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La misère est grande


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#1 Matite Plume

Matite Plume

    Expert

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  • Localisation : Le coeur

Posté 01 mars 2005 à 05:12

Bonjour à tous

J'ai reçu  ce courriel  aujourd'hui ,
d'une jeune femme de 20 ans
qui est présentement en stage
au service de Alternativas
dans un pays très pauvre de notre petite boule bleue

IL s'agit de Tegucigalpa au  Honduras



Je n'ai pas pu m'empêcher de le poster ici tellement ça fait réfléchir...  

Voici donc le compte rendu d'une jeune femme

qui malgré son jeune âge a déjà un bagage assez lourd à porter ....





Citation

Ma première semaine de travail m’a épuisée! Alternativas y Oportunidades a plusieurs projets : appui scolaire pour les enfants, club de jeunes, éducation des mères des marchés, éducation en santé dans les marchés et dans les communautés ainsi qu’une clinique médicale. Je ne crois pas que vous serez très surpris d’apprendre que je voulais vraiment travailler à la clinique médicale et faire de l’éducation en santé. Comme la clinique n’est ouverte que le matin, je me consacre à l’éducation l’après-midi. Par contre, je voulais profiter de la première semaine pour découvrir un peu les différents projets avant de m’engager à fond dans l’un ou l’autre. Lundi, j’ai été très déçue de l’éducation des mères car l’approche est très moralisatrice et que lorsqu’on parle à un groupe de 50 femmes, il n’y a que celles des premières rangées qui écoutent, les autres discutant entre elles ou s’occupant de leurs enfants. Amelie (une autre stagiaire) et moi avons décidé de s’occuper des enfants pour qu’ils ne distraient pas leur mère. Par contre, j’ai passé mon avant midi à la clinique et j’ai beaucoup aimé. La médecin est toute seule et je fais tout ce que je peux pour diminuer ces tâches afin qu’elle puisse voir plus de patients. J’assiste à toutes les consultations, je prépare les médicaments, lave le matériel réutilisable, détruit les seringues, prends le poids, le température et la pression des patients. J’apprends vraiment plein de trucs et j’ai réussi à identifier une maladie parasitaire causée par acaro (j’ai cherché dans le dico mais je n’ai pas trouvé alors je ne sais pas le mot en français). Je suis restée etonnée lorsque la MD m’a demandé de l’assister pour une cyto et surtout devant la confiance de tous ces patients qui ne voient aucun inconvénient à ma présence et qui me montrent leurs doigts souffrant d’arthrite rhumatoïde ou les trucs bizarres sur leur peau.
Le projet d’éducation des enfants dans les marchés est vraiment bien aussi et j’ai animé ma première charla (atelier) vendredi après-midi sur les maras (gangs de rue) ou on préparait un scénario qu’on a filmé. Je suis vraiment contente avec ces projets et pour le moment, je compte vraiment m’y consacrer pour le reste de mon stage. Par contre, jeudi, j’ai profité que la clinique était exceptionnellement fermée pour découvrir l’éducation dans les communautés, ce qui est totalement différent. On est partis d’Alternativas et nous sommes arrivés, après 45 min de busito (des espèces de vannes dans lesquelles ils réussissent, d’une manière indescriptible a entasser jusqu'à 25 personnes !). Comme le thème de la semaine était les poux, on a fait des shampoings toute la journée et je peux vous dire que je n’ai jamais vu autant de ces bestioles de toute ma vie ! On pouvait en voir 7-8 dans le peigne après ne l’avoir passé qu’une fois dans les cheveux ! J’ai décidé de me faire un shampoing avant de partir au cas ou. En tout cas, c’était toute une expérience ! Celle du lendemain a été encore plus forte : le groupe qui travaille dans les communautés se rend au dépotoir environ 3 fois par année pour vérifier que les jeunes qui sont dans les programmes n’y sont pas et pour discuter avec les parents qui laissent leurs enfants travailler dans les déchets. J’ai décidé d’y aller pcq je savais que je n’en aurais pas l’occasion à aucun autre moment de mon stage.
Lorsque nous sommes arrivés à ce dépotoir au milieu de nulle part, nous avons fait du pouce jusqu'à la décharge et ce moment était vraiment plaisant. On ne roulait pas très vite sur le chemin de terre mais c’était agréable de sentir le vent. J’étais soulagée de ne pas avoir eu a monter à la marche cette colline sous le soleil de plomb. Un dépotoir est un dépotoir et j’imagine qu’ils sont a peu près tous pareils avec des montagnes de déchets. Je me félicitais d’avoir mis mes chaussures et des pantalons car je n’aurais pas aimé y marcher en sandales ! Après quelques minutes, je me suis habituée à l’odeur nauséabonde et à la poussière. Je regardais les lieux : il y avait des vaches, des vautours, des chiens dégueulasses, des jeunes qui jouaient au soccer, des personnes de tout âge ramassaient les bouteilles de plastiques sous ce soleil qui tapait incroyablement malgré l’heure matinale (9h). Lorsqu’un camion est venu décharger, on les a tous vus se ruer dessus : vaches, chiens, enfants, jeunes, adultes. S’il n’y pas de système de recyclage avec des bacs verts au Honduras, il y a une véritable réutilisation des produits ! Je suis restée silencieuse devant ce que je voyais parce que je n’aurais rien trouve à dire. Je voyais les responsables d’Alternativas qui discutaient avec les jeunes qu’elles connaissaient et je me sentais terriblement mal à l’aise d’être là, témoin de cette misère, impuissante. Je me suis demandé ce que ces gens pouvaient bien penser en nous voyant, nous les gringos (étranger blanc) qui venions observer leur vie comme des voyeurs. Je suis restée pensive sur le chemin du retour, songeant à ce que j’avais bien pu avoir été faire là-bas sans trouver de réponse et avec un sentiment de honte parce que j’étais contente d’être allée et d’avoir vu.
Lorsque je reviens le soir et que je vois que ce qui sort de mon nez est noir lorsque je me mouche, je me dit que je m’habituerai sûrement éventuellement à la pollution de la ville. Je m’habitue aussi à jeter mon papier toilette dans la poubelle, à prendre des douches express ou on éteint l’eau lorsqu’elle n’est pas nécessaire, à laver mon linge à la pila, à me lever à 6h tous les matins et à être épuisée. Mais après ma première semaine de travail remplie de nouveautés et d’expériences indicibles, je me demande si on s’habitue à parler à une femme gelée qui sniffe de la colle devant nos yeux, à une autre qui nous approche pour nous offrir son enfant qu’elle est incapable d’élever et à toutes celles qui après nous avoir parlé 15 minutes nous raconteront avoir été violées et maltraitées, un chiffon imbibé d’essence devant la bouche. Est-ce qu’on s’habitue un jour à voir et à se faire raconter la misère ?
C’est triste mais j’ai l’impression de me détacher peu à peu tout en restant sensible. Je sais que je n’ai pas vu le pire et j’ai peur de me demander jusqu’où est-ce que ça peut aller.
Samedi, j`ai décidé de ne pas aller travailler car une semaine de 5 jours avait largement suffi à m`épuiser. Je me sentais un peu mal pcq tous les autres y allaient mais en même temps, j’étais la seule à avoir fait mes 5 journées complètes sans relâche. J’étais quand même fière de ne pas avoir eu la chiasse mais j’ai déchanté en me levant toute congestionnée samedi matin après une nuit à tousser et à me moucher…Ça va passer…je suis quand même déçue pcq les autres sortaient dans un bar puis une disco pour fêter le départ d’une infirmière. J’ai dû renoncer bien malgré moi et je me dit que j’aurai sûrement une autre occasion de découvrir Tegu by night.
Je voulais garder mes énergies pour la randonnée dans le forêt du parc national de la Tigra où j´ai fait partie du peloton de tête pdt les 3h!
J’espère que vous allez tous bien. Biz,




Bonne journée à tous malgré tout...  :ouf:

et fermons les lumières de Noël...

Pâques s'en vient à grand pas....