Citation
>> A l'affiche
>> La perche du Nil, poison d'Afrique
>> «Le Cauchemar de Darwin» dénonce l'exploitation
>> intensive de ce poisson et ses effets catastrophiques
>> sur l'écosystème et l'économie de la région du lac
>> Victoria.
>>
>> Par Sylvie BRIET et Laure NOUALHAT
>> mercredi 02 mars 2005
>>
>>
>>
>> Le Cauchemar de Darwin
>> Documentaire d'Hubert Sauper. 1 h 47.
>>
>> il sera difficile, après avoir vu le Cauchemar de
>> Darwin, d'avaler un morceau de perche du Nil sans
>> qu'une arête coince... A partir de la chair blanche de
>> ce poisson pêché dans le lac Victoria et prisé en
>> Occident, le réalisateur déroule l'enchaînement des
>> «dommages collatéraux» provoqués par l'exploitation
>> intensive d'une richesse naturelle dans un pays
>> pauvre, en Afrique ou ailleurs. Hubert Sauper y tient
>> : il aurait pu réaliser ce film autour des diamants de
>> Sierra Leone, du pétrole d'Angola... Il n'a fait que
>> tourner dans une ville comme il en existe des
>> centaines... Pour en tirer un film noir et saisissant.
>>
>> Mwanza, 500 000 habitants, rive du lac Victoria en
>> Tanzanie. La perche du Nil y a été introduite dans les
>> années 60, et une industrie de la pêche a prospéré
>> autour de ce gros poisson dont toute la région est
>> devenue dépendante. Dix usines exportent chaque jour
>> des tonnes de filets frais, notamment vers l'Europe.
>> En France, 2 267 tonnes de filets de perches du Nil
>> ont envahi les rayons poissonnerie de nos supermarchés
>> en 2004, le double de l'année précédente. Ce qui
>> représente 9 millions d'euros de revenus pour la
>> Tanzanie. Peu profitent de cette manne, pour une
>> majorité qui subit les effets pervers de ce
>> développement : les avions russes qui transportent les
>> poissons apportent également des armes pour les pays
>> voisins, les prostituées occupent les pilotes russes,
>> les paysans quittent leurs terres pour s'installer sur
>> les rives du lac, le sida fait des ravages, les
>> enfants se droguent avec les composants des emballages
>> à poissons, les habitants mangent moins de protéines
>> qu'avant car le poisson est devenu trop cher...
>>
>> Nuit. Tableau sombre comme la nuit, pendant laquelle
>> Sauper a beaucoup filmé. «La journée, vous ne verrez
>> rien d'anormal, reconnaît-il. Des voitures qui
>> circulent, un marché, des routes, une ville pas
>> extrêmement misérable. Mais quand vous discutez, vous
>> découvrez que chaque famille est touchée par le sida.
>> J'aurais pu choisir des images de couchers de soleil,
>> avec des gens qui dansent, mais ce n'était pas mon
>> but. Mon but était de retracer une logique délirante
>> et infernale.» Sauper gomme délibérément les aspects
>> positifs du développement économique dû à la perche et
>> revendique son choix : «En bas de l'échelle, cette
>> industrie de la pêche fait plus de dégâts que de bien.
>> Selon l'étude d'un scientifique norvégien, chaque
>> emploi créé détruit huit emplois traditionnels. Avant,
>> les hommes pêchaient, les femmes s'occupaient des
>> filets, vendaient les poissons et gagnaient un peu
>> d'argent. Cette économie informelle n'existait pas
>> dans les statistiques de la Banque mondiale, elle ne
>> s'exprimait pas en dollars. Cela me surprend qu'on ne
>> comprenne pas ça. Oui, j'ai cherché avec ma caméra des
>> endroits où ça va mal. Mais jamais une caméra ne
>> parvient à capter l'ampleur du désastre. Le cauchemar
>> est pire que ce qu'on peut décrire.»
>>
>> Absents de ce film donc, les employés des usines,
>> peut-être contents d'avoir du travail. La
>> démonstration n'en reste pas moins implacable. Quand
>> les experts de l'Union européenne, qui ont financé ces
>> usines, se réjouissent de leur succès, des pêcheurs
>> meurent du sida sans recevoir de soins. «Les Européens
>> ont donné 34 millions d'euros pour subventionner cette
>> économie de la perche, j'aurais aimé qu'ils analysent
>> ce que ça allait produire. Je leur reproche de s'être
>> laissés séduire par le succès immédiat de cette
>> industrie. Nous sommes spectateurs d'un succès, la
>> globalisation du capital, et nous ne sommes pas prêts
>> à en comprendre les conséquences. Les néolibéralistes
>> pensent que l'Afrique vit aujourd'hui une période de
>> transition, que l'Europe a vécue aussi. Et qu'après,
>> tout ira bien. Je ne le crois pas : dans le lac
>> Victoria, il n'y aura plus de poisson.»
>>
>> «Manipuler». Mais pourquoi Sauper prend-il le trafic
>> d'armes comme fil conducteur de son film, alors qu'il
>> ne prouve rien de ce trafic ? Seule la déclaration, à
>> la fin du film, d'un pilote russe qui avoue en
>> transporter, signe l'aboutissement de sa quête. Son
>> réquisitoire contre un système consumériste, le plus
>> fort au sens darwinien du terme, est nettement plus
>> efficace. Sans nuance mais bouleversant. «Bien sûr,
>> faire un film c'est manipuler, je vous montre ma
>> réalité de l'Afrique. Avec des scènes qui choquent.
>> Faut-il condamner le messager pour le message ?»
>>
>> http://www.liberatio...?Article=279290
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>> La perche du Nil, poison d'Afrique
>> «Le Cauchemar de Darwin» dénonce l'exploitation
>> intensive de ce poisson et ses effets catastrophiques
>> sur l'écosystème et l'économie de la région du lac
>> Victoria.
>>
>> Par Sylvie BRIET et Laure NOUALHAT
>> mercredi 02 mars 2005
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>> Le Cauchemar de Darwin
>> Documentaire d'Hubert Sauper. 1 h 47.
>>
>> il sera difficile, après avoir vu le Cauchemar de
>> Darwin, d'avaler un morceau de perche du Nil sans
>> qu'une arête coince... A partir de la chair blanche de
>> ce poisson pêché dans le lac Victoria et prisé en
>> Occident, le réalisateur déroule l'enchaînement des
>> «dommages collatéraux» provoqués par l'exploitation
>> intensive d'une richesse naturelle dans un pays
>> pauvre, en Afrique ou ailleurs. Hubert Sauper y tient
>> : il aurait pu réaliser ce film autour des diamants de
>> Sierra Leone, du pétrole d'Angola... Il n'a fait que
>> tourner dans une ville comme il en existe des
>> centaines... Pour en tirer un film noir et saisissant.
>>
>> Mwanza, 500 000 habitants, rive du lac Victoria en
>> Tanzanie. La perche du Nil y a été introduite dans les
>> années 60, et une industrie de la pêche a prospéré
>> autour de ce gros poisson dont toute la région est
>> devenue dépendante. Dix usines exportent chaque jour
>> des tonnes de filets frais, notamment vers l'Europe.
>> En France, 2 267 tonnes de filets de perches du Nil
>> ont envahi les rayons poissonnerie de nos supermarchés
>> en 2004, le double de l'année précédente. Ce qui
>> représente 9 millions d'euros de revenus pour la
>> Tanzanie. Peu profitent de cette manne, pour une
>> majorité qui subit les effets pervers de ce
>> développement : les avions russes qui transportent les
>> poissons apportent également des armes pour les pays
>> voisins, les prostituées occupent les pilotes russes,
>> les paysans quittent leurs terres pour s'installer sur
>> les rives du lac, le sida fait des ravages, les
>> enfants se droguent avec les composants des emballages
>> à poissons, les habitants mangent moins de protéines
>> qu'avant car le poisson est devenu trop cher...
>>
>> Nuit. Tableau sombre comme la nuit, pendant laquelle
>> Sauper a beaucoup filmé. «La journée, vous ne verrez
>> rien d'anormal, reconnaît-il. Des voitures qui
>> circulent, un marché, des routes, une ville pas
>> extrêmement misérable. Mais quand vous discutez, vous
>> découvrez que chaque famille est touchée par le sida.
>> J'aurais pu choisir des images de couchers de soleil,
>> avec des gens qui dansent, mais ce n'était pas mon
>> but. Mon but était de retracer une logique délirante
>> et infernale.» Sauper gomme délibérément les aspects
>> positifs du développement économique dû à la perche et
>> revendique son choix : «En bas de l'échelle, cette
>> industrie de la pêche fait plus de dégâts que de bien.
>> Selon l'étude d'un scientifique norvégien, chaque
>> emploi créé détruit huit emplois traditionnels. Avant,
>> les hommes pêchaient, les femmes s'occupaient des
>> filets, vendaient les poissons et gagnaient un peu
>> d'argent. Cette économie informelle n'existait pas
>> dans les statistiques de la Banque mondiale, elle ne
>> s'exprimait pas en dollars. Cela me surprend qu'on ne
>> comprenne pas ça. Oui, j'ai cherché avec ma caméra des
>> endroits où ça va mal. Mais jamais une caméra ne
>> parvient à capter l'ampleur du désastre. Le cauchemar
>> est pire que ce qu'on peut décrire.»
>>
>> Absents de ce film donc, les employés des usines,
>> peut-être contents d'avoir du travail. La
>> démonstration n'en reste pas moins implacable. Quand
>> les experts de l'Union européenne, qui ont financé ces
>> usines, se réjouissent de leur succès, des pêcheurs
>> meurent du sida sans recevoir de soins. «Les Européens
>> ont donné 34 millions d'euros pour subventionner cette
>> économie de la perche, j'aurais aimé qu'ils analysent
>> ce que ça allait produire. Je leur reproche de s'être
>> laissés séduire par le succès immédiat de cette
>> industrie. Nous sommes spectateurs d'un succès, la
>> globalisation du capital, et nous ne sommes pas prêts
>> à en comprendre les conséquences. Les néolibéralistes
>> pensent que l'Afrique vit aujourd'hui une période de
>> transition, que l'Europe a vécue aussi. Et qu'après,
>> tout ira bien. Je ne le crois pas : dans le lac
>> Victoria, il n'y aura plus de poisson.»
>>
>> «Manipuler». Mais pourquoi Sauper prend-il le trafic
>> d'armes comme fil conducteur de son film, alors qu'il
>> ne prouve rien de ce trafic ? Seule la déclaration, à
>> la fin du film, d'un pilote russe qui avoue en
>> transporter, signe l'aboutissement de sa quête. Son
>> réquisitoire contre un système consumériste, le plus
>> fort au sens darwinien du terme, est nettement plus
>> efficace. Sans nuance mais bouleversant. «Bien sûr,
>> faire un film c'est manipuler, je vous montre ma
>> réalité de l'Afrique. Avec des scènes qui choquent.
>> Faut-il condamner le messager pour le message ?»
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>> http://www.liberatio...?Article=279290
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