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Réflexion : paysage et écologie


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4 réponses dans ce topic

#1 TreizeVents

TreizeVents

    Gardien du ciel

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Posté 30 mars 2005 à 18:37

Je vous invite à une petite réflexion sur le sujet des paysages et de l'écologie.

Qui n'a jamais dit ou pensé "ils massacrent le paysage avec leurs autoroutes, leurs décharges, leurs fils électriques ?". La modification de l'environnement au profit de l'homme, politique de plus en plus fustigée par un mouvement d'idées apparus au siècle dernier : l'écologie.


Mais avant de développer ce thème, j'aimerais vous demander : c'est quoi un paysage ?

Ce terme est apparu à la Renaissance, il désignait le fond des toiles des oeuvres chrétiennes. Il s'est ensuite étendu aux fonds de vitraux et des peintures, passant au fil du temps aussi dans les livres et au théatre pour désigner l'environnement dans laquelle se déroule l'histoire.
Ainsi, le terme paysage n'a été inventé que pour définir des décors le plus souvent imaginaires, parfois essayant de représenter une réalité, mais jamais vraiment réels. Un paysage, c'était le reflet de ce qu'un artiste voyait, de ses yeux ou par son imagination.

Aujourd'hui, le paysage est rapproché de la géographie; c'est tout l'espace visible pour un observateur situé à un endroit donné. Le paysage est passé de l'art à la science, et son passage a fait appelé par certains auteurs la géographie "la science du paysage" ou "l'art du paysage".
Plus largement, le paysage peut aussi définir tout simplement tout l'espace matériel qui nous entoure : la terre, la lune, les animaux, le soleil.

Ce qui est nouveau, c'est que le terme devient maintenant universel : le paysage, pour de plus en plus de personnes, décrit tout simplement TOUT ce qui nous entoure. On parle du paysage urbain, du paysage politique, du paysage juridique, du paysage audiovisuel : c'est tout ce qui nous entoure.

La paysage est donc passé de l'iréel au matériel et maintenant à l'abstrait, montrant aussi au passage l'évolution de l'homme et ses préoccupations par époque : l'époque contemporaine où il essayait de reproduire ce qu'il voyait ou qu'il revait; l'époque moderne où il n'était axé que sur le matériel, et aujourd'hui où il s'ouvre peu à peu à autre chose que le matériel.


Maintenant, revenons à notre sujet; qu'est-ce que l'écologie ? C'est donc un mouvement d'idée qui préconise que l'on doit respecter notre environnement, ne pas laisser de traces et ne pas le dégrader.
Construire une autoroute, un complexe hotelier en montagne, une décharge c'est ne pas respecter l'environnement et le dégrader. Nous sommes tous d'accord la dessus.

Mais l'homme a la mémoire sélective; et souvent l'idée de dégradation de l'environnement n'est basée que sur son jugement de la beauté. Modifier l'environnement pour le rendre plus esthétique ne dérange pas.
Un principe admis est que l'homme est bien moins parfait que la nature (qui ne l'est probablement pas non plus); nous admettons donc que toute modification de la nature par l'homme ne peut être qu'une dégradation.
Par suite planter quelques fleurs dans un pot, construire sa maison, défricher le jardin pour y planter une roseraie, n'est-ce pas la aussi modifier, et donc dégrader le paysage ? Non pour tout le monde parce qu'on le rend plus beau. L'homme se fait le détenteur universel du jugement de ce qui est beau ou pas.
Pour la nature, et pour la vie en général, est-ce qu'une roseraie est plus belle qu'un terrain en friche ?

Certains repensent aussi aux paysages d'antan, non pollués, comme ceux qu'on connu les romains ou les francs; mais en y réfléchissant ils étaient pareils que nous. Leurs paysages ne reflétaient que leur confort de vie, leur civilisation.
Tout le monde trouve beau le pont du Gard, mais moche le parking et les stands d'à coté. Et tout le monde rêve d'un paysage avec seulement le pont, rien d'autre. Mais ce pont, ne casse t-il pas le paysage, en le dégradant, plus l'environnement puisqu'il sert à détourner des cours d'eaux ? Si ca se trouve, il existe des romains qui ont pensé que ce pont cassait tout le décor...
Peut être dans 300 ans une nouvelle technologie nous fera planter un pylone de 50m de haut tous les 30m; et les gens regarderont le pont, le parking, le stand, et trouveront ça joli. Et ils penseront que leurs antennes gâchent tout.
Alors quand on regarde cette vieille chapelle du XIIIè siècle contre laquelle on vient de construire un rond point, pourquoi pense t-on qu'il n'y a que le rond-point qui gâche le paysage ?
Pourtant, quand on a construit cette chapelle, ce n'était pas pour faire esthétique et améliorer la vue.
Ainsi sont les aléas du jugement humain, qui se veut pourtant universellement supérieur.

L'idée de l'écologie telle qu'elle est formulée nous semble alors d'un coup trop extrémiste. On ne peut vivre sans laisser la moindre trace, sans se nourrir et se loger : doit-on en conclure que le fait de vivre est anti-écologique ?

L'écologie doit admettre des limites pour permettre à l'homme de vivre. Alors posons-nous la question : dans quelles limites avons-nous le droit de modifier (et donc dégrader) notre environnement pour vivre ? Jusqu'à quel confort avons-nous le droit d'aller ?
Tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut vite arreter de bruler du charbon et du pétrole, mais qui est pret à arreter son jardin, ou quitter sa maison ?

Si j'ai défini ici ce qu'était le paysage, il nous revient à nous tous de définir l'écologie et ses limites.


TreizeVents

Ce message a été modifié par TreizeVents - 30 mars 2005 à 18:39.


#2 aubaphi

aubaphi

    En quête continuelle...

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Posté 30 mars 2005 à 19:43

Salut, Treize Vents !

Très beau ton texte, vraiment super !

Au début, je me suis dit : "Tiens, justement, je râlais, dimanche soir, après les panneaux publicitaires qui longent les routes. Je vais le dire, sur le site, que c'est un scandale ces panneaux !"

Et puis, j'ai fini de lire ton message...

Et, je me suis dis que tu avais raison, que ce que l'on croit être beau pour nous ne l'est pas obligatoirement pour les autres (voisins, passants, générations futures...).

Tu as bien résumé les problèmes liés à l'écologie et aux idées que l'on peut s'en faire.

Qui sommes-nous pour juger ? Qui sommes-nous pour décider de ce qui est bien ou non pour la nature ?

Que faire dans ce cas-là ? Laisser la nature croître librement ? Ne faisons-nous pas partie de la nature, nous, humains ? Dans quelle mesure pouvons apporter notre contribution sur cette terre ?

Ton texte est une belle façon de repenser les choses. Il me permettra de réflêchir avant de construire ou de planter quelque chose... ou, du moins, d'essayer d'être en harmonie avec le paysage...

Amicalement
Rester toujours vigilant et toujours éveillé.

#3 Trintawak

Trintawak

    Join me !

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Posté 30 mars 2005 à 22:22

Voilà une réflexion intéressante 13 !

Je vais rebondir sur les questions que tu poses à la fin de ton texte :

Citation

Dans quelles limites avons-nous le droit de modifier (et donc dégrader) notre environnement pour vivre ?
La vraie question, selon moi, est : qu'appelle t'on "vivre" ? Si on pose la question aux gens, on risque fort d'avoir des réponses toutes différentes les unes des autres : chacun voit la vie à sa porte, pourrait on dire...

Je considère que vivre c'est participer à l'expansion de la Vie, si on part sur cette base alors les modifications de l'environnement ne sont pas néfastes. Mais pour que cela soit vrai, il faut également admettre que des personnes vivent sans vivre, parce qu'on ne peut pas vraiment dire qu'elles participent à l'expansion de la Vie...

Dans le même ordre d'idée, on peut dire que vivre c'est suivre les lois de la Nature (ou de l'Univers), donc on en revient au même, toute création qui s'inscrit dans les lois de la Nature ne peut pas être considérée comme une dégrédation.

À partir de là, comment savoir si notre façon de vivre (qui comme tu l'as noté laisse forcément une trace sur le paysage) nuit ou est au contraire bénéfique à l'environnement ? Est-ce réellement une question de point de vue, subjective ? Je ne le pense pas. Le Beau, le Bien et le Vrai existent, indépendemment des illusions humaines, et une personne un tant soi peu ouverte à la Vie peut percevoir la présence ou l'abscence de la Beauté dans un paysage.

Construire une habitation qui respecte l'harmonie du lieu, c'est possible, je dirais même que c'est nécessaire car cette habitation peut même dynamiser le lieu et lui donner encore plus de force. Tout comme une nouvelle construction peut complètement détruire l'harmonie subtile. Cela n'est pas une vue de l'esprit mais une réalité tangible.

On considère une petite chapelle "belle" peut être justement parce que, par sa forme et son emplacement, s'insère dans le paysage et révèle effectivement une certaine Beauté. En tout cas, peut être une Beauté supérieure à ce que nous réalisons de nos jours, car la Beauté peut sans cesse se cultiver, elle n'a pas de limite, elle évolue à l'infini.

Ainsi je te rejoins 13, il faut arriver à s'extraire des jugements humains pour faire à propement parler de l'écologie, la Beauté dépasse de loin le simple cadre humain. Et dans un monde idéal, le Beau, le Bien et le Vrai devraient être les objectifs de toute action humaine. Et si un jour nos descendants trouvent nos parkings jolis, cela voudra dire qu'ils se sont encore plus éloignés de la Beauté que nous...
Do what must be done, do not hesitate.

#4 Glingal

Glingal

    Chercheur de vérités

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Posté 30 mars 2005 à 23:52

Un pays sage est un pays qui a de l'age.  :D

[quote name='TreizeVents']L'idée de l'écologie telle qu'elle est formulée nous semble alors d'un coup trop extrémiste. On ne peut vivre sans laisser la moindre trace, sans se nourrir et se loger : doit-on en conclure que le fait de vivre est anti-écologique ?[/quote]

Dans l'idéal écologique un paysage serait un environnement intact.

Mais n'est-ce pas une utopie dans le fond? Quand je considère une termitière, je me dis que la colonie de termites elles ne laissent pas vraiment le lieu intact... de véritables bouffeuses de bois. Et puis des championnes de la construction aussi!
Toutefois j'imagine que leur présence et leur action sur le milieu s'inscrit dans un ordre naturel.

Il est impossible de fouler du pied la terre s'en y laisser des traces.

QUOTE (Trintawak
)
Je considère que vivre c'est participer à l'expansion de la Vie, si on part sur cette base alors les modifications de l'environnement ne sont pas néfastes.[/quote]

Et pour aller dans ce sens je pense que ça passe par la considération et la reconnaissance pour l'homme de l'équilibre éxistant du milieu dans lequel il vit afin de le préserver.
Etant donné que la vie biologique dépend de l'instinct de  survie et de procréation de tout être vivant   afin de transmettre son patrimoine génétique, je pense que l'homme doit considérer son environnement comme un lègue à ses enfants. Avec le soucis que le milieu qu'il laisse derrière lui devra assurer des conditions de vie optimum pour sa progéniture.
Si l'équilibre de son milieu n'est plus préservé que ce soit par intervention humaine ou de causes naturelles, il y a forcément une nécessité d'adaptation.

Toute construction devrait s'aligner avec son environnement. Utiliser des matériaux qui sont abondants sur la région, respecter les couleurs naturelles de la terre etc...

Mais délimiter l'écologie toute en tenant compte de notre confort, ça je ne saurais pas le faire. C'est un rêve qui est au dessus de mes moyens. Car vivre selon mes idéaux écolo est réellement coûteux.

#5 loupdessteppes

loupdessteppes

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Posté 31 mars 2005 à 13:58

Le coup de gueule de Pierre Jean Delahousse president de paysage de France.
Paysages de France: http://paysagesdefra...e.fr/index.html

        



Citation


        Si t'es un beauf...
        un facho...
        ou une crapule stalinienne...
        si t'as une tête à claques...
        des pompes à 11 000 balles...
        et peur de la bouse de vache...
        Ne lis pas ce qui suit !

        Mais pourquoi donc PAYSAGES DE FRANCE ?

         

Quiconque se déplace dans ce foutu pays et qui n'est pas mort dans sa tête de beauf le constatera : le long des routes, à l'approche des villages, des villes, des connes urbations, le même spectacle nul s'étale : panneaux pub en cohortes gardant les entrées de ville comme des CRS, enseignes coup de poing dans la tronche, grand format 16/9ème et tout pour des fois que tu aurais comme qui dirait du mal à lire. Préenseignes, mâts, drapeaux, panneaux défilants, panneaux trivision, panneaux clignotants, panneaux laser : c'est le grand harcèlement tentaculaire. Derrière : des hangars bariolés, du goudron, des hangars bariolés, du goudron, des hangars bariolés, du goudron... L'espace est bouffé sur des hectares, des milliers d'hectares, des millions d'hectares. C'est pas la ville, c'est pas la campagne. C'est le chaos bête et méchant de la nullité triomphante. Et cette gangrène progresse, s'étend, ronge chaque jour un peu plus l'espace, celui où il faisait bon vivre et aimer, celui que tu prenais en photo, celui où des enfants riaient pour remercier les oiseaux de chanter.





Et ça, c'est qu'une partie : si tu dévides la pelote, tout vient : pour la mer le "bonheur Marbella" c'est-à-dire en lieu et place de coins à vous rendre fou de bonheur, la masse compacte quasi fasciste d'un mur de béton tout le long de ton paysage. Pour la montagne, c'est le bonheur bulldozer : on racle, on casse, on rabote, on bétonne, on goudronne, on empylône. Et ainsi de suite.

Le paysage, on te le vole : ce cataclysme, c'est pour faire du fric, des tonnes de fric ou en recycler du sale. Ou alors pour te décerveler.

On te le vole, parce que le paysage normalement c'est gratuit, c'est à tout le monde. Le paysage c'est ce qui appartient à tous, c'est le bien de tous : alors, ceux qui le saccagent sans tenir compte de cela, sans tenir compte de toi, il faut les suivre à la trace et les coincer contre leur mur de béton. Puisqu'ils l'aiment tant. Le béton....