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On les appelait des terroristes...


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#1 ZeH

ZeH

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Posté 05 décembre 2004 à 19:51

Pour rafraichir la mémoire à certains...



Image IPB


On les appelait des terroristes...
L’AFFICHE ROUGE


Février 1944. Dans toutes les villes grandes ou petites de la France occupée, une affiche agresse le passant. Concoctée par les services de propagande allemands, elle véhicule un message à peine plus compliqué qu’un sens interdit. Pourtant, si habiles soient-ils à manier et marier formes et couleurs, poids des mots et choc des photos, les concepteurs ne peuvent prévoir la manière dont l’avertissement sera reçu par ceux auxquels il se destine : les habitants d’un pays nazifié après une défaite éclair. Il faut rappeler qu’en cette fin d’hiver le Reich conçu pour durer un millénaire subit de toutes parts des revers : aux échecs militaires s’ajoutant la guérilla menée par les “ Résistants ” des pays conquis.


Au sommet du placard rouge sang se détache une question en majuscules géantes : « DES LIBÉRATEURS ? »
Avant d’aboutir à la réponse, tout au bas de l’affiche, l’œil parcourt une série d’illustrations. Enfermés dans un V noir évoquant une pointe de flèche, des visages patibulaires en médaillon s’accompagnent chacun de renseignements sommaires mais percutants :
GRZYWACZ, juif polonais, 2 attentats
ELEK, juif hongrois, 8 déraillements
WASJBROT, juif polonais, 1 attentat, 3 déraillements
WITCHITZ, juif polonais, 15 attentats
FINGERWEIG, juif polonais, 3 attentats, 5 déraillements
BOCZOW, juif hongrois, chef dérailleur, 20 attentats
FONTANOT, communiste italien, 12 attentats
ALFONSO, Espagnol rouge, 7 attentats
RAYMAN, juif polonais, 13 attentats
Enfin, dans l’angle du V, une flèche noire signale plus particulièrement un dixième personnage :
MANOUCHIAN, Arménien, chef de la bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés.

Pour illustrer ces accusations, la pointe du V désigne une demi-douzaine de photos soigneusement choisies : assassinats (de civils), déraillements (de trains de marchandises), caches d’armes... Aussi, tout au bas de l’affiche, s’impose-t-elle la réponse à la question posée plus haut : « LA LIBÉRATION PAR L’ARMÉE DU CRIME ! »
Comme si cela ne suffisait pas, un tract largement distribué reproduit une réduction de “ l’Affiche rouge ”, accompagnée au verso par le commentaire suivant :

«  Voici la preuve :
Si des Français pillent, volent, sabotent et tuent...
Ce sont toujours des étrangers qui les commandent.
Ce sont toujours des chômeurs et des criminels professionnels qui exécutent.
Ce sont toujours des juifs qui les inspirent.
C’est
L’ARMEE DU CRIME
Contre la France
Le banditisme n’est pas l’expression du Patriotisme blessé, c’est le complot étranger contre la vie des Français et contre la souveraineté de la France.
C’est le complot de l’anti-France !...
C’est le rêve mondial du sadisme juif...
ETRANGLONS-LE AVANT QU’IL NOUS ETRANGLE NOUS, NOS FEMMES ET NOS ENFANTS ! »

Onze années plus tard, Aragon le chantre du Parti communiste se souviendra de l’Affiche rouge, en un poème qu’à son tour chantera Léo Ferré l’anar, puis qu’interpréteront de nombreux artistes dont le répertoire ne cherche pas à bercer le public. Aussi sont-ils ignorés des marchands de musique en conserve ainsi que des soi-disant animateurs de radio-télé. Profitons donc de l’occasion pour les sortir de l’ombre, quitte à en oublier quelques uns et à retarder l’exploration d’un passé maintenant vieux de soixante ans. Isabelle Aubret, Jacques Bertin, Renée Claude, Lucienne Deschamps, Leny Escudero, Michel Hermon, Monique Morelli, Marc Ogeret, Catherine Ribeiro, Catherine Sauvage, Francesca Solleville, Mama Béa Tekielski, Claude Vinci... Chanté par l’un/l’une ou l’autre, cet hommage pathétique, je l’entends en ce moment même, mêlé dans ma mémoire au placard de propagande nazie qui l’inspira.

« Strophes pour se souvenir »

« Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans.

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbes et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants.

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour voir le jour durant
Mais à l’heure de couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents.

Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand.

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie Adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan.

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée O mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant.

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant. »

(Louis ARAGON, mars 1955 : Le Roman Inachevé.)

« ... Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant... »

Pour étayer leur accusation selon laquelle les “ Résistants ” appartiennent à une “ armée du crime judéo-bolchevique ”, les propagandistes de l’Affiche rouge n’ont retenu que dix cas. Significatifs. Sept Juifs hongrois ou polonais ; deux communistes (l’un Italien et l’autre “ Espagnol rouge ”) ; un “ chef de bande ” arménien enfin.
En réalité, ces dix-là appartiennent à un réseau de 23 francs-tireurs arrêtés en octobre/novembre 1943, puis torturés avant d’être jugés d’expéditive manière à la mi février de l’année suivante.

Celestino ALFONSO : espagnol
Golda BANCIC, Joseph BOCZOV : roumains
Georges CLOAREC, Roger ROUXEL, Robert WITCHITZ : français
Rino DELLA NEGRA, Spartaco FONTANO, Césare LUCCARINI, Antoine SALVADORI, Amédéo USSEGLIO : italiens
Thomas ELEK, Emeric GLASZ : Hongrois
Mosca FINGERCWAJG, Jonas GEDULDIG, Laja GOLDBERG, Szlama GRZYWACZ, Stanislas KUBACKI, Marcel RAYMAN, Salomon SZAPIRO, Wolf WAJSBROT : polonais
Armenck MANOUKIAN, Missak MANOUCHIAN : arméniens.

La presse et la radio de la kollaboration ne manquent pas de souligner que, sur ces 23 “ terroristes ”, 21 sont étrangers. (20 en réalité puisque, malgré son patronyme, WITCHITZ est de nationalité française.) Circonstances aggravantes, neuf des inculpés sont Juifs et tous adhèrent peu ou prou au Parti communiste devenu clandestin... De surcroît, six d’entre eux ont combattu le franquisme, acquérant ainsi une précieuse expérience.
À cet amalgame réducteur relevant de l’intoxication psychologique, ajoutons quelques autres renseignements. Les membres les plus âgés du réseau (MANOUCHIAN et BOCZOV) approchent la quarantaine. Parmi les autres, la moitié des accusés ont moins de vingt-cinq ans. Exception faite d’un ingénieur et de deux étudiants, tous appartiennent au milieu ouvrier. Ces étrangers se sont réfugiés en France pour échapper au fascisme qui maintenant les rattrape.
Sans doute chacun mériterait-il de sortir de l’anonymat. À la fois ordinaire et exemplaire, l’itinéraire de Missak (Michel) MANOUCHIAN, reflète dans ses grandes lignes la vie de chacun de ses compagnons : des gens du peuple qui ne demandaient qu’à vivre en paix.

« ... Amoureux de vivre à en mourir... »

Missak Manouchian naquit en 1906 dans un village arménien soumis à la domination ottomane. Il va sur ses neuf ans lorsque son père, un petit paysan, est victime des massacres perpétrés par les militaires turcs et qui aboutissent à un véritable génocide  : le premier d’une telle ampleur, complété par diverses mesures d’extermination indirecte. L’année suivante, Missak perd sa mère, accablée par le chagrin, la misère et la maladie. L’orphelin est alors recueilli par une famille kurde puis par une institution chrétienne.
En 1924, comme des milliers de ses compatriotes, l’adolescent se réfugie en France. À Marseille, il exerce différents gagne-pain. Pendant ses loisirs, il fréquente les “ Universités ouvrières ” créées par les syndicalistes de la CGTU et s’adonne à la poésie. Il saura bientôt maîtriser la langue de son pays d’adoption.
Dix ans plus tard, il adhère au Parti communiste et milite plus particulièrement au sein de la M.O.I. (Main-d’Œuvre Immigrée) où se rassemblent ses frères d’exil. À l’intention de ces derniers il fonde successivement deux revues littéraires - “ Tchank ” (Effort) et “ Machagouyt ” (Culture) - puis un journal : “Zangou ” (La Rivière)
Quand éclate la Seconde guerre mondiale, Manouchian s’engage dans l’armée française. Puis, après la défaite et la rupture du pacte de non-agression germano-soviétique, il rejoint les FTP (Francs-Tireurs Partisans) de la Résistance clandestine. On lui confie alors la responsabilité de la section arménienne de la MOI (reconstituée par Arthur London : ancien des Brigades internationales, futur déporté puis auteur de “ L’Aveu ” ). Expédié dans la région parisienne, il prend la tête d’un groupe composé d’une vingtaine d’hommes et d’une jeune roumaine : Golda (Olga) Bancic, plus particulièrement chargée de convoyer les armes, avant et après les attentats.
Selon la technique de la guérilla urbaine, le détachement multiplie alors les opérations contre les Occupants et les “ Kollabos ” : expéditions punitives, sabotages, vols d’explosifs, déraillements... Ainsi, entre autres actions d’éclat, une petite équipe parvient-elle à abattre un général SS responsable en France du STO (Service du Travail Obligatoire).
Bien entendu ces succès provoquent les foudres des Occupants qui, avec l’aide des “ Brigades Spéciales ” françaises fortes d’un millier de policiers, mettent tout en œuvre pour neutraliser le détachement de “ terroristes juifs et étrangers ”. Filatures, arrestations, tortures et incitations au mouchardage aboutissent au repérage puis à l’arrestation de Manouchian et de son réseau. Pendant plus de trois mois, les prisonniers sont alors soumis à des interrogatoires dignes de l’Inquisition. Mais les représentants du Reich hitlérien et de l’État pétainiste ne se contentent pas de cette victoire. Ils entendent aussi l’exploiter sur le plan politique. On parlerait aujourd’hui d’intoxication psychologique.

Un spectacle édifiant

À l’occasion de cette parodie de procès, les Allemands veulent surtout montrer qu’ils exercent une justice sévère mais irréprochable d’une part ; que les prétendus “ Résistants ” sont en réalité des criminels apatrides sans foi ni loi d’autre part.
Aussi choisissent-ils, pour recevoir la Cour Martiale, une somptueuse et immense salle de l’hôtel Continental, aménagée pour la circonstance. Le tribunal se compose d’un colonel et de deux officiers de la Wehrmacht, respectivement juge et assesseurs. Un autre officier soutient l’accusation, tandis que six sous-officiers commis d’office se partagent en principe la défense des accusés. Ces derniers sont installés sur quatre rangs de chaises. Ils sont menottés deux par deux, à l’exception de trois d’entre eux (dont Olga Bancic) qui se tiennent seuls, les mains liées dans le dos. L’extrême dangerosité des inculpés se trouve encore soulignée par un encadrement de soldats armés de mitraillettes, d’autres militaires gardant l’immeuble.
Afin que le spectacle bénéficie d’une publicité maximum, les services de propagande nazie ont convoqué une trentaine de journalistes à leur botte : allemands, français ou appartenant à d’autres pays soumis au Troisième Reich. Cependant, par souci de sécurité, ils ne pourront publier leurs compte-rendus (préalablement visés par la censure) qu’une fois le procès terminé. Par ailleurs, une équipe de cinéastes est chargée d’enregistrer la séance. Le film réalisé devrait ensuite convaincre les spectateurs français de la juste rigueur du tribunal militaire.
À l’issue d’un procès expéditif, le verdict n’offre pas de surprise. Convaincus d’appartenir à “ l’Armée du crime ”, vingt-trois des vingt-quatre accusés sont condamnés à mort et bientôt exécutés. On peut penser que le rescapé, un Polonais, fait partie de la stratégie générale. Son cas n’illustre-t-il pas l’impartialité des juges militaires, uniquement soucieux de s’en prendre aux “ terroristes ” avérés et non au menu fretin des délinquants ordinaires. En effet, si l’accusé s’est rendu coupable d’un vol à main armée, il ne poursuivait pas de but politique. En conséquence, la Cour martiale le renvoie devant un tribunal civil français.
Mais la Wehrmacht ne saurait accorder à une femme l’honneur d’être passée par les armes. Aussi Olga Bancic est-elle expédiée à Stuttgart où, après de nouvelles tortures, elle sera décapitée à la hache le jour de son trente-deuxième anniversaire. Elle laisse une fillette de deux ans, prénommée Dolorès en souvenir de l’engagement de la mère aux côtés des républicains espagnols...
Avant de les fusiller, comme le veut l’usage on autorise les condamnés à écrire une dernière lettre. Dans son poème plus haut cité, Aragon utilisera plusieurs phrases rédigées par Missak Manouchian à l’intention de son épouse Méliné(e) : une arménienne dont les parents furent également victimes du génocide ordonné par les militaires turcs.

« Ma chère Méliné... »

« 21 février 1944, Fresnes
Ma Chère Méliné, ma petite orpheline bien-aimée,
Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, je n’y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.
Que puis-je t’écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.
Je m’étais engagé dans l’Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu’il méritera comme châtiment et comme récompense. Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous... J’ai un regret profond de ne t’avoir pas rendue heureuse, j’aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d’avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l’armée française de la libération.
Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d’être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l’heure avec le courage et la sérénité d’un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n’ai fait de mal à personne et si je l’ai fait, je l’ai fait sans haine. Aujourd’hui, il y a du soleil. C’est en regardant le soleil et la belle nature que j’ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t’embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami, ton camarade, ton mari.
Manouchian Michel.
P.S. J’ai quinze mille francs dans la valise de la rue de Plaisance. Si tu peux les prendre, rends mes dettes et donne le reste à Armène. M. M. »

Propagande, stylo et caméra...

Une fois le procès expédié, la presse de la Kollaboration répercute servilement le point de vue allemand, en rajoutant même à l’occasion. Les accusés appartiennent à la « tourbe internationale qui assassinait pour 2300 francs pas an » selon “ Le Matin ”. “ Paris-Soir ” stigmatise un ramassis de « terroristes judéo-communistes », dont les portraits visent à inspirer l’effroi et le mépris :
«  Manouchian a un visage basané, les pommettes sont hautes, mais à la hauteur des lèvres la joue est molle et basse, elle fait un pli, comme ont les dogues (...) Spartaco est abject. Blondasse gonflé, la peau blême, les paupières clignotantes (...) Rayman semble échappé d’un roman russe : Échevelé, pâle jusqu’aux lèvres, l’œil opalin, il n’est pas de notre temps, c’est le nihiliste d’autrefois, le révolté de toujours, l’éternel dérailleur de trains (...) »
Mais aucun observateur ne signale les marques, pourtant manifestes, de torture...

Les journaux provinciaux se contentent d’à peu près reproduire les communiqués de l’OFI (Office Français d’Information, en réalité soumis à la censure allemande) Ainsi “ La Dépêche ” (qui continue à se prétendre “ Journal de la Démocratie ”) sort-elle sa simple feuille quotidienne, dont le verso est consacré aux nouvelles de la région toulousaine
Au verso du numéro daté du mardi 22 février 1944, un article central s’intitule : « Vingt-trois terroristes ont été condamnés à mort par la Cour martiale allemande de Paris. » Sans le moindre commentaire est reprise la version officielle, distinguant le simple délinquant renvoyé se faire condamner ailleurs, des vingt-trois “ terroristes ” dont sont signalés avec force coquilles les patronymes, ainsi que les origines juives et étrangères. Ceux-ci ne peuvent bénéficier de la Convention de la Haye (1907), puisqu’ils ne portent pas d’uniforme. [1] Aussi, en toute justice, méritent-ils la mort, comme tous ceux qui voudraient les imiter en participant directement ou indirectement à une action terroriste quelle qu’elle soit.
En conclusion, apprend-on : «  Les accusés ont cependant la faculté de déposer, dans un délai de cinq jours, par l’intermédiaire de leurs défenseurs, une demande de recours en grâce. » Précision pour le moins curieuse, puisque les “ terroristes ” viennent d’être exécutés sans plus attendre ! Mais le principal c’est que, sur le papier, la procédure légale soit respectée...
Qu’apprend encore le lecteur de “ La Dépêche ”, ce 22 février 1944 ? Contentons-nous de citer les titres des principaux articles :
« Attaques et contre-attaques sur le Front de L’Est et de l’Italie.
11 contre-torpilleurs coulés dans l’Atlantique par les sous-marins du Reich.
Nouvelles et violentes attaques de la Lutwaffe contre Londres.
49 avions anglo-américains abattus au-dessus de Leipzig et de Stuttgart... »
Dans de telles conditions, comment douter de la prochaine victoire allemande ?

Si les stylos et les micros des journalistes sont faciles à diriger, il en va autrement des caméras. Malgré des coupures, le film tourné pendant le procès ne répond pas aux objectifs de la propagande. Non seulement les accusés font preuve d’une extrême dignité, mais encore se transforment-ils en accusateurs du régime hitlérien. Aussi, plutôt qu’au film, la “ Propaganda Abteilung ” à la solde de Goebbels, préféra-t-elle recourir à l’Affiche rouge.
L’impact de celle-ci reste difficile à évaluer. Pendant la nuit, d’authentiques “ Résistants ”, à Lyon en particulier, collèrent sur l’Affiche un bandeau : « Morts pour la France ». D’autres écrivirent des hommages de même inspiration ou déposèrent des fleurs. Quel pourcentage de la population représentaient ceux-ci, avant que n’affluent les “ Résistants ” du dernier quart d’heure ?

À écouter : “ Les jours du siècle ”, France-Inter 1996 (Henri Krasucki)

Faut-il rappeler que, soixante ans plus tard, ce même argument est repris par Bush and Co pour justifier l’injustifiable sort des prisonniers de Gantanamo ?

Taurin M.

L’AFFICHE ROUGE
En ce qui me concerne, je n'ai pas à m'inquiéter d'être un jour traitre à mes idées, J'en ai jamais eu.