Encore une preuve qu'on va droit dans le mur
"France: le travail n'est plus un rempart contre la pauvreté
PARIS (AFP), à 17:03 (16/11/2004)
© 2004 AFP
Le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a appelé mardi à la "mobilisation collective" face à la pauvreté, alors que le Secours Catholique lui remettait un rapport soulignant que le travail n'est plus un rempart contre la pauvreté.
"La société n'est pas innocente de la pauvreté (....) C'est pour cela que nous devons avoir une mobilisation collective", a-t-il dit lors d'une visite dans un foyer d'hébergement et de réinsertion du Secours Catholique, la Cité Notre Dame (VIIè).
"Je souhaite que les associations puissent avoir une place renforcée pour venir compléter l'action des pouvoirs publics au niveau national et des élus locaux, des maires de France qui sont en fait des professionnels de la fraternité de terrain", a-t-il ajouté.
Le président national du Secours Catholique, Jean-Pierre Richer, a noté que non seulement "la pauvreté n'a pas diminué en France en 2003 mais elle a pris des formes nouvelles et s'est aggravée". Travailler mais vivre au-dessous du seuil de pauvreté est une réalité de plus en plus fréquente en France, affirme le Secours catholique dans son rapport.
Le travail n'est plus un rempart contre la pauvreté. "Nous rencontrons une part croissante de personnes qui travaillent mais n'échappent pas à la spirale de l'exclusion", indique le rapport qui, comme chaque année, donne la température de la situation de l'exclusion en France.
En 2003, l'association a accueilli près de 1.600.000 personnes, dont 740.000 enfants. Parmi elles, le rapport note une augmentation du nombre de mères seules avec enfant. Désormais, plus de la moitié des enfants (52% en 2003) accueillis vivent en famille monoparentale, contre 47% en 1999. Les chiffres montrent aussi une nette progression du nombre de personnes de plus de 50 ans.
La part des personnes sans aucune ressource augmente aussi, approchant les 13% en 2003 contre 11,5% en 2001. Un peu plus du quart attendent RMI ou allocations chômage ou logement. Et le nombre de personnes accueillies et sans travail augmente aussi.
La moitié des personnes accueillies ont un niveau de vie compris entre 300 et 600 euros par mois (le RMI en 2003 était de 411,70 euros et le seuil de pauvreté calculé par l'INSEE de 602 euros par mois).
"Les écarts ne cessent de s'accroître entre les plus aisés et les pauvres en France", écrit Gilbert Lagouanelle, responsable de l'enquête, "sur le plan des ressources, de la formation, mais aussi sur le plan géographique puisque la hausse spéculative du foncier expulse" les plus pauvres toujours plus loin des centre-villes, et donc de l'activité. Les impayés d'ailleurs portent de plus en plus sur les dépenses liées à l'habitation.
Ce rapport 2003 apporte des précisions sur ce que les associations ont constaté depuis quelques années: le travail ne protège plus de la pauvreté, puisque les personnes accueillies et qui ont un emploi ont en moyenne un niveau de vie de 540 euros, inférieur au seuil de pauvreté.
En outre, le travail précaire, qui est le lot de 74% des personnes accueillies, contre 25% en moyenne nationale, tend à appauvrir. Ces "sous-contrats", affirme Gilbert Lagouanelle, entraînent "une vie en pointillés", car sans contrat fixe, il n'y a pas de logement possible, ni d'accès aux prêts bancaires, et les gens "s'enferment dans la pauvreté".
Les femmes chefs de famille en particulier ont intérêt à rester chez elles. En moyenne, a calculé le Secours catholique, les mères seules avec un enfant ont, toutes ressources confondues, un revenu de 670 euros lorsqu'elles sont au foyer, et 715 euros quand elles ont un emploi à temps partiel. Lorsqu'il faut ajouter frais de garde et transport, elles y perdent.
L'accroissement des coûts du loyer pénalise aussi les familles. Les loyers en HLM ont été multipliés par 2 en 5 ans par rapport à l'aide au logement, et par 4 dans le privé. Les dettes liées au logement augmentent, mais aussi les dettes d'impôts, de crédit à la consommation.
Un signe également significatif: le taux de chômage des personnes accueillies est passé de 58,6% en 2001 à 66,5% en 2003, alors que le taux de chômage a augmenté de 1% en France pour la même période. Et la proportion de chômeurs non indemnisés a augmenté de 10%, alors qu'elle a diminué du même pourcentage au niveau national."
Ce message a été modifié par gros chat - 16 novembre 2004 à 19:09.










