Posté 03 novembre 2004 à 13:12
Bonne nuit à bord du TITANIC.
Combien serons-nous, défenseurs du vivant, de la Nature, des animaux et donc de la dignité humaine, à manifester, le samedi 6 novembre, devant le PANTHEON ?
Sans doute moins nombreux que ne le sont les cortèges de ceux qui au lieu de défendre une conscience, servent leurs intérêts matériels et égoÏstes, leurs rémunérations, leurs avantages catégoriels.
Le ministre dit de l’écologie, stimulé par son collègue de l’agriculture, a tué sa louve de 19 kilos sans parvenir, bien évidemment, à satisfaire ceux qui veulent l’aseptisation totale, absolue, irréversible de l’espace naguère naturel.
La France viole la directive CEE 92 43 dont l’article 16 ne permettrait la destruction du loup « qu’à défaut d’autres solutions satisfaisantes permettant de prévenir d’importants dégâts aux cultures ou élevages ».
En ce lieu, en cette saison, la malheureuse louve du VERCORS ne menaçait aucun troupeau de moutons subventionnés.
Qu’importe, les ennemis de la nature se voient offrir un loup par leur gouvernement.
Que valent en ce pays le droit communautaire, les données scientifiques, la volonté majoritaire des citoyens non-organisés en lobbies ? rien, pas davantage que la vie d’un animal qui, pour les décideurs, n’est pas même une vie.
C’est que pour ces individus l’animal n’est pas un être sensible, pourvu de droits et notamment du premier d’etre eux, celui de ne pas être maltraité.
Au nom du principe du parapluie, on abat massivement les vaches folles, ou aphteuses, les chiens et chats en région où a passé un seul animal enragé, alors que les risques sont objectivement nuls.
Tout ce qui est énoncé dans les discours et même dans les textes légaux en faveur de la Nature, des animaux, de la qualité de la vie cède immédiatement et systématiquement devant tout autre intérêt subalterne, toute gesticulation de tueurs obsédés.
Les discours, les textes sont justes là pour faire bien, pour donner l’illusion que nous somes sortis de la préhistoire.
ETAT coupable ou société fautive ?
Ces jours-ci une petite ville normande se réjouit d’accueillir la future centrale électro-nucléaire dite EPR, cependant que d’autres communes de la région se désolent de voir leur échapper le splendide générateur.
Ecoutez les arguments avancés par les maires et animateurs de chambres de commerces .
Vous n’y entendrez aucune réflexion de fond sur les problèmes énergétiques, sur les mérites ou inconvénients du nucléaire.
Ces choix énergétiques sont complexes. Le pétrole se fera de plus en plus rare et cher. La fusion nucléaire ne remplacera pas tout de suite la fission, les déchets millénarisés des centrales à stocker indéfiniment, mais les gaz à effet de serre évités, d’un côté les dangers, de l’autre la nécessité de produire toujours davantage d’énergie. Bref, des grandes questions permettant d’alimenter un vaste débat technique ou adversaires et partisans peuvent échanger, si possible de bonne foi et intelligemment, des arguments.
Et bien non. Ce débat de fond n’a pas lieu . Les élus locaux et autres forces-vives ne se préoccupent nullement du bien ou mal fondé du nucléaire. Ce qui les agite, les détermine, les excite, ne réside que dans les retombées financières de la réalisation. Des taxes professionnelles et des « emplois » et les élus locaux ne pensent plus, ne délibèrent plus, ignorent la raison ou la conscience. Ils s’arrachent la pompe à finances sans examiner son contenu.
Où s’arrêterait leur réflexe pavlovien de mercantilisme ?
L’économie serait-elle pour notre société la mesure de tout, l’étalon primant sur toute autre considération ?
La passion n’interdisant pas le respect de l’opinion d’autrui, j’admets volontiers que l’on puisse plaider pour une option différente de la mienne.
Mais l’indigence de la pensée des décideurs m’effraie. Ils ne sont pas « pour le nucléaire », mais pour tout ce qui leur rapporte des taxes et des « emplois ».
Se seraient-ils battus, au nom de la taxe professionnel et de « l’emploi », pour héberger des camps d’extermination, sur leurs communes ?
Pour eux, une lèpre industrielle, un lotissement en carton-pâte, et surtout un rond-point tous les 500 mètres, valent infiniment mieux qu’une réserve naturelle, une zone humide, une forêt.
Ici et maintenant, le fric passe avant la vie .
Contre l’économisme abrutissant et avilissant, contre le productivisme, la spéculation, le toujours plus, nous devons opposer le devoir de compassion et la prévalence de la vie, vie humaine, vie des animaux et de l’ensemble de la biodiversité.
Une louve est morte très symboliquement parce que nous sommes à bord du TITANIC, dans une société régressive qui fait naufrage, chaque jour un peu plus.
Le grand soir salutaire, passé de mode, laisse l’humanité dans une nuit d’horreurs, et le jour ne se lève pas vite dans la conscience des décideurs.
L’écologie est bien davantage qu’une opinion politique, éthique, culturelle.
Elle est l’issue de secours d’un monde féroce, malade de sa cupidité.
Gérard CHAROLLOIS
Président de la CONVENTION VIE ET NATURE POUR UNE ECOLOGIE RADICALE
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