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Guérrir par les émotions


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#1 yoananda

yoananda

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Posté 27 septembre 2004 à 15:22

http://www.cyberscie...r/3.0/N3532.asp

Guérir l'anxiété et la dépression sans médicaments, par une nouvelle médecine des émotions, c'est le pari proposé par le psychiatre français David Servan-Schreiber.

Canada

24/09/2004 - Confortablement assise devant le médecin psychiatre français David Servan-Schreiber, je respire profondément en laissant défiler sous mes paupières closes des souvenirs agréables. Un petit capteur enregistre mes battements cardiaques, dont le rythme plutôt chaotique s'affiche sur l'écran de l'ordinateur portable posé devant nous. Dois-je m'inquiéter de tant de soubresauts ? « Le rythme cardiaque varie constamment, c'est normal puisque le corps s'adapte aux événements et aux émotions à chaque instant. Cela s'appelle la variabilité cardiaque », me rassure-t-il. Après quelques minutes de cet exercice de respiration qui ressemble à du yoga, mon rythme cardiaque devient « cohérent ». Sur l'écran, une ligne aux courbes régulières a remplacé le chaos de tout à l'heure. Intéressant…


  


Dans le best-seller du médecin, Guérir le stress, l'anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse, cette technique de « cohérence cardiaque » est présentée comme une façon de soigner le corps et l'âme, au même titre que l'acupuncture, l'exercice physique et la consommation d'oméga-3. Traduit et lancé dans plus de 20 pays, ce livre connaît un véritable succès depuis sa publication l'an dernier. Sans doute parce que les méthodes préconisées sont simples et parce que l'homme est crédible. Il a mené une carrière de clinicien, de professeur et de chercheur en sciences neurocognitives à l'Université de Pittsburgh et à la Faculté de médecine de Lyon I. Son ouvrage foisonne de références à des études scientifiques. L'auteur était récemment de passage à Montréal pour un congrès international sur l'une des techniques qu'il utilise pour traiter les traumatismes psychologiques, l'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing). C'est à cette occasion que nous l'avons rencontré.


Québec Science : Qu'est-ce qui vous a mené à vous intéresser à des techniques plus près des médecines alternatives que de la médecine occidentale ?
David Servan-Schreiber : C'est un voyage en Inde, pendant lequel j'ai travaillé auprès de réfugiés tibétains, à Dharamsala. J'y ai découvert que la médecine traditionnelle tibétaine, basée sur l'acupuncture et les plantes, fonctionnait très bien sur ces réfugiés. J'ai alors constaté que plusieurs études scientifiques démontraient déjà leur efficacité. J'ai aussi une amie d'enfance, souffrant de dépression, qui a refusé les médicaments proposés par son médecin. Elle a été guérie par une méthode non conventionnelle, proche de l'hypnose, qu'on m'avait appris à mépriser durant mes études. J'ai été ébranlé, car si elle m'avait consulté, je ne lui aurais donné que du Prozac… Je me suis aperçu que j'étais en train de passer à côté de quelque chose.

QS : La plupart des méthodes que vous présentez dans votre livre sont vieilles comme le monde : la consommation d'huile de poisson, l'exercice, se lever avec l'aube… On aurait à la longue négligé ces connaissances ?
DSS : La médecine a pris un très mauvais virage avec les antibiotiques, la plus grande découverte médicale de tous les temps. Ces médicaments sont fantastiques, tellement en fait qu'ils fonctionnent peu importe votre condition physique, votre alimentation, votre respect de la chronobiologie ou vos relations affectives. On a cru que ce serait comme cela avec tout le reste de la médecine moderne. Mais ce n'est pas vrai. Quand vous avez une maladie cardiaque, on vous fait un pontage, des interventions ultra-sophistiquées. Cela retire le bouchon de vos artères, mais ça ne change rien à votre maladie cardiaque. On a cru que parce qu'on pouvait soigner les crises aiguës, on connaissait tout de la médecine. Mais ce n'est pas le cas. Il faut bien traiter son corps et le traiter en profondeur pour qu'il continue de nous faire vivre.
Heureusement, on est en train de récupérer cette sagesse. Et ce qui est nouveau, c'est qu'on a la science pour montrer que ça fonctionne.

QS : Est-ce que toutes les médecines alternatives ont quelque chose à nous apporter ?
DSS : Il y a plusieurs médecines douces dont je ne parle pas, comme l'homéopathie, parce que je ne suis pas convaincu de leur efficacité. Je n'utilise que des méthodes validées par des résultats scientifiques. Je ne suis pas arrivé à la médecine alternative par rejet de la science. J'ai passé vingt ans à étudier la médecine et les sciences neurocognitives, à les enseigner, à diriger un centre de recherches aux États-Unis. C'est ma culture. Or, je me suis aperçu qu'il y a des techniques traditionnelles qui fonctionnent très bien, mais dont on ne parle pas, simplement parce qu'il n'y a pas d'intérêts économiques derrière. Il n'y a pas de brevets sur les oméga-3, sur la respiration, sur les aiguilles d'acupuncture. Personne n'a intérêt à en faire la promotion. Je ne suis ni pour ni contre les médecines alternatives. Je suis pour la médecine qui marche, avec le moins d'effets secondaires possibles. Tous les médecins cherchent cela !

QS : On comprend de mieux en mieux comment l'acupuncture fonctionne, en favorisant par exemple la sécrétion d'endorphines, un analgésique naturel. La médecine occidentale refuse cependant de croire aux méridiens et au Qi (flux d'énergie). Vous y croyez, vous ?
DSS : Je crois à l'homéostasie, un concept de médecine occidentale selon lequel il existe des mécanismes de retour à l'équilibre quand les fonctions physiologiques s'éloignent du point d'équilibre. Pour que l'organisme soit dans cet état, il faut que chaque organe fonctionne dans une « zone » déterminée. Un exemple : les reins filtrent le sang; si le sodium qui y reste est trop concentré ou trop dilué, plus rien ne marche. Or, pour que les reins accomplissent correctement cette tâche, il faut que tous les autres organes et glandes de l'organisme fonctionnent bien, le pancréas, l'intestin, l'hypothalamus, etc. C'est ça, l'homéostasie. Mais le Qi, c'est la même chose ! C'est une énergie qui règle l'ensemble des fonctions ; chaque organe en dépend et y contribue. Parler du Qi, c'est dire qu'on ne peut résumer la santé à la fonction d'un organe. Il n'y a pas un scientifique qui va nier ça. Les Occidentaux ont cru avoir inventé quelque chose avec le concept d'homéostasie, mais ce n'est rien de plus que cette fonction énergétique dont les Chinois parlaient il y a 5000 ans.

QS : Selon vous, les psychologues et psychiatres font fausse route en essayant de soigner les maux de l'âme par le langage. Pourquoi ?
DSS : L'être humain possède deux cerveaux : un cerveau cognitif et rationnel à la surface – le cortex ? , et un cerveau émotionnel, en profondeur – le système limbique. Le cerveau cognitif est le siège de la pensée et du langage, alors que le cerveau émotionnel, lui, est le siège des émotions et contrôle la physiologie du corps : le rythme cardiaque, la tension artérielle, l'appétit, le sommeil, la libido, et même le système immunitaire. Pour guérir la dépression et l'anxiété, c'est donc beaucoup plus facile d'entrer en communication avec le cerveau émotionnel par le corps que par le langage et la pensée.

QS : Parler, se confier, cela a-t-il quand même son utilité en thérapie ? Pratiquez-vous encore la psychanalyse, basée sur le récit de vie ?
DSS : Je pratique encore certaines formes de psychothérapies. Je pense que le langage est particulièrement important dans la gestion des relations affectives. Il faut apprendre aux gens à se parler. Mais la psychanalyse, je l'ai laissée tomber. Parce qu'on se perd dans le langage ! Je ne suis pas contre la psychanalyse, mais il faut aussi apprendre à se « brancher » sur le corps. Je pense que la clé de la médecine du XXIe siècle sera ce lien entre le corps et l'esprit. On ne peut séparer l'état physique de l'état mental.

QS : Les médicaments, par contre, vous les utilisez encore. Devraient-ils constituer un dernier recours ?
DSS : Ils ne devraient assurément pas être le premier. Je ne suis pas le seul à le dire. Le National Institute for Clinical Excellence, un organisme relevant du ministère anglais de la santé a publié un rapport affirmant que les médicaments ne devraient jamais être le premier traitement choisi pour la dépression.

QS : Ça l'est souvent !
DSS : Effectivement, et c'est une mauvaise pratique médicale. De la même façon qu'on n'utilise pas les stéroïdes en premier lieu dans les maladies de peau. On ne pourrait faire de la médecine sans les stéroïdes, mais il faut s'en servir de manière rationnelle.

QS : L'intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires (EMDR) est une thérapie qui permettrait de soigner les traumatismes du passé en imitant les mouvements des yeux qui ont lieu spontanément pendant les rêves. Elle ne fait pas encore l'unanimité parmi les psychiatres…
DSS : C'est vrai que ç'a l'air bizarre l'EMDR ! Quand on vous dit que le fait de bouger les yeux va changer quelque chose pour des gens qui ont vécu de grandes souffrances comme un viol, la perte d'un enfant ou un génocide, ça semble impossible. L'idée me semblait totalement saugrenue au départ. Mais il y a maintenant 16 études contrôlées qui démontrent que ça marche après seulement quelques séances d'EMDR. C'est délirant comme efficacité !

QS : Comment ça fonctionne ?
DSS : On ne sait pas très bien. Quand on a une émotion très forte liée à un traumatisme passé, soit on s'empêche d'y penser parce que ça fait trop mal, soit on est noyé par elle. La clé, c'est de pouvoir observer l'émotion sans se laisser submerger. C'est cet état que l'EMDR permet d'atteindre. L'autre hypothèse, c'est que la technique activerait le mécanisme de réorganisation de l'information qui a lieu pendant les rêves. L'émotion liée au traumatisme serait enfin digérée.


Les sept méthodes de David Servan-Schreiber

1. La cohérence cardiaque
Le rythme cardiaque varie constamment, c'est normal puisque le corps s'adapte à chaque instant aux événements et aux émotions. Par un exercice de respiration ressemblant au yoga, on peut induire de la cohérence dans cette variabilité autrement chaotique. Un état qui serait non seulement bénéfique pour la santé physique (meilleure immunité, longévité, santé cardiaque) mais aussi pour le moral (meilleure gestion du stress et des émotions négatives).

2. L'intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires (EMDR)
En imitant les mouvements des yeux qui ont lieu spontanément pendant les rêves, la thérapie EMDR permettrait au cerveau de digérer très rapidement les résidus de traumatismes du passé, comme on digère les événements de la journée durant le sommeil.

3. La simulation de l'aube
Le cerveau émotionnel est très sensible aux différents rythmes biologiques. Grâce à une lampe qui simule l'apparition progressive de l'aube, il est possible de s'éveiller sans réveil-matin, un traitement efficace pour le « blues », surtout celui des mois d'hiver.

4. L'acupuncture
Les Chinois soignent la dépression par l'acupuncture depuis 5000 ans. Les techniques d'imagerie moderne démontrent que cette technique a un effet réel sur le cerveau.

5. Les oméga-3
Plus de la moitié du cerveau est constitué d'acides gras. Consommer des acides gras oméga-3 (surtout présents dans les huiles de poisson) améliore son fonctionnement et stabilise l'humeur.

6. Le sport
L'exercice physique a des effets puissants sur les neurotransmetteurs du cerveau. Selon plusieurs études, l'exercice est aussi efficace qu'un antidépresseur.

7. La communication émotionnelle
Les relations affectives régulent les émotions et donc toute la physiologie du corps. L'amour est un besoin biologique, au même titre que la nourriture ou la protection contre le froid. S'occuper des autres (même d'un animal !) améliore l'humeur et la réponse au stress.
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