
Perle d'Allah, perle de malheur?
DENVER (AP) - Une malédiction pèse-t-elle sur la Perle d'Allah? Cette énorme perle de plus de six kilos, qui aurait été un talisman il y a 25 siècles du philosophe chinois Lao-Tseu, avant d'être découverte en 1934 dans une palourde géante aux Philippines, repose dans un coffre-fort du Colorado. Non sans que le sang ait coulé et que les tribunaux se soient affolés.
De la taille d'un petit ballon de rugby, cette perle dispose des ingrédients indispensables (meurtre sur commande, procès) pour rivaliser avec les meilleurs romans d'Agatha Christie. Mais pour son principal propriétaire, elle ne représente qu'un casse-tête dont il voudrait se débarrasser.
"Elle attire les mauvaises personnes", raconte Victor Barbish. "C'est juste une perle. Elle a une jolie histoire. Elle a apparemment été fabriquée pour faire quelque chose de bien, mais ce qu'elle a attiré est terrible".
La perle aurait appartenu au philosophe chinois Lao-Tseu il y a quelque 2.500 ans. L'histoire raconte qu'il aurait gravé son visage et ceux de Confucius et Bouddha sur sa surface. Elle aurait ensuite été déposée dans des palourdes successives jusqu'à ressembler aujourd'hui à un vague cerveau humain. Selon la légende, elle aurait disparu il y a plusieurs siècles dans un naufrage.
Philippines, 1934. Un plongeur se noie au large de l'île de Palawan en tentant de récupérer la perle dans une palourde géante. Le noyé et l'objet de sa convoitise seront ramenés à terre. Le chef musulman de l'île s'approprie la pierre, qu'il nommera la Perle d'Allah. Cinq ans plus tard environ, Wilburn Dowell Cobb sauve la vie de son fils. Et reçoit en remerciement le précieux talisman. Ses héritiers le revendront en 1980 pour 200.000 dollars à un bijoutier de Beverly Hills, Peter Hoffman, qui en cédera une partie à Victor Barbish.
Les deux hommes ont fondé ensemble la société aujourd'hui disparue, World's Largest Pearl Co. Inc, et récolté des fonds en vendant des parts dans la perle à des investisseurs, dont Joe Bonicelli. C'est là que l'histoire devient sanglante.
Car un jury a récemment accordé 32,4 millions de dollars (24,9 millions d'euros) de dommages et intérêts aux enfants Bonicelli qui avaient porté plainte pour le décès en 1975 de leur mère, en fait victime d'un assassinat. Après la mort de son mari en 1998, la police avait établi qu'elle avait été tuée à sa demande. Ses enfants souhaitent créer une fondation pour venir en aide aux victimes de violences conjugales, a précisé leur avocat, Me Richard Tegtmeier.
Joe Bonicelli a légué ses biens à sa plus jeune fille, née d'un second mariage. La perle a été évaluée à 60 millions de dollars (46 millions d'euros), a souligné l'avocat. Il a ajouté que de nouvelles actions en justice seront nécessaires pour déterminer les modalités de versement des dommages et intérêts de leurs clients, parmi lesquelles la vente de la Perle d'Allah.
Quant à Victor Barbish, il ne souhaite pas s'en débarrasser à n'importe quel prix. "Nous faisons don de cette perle. Nous ne voulons pas d'argent. Nous voulons qu'elle aille à une oeuvre de bienfaisance pour que tout le monde puisse la voir, soit dans un musée, soit dans une bibliothèque présidentielle". AP










