Je m’attendais presque à voir surgir le président Bush, Donald Rumsfeld et les néo-conservateurs américains, tant les faucons de Washington ont inscrit leur stratégie irakienne dans la lignée de celle de Charles X, du prince de Polignac et du général de Bourmont.
Commentaire
Pour venger le coup d'éventail donné par le dey d'Alger au consul de France, la France occupa Alger, le 5 juillet 1830, et en chassa le dey. Cette vérité s'inscrit toujours dans les livres scolaires. Et si le but principal de cette conquête avait été de faire main basse sur les immenses trésors de la Régence, pour reconstituer les fonds secrets de Charles X afin de corrompre et de retourner le corps électoral ? Après une longue enquête, Pierre Péan a retrouvé les traces embrouillées de l'or pillé dans les trésors de la Régence. Louis-Philippe, la duchesse de Berry, des militaires, des banquiers et des industriels, comme les Seillière et les Schneider, ont profité de cette manne. Le développement de la sidérurgie française doit ainsi beaucoup à l'or d'Alger.
Comment le Trésor du Dey a été pillé
Par Yacine Kenzy
Les ADM de Saddam Hussein ont été à Georges Bush ce que fut, en son temps, le coup d’éventail du Dey d’Alger au roi de France, et le pétrole irakien n’est rien d’autre que ce que fut le fabuleux trésor de la Régence.
Dans les écoles françaises, on enseigne encore que l’expédition d’Alger de 1830 n’était qu’une réponse du roi Charles X au geste du dey Hussein Pacha de souffleter de son éventail en plume de paon le consul français Pierre Deval. En cette veille d’aïd du 30 avril 1827, le consul s’était montré particulièrement insolent envers le dey, qui demandait des explications sur l’entêtement du gouvernement français à ne pas lui rembourser une dette de 7 millions de francs datant déjà de plus de 25 ans.
Le consul avait-il prémédité son geste pour déclencher la réaction disproportionnée qui interviendra 3 ans plus tard par une expédition militaire conduite par le général de Bourmont ? C’est ce que laisse supposer le dernier livre du journaliste Pierre Péan Main basse sur Alger. Le journaliste, rendu célèbre par ses investigations, est allé fureter dans les archives pour apporter la démonstration que l’expédition de 1830 qui se transformera en longue nuit coloniale n’avait pas pour but de laver l’affront infligé par le dey et de faire cesser la piraterie comme le prétendait le roi de France, mais bien de faire main basse sur la trésor de la Régence.
Pour son entreprise, le roi avait trouvé un précieux associé en la personne du général de Bourmont, ministre de la guerre en quête d’un important fait d’arme pour se racheter d’avoir déserté lors de la bataille de Waterloo (Belgique) où les alliés européens avaient brisé l’armée de Napoléon, le 15 juin 1815. Les préparatifs de l’expédition prendront plus de 3 ans avant que ne débarquent, le 13 juin 1830, à Sidi Ferruch, les 37 617 soldats formant le corps expéditionnaire. Commencent alors les pillages qui ne vont pas sauver le pouvoir de Charles X contraint d’abdiquer sous les coups de la Révolution de juillet.
Mais une partie du trésor ira quand même à ses réseaux avec lesquels il tentera de reprendre le pouvoir et une autre atterrira dans les caisses de Louis-Philippe. Officiellement, le trésor trouvé à la Casbah s’élevait à 48 millions d’espèces d’or et d’argent. Les Français obligèrent le khaznadji (le trésorier du dey) à signer un document authentifiant cette somme. En réalité, les pillages auraient rapporté à leurs auteurs entre 500 et 750 millions de francs, soit l’équivalent de 4 à 6 milliards d’euros actuellement, selon les estimations de Pierre Péan.
Qui a empoché cette manne ? 43 millions de francs sont arrivés dans les caisses royales et sont entrés dans le budget de la France et un peu plus de 5 millions ont été affectés au corps expéditionnaire pour subvenir à ses besoins. “La plus grande partie du Trésor de la Régence et des pillages opérés dans la Casbah, dans la ville et dans les environs d’Alger a donc abouti dans les poches de militaires, de fonctionnaires des Finances, de banquiers, de négociants et d’aventuriers mais aussi dans celles du roi des Français”, affirme l’auteur.
Parmi ces heureux bénéficiaires, les aïeuls de la maison Schneider et d’Ernest Antoine Seillière, l’actuel président du Mouvement des entrepreneurs de France (Medef) qui avaient obtenu le marché d’approvisionnement du corps expéditionnaire. “À combien s’est élevé leur bénéfice dans cette affaire ?” s’est demandé Pierre Péan. “Apparemment suffisamment pour prendre un nouvel essor et devenir les plus grands sidérurgistes de l’industrie française”, répond-il en précisant avoir rencontré le président du Medef au cours de son enquête.
Y. K.
Pillage de l'or de la Régence
La raison d’une colonisation
Jusqu’à présent, la conquête de l’Algérie suscite encore des interrogations, notamment sur les véritables motivations de Charles X concernant la prise d’Alger.
Selon le journaliste Pierre Péan, dans un livre-enquête à paraître prochainement à Paris, la conquête de l'Algérie aurait été menée dans le seul but d'accaparer le trésor de la Régence d'Alger, en juillet 1830.
«Et si cette conquête avait été menée dans le seul but de faire main basse sur les immenses trésors de la Régence d'Alger afin de constituer les fonds secrets de Charles X pour corrompre et retourner le corps électoral ?», s'interroge l'auteur dans Main basse sur Alger, enquête sur un pillage (aux éditions Plon).
Cette interrogation est à la base de l'enquête qui tord le cou à la légende du fameux «coup d'éventail», soufflet asséné à Pierre Deval, consul de France auprès de la Régence d'Alger, par Hussein Pacha, Dey d'Alger, le 30 avril 1827. Piqué au vif par des propos outrageants exprimés en ottoman par Pierre Deval, le Dey Hussein soufflette le représentant diplomatique français de son éventail en plumes de paon, rappelle l'enquêteur. Selon lui, ce geste d'humeur servira de prétexte officiel à la colonisation de l'Algérie, en juillet 1830. Après une longue enquête, Pierre Péan a retrouvé les traces de l'or découvert dans les palais de La Casbah, où étaient entassés des richesses évaluées en francs de 1830 à au moins 250 millions, soit quelque 10 milliards de francs 2001, selon une estimation minimale de Pierre-François Pinaud, historien spécialisé dans l'histoire des finances du XIXe siècle, cité par l'auteur.
Selon Pierre Péan, loin d'être une affaire d'honneur français outragé, le résultat direct d'un coup d'éventail à un représentant de la France, l'expédition militaire contre l'Algérie fut donc un «hold-up financier» jamais admis. «Officiellement, ce fameux trésor a payé un peu plus que les frais de la conquête, soit environ 48 millions de francs en or et argent, alors que le trésor de la Régence s'élevait à au moins 250 millions de francs (de 1830), soit un détournement d'au minimum 200 millions», écrit Pierre Péan.
Cette manne fabuleuse n'a pas atterri dans les seules caisses de l'Etat français. Le roi Louis-Philippe 1er, la duchesse de Berry, des «oligarques» militaires, des banquiers et des industriels comme les Seillière et les Schneider, ont profité de ces richesses, indique l'enquête. Le développement de la sidérurgie française doit ainsi beaucoup à cet or spolié, souligne encore l'auteur.
La thèse de la spoliation de l'or algérien n'est pas tout à fait nouvelle. Avant que Pierre Péan ne s'en empare, au hasard d'une recherche sur la conquête de l'Algérie destinée à alimenter une biographie du duc de Bourmont, premier maréchal de la colonisation, un historien, Marcel Emerit, professeur à la faculté des lettres d'Alger, avait consacré en 1954 une étude à ce sujet. Il avait notamment découvert un rapport de la police française de 1852, qui, à partir des découvertes de la commission d'enquête gouvernementale sur l'or de la Régence, affirmait que «des sommes très importantes avaient été détournées et qu'une grande partie de ces spoliations avaient abouti dans les caisses privées de Louis-Philippe», rapporte Pierre Péan.
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