"... Ce qui dans les mortels est immortel et possède la vérité est un dieu ferme en nous, énergie s'exerçant en nos pouvoirs divins... Sois exaltée, ô Force, perce tous les voiles, manifeste en nous les choses du Divin." (RIG-VEDA)
Tout d'abord un constat : on peut observer et remarquer qu'il y a un élan qui anime l'être humain, comme une force qui le pousse à se dépasser lui-même, comme une aspiration à repousser ses propres limites. L'être humain recherche la perfection, la vérité, le bonheur et pourquoi pas, la vie éternelle. Comme le dit Aurobindo "c'est l'invincible élan de l'homme vers Dieu, vers la Lumière, la Béatitude, la Liberté, l'Immortalité."
Et pour rendre compte de la vision d'Aurobindo, il faut avoir à l'esprit le point clé suivant : on suppose et on accepte "que la Vie est déjà involuée dans la Matière, et le Mental dans la Vie, parce qu'en essence la Matière est une forme voilée de la Vie et la Vie une forme voilée de la Conscience,...." et logiquement, on peut alors dire que la Conscience mentale est elle-même une forme voilée d'états supérieurs qui sont au-delà du Mental.
En fait il s'agit de constater et d'affirmer haut et clair la primauté de l'Esprit. L'esprit est le tissu, la trame même du réel. Et le Mental, la Vie, la Matière sont autant de manifestations de cet Esprit. Matière, Vie et Mental sont donc "organiquement" interreliés. Aurobindo parle d'involution de l'esprit dans la création et d'évolution comme la manifestation progressive par la Nature de ce qui, "involué", dormait ou oeuvrait en elle. C'est la réalisation patente de ce qu'elle est dans le secret.
Il y a donc un double mouvement de :
-- descente de l'esprit jusque dans les fins fonds de la matière et de l'inertie apparemment morte, sans vie et dénuée de conscience,
-- de même qu'il y a une montée de cet esprit emprisonné dans la matière; une émergence de ce qui était caché et potentiel; une manifestation progressive de la vie, puis de la conscience hors de cette matière.
C'est en tout cas la vision la plus simple qui se présente quand il s'agit de rendre compte et de "mettre en accord la Vie active avec une Matière première de forme dont la caractéristique semble être l'inertie; mettre en accord le Mental conscient et la volonté consciente avec une Forme et une Vie qui en elles-mêmes ne sont pas conscientes de soi.
C'est une autre façon de considérer l'évolution qui devient en fait la manifestation de ce qui est déjà présent et caché, de ce qui est involué. L'exact opposé de la thèse matérialiste contemporaine qui tente, laborieusement et sans grands succès, d'expliquer la vie comme une combinatoire génétique, moléculaire, enzymatique, biochimique, etc...... qui permettrait l'émergence et l'avènement de ce mystère encore incompris (par les scientifiques et les êtres humains en général d'ailleurs...) de la Conscience.
Aurobindo constate "l'élan impérieux par lequel la Nature cherche à évoluer au-delà du Mental, de la même façon qu'il y a déjà l'élan vers la Vie que la Nature a fait germer en certaines formes de la Matière, ou l'élan vers le Mental qu'elle a fait germer en certaines formes de la Vie."
Et, ce qui est fondamental aussi, c'est que dans chaque cas, cet élan, cette volonté d'être plus, d'exister pleinement, de repousser les limites, fait apparaître graduellement des organes et des facultés nécessaires et nouvelles.
Ainsi, "l'homme lui-même pourrait bien être un laboratoire vivant et pensant en qui, et avec la coopération consciente de qui, la Nature veut élaborer le surhomme, le Dieu, ou plutôt, ne devrions-nous pas dire, manifester Dieu ?"
Et Aurobindo de conclure ce premier chapitre de "La Vie Divine" (tome 1, dans la traduction dirigée par Jean Herbert, aux éditions Albin Michel) :
"S'il est vrai que l'Esprit est "involué" dans la matière et que la Nature visible est le Dieu caché, le but le plus haut et le plus légitime que l'homme puisse avoir sur terre est de manifester le divin en soi, de réaliser Dieu au-dedans et au-dehors de soi."
Comme toujours avec Aurobindo, le texte est dense et souvent difficile (très...). Mais d'une remarquable clarté. Et tellement novateur qu'il mérite qu'on se penche avec attention sur cette vision du monde et de l'être humain. Car il s'agit pour Aurobindo, ni plus ni moins, de décrire en détails les relations qui unissent l'Univers et l'Indivividu.
Voilà, pour se mettre en appétit, ce que j'ai trouvé à dire en relisant le premier chapitre de "La Vie Divine " d'Aurobindo. Une oeuvre majeure et quasiment inconnue en France, je crois, qui n'existe d'ailleurs qu'en édition de poche, en quatre volumes chez Albin Michel, avec le plus souvent un, deux voire trois parmi les quatre volumes indisponibles......
Ce texte, comme la"Bhagavad-Gîtâ" traduite et commentée par le même auteur, fait partie des enseignements très précieux qui sont pour moi, depuis quelques années, un viatique qui nourrit mon esprit.
Je m'efforcerai de donner encore à lire quelques autres chapitres dans les "posts" à venir, aussi longtemps et du mieux que je pourrai.
Emporté dans le voyage,
Le pèlerin de l'espace et du temps que je suis,
S'efforce de transformer en spirale évolutive ascendante
La ligne brisée de l'Ignorance.
Bon appétit !!!












