Qui n'a jamais dit ou pensé "ils massacrent le paysage avec leurs autoroutes, leurs décharges, leurs fils électriques ?". La modification de l'environnement au profit de l'homme, politique de plus en plus fustigée par un mouvement d'idées apparus au siècle dernier : l'écologie.
Mais avant de développer ce thème, j'aimerais vous demander : c'est quoi un paysage ?
Ce terme est apparu à la Renaissance, il désignait le fond des toiles des oeuvres chrétiennes. Il s'est ensuite étendu aux fonds de vitraux et des peintures, passant au fil du temps aussi dans les livres et au théatre pour désigner l'environnement dans laquelle se déroule l'histoire.
Ainsi, le terme paysage n'a été inventé que pour définir des décors le plus souvent imaginaires, parfois essayant de représenter une réalité, mais jamais vraiment réels. Un paysage, c'était le reflet de ce qu'un artiste voyait, de ses yeux ou par son imagination.
Aujourd'hui, le paysage est rapproché de la géographie; c'est tout l'espace visible pour un observateur situé à un endroit donné. Le paysage est passé de l'art à la science, et son passage a fait appelé par certains auteurs la géographie "la science du paysage" ou "l'art du paysage".
Plus largement, le paysage peut aussi définir tout simplement tout l'espace matériel qui nous entoure : la terre, la lune, les animaux, le soleil.
Ce qui est nouveau, c'est que le terme devient maintenant universel : le paysage, pour de plus en plus de personnes, décrit tout simplement TOUT ce qui nous entoure. On parle du paysage urbain, du paysage politique, du paysage juridique, du paysage audiovisuel : c'est tout ce qui nous entoure.
La paysage est donc passé de l'iréel au matériel et maintenant à l'abstrait, montrant aussi au passage l'évolution de l'homme et ses préoccupations par époque : l'époque contemporaine où il essayait de reproduire ce qu'il voyait ou qu'il revait; l'époque moderne où il n'était axé que sur le matériel, et aujourd'hui où il s'ouvre peu à peu à autre chose que le matériel.
Maintenant, revenons à notre sujet; qu'est-ce que l'écologie ? C'est donc un mouvement d'idée qui préconise que l'on doit respecter notre environnement, ne pas laisser de traces et ne pas le dégrader.
Construire une autoroute, un complexe hotelier en montagne, une décharge c'est ne pas respecter l'environnement et le dégrader. Nous sommes tous d'accord la dessus.
Mais l'homme a la mémoire sélective; et souvent l'idée de dégradation de l'environnement n'est basée que sur son jugement de la beauté. Modifier l'environnement pour le rendre plus esthétique ne dérange pas.
Un principe admis est que l'homme est bien moins parfait que la nature (qui ne l'est probablement pas non plus); nous admettons donc que toute modification de la nature par l'homme ne peut être qu'une dégradation.
Par suite planter quelques fleurs dans un pot, construire sa maison, défricher le jardin pour y planter une roseraie, n'est-ce pas la aussi modifier, et donc dégrader le paysage ? Non pour tout le monde parce qu'on le rend plus beau. L'homme se fait le détenteur universel du jugement de ce qui est beau ou pas.
Pour la nature, et pour la vie en général, est-ce qu'une roseraie est plus belle qu'un terrain en friche ?
Certains repensent aussi aux paysages d'antan, non pollués, comme ceux qu'on connu les romains ou les francs; mais en y réfléchissant ils étaient pareils que nous. Leurs paysages ne reflétaient que leur confort de vie, leur civilisation.
Tout le monde trouve beau le pont du Gard, mais moche le parking et les stands d'à coté. Et tout le monde rêve d'un paysage avec seulement le pont, rien d'autre. Mais ce pont, ne casse t-il pas le paysage, en le dégradant, plus l'environnement puisqu'il sert à détourner des cours d'eaux ? Si ca se trouve, il existe des romains qui ont pensé que ce pont cassait tout le décor...
Peut être dans 300 ans une nouvelle technologie nous fera planter un pylone de 50m de haut tous les 30m; et les gens regarderont le pont, le parking, le stand, et trouveront ça joli. Et ils penseront que leurs antennes gâchent tout.
Alors quand on regarde cette vieille chapelle du XIIIè siècle contre laquelle on vient de construire un rond point, pourquoi pense t-on qu'il n'y a que le rond-point qui gâche le paysage ?
Pourtant, quand on a construit cette chapelle, ce n'était pas pour faire esthétique et améliorer la vue.
Ainsi sont les aléas du jugement humain, qui se veut pourtant universellement supérieur.
L'idée de l'écologie telle qu'elle est formulée nous semble alors d'un coup trop extrémiste. On ne peut vivre sans laisser la moindre trace, sans se nourrir et se loger : doit-on en conclure que le fait de vivre est anti-écologique ?
L'écologie doit admettre des limites pour permettre à l'homme de vivre. Alors posons-nous la question : dans quelles limites avons-nous le droit de modifier (et donc dégrader) notre environnement pour vivre ? Jusqu'à quel confort avons-nous le droit d'aller ?
Tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut vite arreter de bruler du charbon et du pétrole, mais qui est pret à arreter son jardin, ou quitter sa maison ?
Si j'ai défini ici ce qu'était le paysage, il nous revient à nous tous de définir l'écologie et ses limites.
TreizeVents
Ce message a été modifié par TreizeVents - 30 mars 2005 à 18:39.










