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La toute puissance


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1 réponse à ce topic

#1 gwelan

gwelan

    Chercheur de lumière

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Posté 14 décembre 2004 à 01:52

Dans les premiers mois de la vie, la relation du bébé avec le monde, est essentiellement fusionnelle. Si l’enfant est satisfait dès  qu’il manifeste un besoin, par exemple celui de téter,   et que la mère, à ce moment lui présente  le sein, celui-ci se trouve  pour ainsi dire sous le contrôle  magique du bébé. C’est la période de  l’omnipotence,  et c’est bien la certitude de  cette satisfaction qui permet  l’ébauche du fonctionnement de son appareil psychique.

Mais l’enfant devra petit à petit accepter de se séparer, car grandir pour lui, c’est renoncer à  la relation fusionnelle avec sa mère pour "devenir   pensant". C’est-à-dire, renoncer à prendre  en compte son seul point de vue et entrer en relation avec l’autre  pour découvrir un point de vue différent.

Ainsi, apprendre, c’est  renoncer  à la toute-puissance.

Mais l’enfant carencé affectivement  ne peut faire l’expérience de la séparation.

C’est pourquoi nombre d’adultes, ayant subit des traumatismes affectifs durant l’enfance (séparation ou mort des parents) ou s’étant  trouvés  pour  quelques raisons que ce soit dans l’incapacité d’accepter véritablement cette séparation, en reviennent à fonctionner sur un principe de toute puissance.

La toute puissance, c’est quand l’autre n’existe que par rapport à soi-même.

Dès lors, le point de vue de l’autre n’existe pas en tant que tel, il n’est que l’un des paramètres  d’un drame personnel. Ce n’est plus la parole exprimée qui est prise en compte, mais celle que l’on a choisie d’entendre. De même, ce ne sont pas les véritables émotions ou sentiments de l’autre qui importent, mais ceux que l’on a convenu de lui attribuer.

Ainsi, la toute puissance ne peut que nier l’autre, nier sa parole et sa sensibilité.

Dans son incapacité à véritablement entendre la parole de l’autre, elle se doit d’y mettre des mots à elle, quitte à déformer les propos de l’autre. Dans son incapacité à reconnaître les sentiments  de l’autre, elle se doit de les qualifier d’une façon qui lui convient.

La toute puissance ne peut reconnaître qu’une seule version des faits : la sienne. Tout ce qui échappe à celle-ci l’indiffère.

En devant se conforter elle-même en permanence, la toute puissance se refuse à apprendre le monde, la toute puissance se refuse au monde.

#2 gwelan

gwelan

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Posté 14 décembre 2004 à 09:21

Je voulais aborder cette question non seulement de manière générale parce que tous les jours, nous sommes confontés à la toute puissance, dans nos relations amoureuses, amicales ou professionnelles, mais également dans le cadre d'Internet, puisque nous communiquons, certes, mais pas sur n'importe quel mode.

A lire certains posts, on pourrait effectivement y déceler la manifestation de la toute puissance. Certains pensent que c'est du fait que la communication soit virtuelle, que l'autre n'est pas vraiment face à nous.

La question dans ce cas qu'on pourrait être fondé à se poser, c'est de savoir si cette forme de communication constitue une véritable évolution du psychisme, une fausse évolution ou pourquoi pas une régression.

Les médias modernes sucitent en permanence et de plus en plus, des expériences solitaires : la télé, l'ordinateur, les jeux vidéo, les walkman, etc ... La psychologie du consomateur a également ceci de pervers, c'est qu'indépendamment de la nature de ce qui est consommé, elle tend à favoriser l'attitude du bébé par rapport au sein de sa mère. La publicité elle-meme ne renforce t-elle pas cette compulsion, non par un pouvoir spécifique qu'elle aurait à créer des besoins artificiels, mais plutôt en sucitant, réactualisant ce désir d'omnipotence qui reste en chacun comme un souvenir agréable, sinon comme un idéal de plénitude.

Se faisant, ne sommes nous pas en train, sinon de ré rentrer dans le ventre de nos mères, du moins de désapprendre la vie, l'autre réel, existant, au profit d'une image de l'autre et du monde que l'on se constitue nous-mêmes ?

Ne sommes nous pas dans un refus de vivre ?

Ne sommes nous pas en train de faire magistralement marche arrière tout en pensant avancer ?

Plus la toute puissance reprend du terrain, et plus le monde réel est craint ou se pare de tout un tas d'inquiétudes dont certaines sont peut-etre fondées, et d'autres, le pur produit d'un psychisme qui a simplement de plus en plus de mal à accepter que l'autre existe, dans la simple expression de sa différence.

Donc : grandissons nous en autonomie et en apprentissage, ou au contraire, n'avons nous pas tendance à juste conforter ces opinions personnelles qui constituent notre monde intérieur choisi ?

Evolution vers un éveil ou régréssion infantile ? Au delà des apparences, c'est un peu çà le débat de la toute puissance.

Ce message a été modifié par gwelan - 14 décembre 2004 à 10:12.