir sa paternité et la qualité de son amour. Il a une relation bien à lui, différente. Il n’est pas une deuxième mère, il est un père, avec toute sa singularité. Qu’un enfant ait avec sa mère une relation privilégiée ne veut pas dire que cette dernière a le monopole de l’affectif, et qu’une autre relation tout aussi forte ne puisse se mettre en place … mais d’une autre nature.
Une différence n’implique pas forcément qu’il y ait quelque chose de mieux et quelque chose de moins bon,.
On ne « vole » rien à personne, Gwelan
Je ne revendique pas l’exclusivité de « la chair » comme tu dis. Mais en tant que mère, je ne peux y échapper, la relation à mon enfant EST de chair. En tant que père, je pense qu’on peut choisir de la vivre ainsi ou non.
Ensuite, j’ai l’impression qu’on fait un joyeuse confusion, probablement aussi de mon fait, entre instinct et amour maternel.
On peut éprouver un instinct maternel sûr, et pourtant peu d’amour, et inversément. Ce n’est pas forcément lié comme je pourrais l’avoir laissé entendre dans mon post un peu passionné d’hier
Je pense que certaines femmes de pays dits « sous-développés », mettant au monde un enfant tous les 18 mois, ayant « l’habitude » d’en voir mourir un certain nombre, n’éprouve peut-être pas toujours la même dévotion que les mères occidentales pour leurs rejetons, le même amour sans condition, mais possèdent pourtant un instinct bien plus sûr que nous, occidentales, pour s’en occuper. Comparez simplement la façon de porter et de manipuler un enfant, entre une africaine et une française, y a pas photo : la première sait y faire sans même y penser, la seconde est gauche, empruntée, dépossédée de cet instinct par tout un vernis empesé de culture.
La première porte sur elle son bébé, comme une seconde peau, parce qu’elle « sait » sans le savoir qu’un petit a besoin de ce contact et ces stimulations vestibulaires dans son développement psycho-affectif, elle donne le sein sans s’occuper de combien ni comment, avec tellement de simplicité, de naturel. Alors que la seconde ballade son môme dans une jolie poussette rutilante, le regarde interloquée quand il se met à hoqueter, hésite, prend, remet l’enfant, ne sait pas ce qu’il veut et s’exaspère.
C’est ça dénaturer un instinct, et on y a excellé chez nous
Dans mon dico, l’instinct est défini comme étant « une tendance innée et puissante à des actes déterminés, exécutés parfaitement sans expérience préalable et surbordonnés à des conditions du milieu »
Vous trouvez qu’on a ça, chez nous en occident, envers nos petits ? Pour le retrouver, il faut d’abord gratter et gratter au fond de soi, et parvenir à s’abstraire du jugement de la société. Alors là, oui, peut-être…
Mais de toute façon, que tu appelles ça instinct maternel ou instinct de conservation, Tearseller, ma foi ça a peu d’importance. C’est un instinct qui, s’il n’est pas contrarié/modifié/muselé par des contraintes sociales, permettrait aux mères de s’occuper de leurs nourrissons avec les bons gestes et de la meilleure façon qui soit en vue de la conservation de l’espèce.
Et l’instinct, en effet, qu’est-ce d’autre qu’une certaine forme de déterminisme biologique, en effet ?
Bon, Gwelan, quand tu dis :
Accorder à la mère un privilège absolu du fait que la femme porte l'enfant dans son ventre, est une désinformation typique. Combien de futures mères au contraire, se plaignent de cette déformation occasionnée à leur corps ? Combien gémissent en permanence de tous les désagréments physiques, les nausées, les plus rien à se mettre, etc ...
Il ne s’agit pas de privilège absolu, mais encore une fois d’un fait biologique incontournable. Qu’elle aime ça ou non, qu’elle fasse des chichis ou non, une femme porte bel et bien son enfant en elle.
Que certaines gémissent et s’en plaignent, encore une fois, il s’agit pour moi d’une déformation culturelle : dur dur de supporter petites et grands maux dans une société où la douleur devient quelque chose d’indécent, à éradiquer absolument. Dur de ressembler à une baleine dans une société où les petits culs pointus sont étalés partout comme la norme. Dur de rester sereine en étant enceinte, dans une société où la grossesse passe pour une pathologie à haut risque.
Encore une fois, ailleurs que chez nous, tu entendras peu de femmes se lamenter et faire un foin d’une grossesse, elles trouveraient ça ridicule.
Mais tu peux tourner ça comme tu veux, si toi tu as eu un contact privilégié avec ton bébé dans le ventre de sa mère, ce en quoi je crois absolument (et j’ai adoré ton récit J), c’est entre toi et lui. Entre elle et lui, il y a eu les frôlements internes, le ventre qui durcit et se moule à l’enfant, les coups de pieds, les pincements, le poids dans le bassin, la communication interne. Y a rien à faire, c’est là.
Tu dis encore :
Après la naissance, sa mère qui avait une certaine idée de sa silhouette avait opté pour ne pas nuire à ses seins, et ce qu'il y a de bien avec le biberon, c'est que les pères peuvent le donner. Surtout la nuit d'ailleurs, quand la mère s'est fait assez chiée pendant neuf mois pour que le bonhomme partage un peu les désagréments de la chose.
Cadeau pour un homme çà ! Meme si le biberon de 4h finissait généralement par un endormissement systématique, et de la fille et du père.
Bon, là je me préfère me taire, sinon on va encore partir sur autre chose.
Je dirai seulement que si le biberon est un « cadeau » pour un homme, il l’est nettement moins pour un enfant, mais bon.
Cela dit, encore une fois, il n’y a pas besoin de « mimer » le rôle d’une femme (ici le fait de nourrir un bébé) pour relationner avec son bébé, même si je comprends que ça peut être gratifiant.
Maintenant ça :
Vous exagérez souvent et vous me faite de la peine à ne vouloir voir dans vos pères, vos hommes ou vos fils, que des bourdons.
Mais, c'est peut-etre parce qu'au fond, c'est comme çà que vous nous voulez, histoire de bien garder çà pour vous.
Aaaah, là je crois qu’on commence à toucher le cœur de ce message, et ce qui génère cette réaction émotionnelle … non ?
Et là, je vais peut-être t’étonner, mais je suis entièrement d’accord avec toi.
Je pense que malheureusement, il y a souvent une dimension narcissique dans la relation mère-enfant, un plaisir très égocentrique de se sentir le centre du monde, et un déni à l’enfant qu’il soit une personne à part entière, et ne leur appartienne pas en propre.
Tearseller caresse ce thème aussi dans un de ses messages, surtout quand il remet en cause carrément l’importance/l’utilité du lien parental, en arguant (je ne me souviens pas des termes) qu’on étouffe plus les enfants qu’on ne les épanouit.
Bon, pour moi, le but ultime est bien évidemment aussi de voir son enfant s’envoler, libre et autonome, et quitter les bras protecteurs de sa mère sans regret. Mais ce dont je suis de plus en plus convaincue, c’est que cette autonomie ne peut vraiment s’acquérir que sur des bases affectives/sécuritaires solides et profondes. Sinon elle n’est que de façade, et une dépendance affective sous-jacente à quelqu’un ou quelque chose sera toujours présente.
Quels sont les fondations de cette sécurité primale ? Un mammifère donne et reçoit de l’amour par le contact. Un bébé, comme n’importe quel mammifère, a besoin d’être touché, caressé, de rester lové jour et nuit contre un corps aimant, de téter jusqu’à plus soif de lait et d’amour ; il a besoin de la chaleur et de l’odeur de la peau de sa mère quand il débarqué, perdu, de neuf mois de bercements utérins. Ce sont les seuls repères, les seuls ancrages qu’il ait, et je pense que c’est vital pendant de longs mois, jusqu’à ce que de petit marsupial inachevé, il devienne bambin capable de prendre un peu de champ.
Voilà où se situe, selon moi, le rôle central et primordial de la mère. Et durant cette période de « gestation prolongée », tant de choses passent et se passent de mère à enfant, tant de choses fondamentales.
Aujourd'hui, c'est normal, quand un couple divorce, la famille reste autour de la mère et du nouveau bourdon de la mère, et le père n'a plus que la solitude et la pension, ou à devenir le bourdon d'une autre mère, pour pouvoir élever des gosses qui ne sont pas les siens.
C'est comme çà dans 95% des cas !
Vrai. Triste réalité actuelle en effet.
Ce sujet encore quasi tabou m’a déjà valu de me faire exclure d’un forum très majoritairement « féminin », qui ne supportait pas qu’on discute de ça sous un autre angle que celui de la « pauvre mère seule dont le mari ne paie pas les pensions alimentaires », et de ce qui sous-tendait généralement l’attitude des femmes dans ce domaine.
Difficile remise en question.
Bon, là je m’arrête, j’ai un gâteau d’anniversaire à faire