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Massacre de Sabra et Chatila


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8 réponses dans ce topic

#1 achelhi

achelhi

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Posté 24 septembre 2004 à 20:27

Bonsoir,

Le 18 septemebre dernier a eu lieu un bien triste anniversaire celui du massacre de Sabra et Shatila, mais qui s'en soucie ? Surement pas les medias au service du NOM !!!

http://www.palestine...icle_1074.shtml

" je ne vous pardonnerai jamais d'avoir bouleversé un pays que j'aimais, dans une débauche monstrueuse de bêtise et de mort. Dans les camps de Sabra et Chatila, mon père et ma mère, que j'ai perdus dans l'holocauste, ont été assassinés pour la seconde fois.» écrivait peu de temps après le massacre de sabra et chatilla , Itzhak Orpaz, romancier.


Le massacre de sabra et chatilla est un crime contre l'humanité! que ça reste gravé dans nos mémoires!

Ce message a été modifié par achelhi - 24 septembre 2004 à 20:29.


#2 achelhi

achelhi

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Posté 24 septembre 2004 à 20:31

Le 16 Septembre 1982 ...

Al Faraby

En date du 6 juin 1982, l'armée israélienne a envahi le Liban. L'opération israélienne, préparée de longue date, est baptisée "paix en Galilée".

Initialement, le gouvernement israélien avait annoncé son intention de pénétrer sur 40 km dans le territoire libanais. Le commandement militaire, sous la direction du ministre de la défense, le général Ariel SHARON, a cependant décidé d'exécuter un projet plus ambitieux que Sharon avait préparé depuis plusieurs mois. Après avoir occupé le sud du pays, et y avoir détruit la résistance palestinienne et libanaise, tout en commettant déjà une série d'exactions contre la population civile , les troupes israéliennes ont effectué une percée jusqu'à Beyrouth, encerclant à partir du 18 juin 1982 les forces armées de l'Organisation pour la Libération de la Palestine, retranchées dans la partie ouest de la ville.

L'offensive israélienne, et notamment les bombardements intensifs sur Beyrouth, auraient occasionné, selon des statistiques libanaises, 18.000 morts et 30.000 blessés, en très grande majorité des civils.

Après deux mois de combat, un cessez-le-feu a été négocié par l'intermédiaire de l'émissaire des Etats-Unis, Philippe HABIB. Il a été convenu que l'O.L.P. évacuerait Beyrouth, sous la supervision d'une force multinationale qui se déploierait dans la partie évacuée de la ville. Les Accords Habib envisageaient que Beyrouth-Ouest soit éventuellement investi par l'armée libanaise, et des garanties américaines étaient données au leadership palestinien pour la sécurité des civils dans les camps après leur départ.

L'évacuation de l'O.L.P. s'est terminée le 1er septembre 1982.

Le 10 septembre 1982, les forces multinationales ont quitté Beyrouth. Le lendemain, Ariel SHARON annonçait que "deux mille terroristes" restaient encore dans les camps de réfugiés palestiniens autour de Beyrouth. Le mercredi 15 septembre, après l'assassinat la veille du président-élu Bachir GEMAYEL, l'armée israélienne occupait Beyrouth-ouest, "encerclant et bouclant" les camps de Sabra et de Chatila, habités uniquement par une population civile palestinienne et libanaise, l'entièreté des résistants armés (plus de 14.000 personnes) ayant évacué Beyrouth et sa banlieue .

Historiens et journalistes s'accordent pour admettre que c'est probablement lors d'une rencontre entre A. SHARON et B. GEMAYEL à Bikfaya le 12 septembre, qu'un accord a été conclu pour autoriser les « Forces libanaises » à « nettoyer » ces camps palestiniens . L'intention d'envoyer les forces phalangistes dans Beyrouth-ouest avait déjà été annoncée par SHARON le 9 juillet 1982 et dans sa biographie, il confirme avoir négocié l'opération lors de la rencontre de Bikfaya.

Selon les déclarations d'Ariel SHARON au Knesset (parlement israélien) en date du 22 septembre 1982, l'entrée des Phalangistes dans les camps de réfugiés de Beyrouth fut décidée le mercredi 15 septembre 1982 à 15h30. Toujours selon le général SHARON, le commandant israélien avait reçu comme instruction : "Il est interdit aux forces de Tsahal d'entrer dans les camps de réfugiés. Le ratissage et le nettoyage des camps seront effectués par les Phalanges ou l'armée libanaise".

Dès l'aube du 15 septembre 1982, des chasseurs bombardiers israéliens ont commencé à survoler Beyrouth-ouest à basse altitude et les troupes israéliennes ont entamé leur entrée dans Beyrouth-ouest. A partir de 9h du matin, le général SHARON a été lui-même sur place pour diriger personnellement la poursuite de la percée israélienne, et s'est installé au quartier général de l'armée au carrefour de l'ambassade du Koweit, situé à la limite de Chatila. Du toit de cet immeuble de 6 étages, on pouvait parfaitement observer la ville et les camps de Sabra et Chatila.

Dès midi, les camps de Sabra et Chatila, qui forment en réalité une seule zone de camps de réfugiés au sud de Beyrouth-ouest, sont encerclés par des chars et par des soldats israéliens, qui installent tout autour des camps des points de contrôle permettant de surveiller les entrées et les sorties. Durant la fin de l'après-midi et la soirée, les camps sont bombardés au tir d'obus.

Le jeudi 16 septembre 1982, l'armée israélienne contrôle l'ensemble de Beyrouth-ouest. Dans un communiqué, le porte-parole militaire déclare "Tsahal contrôle tous les points stratégiques de Beyrouth. Les camps de réfugiés, incluant les concentrations de terroristes, sont encerclés et fermés".

Au matin du 16 septembre, l'ordre 6 est donné par le haut commandement de l'armée : "Searching and mopping up of the camps will be done by the Phalangists/ Lebanese Army"

Pendant la matinée, des obus sont tirés vers les camps depuis les hauteurs environnantes et des tireurs d'élite israéliens postés autour, tirent sur des personnes se trouvant dans les rues. Vers midi, le commandement militaire israélien donne aux milices phalangistes le feu vert pour l'entrée dans les camps de réfugiés. Peu après 17h, une unité d'environ 150 Phalangistes entre par le sud et le sud-ouest dans le camp de Chatila.

Lorsque le général Drori appelle par téléphone Ariel Sharon et lui annonce : "Nos amis avancent dans les camps. Nous avons coordonné leur entrée." Ce dernier répond "Félicitations !, l'opération de nos amis est approuvée."

Pendant 40 heures, dans les camps « encerclées et bouclés », les miliciens phalangistes vont violer, tuer, blesser un grand nombre de civils non armés, en majorité des enfants, des femmes et des vieillards. Ces actions sont accompagnées ou suivies de rafles systématiques, avalisées ou renforcées par l'armée israélienne, résultant dans des dizaines de disparitions.

Jusqu'au matin du samedi 18 septembre 1982, l'armée israélienne, qui savait parfaitement ce qui se passait dans les camps, et dont les dirigeants étaient en contact permanent avec les dirigeants des milices qui perpétraient le massacre, s'est non seulement abstenue de toute intervention, mais a fourni une aide directe en empêchant des civils de fuir les camps et en organisant un éclairage constant des camps durant la nuit, moyennant des fusées éclairantes, lancées par des hélicoptères et des mortiers.

Les chiffres des victimes varieront entre 700 (chiffre officiel israélien) et 3.500 (notamment l'enquête précitée du journaliste israélien KAPELIOUK). Le chiffre exact ne pourra jamais être déterminé parce que, outre environ 1.000 personnes qui ont été enterrées dans des fosses communes par le C.I.C.R. ou enterrées dans des cimetières de Beyrouth par des membres de leur famille, un grand nombre de cadavres ont été enterrés par les miliciens eux-mêmes, qui les ont ensevelis sous des immeubles qu'ils ont détruits avec des bulldozers.

Par ailleurs, surtout les 17 et 18 septembre, des centaines de personnes avaient été emmenées vivantes dans des camions vers des destinations inconnues et ont disparu.

Depuis le massacre, les victimes et survivants des massacres n'ont bénéficié d'aucune instruction judiciaire, ni au Liban, ni en Israël, ni ailleurs. Sous la pression d'une manifestation de 400.000 participants, le parlement israélien (Knesset) a nommé une commission d'enquête sous la présidence de Monsieur Yitzhak KAHAN en septembre 1982. Malgré les limitations résultant tant du mandat de la Commission (un mandat politique et non judiciaire) que de son ignorance totale des voix et demandes des victimes, la Commission a conclu que "Le Ministre de la Défense était personnellement responsable" des massacres.

Sur l'insistance de la Commission, et des manifestations qui ont suivi son rapport, SHARON démissionnait de son poste de Ministre de la Défense, tout en gardant un poste au gouvernement comme ministre sans portefeuille. Il est à noter que la manifestation du mouvement "Paix Maintenant", qui a immédiatement précédé sa "démission", avait donné lieu à une attaque à la grenade de ses partisans contre les manifestants, résultant dans la mort d'un jeune manifestant.

Par ailleurs, plusieurs enquêtes non officielles et rapports basés sur des témoignages surtout occidentaux, dont celle de MacBride et de la Nordic Commission, ainsi que des rapports journalistiques et historiques fouillés, ont réuni des informations précieuses. Ces textes, en tout ou en partie, sont joints au dossier en annexe.

Malgré l'évidence du "massacre criminel", qualification du Conseil de Sécurité, et la triste place des massacres de Sabra et Chatila dans la mémoire collective de l'humanité au rang des grands crimes du XXème siècle, le "responsable personnel" de ces massacres, ses acolytes, et les exécutants, n'ont jamais été poursuivis en justice ou punis. Les journalistes israéliens Schiff et Yaari avaient conclu, en 1984, leur chapitre sur le massacre par cette réflexion : "If there is a moral to the painful episode of Sabra and Shatila, it has yet to be acknowledged."

Cette réalité de l'impunité est tout aussi vraie aujourd'hui.

Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a condamné le massacre par la résolution 521 (1982) du 19 septembre 1982. Cette condamnation a été suivie par une résolution de l'Assemblée Générale du 16 décembre 1982 qui a qualifié le massacre comme "acte de génocide".

#3 achelhi

achelhi

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Posté 24 septembre 2004 à 20:47

Crime de Génocide

Al Faraby


A l'occasion du massacre de Sabra et de Chatila, le Conseil de Sécurité a adopté en date du 19 septembre 1982 une Résolution 521 (1982), qui notamment :

"Condamne le massacre criminel de citoyens palestiniens à Beyrouth"

Le 16 décembre 1982, l'Assemblée Générale des Nations Unies a adopté, avec une majorité écrasante , la résolution suivante (37/123 D) :

"L'assemblée générale,

Rappelant sa résolution 95(I) du 11 décembre 1946.

Rappelant également sa résolution 96 (I) du 11 décembre 1946, dans laquelle elle a notamment affirmé que le génocide est un crime de droit des gens que le monde civilisé condamne et pour lequel les auteurs principaux et leurs complices, qu'ils soient des personnes privées, des fonctionnaires ou des hommes d'Etat, doivent être punis, qu'ils agissent pour des raisons raciales, religieuses, politiques ou pour d'autres motifs.

Se référant aux dispositions de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée par l'Assemblée générale le 9 décembre 1948. Rappelant les dispositions pertinentes de la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, du 12 août 1949.

Bouleversée par le massacre massif de civils palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et de Chatila, situés à Beyrouth.

Prenant acte de l'indignation et de la condamnation universelles suscitées par le massacre.

Rappelant sa résolution ES-7/9 du 24 septembre 1982.

1. Condamne dans les termes les plus énergiques le massacre massif de civils palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et de Chatila

2. Décide que le massacre a été un acte de génocide."

Cette conclusion mérite d'être approuvée. En effet, l'art. 2 de la Convention du 9 décembre 1948 sur le génocide, approuvée par la loi du 26 juin 1951 , définit ainsi : « �Le crime de génocide s'entend de l'un des actes ci-après, commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel : 1° meurtre de membres du groupe ; 2° atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe� »

Le dossier démontre que l'attaque contre les réfugiés des quartiers Sabra et Chatila reposait sur une haine profonde, ethnique à l'égard des Palestiniens, à cause de leur origine nationale .

L'intention de leur nuire était clairement animée par le fait qu'ils étaient Palestiniens. Dans le livre du journaliste américain Thomas Friedman, qui était l'un des premiers témoins du massacre, ce dernier écrit :

"Afterward, the Israeli soldier would claim they did not know what was happening in the camps. They did not hear the screams and shouts of people being massacred. They did not see wanton murder of innocents through their telescopic binoculars. Had they seen, they would have stopped it immediately.

All of this is true. The Israeli soldiers did not see innocent civilians being massacred and they did not hear the screams of innocent children going to their graves. What they saw was "terrorist infestation" being "mopped up" and "terrorist nurses" scurrying about and "terrorist teenagers" trying to defend them, and what they heard were "terrorist women" screaming. In the Israeli psyche you don't come to rescue of "terrorists". There is no such thing as "terrorists" being massacred.

Many Israelis had so dehumanized the Palestinians in their own minds and had so intimately equated the words "Palestinian", "PLO", and "terrorists" on their radio and television for so long, actually referring to "terrorist tanks" and terrorist hospitals", and they simply lost track of the distinction between Palestian fighters and Palestinian civilians, combatants and noncombatants. The Kahan Commision, the Israeli government inquiry board that later investigated the events in Sabra and Shatila, uncovered repeated instances within the first hours of the massacre in which Israeli officers overheard Phalangists referring to the killing of Palestinian civilians. Some Israeli officers even conveyed this information to their superiors, but they did not respond. The most egregious case was when, two hours after the operation began on Thursday evening, the commander of the Israeli troops around Sabra and Shatila, Brigadier General Amos Yaron, was informed by an intelligence officer that a Phalangist militiaman within the camp had radioed the Phalangist officer responsible for liaison with Israeli troops and told him that he was holding forty-five Palestinians. He asked for orders on what to do with them. The liaison officer's reply was "Do the will of God." Even upon hearing such a report, Yaron did not halt the operation. "

Cette "démonisation" collective des Palestiniens, ainsi que M. Friedman la qualifie, se retrouve dans le livre autobiographique d' Ariel Sharon intitulé Warrior : l'objectif de l'attaque contre Sabra et Chatila était de "nettoyer Beyrouth-ouest de l'OLP". Dans un autre passage du même livre, M. Sharon explique l'objectif de l'invasion du Liban dans les termes suivants : "Any effective approach (...) would have to look not just at specific local targets but at the entire PLO military and political infrastructure in Lebanon. And this, whether we liked it or not, would force us to take into account the entire Lebanese tangle."

Elle correspond d'ailleurs à des propos célèbres proférés par le premier ministre israélien de l'époque, se référant aux Palestiniens comme des "two-legged animals" et à ceux de Rafael Eitan, l'un des responsables du massacre identifiés par la Commission Kahan, qui aurait parlé des Palestiniens comme des "drugged cockroaches".

Aussi de la part des exécutants du massacre, la haine envers les Palestiniens en tant que groupe national ressort clairement de plusieurs témoignages des plaignants et survivants. S'il est vrai qu'un grand nombre de libanais a également été tué, l'instigation ethnique se manifestait dans une soi-disant distinction entre Libanais et Palestiniens. Monsieur Adnan Ali Mekdad parle de l'entrevue de sa mère avec les tortionnaires dans ce sens : " Ma mère a vu les hommes armés, leur a préparé le thé et leur a dit qu'elle était libanaise. Ils lui ont dit reste ici, ils ont dit qu'ils n'en voulaient qu'aux palestiniens ; et qu'étant libanaise, elle pouvait rester dans la région, personne ne l'importunerait, elle devait seulement garder ses papiers d'identité sur elle lors de ses déplacements." Elle n'a pas survécu au massacre.

C'est aussi dans ce sens qu'il faut entendre le témoignage de Mohammed Ibrahim Faqih : "Environ trente jeunes hommes ont été massacrés près de notre maison, sans distinction entre Libanais et Palestiniens. Ils n'ont épargné personne et ils ont tué tous ceux qu'ils ont croisés.

Dans la maison de notre voisin Ali Salim Fayad, ils ont tué sa femme et ses enfants."

La haine des Palestiniens, en tant que groupe ethnique, tant du Commandement militaire israélien que des principaux exécutants phalangistes, explique le phénomène, rapporté par plusieurs journalistes, dont Thomas Friedman :

"The Israelis had so demonized Sabra and Shatila as nests of Palestinian terrorism and nothing more that they didn't even know that probably one quarter of the Sabra and Shatila neighborhoods was inhabited by poor Lebanese Shiites who had come to Beirut from the countryside�

A picture in the As-Safir paper the day after the massacre was exposed captured the blind tribal rage of the Phalangists who tore through the camps. The picture, which occupied most of the top of the front page, consisted of a single hand. The fingers of this hand were locked around an identity card that could easily be read. The card belonged to Ilham Dahir Mikdaad, age thirty-two. She was a Shiite woman whose entire family, estimated to be forty individuals, was wiped out by the Phalangists. Her body was found lying on the main street in Shatila, with a row of bullets running across her breasts. It was clear what happened : she must have been holding up her identity card to a Phalangist, trying to tell him that she was a Lebanese Muslim, not a Palestinian, when he emptied his bullet clip into her chest."

Ces conclusions sont soutenues par des propos notoires repris dans les grandes enquêtes et reportages de l'époque sur la dimension collective du massacre, hommes, femmes et enfants, et la vindicte particulière contre les femmes enceintes (par exemple les témoignages de Mohammed Ibrahim Faqih, et de Chawkat Abou Roudeina), et les bébés. De ces nombreux rapports et témoignages, nous retiendrons celui qui mentionne le bébé qui est piétiné à mort, les propos du lieutenant Avi Grabowski, présent durant les massacres et qui est ignoré de ses supérieurs à qui il rapporte les massacres qu'il a vus, et surtout, la confirmation de la connivence entre les mobiles des tueurs et ceux du Ministre de la Défense israélien :

"At one point, Sharon began to stress the need to destroy whatever was left of the PLO's infrastructure in West Beirut and to point out the danger of letting terrorists remain free in the city : "I don't want a single one of them left !" is how he was quoted in one of the transcripts of the session.

"How do you single them out ?" Hobeika asked.

It was an odd question for a high-ranking officer in a militia known for its talent at ferreting out terrorists, and Sharon decided to evade it. "I'm off to Bekfaya now", was his reply. "We'll discuss that at a more restricted session".

Sur cette note que les auteurs israéliens qualifient de "sinistre", il faut finalement ajouter que, dans la jurisprudence du TPIY , "l'intention spécifique au crime de génocide n'a pas à être clairement exprimée. (...) elle peut être inférée d'un certain nombre d'éléments, tels la doctrine générale du projet politique (...) ou la répétition d'actes de destruction discriminatoires (ou) la perpétration d'actes portant atteinte au fondement du groupe" . Dans l'affaire Akayesu, le tribunal avait conclu que "Cette intention peut se déduire d'un certain nombre d'éléments de fait, s'agissant du génocide, du crime contre l'humanité et des crimes de guerre, par exemple de leur caractère massif et/ou systématique ou encore de leur atrocité (...)"

En conclusion, tous les éléments constitutifs du crime de génocide, tel que défini dans la Convention de 1948 et tel que repris dans le Statut de la CPI (article 6), et dans l'art. 1§1, de la loi du 16 juin 1993 , sont réunis.

#4 achelhi

achelhi

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Posté 24 septembre 2004 à 20:55

Retour sur un massacre


Dans les territoires de Cisjordanie et de Gaza, l'armée israélienne poursuit sa politique d'occupation, de blocus des villes, de destruction des institutions civiles, de chasse aux militants, d'assassinats ciblés. Pour la première fois, elle a reconnu qu'elle utilisait des « boucliers humains » dans ses opérations, un crime de guerre selon les conventions internationales. C'est un long calvaire qui se poursuit ainsi. Le massacre de Sabra et Chatila perpétré il y a vingt ans, en septembre 1982, qui vit l'assassinat de centaines de civils dans les camps du Liban par les milices libanaises de droite, sous l'oeil complice des soldats israéliens, est vécu par les Palestiniens comme une étape supplémentaire dans une histoire ponctuée de massacres et d'exactions, de Deir Yassine à l'opération « Rempart », en passant par Qibya. Pour eux, le passé, c'est encore le présent.

Vingt ans après, les mots des livres réouverts (1), comme les paroles recueillies auprès des survivants dans ce qui reste des camps de Sabra et Chatila dégoulinent de sang. Le temps n'a rien lavé. Tout au long de mon enquête, j'ai été tétanisé par ces récits qui charrient, enchevêtrés, enfants égorgés ou empalés, ventres de femmes ouverts avec leurs foetus, têtes et membres coupés à la hache, monceaux de cadavres... Jusqu'à la nausée.

Je ne suis pas entré dans ce qui reste des camps de Sabra et Chatila par la porte principale, mais par un quartier insalubre, en périphérie, dans lequel vivent les nouveaux arrivants, notamment d'Asie. Je débouche sur la « grande rue » qui reliait l'hôpital Gaza - aujourd'hui disparu - à l'entrée principale située près de l'ambassade du Koweït, au luxe aussi incongru que celui de la nouvelle Cité sportive toute proche, où étaient regroupés et interrogés les adultes palestiniens et libanais ayant échappé au massacre. Les gens s'y faufilent entre les boutiques, les étals de marchands de fruits, de CD, de produits neufs et usagés, entre les voitures et les scooters...

Comment choisir entre tous les témoins directs ou indirects des massacres qui, sans hausser la voix, font revivre pour moi les scènes d'horreur de la mi-septembre 1982 ?

Mme Oum Chawki, 52 ans, a perdu dix-sept personnes de sa famille, dont un fils de 12 ans et son mari. Elle habitait dans le quartier de Bir Hassan, près de l'ambassade du Koweït. Après les massacres, elle s'est installée, avec ses douze enfants restants, dans la rue principale de Chatila. Elle vit au quatrième étage d'un bâtiment construit selon des règles d'architecture approximatives. L'intérieur est propre, des bouquets de fleurs artificielles complètent les couleurs des fauteuils et des reproductions collées ou accrochées au mur - Al Qods (Jérusalem) et le drapeau du Hamas. Même si elle n'appartient pas à cette organisation : « Je n'adhère à rien. Je ne m'engagerai que lorsque je serais sûre du résultat. » Et ses enfants ? « Je ne veux pas qu'ils se sacrifient pour rien, mais le jour où je serai sûre d'assouvir ma vengeance, je les encouragerai et je serai avec eux... »

Chaque jour et chaque nuit, elle revoit les images de cadavres, de gens mutilés, de son fils et de son mari qu'elle n'a jamais revus et dont elle ne sait rien. Les couleurs du salon n'arrivent pas à atténuer le noir de sa robe, de ses cheveux et de ses yeux. Mme Oum Chawki ne sourit pas et s'enflamme sans élever la voix quand elle revit la deuxième tragédie de sa famille (la première ayant été le départ en 1948 de Tarshiha, un village près de Haïfa).

. On a frappé à la porte de la maison. Quelqu'un a dit : « Nous sommes libanais, nous venons faire une perquisition pour chercher des armes... » Mon mari a ouvert la porte, pas spécialement inquiet, car il n'appartenait à aucune organisation combattante. Il travaillait au club de golf, près de l'aéroport.

Mme Chawki parle ensuite des trois soldats israéliens et d'un militaire des Forces libanaises, les milices chrétiennes de droite, qui sont entrés dans la maison, ont pris les bracelets de sa fille et arraché ses boucles d'oreille - elle montre le lobe déchiré d'une de ses oreilles - et les ont frappés.

Elle est certaine que ces soldats venaient d'Israël.

. Leurs uniformes étaient différents de ceux des Forces libanaises et ils ne parlaient pas en arabe. Je ne sais pas si c'était de l'hébreu, mais je suis sûre que c'étaient des Israéliens.

Ce n'est pas impossible, car le quartier de Bir Hassan, hors du périmètre des camps, était occupé par l'armée israélienne. Comme d'autres familles palestiniennes, celle d'Oum Chawki avait été transportée à l'intérieur des camps.

. On nous a fait monter dans une camionnette, qui a roulé vers l'entrée du camp de Chatila. Les militaires ont séparé les hommes des femmes et des enfants. Le Libanais a pris les papiers de trois de nos cousins avant de les abattre devant nous. Mon mari, mon fils et d'autres cousins ont été emmenés par les Israéliens.

Les femmes et les enfants sont partis à pied vers la Cité sportive. Sur le bord de la route, des femmes criaient, pleuraient, affirmant que tous les hommes avaient été tués... Le soir, dans la pagaille, Mme Chawki s'est enfuie avec ses enfants vers le quartier de la caserne El Hélou. Au petit matin, elle a laissé ses enfants dans une école avant de repartir à pied vers la Cité sportive pour s'enquérir du sort de son mari et de son fils. Elle n'a pas pu parler à l'un des officiers israéliens présents. Elle a entendu des ordres donnés en arabe pour que les hommes fassent tamponner leurs cartes d'identité, et vu un camion israélien plein d'adultes et de jeunes gens. Une femme en sanglots, qui a perdu toute sa famille, lui a montré l'endroit où étaient déversés les cadavres. Les deux femmes ont alors marché vers le quartier d'Orsal et enjambé des morts libanais, syriens et palestiniens. Mme Chawki dit en avoir vu des centaines. C'est effectivement le quartier d'Orsal qui a compté le plus de victimes.

. Ils étaient méconnaissables. Visages déformés, gonflés... J'ai vu vingt-huit corps d'une même famille libanaise, dont deux femmes éventrées... J'essayais de repérer les vêtements de mon fils et de mon mari. J'ai cherché toute la journée. Je suis revenue encore le lendemain... Je n'ai reconnu aucun cadavre de gens de Bir Hassan.

Mme Chawki a vu des soldats libanais creuser des fosses pour y pousser les cadavres... Elle n'a jamais retrouvé ceux de son mari et de son fils. Elle aborde plus difficilement le cas de sa fille qui a été violée...

. Je pense à tout cela nuit et jour. J'ai élevé seule mes enfants... J'ai été obligée de mendier. Je n'oublierai jamais. Je veux venger tout cela. Mon coeur est comme la couleur de ma robe. Je transmettrai ce que j'ai vu à mes enfants, à mes petits-enfants...

Sous les injures

Après avoir circulé dans un incroyable dédale de toutes petites ruelles, où pendent partout des fils électriques, où courent au sol des canalisations d'eau, j'arrive enfin dans un local de trois ou quatre bureaux. Dans l'un d'eux, tout au fond, Mme Siham Balkis, présidente de l'Association du retour, est assise, droite, derrière un petit bureau. Egalement assis autour de la pièce, un responsable palestinien et deux autres survivants. Mme Balkis, la quarantaine, est une militante engagée et déterminée. Sa famille est originaire de Kabé, dans la province d'Akka, en Israël. Elle commence son récit recto tono.

. Le massacre a commencé le jeudi soir vers 17 h 30. Nous n'y avons pas cru... Nous sommes restés à l'intérieur de notre maison jusqu'au samedi matin et n'avons pas su grand-chose, sinon que, jeudi et vendredi, un petit groupe de Palestiniens et de Libanais ont essayé de se défendre, mais ils n'étaient pas assez nombreux et n'avaient pas assez de munitions. Nous avons vu, la nuit, des fusées éclairantes et entendu des coups de feu. Nous croyions que les Israéliens voulaient seulement s'en prendre aux combattants et trouver leurs armes... Quand tout est redevenu calme, le samedi matin, nous sommes montés sur le balcon et avons aperçu un groupe des Forces libanaises (FL) accompagné d'un officier israélien. Les Libanais nous ont crié de sortir. Ce que nous avons fait, sous les injures. L'Israélien avait un talkie-walkie. Un des Libanais le lui a pris et a dit : « Nous sommes arrivés à la fin de la zone cible. »

Mme Balkis est sûre qu'il s'agissait d'un Israélien car, dit-elle, il avait un badge en hébreu et n'avait pas un visage d'arabe. Il parlait avec les Libanais en français.

Avec d'autres elle a été emmenée vers l'hôpital Gaza. Leurs accompagnateurs ont rassemblé les médecins étrangers et les gens qui s'étaient abrités dans et autour de l'hôpital.

. Ils ont tué une dizaine de combattants. Ils ont repéré un jeune Palestinien qui avait revêtu une blouse blanche au milieu des médecins et infirmiers et ils l'ont tué. Quand tout le monde a été rassemblé - des centaines de personnes -, nous sommes partis vers l'ambassade du Koweït. Il y avait beaucoup de cadavres dans les rues. Des jeunes filles avec les poings liés. Des maisons détruites. Des chars, probablement israéliens. Les restes d'un bébé incrustés dans les chenilles de l'un d'entre eux. Avant d'arriver à la Cité sportive, les hommes ont été séparés. Des militaires demandaient aux jeunes gens de ramper. Ceux qui rampaient bien étaient considérés comme des combattants et abattus par des militaires des Forces libanaises. Les autres recevaient des coups de pied... J'ai vu Saad Haddad (2) avec d'autres devant l'ambassade du Koweït. Puis, en arrivant près de la Cité sportive, un grand nombre de soldats israéliens. Un colonel israélien a dit que les femmes et les enfants pouvaient rentrer chez eux. Plus tard, j'ai aperçu mon frère monter dans une Jeep alors que d'autres montaient dans des camions. J'ai couru vers lui. En vain. J'ai entendu un officier dire en arabe : « On va vous livrer aux FL. Ils sauront mieux vous faire parler que nous. »

Tous les témoins racontent grosso modo les mêmes histoires, les mêmes horreurs. J'ai ainsi rencontré Mme Kemla Mhanna, une épicière libanaise du quartier Orsal :

. Tous les gens de notre quartier qui sont restés ont été assassinés. En majorité des Libanais. Quand je suis revenue, un monceau de corps étaient empilés. A côté de chez moi, un Palestinien était accroché à un croc de boucher, découpé en deux comme un mouton. J'ai vu comment, dans la grande fosse, on a déposé une première couche de cadavres sur laquelle on a étalé du sable, puis on a remis une couche de cadavres et ainsi de suite... J'ai vu aussi un autre Libanais du quartier Orsal, Hamad Chamas, un des rares survivants du massacre de ce quartier. Il était dans un abri quand sont arrivés deux Israéliens dans une Jeep et sept ou huit soldats. Je suis sûre que ces soldats étaient israéliens car il portaient des uniformes israéliens et ne parlaient pas un arabe correct. Les soldats nous ont demandé de sortir de l'abri en nous injuriant. Ils m'ont donné l'ordre de déposer l'enfant que j'avais dans les bras et de me mettre en rang avec les autres. L'un d'entre eux, qui parlait bien arabe, a fouillé tout le monde et a pris l'argent d'un des hommes, puis ils ont tous tiré sur nous. J'étais seulement blessée à la tête et à la cuisse, sous une pile de cadavres. Il y a eu vingt-trois morts... Je me suis cachée dans un abri toute la nuit. Au petit matin, il y avait une forte odeur de cadavres partout.

La loi de la mémoire

Rien de nouveau dans ces témoignages. Ils ressemblent à ceux que Mme Leïla Shahid, déléguée générale de la Palestine en France, une des premières à visiter les camps après les massacres, a recueillis seule ou avec Jean Genet. Ils sont - aux accidents de la mémoire près - également conformes à ceux des membres (anglais, norvégiens, suédois, finlandais, allemands, irlandais et américains) de l'équipe médicale de l'hôpital Gaza et à ceux qu'ont enregistrés de nombreux journalistes après les massacres.

Elias Khoury, écrivain libanais et homme de théâtre renommé (3), raconte avec passion le combat impossible pour la mémoire du peuple palestinien en général et pour les massacres de Sabra et Chatila en particulier.

. La loi de la mémoire ne fonctionne pas chez les Palestiniens, car les massacres continuent : Deir Yassine, Qibya (4), Sabra et Chatila, et aujourd'hui Jénine. Il leur est impossible de regarder le passé puisque le passé, c'est encore le présent. Ils sont depuis 1948 dans un mécanisme infernal... Les Palestiniens sont victimes de l'instrumentalisation de la Shoah par le gouvernement israélien. Les normes éthiques s'arrêtent aux frontières d'Israël. Dans ce contexte, l'idée même de la tragédie de Sabra et Chatila devient marginale...

D'autant qu'au Liban la question est taboue : le premier accusé était Elie Hobeika (5), qui a été ministre du gouvernement...

. Les criminels ont pris le pouvoir après la guerre, poursuit Elias Khoury. De plus, les Palestiniens sont devenus les boucs émissaires de la guerre au Liban et ils sont régis dans ce pays par des lois qui n'ont rien à envier à celles de Vichy à l'égard des juifs. Même les chiffres de morts et de disparus demeurent dans le plus grand flou. Ils varient, selon les estimations, de 500 à 5 000. Une historienne, Mme Bayan Hout, essaie depuis vingt ans de combler cette lacune. Née à Jérusalem, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 9 ans, professeure à l'université de Beyrouth, cette Libanaise a fait un travail de fourmi auprès des familles des victimes et disparus, analysé des centaines de questionnaires, croisé les listes des organisations humanitaires, de la Croix-Rouge, essayé de retrouver tous les cimetières... Elle est maintenant sûre de ses chiffres : 906 tués de 12 nationalités, dont la moitié de Palestiniens... et 484 disparus, dont 100 ont été sûrement enlevés. Soit un chiffre global de 1 490 victimes identifiées.

Ces massacres et ces disparitions s'inscrivent dans le contexte de la guerre lancée par le gouvernement israélien le 6 juin 1982 pour obtenir la neutralisation de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). L'invasion du Liban a coûté la vie à plus de 12 000 civils, fait quelque 30 000 blessés et a laissé 200 000 personnes sans abri.

Mi-juin 1982, les Israéliens ont commencé le siège de Beyrouth et encerclé les 15 000 combattants de l'OLP et de ses alliés libanais et syriens. Le président des Etats-Unis, M. Ronald Reagan, a envoyé, début juillet, M. Philip Habib - assisté de M. Morris Draper - pour résoudre cette crise risquant d'embraser le Proche-Orient et de menacer les intérêts américains. Il s'avère rapidement que le règlement de la crise passe par le départ des combattants palestiniens et de M. Yasser Arafat de Beyrouth. Ce dernier est bientôt convaincu qu'il n'a pas d'autre solution.

Les négociations vont être compliquées parce que les Israéliens et les Américains ne veulent pas discuter directement avec les Palestiniens (6) : Elias Sarkis, le président chrétien du Liban, et son premier ministre sunnite, Chafiq Wazzan, vont servir d'intermédiaires. Parce que les Israéliens vont poursuivre une pression militaire brutale et exiger de M. Arafat une reddition totale et honteuse.

Celui-ci multiplie les offres et cherche à obtenir des garanties de sécurité pour les familles palestiniennes qui resteront au Liban. Il craint les exactions des soldats israéliens ou de leurs alliés phalangistes. Pour M. Arafat, ces garanties ne peuvent être qu'américaines et internationales.

M. Habib obtient finalement l'assurance du premier ministre israélien que ses soldats n'entreront pas dans Beyrouth-Ouest et ne s'attaqueront pas aux Palestiniens des camps ; l'assurance du futur président libanais, Béchir Gemayel, que les phalangistes ne bougeront pas ; l'assurance du Pentagone que les marines seront les garants ultimes de ces engagements. Fort de ces promesses, le représentant de M. Reagan s'engage par écrit sur la sécurité des civils. Deux lettres sont ainsi adressées au premier ministre libanais. Cet engagement américain se retrouvera dans la quatrième clause de l'accord du départ de l'OLP, publié par les Etats-Unis le 20 août, c'est-à-dire à la veille de l'embarquement des premiers combattants palestiniens (7).

Pourtant, M. Arafat est de plus en plus inquiet du sort des civils palestiniens. M. Habib ( 8 ) entreprend une nouvelle démarche auprès de Béchir Gemayel, qui renouvelle ses promesses. Il insiste sur le rôle de la force multinationale composée de 800 Français, 500 Italiens et 800 Américains. Le premier contingent - français - arrive le 21 août et doit assurer l'évacuation et la collecte des armes. Cette force doit rester une trentaine de jours, empêcher tout dérapage et protéger les familles palestiniennes. Finalement, M. Arafat accepte de quitter Beyrouth...

Mais personne ne respectera sa parole. A commencer par le gouvernement américain. M. Caspar Weinberger, secrétaire à la défense, donnera l'ordre à ses marines de quitter le Liban alors même que les milices chrétiennes prennent position, le 3 septembre, dans le quartier Bir Hassan, en bordure des camps de Sabra et Chatila. Le départ des Américains entraîne automatiquement celui des Français et des Italiens. Le 10 septembre, le dernier soldat est parti de Beyrouth, alors que M. Habib avait fondé son plan sur une évacuation entre le 21 et le 26 septembre.

Le 14 septembre, Bechir Gemayel, le nouveau président libanais porté au pouvoir par les Israéliens, est assassiné. M. Ariel Sharon prend ce prétexte pour envahir Beyrouth-Ouest, pour cerner les camps de Sabra et Chatila et encourager les milices libanaises à les nettoyer.

Une « responsabilité personnelle »

A ce jour, une seule enquête officielle a été menée, celle de la commission israélienne dirigée par Itzhak Kahane, le chef de la Cour suprême, rendue publique en février 1983. Elle charge les phalangistes et, dans une moindre mesure, M. Ariel Sharon. Le rapport parle d'abord d'une grave erreur de celui-ci, qui n'a « pris aucune mesure pour surveiller et empêcher les massacres ». Il se dit « perplexe » sur l'attitude de M. Sharon qui n'a pas prévenu Menahem Begin de sa décision de faire entrer les phalangistes dans les camps. Pour finir, il lui reconnaît la « responsabilité de n'avoir pas ordonné que les mesures adéquates soient prises pour empêcher d'éventuels massacres ». M. Sharon porte une « responsabilité personnelle » et « doit en tirer les conclusions personnelles ».

Les journaux israéliens ont publié - en 1994 notamment - de nombreux articles confirmant et amplifiant ces conclusions. Ainsi, Amir Oren, à partir de documents officiels, a, dans Davar du 1er juillet 1994, affirmé que les massacres faisaient partie d'un plan décidé entre M. Ariel Sharon et Béchir Gemayel, qui utilisèrent les services secrets israéliens, dirigés alors par Abraham Shalom, qui avait reçu l'ordre d'exterminer tous les terroristes. Les milices libanaises n'étaient rien moins que des agents dans la ligne de commandement qui conduisait, via les services, aux autorités israéliennes.

L'émission « Panorama », intitulée L'Accusé, qui est passée sur la BBC le 17 juin 2001, a fait progresser la connaissance, notamment grâce au témoignage, difficilement contestable, de M. Morris Draper, l'assistant de M. Habib. Au rappel des affirmations de M. Sharon qu'il ne pouvait prévoir ce qui est arrivé dans les camps, M.Draper s'est contenté de faire un bref commentaire : « Complètement absurde. » Il a raconté sa rencontre, à Tel-Aviv, au ministère de la défense, avec MM. Sharon et Yaron, son chef d'état-major, le jeudi, alors que les Israéliens étaient déjà entrés dans Beyrouth-Ouest malgré leur promesse. M. Amos Yaron a justifié cette décision par la volonté d'empêcher les phalangistes de se retourner contre les Palestiniens après l'assassinat du président Béchir Gemayel. « Notre groupe d'une vingtaine de personnes resta silencieux. Ce fut un moment dramatique. » Précisant que les Etats-Unis avaient refusé la proposition israélienne de déployer les phalangistes dans Beyrouth-Ouest « parce que nous savions que ce serait un massacre si ces gens-là entraient », il ajoute : « Il ne fait aucun doute que Sharon est responsable [des massacres] ; c'est le cas même si d'autres Israéliens doivent partager cette responsabilité. »

L'ancien diplomate américain n'a pas été interrogé sur les responsabilités américaines ni sur celles de l'Italie et de la France, qui ont retiré leurs soldats après le départ des marines...

Vingt ans après, les familles des victimes et des disparus des camps de Sabra et Chatila ont droit à la vérité. Pour pouvoir faire enfin le deuil. Cela ne concerne pas que les familles. Tout le monde a le droit de savoir pourquoi, comment et qui a organisé et exécuté des actes d'une telle sauvagerie.

Notes

(1) Les principaux livres sur les massacres de Sabra et Chatila consultés : Rapport de la commission Kahane, Stock, 1983 ; Sabra et Chatila, enquête sur un massacre, d'Amnon Kapeliouk, Seuil, 1982 ; Israël, de la terreur au massacre d'Etat, d'Ilan Halevi, Papyrus, 1984 ; Genet à Chatila, textes réunis par Jérôme Hankins, Babel, 1992 ; Opération boule de neige, de Shimon Shiffer, J.-C.Lattès., 1984 ; Revue d'études palestiniennes, nos 6 et 8.

(2) Le patron de l'Armée du Liban sud qui travaillait avec les Israéliens.

(3) Lire notamment Les Portes du soleil, publié par Le Monde diplomatique et Actes Sud, qui raconte cinquante ans du drame palestinien. Sa pièce Les Mémoires de Job a eu beaucoup de succès à Paris.

(4) Deir Yassine est un petit village situé à une dizaine de kilomètres de Jérusalem, où ont été massacrés plus de cent villageois au printemps 1948. A Qibya, en Cisjordanie, en octobre 1953, lors d'opérations de représailles dirigées par Ariel Sharon, l'armée israélienne fit exploser quarante-cinq maisons avec leurs habitants. Soixante-neuf personnes, pour moitié des femmes et des enfants, périrent sous les décombres.

(5) Elie Hobeika est considéré comme le principal bourreau de Sabra et Chatila. Il a été assassiné le 24 janvier 2002 à Beyrouth, alors qu'il s'apprêtait à venir témoigner à Bruxelles. Selon Me Chebli Mallat, l'avocat libanais des plaignants, ce ne sont pas les révélations de Hobeika qui étaient dangereuses pour M. Sharon, mais sa simple venue à Bruxelles. Dès lors qu'il était devant le tribunal et obligatoirement inculpé, le problème de la compétence du tribunal ne se posait plus.

(6) Pourtant, des discussions directes mais discrètes existaient depuis des années à Beyrouth entre des dirigeants palestiniens et l'ambassade américaine ainsi qu'avec la CIA. En 1979, par exemple, M. Arafat a réussi à faire libérer 13 otages américains à Téhéran.

(7) In American Foreign Policy, Current Documents, 1982, département d'Etat, Washington. « Les Palestiniens non combattants, respectueux de la loi, restés à Beyrouth, y compris les familles de ceux qui sont partis, seront soumis aux lois et aux règlements libanais. Le gouvernement libanais et les Etats-Unis leur apporteront les garanties de sécurité appropriées. (...) Les Etats-Unis fourniront leurs garanties sur la base des assurances reçues des groupes libanais avec lesquels ils sont en contact. »

( 8 ) Sur l'histoire des négociations menées par M. Habib, lire Cursed is the Peacemaker, de John Boykin, préfacé par George Shultz, alors secrétaire d'Etat, Applegate Press, Washington, 2002, et The Multinational Force in Beirut 1982-1984, sous la direction d'Anthony McDermott et Kjell Skjelsbaek, Florida International University, Miami, 1991.

Reference : Le Monde Diplomatique, septembre 2002

Pierre Péan est journaliste et écrivain. Auteur, entre autres, de : Dernières volontés, derniers combats, dernières souffrances, Plon, Paris, 2002, Manipulations africaines, Plon, 2001, Vies et morts de Jean Moulin, Fayard, Paris, 1998, et La Diabolique de Caluire, Fayard, 1999.

#5 achelhi

achelhi

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Posté 24 septembre 2004 à 21:09

Samiha, Ouadha, Fadia, Mahmoud et les autres ...


Samiha Abbas Hijazi :

"Le jeudi, il y avait des bombardements lorsque les israéliens sont venus, puis les bombardements se sont aggravés, nous sommes descendus à l'abri. (�) On a appris vendredi qu'il y'avait eu un massacre. Je suis allée chez les voisins. J'ai vu notre voisin Moustafa El Habarat blessé baignant dans son sang. Sa femme et ses enfants étaient morts. On l'a porté à l'hôpital de Gaza et puis on s'est enfui. Lorsque les choses se sont calmées, je suis revenue et pendant quatre jours, j'ai recherché ma fille et son mari. J'ai passé quatre jours parmi les morts, j'ai cherché parmi tous les morts. J'ai trouvée Zaynab morte, le visage brûlé. Son mari était coupé en deux et sans tête. Je les ai emmenés et je les ai enterrés."

Madame Abbas Hijazi a perdu sa fille, son gendre, la belle-mère de sa fille et d'autres proches.

Abd el Nasser Alameh :

"La nuit du carnage, nous étions à la maison et nous avons entendu qu'il y'avait un massacre à Chatila. (�) Nous avons gardé la ruelle toute la nuit, se relayant pour dormir quelques heures, et ceci jusqu'au lever du jour, certains réussissant à prendre la fuite alors. Je croyais que mon frère nous avait devancés à Beyrouth Ouest . Nous l'avons attendu, mais il n'est pas venu. Et c'est ainsi que mon frère a fait partie de ces personnes qu'ils ont emmenées, et dont on a même plus retrouvé le corps."

Monsieur Alameh a perdu son frère (qui avait 19 ans au moment des faits)

Ouadha Hassan el-Sabeq :

"Nous étions à la maison le vendredi 17 septembre, les voisins sont venus et ils ont commencé à dire : Israel était entré ; livrez-vous aux israéliens, ils prendront les papiers et les tamponneront. Soudain, après être sortis nous rendre aux israéliens, lorsque nous nous sommes livrés, les chars et les soldats israéliens étaient là, nous avons été étonnés de constater qu'ils avaient avec eux les Forces Libanaises. Ils ont pris les hommes et nous ont laissés, femmes et enfants ensemble. Quand ils m'ont pris les enfants et tous les hommes, ils nous ont dit : allez à la Cité Sportive et ils nous y ont emmenés. Ils nous ont laissé là-bas jusqu'à sept heures du soir, ensuite ils nous ont dit : allez à Fakhani et ne retournez pas à la maison et ils ont commencé à nous lancer des obus et des balles.

Il y avait des hommes arrêtés de côté, ils les ont pris et on n'a plus jamais su ce qui était advenu d'eux. Jusqu'à aujourd'hui on ne sait rien à leur propos et ils sont toujours portés disparus."

Madame el-Sabecq a perdu deux fils (16 et 19 ans au moment des faits), un frère et environ 15 parents.

Mahmoud Younes :

"J'avais 11 ans. Il faisait nuit et l'on entendait des bombardements et des tirs de fusils. (�) Nous nous sommes tous réfugiés dans la chambre à coucher et nous y sommes restés. Dès leur arrivée, ils sont rentrés directement au salon, et ont tiré sur les photos accrochées aux murs, surtout celle de mon frère mort en martyre le mois de "septembre noir" . Ils ont saccagé le salon et ont proféré des injures et de sales propos. Après avoir cherché sans nous trouver, ils sont montés sur le toit et s'y sont postés toute la nuit. Nous avons passé cette nuit dans la terreur terrés dans notre cachette, entendant les cris des gens, les déflagrations et les tirs, alors qu'Israël lançait des obus éclaireurs jusqu'au lever du jour.

Le lendemain matin ils se sont mis à scander "rends toi tu auras la vie sauve". Mon neveu avait 18 mois. Il avait faim et nous étions loin de la cuisine . Ma soeur voulait le réduire au silence, et l'étouffait avec sa main qu'elle posait devant sa bouche de peur qu'ils n'entendent. Son époux a alors décidé qu'il fallait se rendre, ajoutant que le lot de chacun ne sera que le destin prévu par Dieu. Les femmes sont sorties en premier, mes frères, mon père, mon beau frère et les autres membres de la famille suivaient. Mon frère était malade. Dès qu'ils ont entendu nos voix, ils ont tiré dans notre direction et sont directement rentrés à l'intérieur de la maison. Ils nous ont demandé où nous étions la veille lorsqu'ils sont rentrés et n'ont trouvé personne. Puis ils ont ordonné aux femmes et aux enfants de sortir . Mon beau frère s'est alors mis à embrasser sa petite fille en guise d'adieu.

Un homme armé s'est avancé vers ma nièce , a enroulé une corde autour de son cou et a menacé son père de l'étrangler s'il ne la laissait pas. Ce dernier s'est exécuté et me l'a confiée. Ils ont voulu me prendre mais ma mère leur a dit que j'étais une fille. Ils ont fait marcher ma mère et les femmes jusqu'à la Cité Sportive. J'ai vu en marchant le mari de ma tante, Abou Nayef tué à coups de hache à la tête près de sa maison. Les morts étaient tous défigurés. Tout en portant ma nièce, j'ai buté sur un mort frappé à la hache et je suis tombé. Ils ont su alors que j'étais un garçon, et l'un deux m'a placé contre le mur et a voulu me tirer une balle dans la tête. Ma mère l'a supplié et lui a embrassé les pieds pour qu'il me laisse partir. Il l'a repoussée. Il a alors entendu le cliquetis de l'argent caché dans sa poitrine. Il lui a demandé ce que cela voulait dire. A quoi elle a répondu qu'il pouvait prendre tout l'argent mais qu'il devait me garder auprès d'elle. Et c'est ainsi que nous avons continué notre chemin et sommes arrivés à la Cité Sportive. Les bulldozers israéliens préparaient de grands fossés. On a dit qu'il fallait qu'on descende tous ils voulaient nous enterrer vivants. Ma mère s'est mise à le supplier, puis a demandé une gorgée d'eau avant de mourir.

A la Cité Sportive, j'ai vu les militaires israéliens, ainsi que les chars, les bulldozers et l'artillerie, tous israéliens, de même que nous avons vu des groupes de Phalangistes réunis avec les israéliens. La Cité Sportive grouillait de femmes et d'enfants. Nous y sommes restés jusqu'au coucher du soleil. Un israélien est alors venu et a dit : allez tous à la région Cola, celui qui revient au camp mourra. Nous y sommes partis, pendant qu'ils tiraient dans notre direction."

Monsieur Younes a perdu son père, trois frères, son oncle maternel, son cousin maternel, deux cousines paternelles et d'autres membres de sa famille.

Fadia Ali El Doukhi

" Quand les bombardements ont commencé et que nous avons su qu'Israel encerclait le camp, mon père nous a dit de fuir. On lui a demandé de venir avec nous, mais il a refusé pour protéger la maison. Alors, on s'est enfuis en le laissant à la maison. Plus tard, on a su qu'un massacre avait eu lieu. On a su que mon père était mort et on a vu sa photo dans le journal. Son pied était amputé. Notre voisine dans la maison de laquelle mon père s'était abrité nous a raconté comment on l'a tué."

Madame El Doukhi, qui avait 11 ans au moment des faits, a perdu son père.

Amina Hasan Mohsen

" On était à la maison le jeudi lorsque les bombardements ont commencé. Je ne savais pas ce qui se passait à l'extérieur. Lorsque les bombardements se sont intensifiés, j'ai esssayé de sortir pour me sauver avec les enfants. Lorsque nous sommes sortis, les morts étaient étendus de part et d'autre de la rue. Mes enfants ont eu peur. Un israélien nous a dit de sortir. On a vu ensuite une personne qui parlait le libanais. Lorsque nous sommes sortis sous le couvert des israéliens, il s'est mis à nous crier dessus. A ce moment, j'ai compté mes enfants et j'ai vu que Samir manquait, quand il a vu les morts par terre, il a pris peur et s'est enfui. A ce moment, je n'ai pas eu la présence d'esprit de partir à sa recherche car la région était assiégée et remplie de forces armées israéliennes et libanaises. Nous nous sommes enfuis et lorsque le massacre s'est terminé, j'ai recherché Samir mais les cadavres étaient tellement défigurés que je n'ai pas pu le reconnaître."

Madame Mohsen a perdu son fils de 16 ans.

Sana Mahmoud Sersaoui :

" Nous habitions le coin Said à Sabra , et lorsque les bombardements ont commencé, nous nous sommes réfugiés chez mes parents à Chatila. Cela s'est passé le mercredi. Vers minuit, des femmes qui venaient du quartier ouest ont dit qu'ils étaient en train de tuer. Nous nous sommes alors enfuis à nouveau, vers l'intérieur du camp. Ensuite, quand le jour s'est levé nous avons été nous cacher dans l'abri de la maison de repos.

J'étais ce jour là enceinte, et j'avais deux filles qui prenaient encore du lait. Nous sommes restés dans la maison de repos deux jours, jusqu'à samedi. Nous n'avions plus de lait. Mon mari est alors sorti en apporter pour les filles. Que la nuit était longue, les Israéliens envoyaient des obus éclaireurs. C'est ainsi qu'il est parti à Sabra. Les israéliens étaient alors arrivés jusqu'à l'hôpital de Gaza. Après, je suis partie à sa recherche, et ma soeur à la recherche de son mari. Nous sommes arrivées à la porte de Chatila. Là bas ils avaient placé les hommes d'un côté et les femmes de l'autre. Je me suis mise à le chercher parmi les hommes. Je l'ai vu et lui ai dit "tu sais, ce sont des Phalangistes". Il m'a répondu "il va nous arriver ce qui est arrivé à Tall el Zaatar". Les hommes armés nous ont ordonnés de marcher devant et les hommes derrière. Et c'est ainsi que nous avons marché jusqu'à arriver à la tombe commune. Là bas, le bulldozer a commencé à creuser. Il y avait parmi nous un homme portant une blouse blanche d'infirmier. Ils l'ont appelé et l'ont criblé de balles devant tous. Les femmes se sont mises alors à crier. Les israéliens postés devant l'ambassade kowétienne et devant la station Al Rihab ont demandé par haut-parleurs que nous leur soyons livrés.

C'est ainsi qu'on s'est retrouvé entre leurs mains. Ils nous ont pris à la Cité Sportive, et les hommes devaient marcher en principe derrière nous. Mais les voilà qui enlèvent aux hommes leurs chemises pour leur bander les yeux avec. Et c'est ainsi qu'Israël à la Cité Sportive soumettait les jeunes gens à un interrogatoire, et que les Phalangistes lui ont livré 200 hommes. Et c'est comme ça que ni mon mari, ni celui de ma soeur ne sont revenus."

Madame Sersaoui a perdu son mari, âgé de 30 ans, et son gendre.

Nadima Youssef Said Naser :

"C'était le jeudi. Soudain la rue est devenue déserte. Ma mère est allée chez les voisins. Les bombardements ont commencé. A peu près 10 familles se sont regroupées dans la maison des voisins. Un peu plus tard, une femme est venue du quartier Irsan. Elle criait : ils ont tué la femme de Hassan. Elle portait ses enfants en criant que c'était un massacre. J'ai porté une de mes filles jumelles, elle avait un an, et je suis allée vers mon mari : ils disent qu'il y a un massacre, j'ai dit, il a répondu, ne dis pas de bêtises. J'ai pris une de mes filles et lui ai donné l'autre. Mais les bombardements se sont renforcés et nous avons rejoint les voisins à l'abri. L'abri était plein de femmes, hommes et enfants, une femme de Tall al-Zaatar pleurait en disant, c'est ce qui s'est passé à Tall al-Zaatar.

Peu après, je suis sortie de l'abri, j'ai vu les hommes armés qui mettaient les hommes contre les murs. J'ai vu une voisine, ils l'ont éventrée. Des femmes sont sorties de la maison d'en face, et une femme a commencé à brandir son écharpe en disant, il faut que nous nous livrions. Soudain, j'ai entendu ma soeur qui criait : ils l'ont égorgé. J'ai cru que mes parents avaient été tués. Je me suis précipitée pour les voir en portant ma fille. Ils ont tué le mari de ma soeur devant mes yeux. Je suis montée, je les ai vus tirant sur les hommes. Ils les ont tous tués. Je me suis enfuie. Mon autre fille est restée avec son père. Les gens armés sont partis en emmenant les hommes de l'abri. Il y avait parmi eux mon mari. En entrant dans le camp, une femme libanaise est venue, qui avait vu mon mari enlaçant ma fille. Elle a vu comment mon mari a été tué par un phalangiste, par un coup de hache sur la tête. Ma fille était couverte de sang. L'homme l'a donnée à la femme libanaise qui est rentrée au camp et l'a donnée à des parents à moi. Moi, je me suis enfuie à l'hôpital Gaza. Quand ils sont rentrés à l'hôpital, je me suis enfuie une seconde fois."

Madame Said Naser a perdu son mari, son beau-père, trois neveux de son mari et cinq autres parents.

Mouina Ali Hussein :

"J'étais dans ma maison de Horch, J' étais enceinte de 4 mois et j'avais un fils de 8 mois. On vivait tranquillement. On a entendu les avions israéliens survolant la région de manière intense, le bruit des avions est devenu plus fort, et des tirs ont commencé . J'ai pris mon fils et j'ai dit à mon mari, je veux aller chez mes parents qui étaient au quartier ouest. Nous sommes donc allés chez eux, et quand nous y étions, les tirs ont augmenté. On est restés chez les voisins qui avaient une maison rez-de chaussée, avec deux étages. Quand les bombardements ont augmenté, nous sommes restés vers l'intérieur.

C'était à six heures. Nous avons fermé la porte et sommes restés dedans. Il y avait seulement des femmes et des enfants et des femmes, sauf mon mari et un jeune. On a entendu des cris dehors, et les gens armés dire : ne tirez pas, frappez à la hache, s'ils entendent des tirs ils s'enfuient. Une bombe a éclaté près de la maison. Tout le monde s'est mis à crier. Ils nous ont entendus, et ont commencé à nous tirer dessus. Le jeune a été tué en essayant d'éteindre la bougie. Nous avons crié fort, quand il est mort devant nous. Ils ont continué à tirer, et quand ils nous ont entendus, ils ont lancé une bombe. Une femme a été blessée, ainsi que ma mère. La chambre est devenue une rivière de sang. Les soldats ont alors commencé à crier : sortez. Si vous ne sortez pas, nous dynamitons la maison. Ils nous insultaient. Ma mère a ouvert la porte, disant qu'elle voulait se sacrifier. Elle a vu dix hommes armés. Elle a dit à l'un deux : ne nous tuez pas. Sortez tous, il a répondu, mettez vous en rang. L'un après l'autre nous sommes sortis. Je suis restée avec mon mari et mon autre fils. Nous sommes ensuite sortis. Ils ont dit à mon mari : viens, toi. Il portait son fils, il me l'a donné. L'homme armé lui a dit : en arrière. Mon mari a pensé qu'il voulait la carte d'identité. Pendant qu'il reculait, ils l'ont mitraillé devant moi. Il n'a pas dit un mot, et il est tombé. J'attendais mon tour. Ils m'ont insultée, j'ai suivi ma mère et ma soeur à l'orphelinat, et nous nous sommes enfuies. Les enfants ont vécu tout seuls, leur père n'avait pas de frères ou de proches parents. Ils n'avaient personne à leurs côtés. D'autres orphelins trouvent un oncle, mes enfants n'ont que moi, Dieu soit loué. Mon fils, même à son âge, il a tellement besoin d'avoir son père avec lui pour l'aider, lui parler de ses problèmes. Quand on est enfant unique, quel vide."

Madame Ali Hussein a perdu son mari et son beau-frère.

#6 achelhi

achelhi

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Posté 24 septembre 2004 à 21:22

Chaker, Souad, Bahija, Amale et les autres ...

Chaker Abd-el-Ghani Natat

" Nous étions le Samedi 18 Septembre, nous nous trouvions à la maison quand je suis sorti inspecter la voiture dehors. C'est alors que j'ai vu des soldats que j'ai pris pour des soldats de l'Armée Libanaise. Ils ont exigé de fouiller la maison ; la famille dormait, je les ai réveillés et nous sommes tous sortis de la maison. Ils nous alors emmenés vers le camp de Chatila. Pendant que nous marchions, nous avons croisé des personnes tuées et des cadavres et je me suis alors rendu compte qu'il y avait un massacre. Ils nous ont conduits près de la station Al-Rihab ; ils voulaient nous emmener à l'ambassade du Koweit. C'est alors que des voitures se sont arrêtées et ont embarqué des jeunes gens, rien que des jeunes gens, parmi lesquels mon fils. Quant à nous, ils nous ont livrés aux Israéliens et les Israéliens nous ont emmenés à la Cité Sportive où ils nous ont gardés.

C'est ainsi qu'ils ont emmené certains, alors qu'ils en ont laissé d'autres. Mon fils a été embarqué dans une voiture devant moi ; je les ai vus l'emmener, j'ignore tout de son sort à ce jour."

Le fils de monsieur Abd-el-Ghani Natat avait 22 ans au moment des faits.

Souad Srour Meri

"Mercredi, après que Bachir [Gemayel] ait été tué, nous avons entendu les hélicoptères israéliens planer au-dessus de la région à basse altitude et le mercredi soir les israéliens ont commencé à lancer des bombes éclairantes qui ont illuminé le camp comme s'il faisait jour. Quelques uns de mes amis sont descendus à l'abri.

Le jeudi soir, j'ai été avec mon frère Maher voir mes amis et leur dire de venir dormir chez nous ; en route, le chemin était plein de cadavres. Je suis allée à l'abri et je n'ai trouvé personne, nous sommes alors retournés. Soudain je vois notre voisin blessé, jeté par terre. Je lui demande où sont les amis, il répond qu'ils ont pris les filles et me demande de l'aider mais je n'ai pas pu le secourir et je suis rentrée tout de suite à la maison avec mon frère. Immédiatement Maher a raconté à mon père qu'il y avait un massacre. J'ai su par notre voisin qu'il y avait des phalangistes. Lorsque mon père l'a su, il a dit que nous devions rester à la maison. Notre voisine se trouvait chez nous. Nous sommes restés à la maison toute la nuit. Le vendredi matin mon frère Bassam et notre voisine sont montés au toit pour voir ce qui se passait mais les phalangistes les ont tout de suite repérés. Ils sont immédiatement redescendus à la maison. Quelques instants plus tard, près de 13 hommes les ont suivis à la maison, ils ont frappé à la porte. Mon père s'est enquis de leur identité, ils ont répondu : israéliens. Nous nous sommes levés pour voir ce qu'ils voulaient, ils ont dit : vous êtes toujours ici et ils ont demandé à mon père s'il avait quelque chose. Il a dit qu'il avait de l'argent. Ils ont pris l'argent et ont frappé mon père. Je leur ai demandé pourquoi frappez-vous un homme âgé ? Ils m'ont alors frappée. Ils nous ont alignés au salon et ils ont commencé à se consulter pour décider s'ils allaient nous tuer. Ils nous ont alors alignés contre le mur et nous ont fusillés. Ceux qui sont morts sont morts, j'ai survécu avec ma mère. Mes frères Maher et Ismail s'étaient cachés dans la salle de bain. Quand ils sont sortis de la maison, j'ai commencé à appeler mes frères par leurs noms, quand l'un d'eux répondait je savais qu'il n'était pas mort. Ma mère et ma s�ur ont pu s'échapper de la maison, mais moi j'en étais incapable. Quelques instants plus tard, alors que je bougeais ils ont revenus ils m'ont dit : tu es toujours vivante et ils ont tiré de nouveau. J'ai fait semblant d'être morte. La nuit je me suis éveillée et je suis restée jusqu'à samedi. Je me suis traînée en rampant jusqu'au milieu de la chambre et j'ai recouvert les cadavres. Alors que je tendais ma main pour prendre la cruche d'eau ils ont immédiatement tiré. Je n'ai senti qu'une balle à la main et l'homme a commencé à proférer des injures. Le second est venu et m'a frappée sur la tête avec le fusil, je me suis évanouie et j'ai perdu conscience puis la parole. Je suis restée ainsi jusqu'à dimanche quand notre voisin est venu et m'a secourue."

Madame el-Meri a perdu son père, trois frères (11, 6 et 3 ans) et deux s�urs (18 mois et 9 mois).

Bahija Zrein

"Nous étions à la maison et nous avons eu vent d'un massacre, mais nous n'y avons pas cru. Dans la nuit, deux jeunes gens sont venus chez nous et nous ont dit qu'il y avait un massacre dans le camp. Nous sommes alors sortis dehors pour voir ce qui se passait. Nous avons alors vu les Forces Libanaises debout dehors ; ils nous ont appelés, il y avait beaucoup de monde et nous les avons pris pour des Israéliens. Mais quand j'ai entendu leur accent libanais, j'ai fui, mais ils m'ont poursuivie et nous ont arrêtés, jeunes gens, femmes et hommes. Tout cela vers 5 heures du matin.

Ils ont investi la région et ont emmené environ 18 jeunes gens, pendant qu'ils nous cantonnaient, femmes, hommes et enfants dans le camp. J'ai vu mes frères et des enfants parmi les hommes qu'ils avaient emmenés. Pendant que nous marchions, nous avons vu les morts tués à la hache. Il y avait aussi les médecins de l'hôpital Gaza. Ils les ont alignés et les ont abattus ; puis ils se sont mis à tirer sur nous et ils ont tué un grand nombre de personnes parmi lesquels 18 fils de voisins. Pendant qu'ils tiraient, tout le camp était encerclé par des blindés israéliens et toutes les pelleteuses étaient israéliennes. Pendant ce temps, une patrouille israélienne s'est présentée et nous a demandé de nous rendre à la Cité Sportive. Les hommes y sont allés, alors que nous, les femmes, avons été emmenées à l'ambassade du Koweit.

C'est comme cela que nous les avons vu embarquer les jeunes gens dans les voitures. Parmi ces jeunes gens, mon frère. Ils leur ont bandé les yeux, ils ont embarqué mon frère. C'est ainsi qu'il a disparu et que je ne l'ai jamais revu."

Le frère de madame Zrein avait 22 ans au moment des faits.

Mohammed Ibrahim Faqih

"Ce matin-là, ils avaient commencé les bombardements sur les approches des camps, dont Chatila, et des fusillades nourries se faisaient entendre. Le bombardement touchait les rues principales et nous ne savions pas quel en était le but. C'était incroyable. Nous ne pouvions pas non plus nous déplacer d'un endroit à un autre ni nous enfouir en raison des obus et des tirs de mitraillettes.

Nous sommes restés à la maison et soudain un obus s'est abattu sur la maison de nos voisins, des éclats ont atteint mon fils à la poitrine et à la jambe et nous l'avons transporté à l'hôpital Akka. Mais ils ont refusé de l'admettre en raison du grand nombre de blessés. Nous l'avons alors emmené à l'hôpital Gaza. Nous sommes restés son frère et moi à l'hôpital près de lui, mais le bombardement s'est intensifié sur les camps de Chatila et Sabra. Une femme est venue nous dire qu'elle les a vus arriver ; je me suis enfui mais j'ai vu comment ils sont entrés et ont emmené tous les blessés et les malades. Je me suis donc enfui et je suis revenu après trois heures. Ils avaient emmené plein de monde et il ne restait que mon fils blessé. Je ne sais combien de personnes ils ont emmenées vivantes.

Nous avons ensuite transporté mon fils dans un hôpital de Hamra et le lendemain, j'ai su qu'ils étaient venus à Sabra et qu'ils avaient emmené les filles. Et quand je suis revenu, j'ai vu ma fille Fatima frappée à la hache, ainsi que ma petite fille. J'ai remarqué qu'ils avaient creusé une fosse dans le sol et qu'ils les avaient enterrées vivantes dans la fosse. Le nourrisson avait été égorgé. J'ai vu aussi des gens tués et des femmes enceintes éventrées. Environ trente jeunes hommes ont été massacrés près de notre maison, sans distinction entre Libanais et Palestiniens. Ils n'ont épargné personne et ils ont tué tous ceux qu'ils ont croisés. Dans la maison de notre voisin Ali Salim Fayad, ils ont tué sa femme et ses enfants.

Qu'est ce que je peux dire, qu'est ce je peux raconter mon Dieu ? Ils avaient démoli les boutiques dans la rue de Sabra et avaient creusé de grandes fosses où ils avaient enterré les victimes. J'ai vu environ 400 cadavres d'enfants. Ils ont retourné la terre et les ont enterrés. Parmi les douze membres de la famille de nos voisins, onze ont été tués, un seul a réchappé."

Les deux filles de Monsieur Faqih avaient 2,5 ans et 14 ans au moment des faits.

Mohammed Chawkat Abou Roudeina

" J'étais à la maison avec mon père, ma mère et ma soeur. Quand les bombardements ont commencé, nous avons été chez l'oncle de mon père. Là-bas les obus ont repris, et nous sommes rentrés dans la chambre, les hommes restant au salon. Nous sommes ensuite partis chez les voisins. Nous étions près de 25 personnes ou plus. Un peu plus tard, nous avons entendu les cris d'une fille blessée au dos. Des hommes armés se sont postés dans le quartier. Nous avons alors entendu des tirs, des cris et des voix étranges. Aida, ma cousine, est montée au magasin et a allumé la lumière. Un homme l'a engueulée et ils l'ont traînée par les cheveux. Elle s'est mise à crier "aïe papa", puis sa voix s'est tue. Son père a voulu la suivre. Ils l'ont immédiatement tué. Et c'est ainsi qu'ils ont compris que nous étions à la maison. Ils sont alors descendus par le toit et sont rentrés à l'étage. Ils y ont tout cassé et saccagé et nous les entendions s'interpeller entre eux : George, Tony� Et quand nous les entendions tout casser, nos voix s'élevaient. C'est ainsi qu'ils ont su que nous étions un étage en dessous. L'un d'eux est descendu et nous a vus. Il les a immédiatement prévenus. Ils sont tous venus chez nous. Mon père était assis sur une chaise, et dès qu'il les a vus, il m'a pris m'a embrassé, m'a mis du parfum et a dit à ma mère prends bien soin des enfants. Le cousin de mon père a dit à sa femme les enfants sont sous ta responsabilité.

Je n'oublie pas. A ce jour, cette image reste gravée dans ma mémoire.

Ils ont ordonné aux hommes de se placer contre le mur. Ils nous ont fait sortir derrière eux dans la rue. Arrivé à la porte, j'ai levé les yeux vers le ciel rouge, rouge tapissé d'obus éclaireurs. Arrivés au début de la ruelle, nous avons entendu les tirs visant mon père et mon oncle, ainsi que des cris. Nous avons marché quelques mètres encadrés par les gens armés. Ma cousine a vu son père et s'est mise à crier. Et moi j'ai vu la voiture de mon père dans laquelle ils étaient installés après l'avoir ouverte. Cette image aussi est gravée dans ma mémoire, car j'ai alors demandé à ma mère ce qu'ils faisaient de la voiture de mon père, mais elle ne m'a pas répondu. En marchant, nous voyions les morts.

Ils nous ont conduits à la Cité Sportive, et nous ont placés là bas dans une salle où se trouvaient une femme et ses enfants. Ils y amenaient des gens. Ils prenaient les uns en voiture et tuaient les autres. A ce moment-là, les chars israéliens étaient présents. Et soudain, une mine datant du début de l'invasion israélienne a explosé. Ils ont pris la fuite, et nous aussi."

Monsieur Abou Roudeina a perdu son père, sa s�ur (enceinte), son beau-frère et trois autres membres de sa famille.

Fady Abdel Qader El Sakka

" Nous étions restés le vendredi à la maison en nous cachant, croyant que les israéliens voulaient pénétrer dans le camp. Nous sommes restés toute la journée de vendredi à la maison.

Le samedi vers midi, alors que nous étions encore à la maison, nous avons vu les israéliens arriver chez nous à la maison. Ils nous ont dit de sortir tous de chez nous. J'étais un petit garçon de 6 ans à l'époque. Nous sommes sortis et ils nous ont alors emmenés vers la rue du côté ouest. Mon père portait mon petit frère ; ils lui ont demandé de confier l'enfant à ma grand-mère qui était aussi avec nous. Ils ont voulu emmener mon père et mon oncle ; alors, ma grand-mère leur a demandé où ils les emmenaient. Quelqu'un lui a répondu qu'ils reviendraient bientôt. Pendant que nous marchions sur la route, les morts jonchaient les rues et j'ai vu comment ils traitaient les gens. Mon père et mon oncle ne sont plus réapparus depuis ce jour où ils les ont emmenés."

Monsieur El Sakka a perdu son père et un de ses oncles.

Adnan Ali al-Mekdad

« Aux alentours de quinze heures, jeudi, après la mort de Bachir, Sharon a effectué des déplacements inquiétants. Des hommes étrangers ont encerclé la région. Certains l'ont su et ont fui. Ma mère a vu les hommes armés, leur a préparé le thé et leur a dit qu'elle était libanaise. Ils lui ont dit qu'ils n'en voulaient qu'aux palestiniens ; et qu'étant libanaise, elle pouvait rester dans la région, personne ne l'importunerait, elle devait seulement garder ses papiers d'identité sur elle lors de ses déplacements.

Et l'on s'est mis à la recherche des membres de la famille, jusqu'à ce que je la vois accrochée à un arbre. Puis on a entrepris alors de ramasser les cadavres et de les enterrer ».

Monsieur Adnan Ali al-Mekdad a perdu son père, sa mère, et plus de quarante membres de sa famille.

Amale Hussein

« Le mercredi, les avions israéliens se sont mis à planer au-dessus de la région et les tirs et les bombardements ont commencé. Mes frères et s�urs ont eu peur. Ceux qui avaient peur sont descendus dans l'abri à côté de notre maison. Un groupe a donc dormi dans l'abri et l'autre à la maison. Les avions ont continué à planer. Il y en avait de plus en plus. Mon neveu, âgé de 3 mois, qui était avec ma s�ur dans l'abri, a commencé à pleurer. Il voulait manger. Elle est sortie avec lui, accompagnée de 4 personnes et ils sont tous venus à la maison. Dès qu'elle est entrée, nous étions alors jeudi, nous avons entendu des hurlements, les hurlements des enfants et des femmes dans l'abri, qu'on voit à travers la fenêtre de notre salle de bain. Tout de suite, les isreéliens et les phalangistes en armes ont envahi la région. Personne ne pouvait sortir de la maison. On n'entendait que des cris d'enfants et de femmes. Ils ont commencé à tuer les gens. Nous sommes restés à la maison, nous avons ouvert les portes et nous sommes rentrés tous à la salle de bain avec mon petit neveu. On lui avait bandé sa bouche de peur qu'ils n'entendent sa voix et qu'ils ne viennent nous tuer. Nous sommes restés dans la salle de bain, ils sont rentrés, ont fouillé la maison mais ne nous ont pas trouvés. Nous entendions les cris et le massacre par la fenêtre de la salle de bain. C'est comme ça que nous avons su qu'ils étaient entrés dans l'abri et avaient pris tous ceux qui s'y trouvaient, y compris mes parents. Le samedi, nous nous sommes échappés vers l'intérieur du camp. Par la suite ma mère est retournée voir mes frères mais elle ne les a pas reconnus tellement ils étaient défigurés. Tout ce que nous avons su c'est qu'ils les ont enterrés dans la tombe commune. Mon père a éduqué l'enfant qui a survécu (le neveu de mon père) qui l'appelle papa ».

Madame Amal Hussein a perdu un frère, deux s�urs, et plusieurs autres parents.

Noufa Ahmad el-Khatib

« Deux jours avant le massacre, les israéliens sont rentrés chez nous dans la région. Ils sont venus, nous ont pris et nous ont alignés et ensuite ils nous ont libérés. Le lendemain ils se sont retirés et ont été dans un hôpital. Nous nous sommes enfuis et le lendemain j'ai appris qu'il y avait un massacre et le troisième jour on m'a raconté ce massacre. J'ai été à Chatila, j'ai vu les victimes et j'ai commencé à rechercher mes parents. J'ai vu ma mère morte, je l'ai vue et je l'ai reconnue, j'ai vu toutes les victimes, les tués et ceux qui étaient toujours contre les murs ».

Madame Noufa Ahmad el-Khatib a perdu sa mère, sa s�ur, et plusieurs autres proches parents.

Ali Salim Fayad

« Nous étions à la maison et nous avions du monde. Il y a avait une voiture en travers du chemin et nous avons été pour la déplacer. En revenant des gens armés se tenaient devant la maison, ce jeudi-là. Ils ont ordonné de séparer les hommes, les femmes et les enfants. Ils ont aligné les hommes contre le mur ainsi que notre voisin palestinien et sa famille et ils les ont fusillés. Les femmes et les enfants étaient abattus dans la rue. Avant de tirer, ils demandaient les cartes d'identité et les gardaient. Les Phalangistes fouillaient les maison et les israéliens les protégeaient avec leurs chars et leurs bombes éclairantes. Quand ils nous ont fusillés j'ai été touché au dos, à la cuisse et à la main. La nuit était illuminée par les bombes éclairantes.

Je suis resté étendu par terre. J'ai appelé plus tard quelqu'un qui passait et lui ai demandé d'appeler une ambulance. Peu après ma fille est venue et m'a transporté à l'hôpital de Akka.

Le lendemain les phalangistes sont venus à l'hôpital et m'ont demandé de mon fils qui était dans la chambre à côté. Il y avait des blessés palestiniens qu'ils ont emmenés. Je les ai vus traîner un blessé de son lit et le frapper avec une hache sur la tête. Il était jeune, ils l'ont tué ».

Monsieur Ali Salim Fayad a perdu sa femme, ses deux filles, son fils, sa belle-s�ur.

Ahmad Ali el-Khatib

« C'était le jeudi entre cinq et six heures. Nous étions dans la région et il y a eu des fusillades. Un jeune homme de notre région a été blessé. Nous l'avons emmené à l'hôpital de Gaza. Pendant ce temps le massacre a eu lieu, nous avons alors essayé de retourner mais la route a été fermée, je suis resté trois jours en dehors de la maison ».

Monsieur Ahmad Ali el-Khatib a perdu son père, sa mère, quatre frères, trois s�urs, et sa grand-mère.

Nazek Abdel-Rahman al-Jammal

« Mon fils aîné est parti faire démarrer la voiture pour que nous nous enfuyons, ils sont venus et l'ont arrêté sur la place Sabra. Le second fils était parti chercher du pain et de la nourriture, nous étions à la maison, les israéliens et les phalangistes nous ont emmenés de la maison, et nous ont fait marcher en rang à Sabra. En marchant, j'ai vu mon fils aîné marcher dans une file et mes s�urs ont aussi vu mon autre fils. Ils nous ont fait marcher jusqu'à l'ambassade du Koweit, là bas ils ont dit : les femmes à la maison. Il y a eu une explosion et les gens ont couru, en rentrant j'ai vu les morts des deux côtés de la rue, des femmes et des vieillards. Ils avaient miné les cadavres et les enfants étaient morts. Je suis revenue à la maison et les enfants ne sont pas rentrés. J'ai passé quatre jours à chercher les enfants, et mon frère a amené mon plus jeune fils tué, mon aîné je l'ai vu dans la fosse mort ».

Madame Nazek Abdel-Rahman al-Jammal a perdu ses deux fils, 22 et 20 ans.

#7 achelhi

achelhi

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Posté 24 septembre 2004 à 21:32

Poeme de badia benjelloun :

sabra chatila

la plume ébourriffe le vent
qu'il roucoule
épellant le nom de l'homme
qui ne démâte pas

et chaque lettre est une pierre
jetée
qui scarifie la face du monde


tu n'es pas mort
souffle le roseau
parfumé du souvenir de l'étang
allangui de ton absence
et de ton épaule en bourgeons surgit la fraternité

tu n'es pas mort
juste incarcéré entre les féroces bras
de l'exil
et tes rugueuses mains
bâtissent le rêve du retour

tu n'es pas mort
et les plis des jupes de l'aimée
recèlent les secrets
de la vallée du feu
et des deux joues du jourdain

tu n'es pas mort
car que sait-il le fruit de son amertume
que sait l'infatué hôte étranger
du miel et de la lumière et de ta terre


et combien savent
qu'enroulé dans l'écume du camp
sans feu
qui ne t'a pas été refuge
tu n'auras pas été vain
d'avoir décidé
n'avoir pas été vaincu

badia benjelloun

#8 achelhi

achelhi

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Posté 24 septembre 2004 à 21:36

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#9 achelhi

achelhi

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Posté 30 septembre 2004 à 21:35

The Sabra and Shatila Massacres (16-18 September 1982)

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Bodies lie at Sabra and Shatila Palestinian refugee camp in Beirut in this 1982 file photo. Israel hailed a Belgian court decision June 26, 2002 to throw out a war crimes lawsuit against Israeli Prime Minister Ariel Sharon, but Palestinians said it gave the Israeli Prime Minister the green light for his current military policies. REUTERS/Ali Jarekji


On 11 September 1982, Israeli Defence Minister Ariel Sharon, the architect of the Israeli invasion of Lebanon, announced that "2,000 terrorists" had remained inside the Palestinian refugee camps around Beirut. On Wednesday 15 September, the day after the assassination of Israeli-allied Phalangist militia leader and Lebanese President-elect Bashir Gemayel, the Israeli army occupied West Beirut, "encircling and sealing" the camps of Sabra and Shatila, which were inhabited by Lebanese and Palestinian civilians. By mid-day on 15 September 1982, the refugee camps were entirely surrounded by Israeli tanks and soldiers, who installed checkpoints at strategic locations and crossroads around the camps in order to monitor the entry or exit of any person. During the late afternoon and evening of that day, the camps were shelled. Around mid-day on Thursday 16 September 1982, a unit of approximately 150 Israeli-allied Phalangists entered the first camp. For the next 40 hours members of the Phalangist militia raped, killed, and injured a large number of unarmed civilians, mostly children, women and elderly people inside the encircled and sealed camps. The estimate of victims varies between 700 (the official Israeli figure) to 3,500.

Source : http://electronicint...topic/145.shtml

Ce message a été modifié par achelhi - 30 septembre 2004 à 21:36.