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La chrétienté et la réincarnation


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166 réponses dans ce topic

#151 lambjork

lambjork

    christalice

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Posté 24 novembre 2006 à 06:09

tu te lance dans un sacré travail, j'applaudis   :bravooo:

ca permettra a chacun de comprendre de quoi on voulait parler quand on disait que pour certains, notre personnalité est simplement un vetement revetu par...nous-meme/les autres/le tout. une infinité de masques provisoires que l'on(le grand moi/nous tous en UN) revet en meme temps en tout temps et tout lieux.

je suis le tout. je suis toi. tu es moi.

mais ca ne m'empeche pas de penser que je peux aussi avoir une sorte d'ame quasi permanente parallele au grand moi, aussi longtemps que le jeu de la dualité et de l'experimentation existe.que je le fait exister. et plus si affinité...

ce qui me fascine c'est que toutes les possibilités co-existent maintenant, cela me fait entrevoir des milliards de mondes, des milliards de moi, des milliards de nous, une infinité d'amour...

#152 lanterne

lanterne

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Posté 24 novembre 2006 à 14:16

Bonjour Ronanor,

Tu parles de "traditions" mais qu'appelles-tu "traditions" ? :o

#153 ronanor

ronanor

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Posté 25 novembre 2006 à 02:54

LA CREATION D'ATMAN

« L’Atman existait seul, à l’origine, sous la forme de Purusha. En regardant autour de Lui, il ne vit rien d’autre que Lui-même. Il prononça d’abord : Je suis. D’où le nom de « moi » ; de là vient aussi que, aujourd’hui encore, si on appelle quelqu’un, il répond d’abord : « c’est moi », et seulement ensuite il déclare l’autre nom qui est le sien propre. » (Brihadâranyaka Upanishad, BU Prathamam Brahmanam IV, 1)

« Dieu dit à Moïse : « Je suis celui qui est ». » (Exode III, 14)

Cette phrase qui commence le quatrième chapitre du BU, est suivie du développement ou plutôt de l’enveloppement de cet Atman, mais tout d’abord le texte nie la peur, puis le plaisir pour ce Purusha : « Il eut peur : c’est pourquoi celui qui est seul a peur. Puis il considéra : « puisqu’il n’existe rien d’autre que moi, de quoi aurais-je peur ? ». Et du coup, sa peur s’évanouit. De qui aurait-il peur ? C’est d’un autre qu’on a peur. » (BU IV, 2). « Il n’avait pas non plus de plaisir : c’est pourquoi le plaisir n’est pas pour qui est seul » (BU IV, 3). Avant de passer à la création elle-même, l’Upanishad nous montre clairement qu’il s’agit du principe, du Un sans second, ou de Dieu, moteur immobile d’Aristote (Physique, VII, 241b24) et de Saint Thomas d’Aquin (Somme contre les gentils « Arguments pour prouver que Dieu est » I, 13). J’en profiterais aussi pour dire que cette explication de la peur de l’autre est bien d’actualité…

Le texte continue par un souhait, le souhait d’un «  second ». Et Il se divisa en deux car Il « avait l’ampleur d’un homme et d’une femme qui se tiennent embrassés. » ; et  « de là furent l’époux et l’épouse ». Ensuite « Il s’unit à elle » et « de là naquirent les hommes ». « Alors elle réfléchit : Comment, m’ayant engendré de lui-même, s’est-il uni à moi ? » et elle décida alors de se cacher et prit la forme d’une Vache. Et lui d’un taureau… « Il s’unit à elle. ». Et « de là naquirent les vaches. ». Puis chèvre, jument, ânesse, etc.… et toujours la même fin de sorte qu’ « Il produisit tout ce qui va par couple, jusqu’aux fourmis ». Puis Il produisit le feu par ses mains et sa bouche, et l’humide par son sperme, le soma. Le monde, quant à lui, « était encore indéterminé » et Il donna alors le « nom » et la « forme » de toutes les choses et le texte nous signale que l’Atman dans les formes et les noms, « on ne le voit pas », il est caché « comme le rasoir enfermé dans son étui ». « Il ne se manifeste que partiellement, souffle quand il respire, voix quand il parle, œil quand il voit, oreille quand il entend, esprit quand il pense. Celui qui les considère isolément ne le connaît pas ; car il ne se manifeste que partiellement par l’un ou par l’autre. Il faut reconnaître l’Atman ; car en lui est l’unité de tous. C’est l’Atman qu’il faut, en toutes choses, suivre à la trace, car par lui on connais tout » (BU IV, 7).

Après cette version de la création et de l’enveloppement d’Atman, d’autres versions de la manifestation vont se suivrent dans le texte. Mais déjà dans ces premières phrases on retrouve plusieurs éléments qui peuvent se rapprocher du paradis terrestre et surtout d’Adam ou plus précisément de l’ « Adam Kadmon », « l’Homme Universel ». L’idée de ce couple qui forme tous les êtres n’est pas étrangère à la bible, et le passage ou l’Atman donne les noms de chaque chose, a son rapprochement direct dans Genèse II, 20 : « L’homme donna des noms à tous les bestiaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes sauvages. ».  On peut également rapproché ces textes de l’Hermaphrodite de Platon dans le banquet, d’ailleurs le « souhait » de ce passage, exprimé « désir » plus loin (BU IV, 17), peut se rapprocher de l’éros de la discussion de Socrate Banquet 207 : « Quel est à ton sens la cause de ce amour et de ce désir, Socrate ? ». « Cet Atman est le lieu de tous les êtres » (BU IV, 7), et de lui–même crée le monde. C’est à proprement parler une création ex nihilo car rien n’existait avant.

MAINTENANT venons en à notre « soi humain qui est une association de souffles » selon A. K. C., et essayons d’en dégager les éléments principaux. Dans beaucoup d’Upanishad ce composite est formé de ce Soi et des  « êtres élémentaires » comme j’en parlais plus haut. Ces « puissances de l’âme » sont ce que l’on appelle communément notre conscience, c'est-à-dire la vie en termes de sujet et d’objet.  Il ne faut pas perdre de vue que cette conscience est un « composé d’êtres ou de puissances coopérantes qui doivent être considérées comme des « intelligences » ou des « Anges » plutôt que comme des être humains.  Dieu est le seul qui voit, qui entend, qui pense, etc.….  en nous. Et c’est Lui qui prend naissance en chaque sein et qui, « habitant la caverne du cœur, regarde à l’entour par l’entremise de ces êtres élémentaires. » (A. K. C. « La signification de la Mort », note 15). Lorsque le Soi prend sa place il devient le seul Roi du monde changeant et les Dévas et Asuras sont ses serviteurs. On retrouve également ces idées dans le paradis de la bible.

Mais tout cela est encore dans le principe et les choses se compliquent après la "chute", la perte de l’unité et donc du Soi, l’éloignement du principe, l’enveloppement, la Maya de Dieu… Le « fruit de la connaissance du bien et du mal » nous a fait rentrer dans la dualité et de là, les serviteurs d’alors sont souvent les tyrans d’aujourd’hui ; en nous comme dans le monde. C’est pourquoi la grande bataille de la Bhagavad Gîtâ, le combat entre les Dieux et les Titans d’Ovide et d’Hérode, entre les Dévas et les Asuras, sont éternels dans le sens qu’ils sont dans le monde comme en nous ; de là, la différence entre la « petite guerre Sainte » qui est dans le monde et la « grande guerre Sainte » qui est en soi-même de la tradition musulmane.

Tous ses Souffles sont comme les fils d’une marionnette qui permettent tous les mouvements de la figurine, le soi étant le fil d’or qui tient la marionnette. Ces « puissances de l’âme » sont souvent au nombre de sept : les sept Rishis, les « Sept Rivières » du Rig Veda, « notre âme est divisé en sept parties, les cinq sens, la parole et la génération, sans parler de leur Guide invisible » (Philon, « De opificio mundi », 117). La vue, la parole, et les autres puissances de l’âme sont des « fleuves » également pour Platon (Timée 75E). Ces fleuves sortent par les portes ouvertes des sens que la BG, entre autre, nous dit de conquérir et de contrôler (VI, 4, 8 et 12).

On rencontre également l’histoire d’Indra qui avec son foudre a percé les vannes des rivières (Rig Véda II, 15,3) et ainsi « déchaîné les sept rivières par lesquelles nous voyons, entendons, pensons, etc.. »  (Jaiminîya Upanishad Brâhmana I, 28-29). Et le Dragon védique, Vritra garde ses « vannes ».

Bref revenons en à nos moutons, le Soi est l’origine et le soutient éternel de toutes choses, et le moi, l’âme, le soi, etc.… s’accapare le Royaume, comme je le signalais dans le message précédent, en se croyant l’agent et le but, et en empêchant les  « vannes de s’ouvrir », en jugeant toute chose à sa mesure… Alors que cette âme, qui se croit individuelle et porteuse de sa liberté d’action, est en vérité composé et « contrôlé » par les Dévas et/ou les Assuras, par les Souffles et est réellement conditionnée par ces influences. Bien sûr que l’on peut choisir son camp et donc son action et se mettre plus sous la « domination » d’un tel ou d’un tel ; c’est même là notre champ d’action que de dominer ces Souffles selon la Tradition. D’ailleurs, comme je l’ai signalé, une spiritualité peut englober toutes les actions humaines, et donc une morale spirituelle cherche a mettre l’individu sous l’influence d’un Bien, ou d’un Deva pour vivre « Sa volonté ». Toutes les traditions utilisent la morale, le travail, les liens familiaux et sociaux... pour développer chez l’individu les moyens de se dégager de l’ignorance, de la Maya, de l’ego, etc.….  On retrouve cette façon de se  mettre sous une bonne influence dans la prière, la méditation, le yoga, mais surtout dans les rites.

La théorie des oiseaux blancs et des oiseux noirs de Tierno Bokar est assez instructive : imaginons que l’homme soit un pigeonnier et qu’il y ait deux sortes d’oiseaux et deux sortes de trous. Les grands trous pour les oiseaux blancs, et les petits pour les noirs. Imaginons que ces oiseaux soit nos pensées et affections, les blancs les pensée de joie, d’amour, de bonté, etc. … et les noirs les pensées de rage, de colère, de haine, etc. … Lorsque nous pensons du mal ou du bien de quelqu’un, un oiseau noir ou blanc sort du pigeonnier pour aller déposer son « message » chez cette personne. Après avoir porté son message notre messager revient, et généralement il rapporte avec lui des restes de son énergie initiale.
Il y a un oiseau par trou, donc à chaque oiseau sorti, une place est faite pour recevoir les oiseaux et les « messages » des autres.
Prenons le cas d’une bonne pensée, elle libère une place qui lui permettra de pouvoir recevoir d’autres oiseaux blancs, elle sème son message et reviennent nous bénir à son retour. Pour les oiseaux noirs, c’est la même chose, le fait de maudire quelqu’un, par exemple, nous ouvre une brèche par où les oiseaux noirs peuvent entrer et même nos propres oiseaux noirs, à leurs retour peuvent nous faire terriblement souffrir.
De cela il conclut qu’il faut éviter les mauvaises pensées et se concentrer sur les bonnes pour bien vivre.

Selon le véda Tout est né du sacrifice et l’homme vis pendant tout le long sa vie ce sacrifice primordiale. Se sacrifier (Sacra facere = faire sacrée) est le" faire" le plus absolu. Et Karma veut dire faire, action, acte et même acte rituel. L’acte rituel c’est faire en harmonie et en conscience avec le cosmos, les trois mondes, les dieux…C’est participer au mystère.

On peut déjà envisager ce que ces doctrines peuvent entendre par la mort de l’individu et se demander si la théorie de la réincarnation peut se concilier avec ce qu’ils enseignent ici. J’ouvrirais juste cette piste (la réservant pour plus tard) pour justement fermer ce message en apportant la remarque suivante : la notion des oiseaux blancs et noirs et celle des Souffles ou « esprit élémentaires », contiennent déjà des indications sur les forces en présence dans le Samsara et la Maya, et les cycles y jouent une grande part. Et de « rendre sacré » la vie, le travail, l’amitié, l’amour, etc.… s’est se mettre en résonance avec notre Soi et avec le milieux cosmique, les Dieux, etc.…. en reprenant la place centrale. Ces lois de causalités sont différentes de la version réincarnationniste même si extérieurement les choses peuvent se ressembler. Mais je continuerais une autre fois.

PS : Désolé  Lanterne, je n’ai pas le eut temps de répondre à ta question, ce n’est que partie remise.

#154 lambjork

lambjork

    christalice

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Posté 25 novembre 2006 à 14:06

ronanor tu nous fais un beau cadeau !!!

je m'interesse depuis des années a ces sujets et je ne me souvenais plus que les upanishads étaient si proche de la genese.

ca me fait beaucoup penser aux textes gnostiques (ou apocryphes) et particulierement "l'apocryphon de jean" et "l'hypostase des archontes".

les archontes etant, d'apres ce que j'ai compris ces souffles, dieux, asuras... (je crois, faudrait peut etre que je relise tout).

il y a aussi ce recit de dieu se scindant en male/femelle et la chute avec les multiples "parties".

liens pour lire ces 2 textes et d'autres textes gnostiques:

apocryphon de jean

l'hypostase des archontes

autre lien

:bravooo:

Ce message a été modifié par lambjork - 25 novembre 2006 à 14:09.


#155 ronanor

ronanor

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Posté 27 novembre 2006 à 16:25

Merci Lambjork pour ton interêt et ton soutient. Voici la fin de mes recherches.

« Duo sunt in homine » (Saint Thomas d’Aquin Somme théologique II, II, 26, 4)

« Sache donc que… il y a en nous deux hommes » (Maître Eckhart)

« Dans les derniers jours, les hommes aimeront leur propre soi, ils seront égoïstes » (Tim. 3, 1-2)

Après cette longue digression autour de la Brihadâranyaka Upanishad, je me propose de vous parler de ces souffles plus précisément. Et du rapport entre le Souffle (l’Atman) et les Souffles.

LES SOUFFLES ET LE SOUFFLE

« Tous ces souffles sont les activités ou œuvres (karmâni) de la vision, de l’audition, etc., (…) ; séparément ils sont mortels, et c’est seulement le Souffle médian que la mort ne peut saisir ; c’est d’après lui, en tant que leur chef que les autres sont appelés « Souffles » (BU I,5, 21). (…) En nous ces Souffles sont ainsi de nombreux « soi » partiels mais ils agissent de manière unanime pour le Souffle (ou la Vie), en étant « à lui », (…) l’éminente supériorité du Souffle lui-même est soulignée dans de très nombreuses recensions du mythe des luttes des Souffles entre eux : cela prouve immanquablement que le Souffle est la puissance la meilleure et la seule essentielle, car l’organisme peut survivre s’il est privé de l’un quelconque d’entre eux, mais seul le Souffle peut maintenir droit le corps qui s’écroule à son départ. C’est, en réalité, le Souffle qui s’en va lorsque « nous rendons l’âme », et , en partant, il déracine les Souffles et les emporte avec lui en ce qui est à la fois leur mort et la notre (BG, XV, 8, etc.). Rien de « nous » ne subsiste lorsque « nous, qui n’existions pas avant notre naissance, et qui, dans notre association avec le corps, sommes des mixtes et possédons des qualités, nous n’existerons plus mais serons introduit dans le renaissance par laquelle, nous unissant aux réalités immatérielles, nous deviendrons non composés et sans qualités » (Philon, De Cherubim 114,115) » (A. K. C. « La signification de la mort » p 30-33).

Il ajoute en note 50 : « Dans toute la tradition que nous considérons ici, il n’y a aucune doctrine de la survie ou « réincarnation » des personnalités, mais seulement de la Personne, le seul transmigrateur ; le fait d’admettre la nature composite et changeante de la personnalité humaine, et sa corruptibilité qui s’ensuit, conduit au problème global de la mortalité, qui peut être exprimé dans la question : En qui partirais-je, lorsque je partirai (Prashna Upanishad VI, 3) et "par quel soi le monde-de-Brahma est-il accessible ?" (Sutta-Nipâta 508), moi-même ou bien le Soi ? La réponse chrétienne orthodoxe est, bien entendu, que « Personne n’est monté au ciel, si ce n’est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’Homme, qui est dans le ciel » (Jean 3, 13). (…) cette résurrection est, en vérité, « à partir des cendres » (Somme théologique III, supp. 78,2) et en un « corps entier et complet » mais n’est pas différée, et n’est pas une reconstitution de « ce » corps ou de « cette » personnalité mais de notre « autre Soi », le « Soi immortel » de ce soi, en un corps immortel d’« or » (lumière, gloire) ne manquant de rien, mais étant entièrement immatériel. La discrimination des « sauvés » et des « damnés » est de même immédiate ; les sauvés sont ceux qui ont connu le Soi (jam non ego, sed Christus in me, de Saint Paul), les damnés sont ceux qui ne se sont pas connus eux-mêmes et dont, par conséquent, rien ne peut survivre lorsque le véhicule se désagrège et que le Soi s’en va. ».

Sur ces deux passage l’on peut directement faire un rapprochement entre le Souffle et ces phrases de la genèse : YHVH « souffla dans les narines le souffle de vie » (II, 7) pour créer l’Adam et « dans leurs narines était le souffle de vie » (VII, 22). Et même avec le « vent de Dieu tournoyant sur l’abîme » (I, 2). Ce et ces Souffle(s) sont liés au symbolisme du corps comparé à un instrument à vent, ainsi dans Jacob Boehme, Signatura rerum XVI, 3-7 : « comme un instrument à vent, de timbres ou notes diverses et variées, est actionné par un seul et unique souffle, de sorte que chaque note, oui, chaque tuyau, a sa tonalité particulière… et cependant sont un dans le divin verbe, son ou voix, éternellement énoncé, de Dieu ; car un seul et unique esprit porte le grand nom de Dieu ».  Sur les sept Souffles ou sept rivières on peut également les mettre en rapport avec les sept planètes traditionnelles comme le font les Védas, Philon, Hermès et bien d’autres… Et c’est donc par ces planètes que les événements terrestres sont influencés dans l’astrologie traditionnelle qui est loin d’être une science de l’avenir ou de la divination mais bien avant tout une science du moment présent et du Principe. On peut également faire un rapprochements entre ces Souffles et les planètes avec les « sept Lettres Doubles » du Sepher Yetsirah, qui parle également des sept ouvertures et des antithèses auxquelles la vie de l’homme est exposée (la dualité) à travers elles. Sur le rapport entre la dualité et ces Souffles nous trouvons : « dans la mesure où il (le spectateur) se considère comme étant cet homme (l’âme ou les Souffles), Un tel, dans cette mesure même il s’identifie à ses expériences et à ses passions, « il s’entrave lui-même, tel un oiseau dans le filet », et en tant que « soi élémentaire » il est accablé par la fatalité, le bien et le mal, et toutes les « paires » de contradictoires. » (A. K. C. ibid. p27-28) ; et la note 39 : « C’est précisément des « paires » de contraires que l’Homme Libéré est délivré, en d’autres termes « du nom et de la forme », de la tyrannie des choses pouvant être définies en termes de ce qu’elles sont-et-ne-sont-pas, tels que grand et petit, plaisir et peine, bien et mal, et autres « valeurs ». ».

LE CHAR

Le char est également un symbole souvent utilisé et que l’on retrouve chez Platon comme dans l’inde. Le corps est le char lui-même, le Soi le voyageur à qui appartient le char et qui en connaît la destination, et l’Intellect est le conducteur qui tient les rênes par lesquels les chevaux, les Souffles, les coursiers des sens sont réfrénés et guidés. « Les chevaux peuvent avoir été bien dressé ou non, tandis que l’Intellect lui-même, de par sa double qualité, humaine et divine, pur et impur, peut ou bien laisser les chevaux s’écarter de la grande route pour pénétrer dans les champs païens, ou bien les diriger au nom de l’Esprit. » (A. K. C. ibid. p33-34) ; et la note 51 : « Dans le bouddhisme, le char est l’exemple typique de l’erreur de l’ego : Il n’y avait pas de char avant qu’il fut construit, et il n’y en aura plus lorsque finalement il s’écroulera en morceaux, et de même pour l’« âme » ; tous deux sont des expressions conventionnelles pour ce qui n’est pas une essence mais seulement un processus causalement déterminé. »

On pourrait, je pense, développer indéfiniment ce thème de la « constitution de l’être humain » selon la tradition et à travers elle relever les différences essentielles qui existent entre ces doctrines et la « théorie de la réincarnation » ; et qui montrent, selon moi, que cette « théorie » est loin d’être traditionnelle.

LE BUT DE L'HOMME

Mais je voudrais, pour finir mon intervention, aborder ce que les traditions enseignent du but de l’homme et de son « travail ». L’exemple du char que je viens de citer nous montre le « travail » à effectuer : contrôler les chevaux. Le but est donc d’atteindre la maîtrise de soi à travers la grande guerre sainte (djihâd). On trouve, comme je l’ai déjà signalé, dans toutes les traditions l’importance de distinguer l’ego du Soi et de « tuer » cet ego ou de contrôler ses passions. On peut voir  dans la phrase da l’évangile : « l’homme ne vit pas seulement de pain… » cette distinction et que le fait de nourrir notre spiritualité et notre Soi est primordial. L’exemple des deux oiseaux (les deux soi) sur la même branche dont un mange le fruit et l’autre le regarde du Rig Véda parle de la même chose et peut-être mit en rapport avec l’histoire d’Adam et Eve dans la genèse qui mange le fruit et souffre en conséquence. Et Platon dans Phèdre (246), où l’on retrouve l’image du char et des chevaux,  nous parle du choix des nourritures en fonction de la partie de notre âme que nous nous proposons d’alimenter le plus.

LE LIBRE ARBITRE ET LA DESTINNEE

Cela conduit au problème du libre arbitre et de la destinée.
« La conception traditionnelle du destin ne comporte aucune notion, selon laquelle il pourrait y avoir une injustice. (…) trouver à redire à notre destin, c’est trouver à redire à notre propre nature et vouloir n’être jamais né. Comment pourrions-nous être né autrement qu’à un moment et en un lieu donnés, et avec des possibilités et « aptitudes » données ? Notre Destin est seulement « ce qui nous advient » et « ce que nous sollicitons » ; « il n’y a pas de portes spéciales pour la calamité et le bonheur ; ceux-ci arrivent comme les hommes eux-mêmes les font venir » (Tai-Shang, SBE, IX, 235). (…) Pour l’Intellect il n’est rien d’impossible, ni d’élever l’âme de l’homme au dessus de la Destinée, ni, si l’âme, comme cela arrive parfois, n’y fait pas attention, la soumettre à la Destinée » (Hermès, lib. XII, 1, 5, cf X, 19, ainsi que Platon, Phédon 83a).
La doctrine traditionnelle affirme qu’il y a une cause première qui est directement la cause de notre Etre, mais c’est seulement de façon indirecte, au travers de l’opération des causes secondes ou médiates, avec lesquelles elle n’interfère jamais, qu’elle est la cause que nous soyons ce que nous sommes. (…) Du point de vue indien, Dieu n’est pas celui qui fixe arbitrairement les destinées mais simplement « le surveillant du karma ». En d’autres termes, comme le dit Platon, tout ce que fait le joueur de Dames cosmique, et cela est « un travail merveilleux et aisé », est «  de déplacer celui qui s’améliore en un lieu meilleur, et celui qui empire en un lieu pire, selon ce qui revient à chacun, et en assignant, de la sorte un destin approprié… Car selon la direction de nos désirs et la nature de nos âmes, chacun de nous devient tel sujet… l’être divinement vertueux étant transporté par une sainte route en un lieu meilleur » (Lois 903, 904). Pareillement, aussi, dans la doctrine chrétienne, « Le Destin est la mise en ordre des causes secondaires en vue des effets prévus par Dieu » (Som. Théol. I, 116, 4), « sans quoi le monde aurait été privé de la perfection de la causalité » (Som. Théol. I, 103, 6 ad 2).  
Nous sommes donc à la merci de notre propre volonté particulière ; lorsque les puissances sensitives ont les rênes lâchées, chaque fois que nous faisons ce que nous voulons, ou que nous convoitons par la pensé, dans la mesure où toute notre conduite –bonne ou mauvaise- est dépourvue de principe, nous ne sommes pas des agents libres, mais les sujets passifs de ce qui est justement appelé nos « passions ». Telle est la seule doctrine orthodoxe, à savoir que l’homme, tel qu’il est en lui-même, « cet homme-ci » qui ne sait pas ce qui est vrai mais seulement ce qu’il aime à penser, qui ne sait pas ce qui est juste mais seulement ce qu’il a envie de faire, « cet homme-ci », donc, n’est pas un homme libre et il ne fait aucun choix, mais est tiré et poussé par des forces qui ne lui appartiennent pas parce qu’il ne les a pas maîtrisées. Saint Augustin, ainsi, demande : « Pourquoi, alors, des hommes misérables osent-ils s’enorgueillir de leur « libre arbitre » avant qu’ils soient libres ? » (De spiritu et littera 52) ; Boèce explique que « Une chose est d’autant plus libre du Destin qu’elle est plus rapproché du Pivot. Si elle se fixe à la stabilité de l’Intellect Suprême, elle transcende la nécessité du Destin » (De consolatione philosophiae IV, 6) et saint Thomas d’Aquin dit : « La volonté est libre pour autant qu’elle obéit à la raison, non pas lorsque nous faisons ce que nous voulons » (Som. Théol. I, 26, 1). « L’esprit est de bonne volonté mais la chair est faible » (Matt. 26, 41) ; i. e., selon les termes des symboles classiques, les chevaux ne sont pas dressés. » (A. K. C. ibid. p63-66).

Ainsi, notre volonté propre n’est pas considérée traditionnellement comme une liberté ou un libre arbitre mais bien comme une sujétion aux sens et aux passions et ces Souffles sont définis comme la Destinée. Il n’y a en nous qu’un libre arbitre qui est ce Soi et auquel nous pouvons dire « que ta volonté soit faite ». Car comme le dit Rûmî : « Quiconque n’a pas échappé à la volonté (propre), n’a aucune volonté (libre) » (Dîvân, Ode XIII). Selon Platon, l’homme est libre seulement lorsqu’il a remporté la victoire sur le plaisir (Lois 804c). Et les évangiles : seulement «  là ou est l’Esprit est la liberté » (Gal. 5, 18), etc.… La question reste de savoir : « qui gouvernera, le meilleur ou le pire » ? (Platon, République 431ABC, Lois 644E, etc.…)

LA MAITRISE DE SOI

Tel est le problème de la maîtrise de soi, de la guerre des Dieux et des Titans, des Dévas et Assuras, des Anges et des Démons (et de la démonologie traditionnelle qui n’est pas de la sorcellerie en soi) en nous. Et cette bataille sera gagnée lorsque nous pourrons dire avec saint Paul : « Je vis, et cependant ce n’est pas moi, mais le Christ en moi » (Gal. 2, 20). La philosophie est donc l’art de mourir : « Les véritables philosophes s’exercent à mourir et la mort est moins terrible pour eux que pour aucun autre homme… et étant toujours très désireux de délivrer l’Ame, la libération et la séparation de l’âme d’avec le corps est leur principal souci » (Phédon 67DE), Et l’injonction du Mathnawî (VI, 723) : « Meurs avant que tu ne meures ». Car nous devons être « nés de nouveau » ; et une naissance qui ne soit pas précédé par une mort est inconcevable. Il s’agit de mourir à soi. Et fait référence à l’initiation (naître à nouveau, deux fois né dans l’hindouisme et ailleurs), de mourir à son moi et de consentir  à « se renier soi-même », et d’accepter que le « je » et le « mien » sont des concepts sans fondement. Voir également la Bhagavad Gîtâ sur l’inaction dans l’action et la non recherche des fruits de l’action (III, 4, 20, 25, VI, 2, II, 47, 50,…), « ne fais rien et toutes choses seront faites » (Wu Wei). L’ascète traditionnel est un « ouvrier » qui « ne se préoccupe pas du lendemain » (Matt. 6, 34) et BG V, 13). Tout cela est « l’objectif suprême et traditionnel de l’éducation humaine » et le but de l’initiation.

Voila. J’espère avoir montré avec suffisamment de clarté que les religions bien loin de nous "forcer à croire en des fables", nous demande au contraire de comprendre ces "histoires", très profondes et ayant énormément de sens, avec notre Intellect (notre cœur). Et bien loin d'être des "bobards dans le but d'assouvir une domination politique",  elle parle, comme toutes les traditions, avant tout des fins dernières de l'Homme, de la constitution du Cosmos à partir du principe, etc... Et nous donne les moyens de comprendre et de vivre tout cela.
La vision de l'enfer et du paradis peut être entendue de manière beaucoup plus juste que la croyance populaire, et prendre un sens réellement spirituel et initiatique où le combat se passe aujourd'hui et la rétribution des élus et des damnés directement après la mort dans l'éternel présent, comme je l'ai indiqué.
Et je pourrais formuler la même remarque sur l'ancien testament qui est une mine d'informations et de données très précises et traditionnelles de l'homme, de Dieu et du monde. Et le but de tout cela n'est pas de "maintenir le fidèle dans la peur de Dieu". C'est en faire une lecture très limitée que de dire cela et vouloir rejeter ces textes comme le bébé avec l'eau du bain serait bien dommage... Je pense que l'ancien et le nouveau testament ne sont pas à rejeter parce qu'on ne les comprend pas ou parce qu'ils nous choquent dans notre ignorance, mais plutôt à méditer pour pouvoir les comprendre.
Ces "fables (qui) passeront moins bien dans l'avenir", j'espère de mon coté qu'elles seront revivifiées dans l'Esprit et ne soient plus comprises comme des fables mais comme des doctrines fournissant un moyen pour mieux se connaître et pour trouver sa divinité et la divinité elle-même... Et cela dans un avenir proche.

Je reste à votre disposition pour tout éclaircissement supplémentaire ou interrogation.

PS : je donnerais la définition de tradition une autre fois... Encore désolé, mais je voulais finir cela avant de répondre à cette question.

#156 ronanor

ronanor

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Posté 27 novembre 2006 à 16:30

Ah oui, j'oubliais de vous conseiller, à nouveau, le livre D'Ananda K. Coomaraswamy qui m'a servit tout le long de mes interventions et que j'ai souvent cité : "La signification de la Mort "Meurs avant que tu ne meurs" " Aux éditions ARCHE Milan.

Bonne lecture.

#157 lambjork

lambjork

    christalice

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Posté 30 novembre 2006 à 00:30

merci beaucoup ronanor et encore felicitation pour tout ca.

tu as fait une belle synthese et ca a du te prendre de nombreuses heures.

je voulais juste rajouter mon petit grain de sel en disant que le terme de souffles est commun a beaucoup de religions ou traditions. par exemple chez les taoistes et bouddhistes "chi" est le souffle, le principe de vie ou "energie" present(e) en nous et autour de nous.

pareil pour l'allusion à la vibration sonore, aux gammes musicales ainsi qu'au nombre sept qui est aussi lié aux 7 chakras (+eventuellement d'autres mais on ne poussera pas le sujet jusque là).

:bravo:     :bravooo:

Ce message a été modifié par lambjork - 30 novembre 2006 à 00:31.


#158 ronanor

ronanor

    Chercheur

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Posté 01 décembre 2006 à 02:28

Je suis tout à fait d'accord avec toi et on pourrait aussi faire le rapport avec le "pneuma"...

En Inde, le premier élément, après l'éther bien sûr, est l'air et la vibration arrive avant toute autre chose... D'ailleurs, la musique est bien l'art le plus abstrait et le plus proche du principe d'un certain point de vue...

Je n'ai pas encore cherché dans les textes gnostiques et apocryphes, mais je suis certain, qu'il y a des choses très interresantes dedans, même si il n'y a pas forcément des rapports avec ce que j'ai déjà évoqué. Il faudrait certainement une longue étude pour entreprendre une définition de l'âme et de l'esprit selon ces textes à mon avis... J'ai lu, pour l'instant le texte de Thomas, de Juda, et certains autres... Je vais approfondir tout cela, grace au lien que tu as donné et les textes que je dispose, pour voir si des rapprochements interresants peuvent être faits...

Sur le rapport aux 7 chakras, je n'ai pas eut le loisir de le développer mais c'est certains qu'un développement est possible entre ces Souffles et les Chakras. Ainsi qu'avec les planètes ou l'arbre des séphirots...Je ne cite tout cela qu'à titre d'information... Et j'éspère que des personnes aurons le temps de développer tout cela...

En tout cas j'espère que les textes que j'ai apporté donnent des éléments qui permettent de comprendre mon point de vue et que la réincarnation n'a été développé par aucune tradition dans son enseignement. Et que selon ce que je pense elle n'est qu'une croyance populaire.

Dans le texte en lien de Salamandre :
My Webpage
On peut lire :

Citation

Pour le Dictionnaire des Religions, la réincarnation signifie la "croyance selon laquelle l'âme, ou l'élément psychique, ou le corps subtil, se dote lui-même, à chacune des existences successives, d'un corps différent et se trouve ainsi réincarné".

et je suis tout à foit d'accord avec cela. Il ne sagit pas d'enseignement ou de doctrine traditionnelle.

Sur les marques physiques sur des personnes prouvant des "réincarnations" le texte dit :

Citation

Précisons tout de suite que d'autres explications peuvent être avancées au sujet des ces faits étranges, explications qu'une parapsychologie sérieuse et scientifique a déjà mises en valeur.

Il n'y a apparament aucune certitude...

Sur les différentes "versions" de la réincarnation, on retrouve dans ce texte les différentes traditions et des explications de certaines théories de ces traditions comme se rattachant à la réincarnation... Mais je me demande vraiment si la traduction "roue des réincarnations" par exemple est la meilleure pour comprendre ce dont il s'agit ? Et la version" réincarnationniste" des tibétains donné dans le lien est plus que problématique. Car il parle bien, comme le texte en lien le dit, de moyen de "se libérer du cycle des renaissances" en  "s'éveillant" à la connaissance de sa vraie nature". Et les renaissances ne sont pas "forcément" "un individu reprennant un nouveau corps"... Mais je l'ai déjà dit même si cela reste une certitude pour d'autres... Cela n'est pas le sens du texte selon moi... Il faudrait y réflechir à deux fois avant de penser que le sens "matériel" est le bon...
Le texte du Bardo Thodol est une explication pour se délivrer du Samsara. Et non une doctrine parlant des individus comme se réincarnant mais une aide pour les mort ou mourrant :

Citation

Il y a trois étapes de délivrance :

a) La rencontre de la Lumière incréée représente trois jours et demi. Celui qui a médité sa vie durant sur la "connaissance du corps de vacuité", tout est vacuité, le reconnaît aussitôt et accède à la libération.

b) Il existe une deuxième chance de reconnaître la Lumière, dont la durée est proportionnelle au poids du karma personnel : vingt-quatre jours et demi en moyenne. Le mort, durant ce laps de temps, est assailli d'apparitions terrifiantes. S'il reconnaît que ces pensées proviennent de son seul mental, de son seul cerveau, il peut accéder immédiatement à la délivrance.

c) L'ultime chance compte 21 jours.

d) Si le défunt n'écoute toujours pas les conseils prodigués, il reprendra la ronde des réincarnations, jusqu'à ce qu'il comprenne que tout est vacuité.

Ajoutons que, dans la tradition bouddhique, le mourant peut être aidé par les Bodhisattvas. Ce sont des êtres exceptionnels qui, arrivés au terme de la libération, et prêts à entrer en nirvana, y renoncent par compassion pour leurs frères humains encore en route. Ils acceptent de se réincarner "tant qu'il restera un être humain à aider".

"La ronde des réincarnation", je me demande quel terme est traduit comme cela ? Si c'est le Samsara, l'explication n'est pas réincarnationniste dans la tradition hindou et bouddhiste, selon mes sources. mais c'est un autre problème...

Sur les "versions" grecques, je me demande si les mots "metempsychose" ou "transmigration" traduient "réincarnation" dans ce texte permettent de bien se rendre compte de ce dont il sagit. le mot "transmigration" est déjà dans son etymologie loin de parler de retour dans le corps...

Sur l'exemple de César, qui "rend fou de joie certain" beaucoup de traditions parlent de différents corps. Je pense que tout le monde le sait. Comment être certain que les celtes parlaient de se retrouver dans un corps physique ? Pour moi en tout cas le fait que César ait été informé de certaines croyances celtes (déformées par la compréhension des informateurs ou non) n'est pas un élément de l'enseignement de la tradition celte. Et la phrase "que les occidentaux y voit un coté "loi de douleur" dans la vision des orientaux.... " est bien explicative de leur "vision" des choses... Et de l'incompréhension occidentale...

Le texte cité de Salamandre est d'accord avec moi sur un autre point : le fait que la réincarnation date du XIXème en occident :

Citation

Ce n'est qu'à la fin du XIXème siècle, avec la pénétration des doctrines asiatiques en Europe, que l'idée de transmigration intéresse vraiment l'Occident, par le canal des milieux théosophiques, occultistes, spirites et gnostiques.

Et le texte assimile transmigration et réincarnation...

L'exemple de Giordano Bruno : "L'âme ne se limite pas à l'existence sur la terre. Elle a devant elle les mondes infinis pour sa demeure" n'est pas réincarnationniste obligatoirement. Ou disons qu'elle peut avoir bien d'autres sens, et des fois beaucoup plus inspirés et spirituels, qu'une vision matérialiste parlant d'individualité et de corporalité.

L'interet de "la réincarnation à l'occidentale" de ce texte est plus que passionnant pour moi...

Par exemple les différentes caractéristiques qui se sont développées en même temps que l'humanisme, le psychologisme, l'évolutionnisme,etc... Sans oublier la version moraliste et sentimentale car les deux sont liés. Et bien souvent dans ce texte je ne comprend pas les chose de la même manière :

Citation

Quatrième caractéristique :

La personne devient le seul artisan de son propre salut, de sa propre réalisation spirituelle. Elle détient la clé du savoir et connaît les lois de sa destinée et de sa croissance personnelle. L'être humain est son propre sauveur, et la réincarnation est le lieu et l'instrument de ce salut personnel. De fatalité onéreuse qu'elle était en Orient, la réincarnation est devenue pour les Occidentaux bonne nouvelle du salut.

En quoi la réincarnation est importante pour cela ? Je vois bien que le texte utilise ces mots là mais "cette fatalité généreuse" et "bonne nouvelle du salut" ne sont pas réincarnationniste en soi ; mais surtout cette phrase cité plus loin : "la réincarnation est le lieu et l'instrument" devrait plutôt dire "l'incarnation" car c'est de cela qu'il sagit, selon moi.

On peut vivre cette bataille dans toutes vies, et c'est bien cela dont la tradition parle selon ce que je connais...

Le point de vue évolutionniste de la réincarnation est purement occidental, l'orient admet une évolution, toute relative , de l'individu. Mais il s'interresse avant tout à l'universel, à l'espèce. Et non à la collectivité. Le point de vue individuel ne l'a jamais interressé selon mes connaissances. Et les phrases que certains entendent comme "l'idée d'un individu se réincarnant dans un nouveau corps" peuvent être lues autrement.

Et la cinquième idée :

Citation

La réincarnation est conçue comme la seule explication valable du problème du mal et des inégalités entre les humains, la seule explication capable de sauver la justice de Dieu, qui autrement paraît arbitraire, injuste et tyrannique.

Montre bien la limite sentimentale de cette explication. Et il faut y méditer selon moi...

Je ne m'éterniserais pas sur cela. Mais les textes suivants de l'"INCOMPATIBILITÉ DE LA RÉINCARNATION AVEC LA FOI CHRÉTIENNE" m'interroge par rapport à ma discussion avec Boo...

Et certains passages  sur le corps glorifiés, de corps voué à la réssurection... Ne sont pas la preuve irrefurtable de la réincarnation selon moi. Car "le corps glorifié" de la tradition chrétienne peut être bien autre chose que la réincarnation... Mais laissons le sujet ouvert et je reste tout à fait d'accord avec les conclusions du texte :

Citation

Un défi pastoral nous est lancé !

Après, la peur asiatique n'est vraiment pas primordiale... Mais plutôt politique... Et n'interresse pas la "fin dernière de l'Homme"...

#159 lanterne

lanterne

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Posté 04 décembre 2006 à 16:12

Bonjour,

Je crois qu'on m'a oublié... :o
J'aimerais bien savoir ce que Ronanor entend par "tradition" ?

bonne journée

#160 oriflamme

oriflamme

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Posté 04 décembre 2006 à 17:36

Cette notion de réincarnation est assez complexe à élucider.

Il y a ou il n'y a pas ré-incarnation selon le point de vue sur lequel on se place.

Si on part du point de vue de l'ego, il n'y a pas réincarnation, car l'ego est un agrégat-conscience appelé à se dissoudre après le bardo, disent les Bouddhistes qui ont compris la doctrine (voir l'enseignement du Bouddha de Rahula. Point seuil, et Le Mythe de la Liberté de Trungpa)
Toutefois, la conscience dissoute est celle obnubilée par les formes (ou obnubilée par les ombres de la averne de Platon). Il est évident que celui qui est conscient par l'Energie créatrice, ne perd aucunement la conscience en laissant son corps..

Si on part du point de vue de l'âme...et bien il n'y a pas de point de vue de l'âme, car l'âme ne peut pas avoir conscience sans le corps et le mental via l'esprit.. De plus: "Dieu et l'âme ne peuvent coexister", disait Saint jérome.

Enfin, du point de vue de l'Esprit ou du Boddhisattva, il n'y a pas ré-incarnation de ce qui est dissous et illusoire. par contre, l'âme errante ou en attente prend corps...mais ce n'est plus de la réincarnation..

#161 ronanor

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Posté 05 décembre 2006 à 20:55

Bonjour Lanterne,

Tout d'abord excuses moi de ne pas t'avoir répondu plus tôt, mais je m'étais lancé sur d'autres sujets et cela prend du temps... Mais rassures toi je ne t'avais pas oublié. Je n'ai pas récupéré toutes les données que je cherchais pour répondre à ta question mais je peux déjà commencer.

La Tradition

Pour commencer je prendrais le début de la définition donné par Wikipédia :

Citation

Tradition désigne la transmission continue d'un contenu culturel à travers l'histoire depuis un événement fondateur ou un passé immémorial (du latin traditio, tradere, de trans « à travers » et dare « donner », « faire passer à un autre, remettre »)

Cela est tout à fait exact ; la tradition est une transmission. Mais une transmission de quoi ? Quel est ce contenu culturel de ce texte ? Que peut-il bien désigner ? Et là les choses peuvent se compliquer...

Pour moi la tradition, dans son sens le plus vrai, implique un élément d'ordre supra humain et une connaissance réelle. Les traditions enseignent des connaissances et non des croyances selon moi. Ce qui exclu l'usage courant de ce mot à la place de coutume ou usage. René Guénon met une distinction entre "Tradition" et "Traditionaliste" et entre "Tradition" et "coutume":

Citation

"Les "traditionalistes" sont ceux qui ont "une simple tendance, une sorte d'aspiration vers la tradition, sans aucune connaissance réelle de celle-ci ; et l'on peut mesurer par là toute la distance qui sépare l'esprit "traditionaliste" du véritable esprit traditionnel, qui implique au contraire essentiellement une telle connaissance. (...)

Tous les emplois abusif du mot "tradition" peuvent servir, à un degré ou à un autre, à cette fin (empêcher la restauration de l'idée traditionnelle) à commencer par le plus vulgaire de tous, celui qui le fait synonyme de "coutume" ou d'"usage", amenant par là une confusion de la tradition avec les choses les plus bassement humaines et les plus complètement dépourvues de tout sens profond. (...)

Il n'y a d'ailleurs qu'à voir combien ceux qui prétendent se faire les "historiens" des religions et des autres formes de la tradition s'acharnent avant tout à les expliquer par des facteurs exclusivement humains ; peu importe que, suivant les écoles, ces facteurs soient psychologiques, sociaux ou autres, et même la multiplication des explications présentées permet de séduire plus facilement un plus grand nombre ; ce qui est constant, c'est la volonté bien arrêtée de tout réduire à l'humain et de ne rien laisser subsister qui le dépasse ; et ceux qui croient à la valeur de cette "critique" destructive sont dès lors disposés à confondre la tradition avec n'importe quoi, puisqu'il n'y a plus en effet, dans l'idée qu'on leur en a inculquée, rien qui puisse la distinguer réellement de ce qui est dépourvu de tout caractère traditionnel.

Dès lors que tout ce qui est d'ordre purement humain ne saurait, pour cette raison même, être légitimement qualifié de traditionnel, il ne peut y avoir, par exemple, de "tradition philosophique", ni de "tradition scientifique" au sens moderne et profane de ce mot ; et, bien entendu, il ne peut y avoir non plus de "tradition politique", là du moins où toute organisation sociale vraiment traditionnelle fait défaut, ce qui est le cas du monde occidental actuel. Ce sont pourtant là quelques unes des expressions qui sont employées couramment aujourd'hui, et qui constituent autant de dénaturations de l'idée de la tradition (...) Il arrive en effet qu'on va jusqu'à appliquer le nom de tradition à des choses qui, par leur nature même, sont nettement antitraditionnelles : et c'est ainsi que l'on parle de "tradition humaniste" ou encore de "tradition national", alors que l'"humanisme", comme son nom même l'indique d'ailleurs n'est pas autre chose que cette négation du supra humain qui est à la racine de l'esprit moderne sous toutes ses formes (...)

Il n'y aurait pas lieu de s'étonner dans ces conditions, si l'on en venait quelque jour à parler tout aussi bien de "tradition protestante", voire même de "tradition laïque" ou de "tradition révolutionnaire" ! Au degré de confusion mentale où est parvenue la grande majorité de nos contemporains, les associations de mots les plus manifestement contradictoires n'ont plus rien qui puisse les effrayer, ni même leur donner simplement à réfléchir..." (René Guénon - "Tradition et traditionalisme" dans "Articles et comptes rendus Tome I", p57-59).

Ce texte est un peu long mais explique assez bien selon moi le retournement du sens de "tradition" qui s'est opéré... Pour résumer, je redirais  ce que j'ai dit plus haut et qui me semble être l'élément le plus important de la définition de la "tradition" : "la tradition" comporte essentiellement  un élément d'ordre supra humain, et est même la transmission de cette connaissance.

Les différentes traditions peuvent être religieuses mais pas nécessairement. La tradition Chrétienne occidentale, elle, l’était et l'est encore bien évidemment.

Il y a également, bien souvent, dans une tradition deux aspects : un ésotérique et l’autre exotérique. Mais sur ce point c’est un autre développement que la question actuelle.

Le mot Kabbale ou Qabbalah en hébreux ne signifie pas autre chose que « tradition » au sens le plus général. Bien qu’il désigne  le plus habituellement la tradition ésotérique ou initiatique ce mot est parfois appliqué à la tradition exotérique elle-même. Il est a proprement parlé la tradition hébraïque ; c’est pourquoi parler de « Kabbale hébraïque » est un vrai pléonasme ; et d’un autre point de vu, vouloir appliquer ce mot de Kabbale en dehors du judaïsme ou des deux autres religions qui se rapportent à lui est réellement un non-sens.
Le verbe « qabal » en hébreux, comme en arabe,  signifie  les idées comme recevoir, accepter, accueillir. C'est-à-dire ce qui est reçu ou transmis ; comme dans le latin « traditum ».

Je partage également le point de vue de ce texte de Guido De Gorgio dans « L’instant et l’éternité :

Citation

« Les traditions sont et ne peuvent être que le symbole de la Tradition une qui est au-delà d’elles, sans laquelle elles n’existeraient pas et grâce à laquelle elles voilent et dévoilent l’indicible, ce qui en l’homme est au-delà de l’homme, ce qui dans la forme est au-delà de la forme, ce qui dans l’existence est au-delà de l’existence ; De la sorte, par les paliers de la Réalisation, repoussant les ombres et les symboles et les signamina, devant la réalité, demeurant en elle, étant la Réalité, les traditions mènent à la Tradition. » (p70)

Et pour finir, je donnerai également ces quelques passages :

Citation

« Ce que nous appelons une civilisation traditionnelle, c’est une civilisation qui repose sur des principes au vrai sens de ce mot, c'est-à-dire où l’ordre intellectuel domine tous les autres » (René Guénon, Orient et Occident p150)

Citation

« Un autre préjugé fort courant aujourd’hui est celui qui, dans la pensée de la plupart de nos contemporains, prétend opposer « tradition » et « intelligence », comme si elles étaient incompatibles et que l’obéissance à la tradition impliquait une démission de l’intelligence et l’adoption d’une attitude de pure passivité. Au fond, c’est ainsi que les modernes s’imaginent pouvoir justifier l’esprit antitraditionnel au nom d’une prétendue « dignité de la personne humaine ». C’est confondre « tradition » et « habitude », ou mieux encore et plus généralement, c’est confondre la vrai Tradition, qui est d’origine et d’essence non humaines, avec des traditions tout humaines, qu’elles soient anciennes ou d’invention récente, car ce n’est pas l’ancienneté d’une coutume ni son observation plus ou moins généralisée qui lui confère sa valeur et sa vérité. (…) Ainsi, quand il s’agit de la tradition, il n’y a aucune démission de l’intelligence. (Elie Lemoine  – « Principes, intellectualité, tradition » dans « Etudes Traditionnelles d’avril-mai-juin 1991 », p56-57)

Citation

« Qu’on aille pas croire (…) que la tradition puisse apporter la moindre entrave à la pensée, à moins qu’on ne prétende que ce soit limiter celle-ci que de l’empêcher de s’égarer, ce que nous ne pouvons admettre ; est-il permis de dire que l’exclusion de l’erreur soit une limitation de la vérité ? Rejeter des impossibilités, qui ne sont rien d’autres qu’un pur néant, ce n’est point apporter des restrictions à la possibilité totale et universelle, nécessairement infinie » (René Guénon, Orient et Occident p 216)

Ce message a été modifié par ronanor - 05 décembre 2006 à 21:10.


#162 ronanor

ronanor

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Posté 05 décembre 2006 à 20:56

Bonjour Oriflamme,

Je me permets d'intervenir car je ne suis pas complétement d'accord avec une chose :

Citation

Si on part du point de vue de l'âme...et bien il n'y a pas de point de vue de l'âme, car l'âme ne peut pas avoir conscience sans le corps et le mental via l'esprit.. De plus: "Dieu et l'âme ne peuvent coexister", disait Saint jérome.

De ce que je connais, l'âme peut très bien avoir une conscience sans le corps et même sans le cerveau elle peut concerver son mental.

Par exemple, après la mort physique, l'âme peut très bien survivre un certain temps en conservant sa conscience propre et ses facultés propres exépté les sens physiques et les facultés physiques dans la matière bien entendu. D'ailleurs tu parle toi même d'"âme errante"...

Mais j'ai peut-être mal compris ce que tu voulais dire.

Ce message a été modifié par ronanor - 05 décembre 2006 à 21:07.


#163 Janaka

Janaka
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Posté 10 février 2007 à 17:25

Seuls ceux qui sont conscients de leur âme, de leur être psychique, peuvent avoir le souvenir de leurs précédentes incarnations...et cela est une expérience qui sert de preuve. Les théories et considérations mentales au sujet de la réincarnation ne peuvent qu'être des imaginations dans un sens ou dans l'autre...imaginations qui se situent à des années-lumière de la vérité sur ce sujet qu'est la réincarnation.


REMARQUE : la réincarnation est un phénomène complexe et n'a pas grand-chose à voir avec le rachat de soit-disants péchés.

#164 cristal

cristal

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Posté 13 mai 2007 à 06:50

Salutation à tous,

Je vous présente un texte (pourquoi réécrire ce qui est si bien fait) auquel j’adhère totalement tant c’est conforme à ma pensée et à mon expérience, c’est tiré d’une magnifique mais défunte revue Occulture #9. J’espère que vous apprécierez. C’est en deux parties.

La réincarnation, mythe ou réalité ?
Claude-Gérard Sarrazin
Première partie

Les ouvrages et les articles traitant de la réincarnation se multiplient. Si les libraires proposent autant de livres sur un sujet jadis tabou dans nos pays chrétiens (par tradition) et rationalistes (par éducation), c’est que les lecteurs s’y intéressent de plus en plus nombreux.

Certains de ces ouvrages sont consacrés à des biographies ou à des autobiographies mettant en scène une ou des personnes rapportant des souvenirs de leurs incarnations dans des corps différents en des lieux variés et à des époques diverses. D’autres ouvrages traitent le sujet sous forme d’étude, d’historique ou d’essai critique, sans oublier les écrits fustigeant cette croyance archaïque.

Cet intérêt — cet engouement ? — pour la réincarnation est-il récent?

Non, évidemment. En Orient, on ne s’y “intéresse” pas, tout comme chez nous on ne s’“intéresse” pas à l’hygiène; ce qui va de soi, ce qui coule de source, ce qui fait partie du décor ne se voit plus; on le vit sans même y réfléchir, sans prendre de recul. En Occident, à l’époque où régnait la culture grecque (jusqu’aux premiers Chrétiens inclus), on croyait tout autant à la réincarnation.

Grosso modo, l’Orient “croit” à la réincarnation et l’Occident “n’y croit pas”. Les érudits occidentaux “démontrent” que la réincarnation est une légende. Les amateurs d’exotisme parlent de la réincarnation en termes si fantaisistes que leurs ennemis n’éprouvent aucune peine à réfuter tous leurs arguments.



Même en Occident, les penseurs se partagent entre ceux “qui croient à la réincarnation” et ceux qui “n’y croient pas”.

En fait, la croyance personnelle n’a d’importance que pour la vie de celui qui croit; elle ne modifie en rien les réalités, encore moins les réalités d’ordre cosmique. Enfant, j’ai cru au Père Noël. Cette croyance déterminait évidemment certains de mes actes quotidiens.
L’exemple vient de loin et de haut: les religions, du moins en Occident , dans leurs enseignements exotériques, ne parlent que de foi, jamais d’expérience.

Il nous faudra donc tenter de démontrer, de prouver, sans trop manier l’argument d’autorité.

L’ultime moment

Pour comprendre le processus de la réincarnation, il nous faut réfléchir sur les derniers instants, le moment crucial où l’Individu va abandonner son écorce physique.

Tournons nos regards vers les expressions profanes: l’enseignement exotérique (pour le profane) cache souvent des vérités qu’il faut décoder; l’enseignement ésotérique doit se lire à un autre niveau.

Le chrétien (premier niveau de lecture) disent en parlant d’un être cher qui vient de mourir “ Le Seigneur l’a rappelé à Lui”. Première contradiction: le chagrin autorisé, les signes de deuil, la messe des morts... Si l’être aimé est près du Seigneur, pourquoi pleurer? Peut-être l’être intérieur de ceux qui restent tente-t-il d’exprimer ce qu’il sait et sent... Nous allons préciser en auscultant un deuxième enseignement profane: “Il a rendu son âme à Dieu”. Alors, qui reste là, dans le cercueil, au milieu des fleurs, participant à une cérémonie funèbre?

L’enseignement de la Tradition est simple: l’agrégat (l’adhara) “a rendu son centre divin de coagulation aux Puissances divines”. Le centre immortel quitte le corps et laisse là le reste de l’agrégat. On peut dire que “le Seigneur l’a rappelé à Lui”, puisque ce centre remonte dans son plan lumineux où tout est immortel.

Que reste-t-il pour assister à la cérémonie funèbre? Tout le reste de l’agrégat provisoire. La dépouille contient encore les autres coagulations et le nouveau mort assiste à la cérémonie, parfaitement conscient, sauf parfois s’il est mort accidentellement (les coagulations ont été dispersées et ne pourront reconstituer un agrégat qu’à l’aide d’une puissance particulière).

Le processus de désintégration partielle ou totale ne commence que plus tard; d’où la tradition des veillées funèbres et des rites étalés sur plusieurs jours. Nous y reviendrons plus loin.

Mais, selon le dogme populaire, cette âme est créée tout exprès pour UN corps unique. Elle ne peut donc évoluer. Toujours selon cet enseigne-ment exotérique, le Créateur construit des âmes sur mesure, en relation avec le niveau d’évolution de l’humanité-espèce. On peut alors se demander QUI détermine cette évolution collective. L’individu évolué n’a donc aucun mérite puisqu’il est né au bon moment. Ce Créateur plonge des âmes dans la matière, dans laquelle elles vivent ce que vivent les gouttes de rosée, et remontent au Ciel ou s’enfoncent en Enfer. Étant donné qu’aujourd’hui il naît trois enfants à la seconde sur la Terre (environ 250 000 par jour) et qu’il s’agit de nouvelles âmes, et que l’humanité existe depuis au moins un million d’années, même en admettant une natalité plus tranquille avant la folle accélération de notre siècle des Lumières, le Ciel et l’Enfer doivent être surpeuplés d’âmes qui n’évoluent pas... qui n’ont jamais pu évoluer, qui stagnent comme une collection de timbres classés par époque.

Étrange Créateur qui ne se lasse pas de fabriquer ces milliards d’âmes non évolutives, et qui laissera les guerres mondiales mettre un peu d’ordre dans les rangs trop serrés des corps-réceptacles et augmenter rapidement sa collection de timbres non rares.

À quoi sert donc ce court voyage dans la matière ? L’âme plonge dans la vallée de larmes, apprend à souffrir, quitte la Terre et s’ajoute à la collection de timbres qui chantent, pour les siècles des siècles, les louanges du Collectionneur impénitent.

Le Centre divin individuel

Les initiés de l’Antiquité tout comme ceux d’aujourd’hui apprennent que, justement, le Suprême a placé, au cœur de chaque être, une étincelle évolutive, immortelle et divine, le psychique. Cette étincelle grandit, s’individualise, devient peu à peu à l’image de Dieu ("le Christ en nous" selon les enseignements chrétiens) au cours des vies successives, car ce psychique ne peut passer de l’état de simple étincelle divine à l’état d’être parfait en une seule vie, fût-elle prolongée jusqu’à deux ou trois cents ans.

Le psychique d’un homme des débuts de l’humanité ne pouvait, après la mort du corps et de la personne qui l’habitait, “retourner à Dieu” et chanter Ses louanges: il n’était encore qu’un embryon. Tout comme un embryon physique ne peut chanter les louanges de ses parents ou de Dieu, le psychique embryonnaire se contente d’être.

L’individu commence sa vie sous la forme d’une cellule unique (union du spermatozoïde et de l’ovule) puis devient fœtus avant de naître bébé, les psychiques “naissent” sous forme de simple cellule divine avant de grossir sans pouvoir influencer immédiatement la destinée de leurs porteur humain .

Un psychique évolue, il est “à l’image de Dieu”, donc sans ego, sans orgueil, sans vanité, sans ombre. L’être qui l’exprime, l’homme d’aujourd’hui, n’a encore rien fait pour mériter ce psychique, il n’en est que le véhicule inconscient.

Tels sont, brièvement, les enseignements de la Tradition, que nous expliciterons plus loin. Demandons-nous plutôt si la croyance en la réincarnation est récente chez nous: les Cathares y croyaient (ou en avaient l’expérience). Après des siècles de christianisme exotérique, en Europe, on professait encore la doctrine réincarnationiste.

Et aujourd’hui ?

Comment alors situer le Christianisme parmi les grandes Traditions ? Officiellement, point de réincarnationistes en Occident. Cependant, divers sondages montrent que 22% des Européens croient à la réincarnation. Les sondages ne précisent pas dans quel genre de réincarnation croient ces Occidentaux. Un Européen sur cinq au moins... C’est beaucoup, après tant de siècles d’interdiction.

Des sondages plus récents précisent:

“24 % des Français adhèrent à l’idée des “vies multiples” (21 % pour l’ensemble des populations européennes). Ce pourcentage passe à 34 % chez les catholiques pratiquants convaincus, croyant à un Dieu personnel, et âgés de dix-huit à quarante-quatre ans. Une enquête encore plus surprenante, concernant les 18-24 ans, montre que 43 % des jeunes catholiques français croient à la réincarnation.”
C.G. Jung parlerait de l’Inconscient collectif; la Tradition parle du Mental collectif et du souvenir confus des expériences antérieures.
Il est probable (j’en suis convaincu, sans évidemment pouvoir le démontrer) que les premiers chrétiens recevaient deux enseignements différents, comme cela se pratiquait normalement dans l’Antiquité:

— L’enseignement ésotérique destiné, en principe, à un groupe choisi dont chacun des membres est capable, par une préparation adéquate, de mettre en pratique les vérités révélées par le dispensateur de l’enseignement. Il n’est pas question de curiosité, d’intérêt, mais de capacité (le petit nombre).

— L’enseignement exotérique destiné à tous; les vérités essentielles s’y retrouvent, mais elles se dissimulent derrière des symboles, des paraboles, des mots à double sens, afin que chacun saisisse selon son niveau d’évolution. La véritable justice est satisfaite: le même enseignement est donné à tous mais chacun reçoit selon sa préparation, les mystères ne sont pas révélés à ceux qui ne peuvent les recevoir.

Auparavant ?

La lecture au premier niveau (lecture littérale; “selon la lettre”, dirait saint Paul) des grands textes risque de conduire à des impasses sinon à ce que René Guénon appelle la contre-initiation. Faut-il, sur la pointe des pieds et en chuchotant, mentionner que bien des textes publiés en Occident, qu’ils soient “pour” ou “contre” la réincarnation, se contentent de cette lecture profane (ou profanatrice)?.
Les textes anciens ne peuvent se lire ainsi. Celui qui savait encore tout, Plutarque, nous prévient.

Comme Platon, comme tous les Anciens initiés (pas seulement en Grèce; Égypte et Inde entre autre), Plutarque s’exprime parfois en mythes, pour ne pas révéler ce qui est réservé aux initiés et aux initiables. Il ne s’en cache pas:

“Rien n’est aussi spécial à la philosophie pythagoricienne que l’usage des symboles, tels que ceux qu’on emploie dans la célébration des Mystères. C’est là une manière de parler qui tient à la fois du silence et du discours... Ce qui se dit est très clair et très évident, pour ceux qui sont accoutumés à ce langage; c’est pour les ignorants qu’il est obscur et inintelligible. Le sens apparent de ces symboles n’est pas le véritable, mais il faut y chercher celui qu’ils semblent recouvrir.”

(Plutarque, Isis et Osiris, Guy Trédaniel, 1987, p. 47)

“Ainsi donc, toutes les fois que tu entendras ce que la mythologie égyptienne raconte sur les dieux [...] il faudra te souvenir de ce que nous savons déjà dit, et ne point croire que tout cela soit arrivé et se soit passé de la façon qu’on le rapporte.”
(Ibid. pp. 49-50)

Tout ou presque est dit. Et l’on persiste à rappeler que tel dieu, muni de cornes ou d’une queue, que... Et on en conclut que la réincarnation...

Le Tibet

Deux films admirables traitent sans bafouillages de la réincarnation: Sept ans au Tibet (de Jean-Jacques Annaud) et Kundun (de Martin Scorsese). Dans les deux cas, il s’agit avant tout de la vie de l’actuel Dalaï Lama.

L’espace manque pour parler longuement des tulkus, ces lamas réincarnés dans des enfants (et pas toujours au Tibet maintenant!). On pourra lire, entre autre, L’enfant lama et Enfants de la réincarnation, de Vicki Mackenzie, parus aux Éditions Laffont et, bien entendu, des auteurs qu’on ne peut suspecter d’amateurisme comme Alexandra David-Neel et son fils adoptif le Lama Yongden (Le lama aux cinq sagesses, la vie d’un lama réincarné, Plon) ou Thoubten Jigme Norbou, le frère du Dalaï Lama, et l’anthropologue Colin M. Turnbull (Le Tibet, où l’on voit la découverte des tulkus enfants, Stock). Officiellement, théologiquement, le bouddhisme ne parle que la dissolution de l’agrégat.

Quant à l’Inde, on se contentera, si l’on est pressé, de la Bhagavad Gita.

L’héritage juif

Les Grecs croyaient à la réincarnation (au premier niveau de lecture, leurs enseignements seraient plutôt étranges); ne parlons pas de l’Orient. Et les juifs ?

Oui, du moins ceux qui s’intéressent à la métaphysique.

“C’est une partie du judaïsme normatif des cinq cents dernières années [...] Depuis les cinq cents dernières années, il y a cependant une vision du judaïsme théologique globalement admise, dont fait partie cette croyance sur la transmigration de l’âme. Il y a mille ans ou plus, des discordes existaient à son sujet. Aujourd’hui, elle est plus ou moins bien acceptée [...] par les juifs qui entretiennent un rapport à la Kabbale, et ont un lien plus profond au judaïsme. [...] Les orthodoxes modernes n’y connaissent vraisemblablement rien, et ne se sentent pas concernés. [...] Rares sont ceux qui connaissent la transmigration des âmes. [...]

La Kabbale [...] étant la théologie juive officielle, quoique la plupart des gens n’en connaissent presque rien. Ces notions sont apparentées à l’univers kabbalistique. [...]

“Le livre des transmigrations” est un des écrits de base de la Kabbale. Il n’a pas vraiment été rédigé, car le rabbin Isaac de Luria n’écrivait pas, il dictait à ses disciples. La plupart des gens naissent avec une âme déjà utilisée. Il y a très peu de nouvelles âmes. La plupart sont des âmes de réparation, des secondes âmes. Une personne naît avec une âme qui a déjà vécu, et elle est mue par cette âme dans certaines directions.”

Celui qui s’exprime ainsi n’est pas un profane; c’est le rabbin Adin Steinsaltz, du Centre d’études talmudiques, à Jérusalem.

De l’autre côté de la planète, à New York, un autre rabbin, Yonassan Gershom, est aussi précis:

“Les juifs hassidiques croient tout à fait à la réincarnation [...]. J’ai moi-même de bonnes raisons de penser que j’ai été le fils d’un rabbin tué par balles dans un village d’Europe de l’Est [...]

“Il poursuivit en me [l’auteur de l’ouvrage consulté] disant qu’Isaac Luria [...] l’un des plus grands mystiques juifs, a enseigné la réincarnation, tout comme Israel ben Aliezer, connu sous le nom de Baal Shem Tov, fondateur du mouvement hassidique. [...] Les juifs hassidiques, malgré leur apparence un peu rébarbative , se considèrent comme les mystiques, les voyants et les visionnaires de la religion juive. Pour eux, la réincarnation n’est pas qu’une simple idée; ils y croient fermement.”
(Mackenzie, V., Enfants de la réincarnation, Laffont, 1996, pp. 143-144)

L’Occident moderne

On enseigne presque partout la Kabbale... Quelle Kabbale? Ainsi, l’Occident, qui se veut fils de la Grèce (pour le classicisme) et du judaïsme (l’Ancien Testament pour les sources théologiques), devrait logiquement être réincarnationiste. Mais les penseurs ont réussi à évacuer ces concepts fondamentaux au nom d’une logique révisionniste. C’était peut-être nécessaire à l’évolution collective.

Un occultiste occidental a-t-il transmis le bon flambeau ?

Son nom est connu de tous: Papus. De son véritable nom (profane) Gérard Encausse (1865-1916), président-fondateur de l’Ordre Martiniste. Papus faisait partie du groupe très actif des ésotérisants français au tournant du siècle (Chaboseau, Stanislas de Guaïta, Chamuel, Sédir, Marc Haven, Charles Barlet, Victor-Émile Michelet, Max Théon, etc.). Les ouvrages de Papus sont encore réédités et lus par d’innombrables lecteurs. Papus était profondément réincarnationiste; son célèbre ouvrage (La réincarnation, Dangles, [1912] 1981) le prouve d’abondance.
Christianisme et réincarnation

L’Occident est acculturé chrétien. Les Écritures chrétiennes nieraient-elles la réincarnation comme l’enseignement des catéchistes et comme le croient la chrétien bien élevé tout comme maints érudits plongés dans leurs lectures au premier niveau?

L’Occident (du moins les curieux pressés et les déçus de leur religion) s’est jeté sur la réincarnation comme il s’était jeté aussi sur un ersatz de hathayoga, passant totalement à côté de l’expérience authentique, et les charlatans abondent. Tentons d’étudier la réincarnation elle-même dans la Tradition chrétienne.


Nous constaterons — une fois de plus — que l’enseignement exotérique ne peut accepter la réincarnation tandis que l’enseignement ésotérique l’accepte depuis les débuts du christianisme.

Les documents officiels, tels que Les seize documents conciliaires, Vatican II, les Textes doctrinaux du magistère de l’Église sur la foi catholique pas plus que le Dictionnaire de la foi chrétienne ne parlent de la réincarnation.

Pour la Petite encyclopédie religieuse de Dom M.-F. Lacan, c’est “une doctrine hindoue”.

Pour la Nouvelle encyclopédie catholique Théo,
“Le christianisme, qui croit à l’unicité de la personne humaine (chaque homme est unique aux yeux de Dieu), et à son unité (la personne est tout à la fois corps et âme), exclut toute transmigration d’un corps à l’autre; et a fortiori dans des corps d’animaux. Chaque être humain a vocation à se trouver un jour, dans l’unité et la totalité de sa personne (corps et âme), pleinement uni à la personne du Christ, Dieu et Homme, et par lui à la vie divine trinitaire (sans pour autant s’y dissoudre).” (p. 895)

Puisque c’est “l’âme” qui se réincarne et non la personne-véhicule, encore faut-il définir cette “âme” car les défenseurs de la vraie foi “prouvent” que l’âme ne peut se réincarner.

L’âme des théologiens et doctrinaires chrétiens n’est pas le psychique. Car elle naît au moment de la conception; l’âme n’existe pas avant son union au corps.

Cette “âme”, impossible à définir en termes fonctionnels, ne peut se réincarner. C’est, grosso modo, tout ce qui n’est pas matériel dans la personne humaine, mais tout ce qui naît avec elle. Il est évident qu’une telle âme ne peut se réincarner. Elle est même détruite à la fin de la vie. C’est pourtant à son immortalité qu’il faut croire:
“En Orient comme en Occident, le principe de l’immortalité de l’âme s’est progressivement affirmé dans la plupart des religions. La matière dans l’homme, le corps, se dissout dans la mort; l’âme, l’esprit , ne meurt pas. [...] Selon la conception biblique de l’homme, le corps et l’âme sont indissociables, car c’est l’homme tout entier qui a été créé à l’image de Dieu (Gn 1, 27). Aussi est-il appelé tout entier à l’immortalité.”
(La nouvelle encyclopédie catholique Théo, op. cit., p. 893)

Ce qui complique les choses, c’est que l’âme des théologiens survit à la mort du corps et accomplit son destin, car elle devient immortelle en entrant dans un corps mortel.

Il s’agit, peut-être, d’une conception née des approximations des premiers doctrinaires du christianisme, qui tentaient de “se situer” dans un contexte encore gréco-romain, contexte de décadence et non de classicisme d’ailleurs. Ils “savaient” que quelque chose était immortel, mais ne pouvaient définir ce quelque chose, et ils ne voulaient pas utiliser les concepts clairs de la philosophie grecque puisqu’ils tenaient absolument à s’appuyer sur l’Ancien Testament juif (qu’ils ne décodaient pas).

Les chrétiens des tout premiers temps, au contraire, étaient nourris de culture grecque, donc de philosophie grecque, et la Grèce croyait à la réincarnation, et ce processus était aussi évident que la naissance et la mort même si l’immense majorité des Grecs “avait bu l’eau de la source de l’Oubli”.

J’ai donc vainement tenté de découvrir une définition claire de l’âme en fouillant dans les interminables discours de saint Thomas d’Aquin. Je n’ai rencontré que savants raisonnements philosophiques, jeux de langage érudit. Que les admirateurs du thomisme me pardonnent ma totale imperméabilité. Je n’ai pour excuse que de n’être point le premier à ne rien comprendre. Dès le XVIIe siècle, le grand Blaise Pascal, dans ses Provinciales, fut beaucoup plus sévère que moi dans ses jugements.

Aussi ai-je tenté de trouver ma définition dans des ouvrages plus récents.

J’avoue ma surprise: toute la chrétienté parle de l’âme, de moyens pour “sauver son âme”, mais le terme n’est jamais défini avec précision.
Selon les dogmes reçus,
“l’âme de l’homme est spirituelle et immortelle, donc appelée à la récompense éternelle. Chaque âme humaine est individuelle et Dieu l’a créée immédiatement.”
(Textes doctrinaux du magistère de l’Église sur la foi catholique, p. 137).

Les prises de position des conciles ne précisent en rien cette définition générale. Les anciens conciles anathématisent divers théoriciens mais ne livrent rien de précis. Vatican II, le concile du XXe siècle, ne propose aucune définition de l’âme.

Comment alors les défenseurs de la vraie foi peuvent-ils condamner les tenants de la réincarnation s’ils ne peuvent définir l’âme dont ils parlent d’abondance? Penseraient-ils que les réincarnationistes (les sérieux) croient que l’être extérieur, “monsieur Dupont”, se réincarne?

La pédagogie exotérique (pour la masse des fidèles, des profanes) fut forcée de remplacer la réincarnation par un autre processus de purification: elle remplaça donc la purification “karmique” et progressive au cours des vies successives par le Purgatoire. Les théologiens ne pouvaient, en toute logique, admettre que tout un chacun puisse passer de l’état de vague fidèle à celui de saint du seul fait de la mort du corps physique. Ils durent donc inventer le

Purgatoire.

La position catholique officielle est claire:
“Les définitions du purgatoire (du latin purgare, nettoyer, débarrasser, purifier) sont diverses et largement remises en question aujourd’hui. Pour la clarté de l’exposé, on retiendra la suivante: le purgatoire est le temps d’épreuve permettant la purification préalable de ceux qui, au terme de leur vie terrestre, sont admis à partager le bonheur de Dieu.

“Si cette définition n’est pas acceptée unanimement, c’est que le purgatoire est une construction théologique: dans le Nouveau testament, on ne trouve en effet aucune trace ni du mot ni même de la réalité qu’il désigne.”
(La nouvelle encyclopédie catholique Théo, op. cit., p. 890)

Le décret sur le purgatoire date du 3 décembre 1563 (XXVe session du concile de Trente (1545-1563):

Il a donc fallu attendre le seizième siècle pour décréter l’existence du purgatoire.

Le Dictionnaire de la foi chrétienne rappelle la première définition (avec l’âme) mais ajoute (p. 636):

“La pratique constante de la prière pour les morts a peu à peu conduit l’Église à cette vérité qui doit être tenue sans pour autant être de foi absolue . L’Église, dans ses conciles, n’a jamais imposé aux Grecs de croire en la réalité du purgatoire. Quant à la modalité des peines encourues, elle demande aux prédicateurs une grande prudence de langage.”

Nous faisons toujours face à la même opposition: la prudence de l’Église et les idées arrêtées des éducateurs et autres zélés propagateurs.

Le concile de Florence (1438-1445) parlait déjà du Purgatoire, objet de vives controverses entre Église catholique et Église d’Orient. Mais le terme existerait depuis la fin du XIIe siècle selon le Larousse étymologique et le Dictionnaire Robert.

À quoi sert le Purgatoire selon les doctrinaires reconnus, qui ne peuvent s’appuyer que sur leur logique, puisque les textes canoniques sont muets sur le sujet?

Les auteurs attribuent différentes fonctions au Purgatoire, fonctions parfaitement superposables aux principes réincarnationistes. Dans un ouvrage intéressant, Réincarnation et foi chrétienne (Hétu, J.L., Méridien, 1984), on peut lire le détail des fonctions du Purgatoire selon les dogmes admis. Le lecteur et la lectrice curieux pourront donc s’y référer.

Plusieurs fois, j’ai lu et entendu citer un verset qui “prouve sans équivoque” l’existence du Purgatoire.
“Tu n’en sortiras pas tant que tu n’auras pas payé jusqu’au dernier centime.” (Mt V, 25).

Le contexte est pourtant très éloigné de l’idée de Purgatoire post mortem: Jésus prévient qu’il sera difficile de sortir de prison une fois condamné par un juge humain, parce que livré par un adversaire de mauvaise humeur. Il est question de réactions humaines qu’un bon Chrétien doit justement prévenir et ce justicier n’est en rien identifiable au Christ ou au Père céleste.

Cette pédagogie exotérique a dû naître pour compenser l’interdit lancé contre la croyance à la réincarnation. Il faut composer avec ce qui reste.

Le synode de Constantinople

On affirme péremptoirement que le synode de Constantinople (543) avait condamné la croyance en la réincarnation.

“L’empereur Justinien fut amené à promulguer en 543 un édit qui se concluait par des anathématismes. La même année, un synode réuni sous la présidence de Ménas, patriarche de Constantinople, conféra au texte impérial une portée dogmatique.

“La première erreur visée consistait dans l’affirmation de la préexistence et la transmigration des âmes, appuyée sur une étymologie assez particulière.”
(Textes doctrinaux de la foi catholique, p. 140).

À moins qu’il n’existe un autre texte, ce qui est fort possible, voici le texte en question (extrait du même ouvrage):

“Si quelqu’un dit ou pense que les âmes des hommes préexistent, en ce sens qu’elles étaient auparavant des esprits ou des saintes puissances qui, lassées de la contemplation de Dieu, se seraient tournées vers un état inférieur, que, pour ce motif, s’étaient refroidies (apophugmeisas) dans leur amour et dès lors ayant été appelées âmes (psuchas), elles auraient été envoyées dans un corps pour leur châtiment, qu’il soit anathème.”
(Ibid., p. 141)

TOUT semble partir de ce texte. Un empereur décrète que tel système philosophique est erroné, un synode endosse la condamnation mais l’autorité supérieure, le pape, ne se manifeste pas.

Le premier concile de Braga (561 ou 563) reprend la même condamnation.

Reprenons cependant les éléments avec lesquels jouent avec art les experts en argument, malgré la prudence de l’Église.

Tout d’abord, le synode de 543 n’est pas le 2e concile de Constantinople, 5e concile œcuménique, réuni en 553 par le même Justinien.

À cette époque, le pape était le romain Vigile (537-555), 59e pape.
Henri-Irénée Marrou fournit des précisions sur les relations unissant le pape Vigile et l’empereur Justinien. On comprendra mieux la portée de la condamnation et la prudente sagesse de l’Église sur le sujet (je parle de l’Église et non des ardents défenseurs de la vraie foi).

“Décidé à s’assurer l’accord du pape Vigile, Justinien le fit enlever, amener et séquestrer à Constantinople (janvier 547). Il devait y rester pendant plus de sept ans, soumis de la part de l’entourage impérial à une pression inhumaine, s’exerçant tantôt par la persuasion tantôt par la menace: âgé, malade, le malheureux Vigile résiste longtemps, cède (Judicatum du 11 avril 548), négocie encore, rompt avec l’empereur (août 551), se réfugie à Chalcédoine et se rétracte solennellement (Encyclique du 5 février 552); ramené à Constantinople, il finit par céder à nouveau mais la formule qu’il élabore (Constitutum du 14 mai 553) n’était pas jugée assez explicite, il doit s’incliner encore davantage devant la volonté impériale et rédige une formule enfin conforme à celle-ci (Constitutum du 23 février 554). [...]

“Nos théologiens s’interrogent encore sur la portée précise qu’il convient de reconnaître aux documents signés par Vigile et sur l’autorité que possèdent les diverses décisions du Ve concile qui, à la demande de Justinien, avait, à partir du 26 mai, considéré Vigile comme déposé.”

Le pape Vigile mourut en rentrant à Rome.
Même si l’empereur Justinien avait réellement réussi à faire condamner la croyance en la réincarnation, quelle valeur aurait cet interdit pour la chrétienté? L’empereur n’a jamais été le chef de l’Église, le “vicaire du Christ” selon le dogme et la croyance des chrétiens (selon la foi chrétienne).
Le texte du synode condamne bien autre chose que la réincarnation elle-même. On condamne surtout la croyance en la “lassitude des âmes”.

Évangiles et réincarnation

Si les textes officiels des évangiles ne parlent pas du Purgatoire, parlent-ils de la réincarnation ou les rédacteurs successifs ont-ils soigneuse-ment omis toute référence à ce que tout Grec savait ?
Les défenseurs de la vraie foi sont forcés de multiplier les pirouettes pour effacer les “erreurs” des rédacteurs “inspirés du Saint-Esprit”. Pour qui ose affirmer que les textes évangéliques sont définitifs, les versets en cause le sont aussi. En voici quelques-uns.

“C’est lui [Jean-Baptiste], si vous voulez bien comprendre, l’Élie qui doit revenir. Celui qui a des oreilles entende.” (Mt XI, 14)
Mt XVI, 14 (repris par Mc VIII, 28 et Lc IX, 18): Selon la foule, Jésus est

“pour les uns, Jean-Le Baptiste; pour d’autres, Élie; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes.”
Jean reprend les mêmes questions et les mêmes réponses (Jn I, 21)
Comment la foule peut-elle imaginer que Jésus soit Élie, Jérémie ou tout autre prophète si elle ne croit pas à la réincarnation ou si les rédacteurs n’y croient pas?

Un autre verset dérange tant les traducteurs “alignés” qu’ils n’hésitent pas à tricher:

“À moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu”(Jn III, 3) [Versions TOB, Jérusalem, Osty]
L’original grec dit anôthen, qui signifie:
— d’en haut, du ciel (lieu physique);
— dès le commencement;
— de nouveau, en reprenant.

Pour traduire le terme grec (il ne s’agit pas d’hébreu, ni d’araméen qui pourraient...), les rédacteurs mandatés choisissent “naître d’en haut”.

Nous sommes forcés de nous poser quelques questions...

Si le terme grec signifiait, dans ce contexte, d’en haut, Nicodème ne poserait pas ses questions, ou il serait un idiot. Nicodème a bien compris “de nouveau”, “encore une fois”, quand il dit:
“Comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ?”
Si Jésus avait voulu parler “d’en haut” (sous-entendu “du ciel”) Nicodème aurait posé d’autres questions et non celles-ci.

Pour minimiser le choix pour le moins malheureux, toutes les versions ajoutent une note en bas de page précisant que le terme grec admet les deux significations.

Les défenseurs de la vraie foi se rattrapent:
“Et comme les hommes ne meurent d’une fois, après quoi il y a jugement”.(He IX, 27)

On arrête là la citation de l’épître aux Hébreux. On oublie la suite:
“ainsi le Christ, après s’être offert une seule fois pour enlever les péchés d’un grand nombre, apparaîtra une seconde fois — hors du péché — à ceux qui l’attendent pour leur donner le salut”

En quoi cette mort unique contredirait-elle la doctrine de la réincarnation ?

C’est l’homme qui meurt et non son psychique... toujours la même confusion. Il est donc évident que l’homme ne meurt qu’une fois.
Concluons: l’Église, sagement, ne parle pas de réincarnation et pédagogiquement, propose le Purgatoire sans forcer les fidèles à y croire. Rien dans les textes dogmatiques, rien dans les évangiles reçus n’interdit la doctrine de la réincarnation.

L’homme normal ne meurt qu’une fois car il se dissout; seul l’homme né à la Lumière, relié à son psychique, se réincarne. Pédagogiquement (et statistiquement) parlant, la réincarnation n’existe pas.

Pédagogiquement, bien des écoles d’épanouissement omettent la réincarnation ou la condamnent. Ce qui compte, sauf exception, c’est la vie présente, qu’on doit illuminer.

Évolution

Et pourquoi la réincarnation ?

L’humanité évolue, constatent les chercheurs. De l’homme primitif, se dressant sur ses jambes il y a un ou plusieurs millions d’années, à l’homme d’aujourd’hui, certaines caractéristiques ont évolué.

Qui évolue ? L’humanité, évidemment, c’est-à-dire l’espèce humaine et non l’individu: Chaque maillon de la chaîne évolutive est mort, s’est désintégré depuis longtemps et il n’a pu évoluer. Chaque homme qui se crée prend en marche le train de l’évolution, fait un petit bout de route et s’évapore. A l’échelle géologique, la vie humaine est comparable à la durée de vie d’une goutte d’eau qui tombe du bout d’une feuille mouillée par la pluie.

L’homme-individu s’est évaporé; sa substance physique a été reprise en charge par la chaîne de vie et ses constituants ont servi à refaire d’autres êtres vivants, pas forcément humains.

Alors, l’individu n’évolue pas; du moins, pas l’individu-corps, pas la personnalité consciente, objectivée, phénoménale (au sens philosophique du terme).

L’Occident est acculturé chrétien, même les athées. Il nous faut donc partir de ce postulat.

Selon le dogme populaire (enseignement exotérique) chrétien, l’homme-individu ne meurt pas totalement puisque son âme survit à la mort du corps.

Et la question de la réincarnation divise les “penseurs” et les fidèles.

Pendant ce temps, des yogi, des méditants, des chercheurs de Vérité, les bénéficiaires d’une grâce spéciale, revivent des expériences passées, retrouvent des souvenirs précis d’existences antérieures.

Le principe de la réincarnation est simple: la mort abolit tout ce qui n’est pas divin. Prenons une comparaison. Plaçons un objet d’or ou de platine au centre d’une statue d’argile non cuite et noyons cette sculpture provisoire dans une rivière. Peu à peu, plus ou moins rapidement selon l’épaisseur, l’argile sera dissoute dans l’eau, mais l’objet précieux brillera. Cet objet précieux, c’est le psychique. La statue d’argile, c’est l’individu, provisoire coagulation d’éléments empruntés aux différentes strates d’univers, aux différents plans de conscience; le bouddhisme parle justement d’agrégat et d’impermanence; le sanskrit parle de vase (de contenant), d’adhara.

Le but de la Création, selon la Tradition (qui ne parle pas de Création mais de Manifestation), n’est pas de maintenir le statu quo mais de faire évoluer — c’est-à-dire de diviniser — tout ce qui est descendu dans la matière. La Force évolutive efface donc ce qui retarde la croissance de l’être divin individuel. L’agrégat se dissout, le vase (l’adhara) s’effrite, seul demeure le psychique, du moins dans le cas le plus général.

En résumé, la réincarnation est la clé de l’évolution. Progressivement, de vie en vie, un élément immortel grandit et se forme, empruntant des corps successifs, pour devenir peu à peu un être véritablement “à l’image de Dieu”.

Certes, tout ce qui précède est abrupt et sans nuances: il faudrait rédiger un ouvrage entier pour tenter de nuancer, de préciser, d’éclaircir. (Lire le livre : L’expérience de la réincarnation aux éditions du Rocher.) Contentons-nous de survoler le problème.

On se réincarne toujours pour commencer, poursuivre ou terminer un Travail, qu’il soit fondamental (se construire un être intérieur immortel) ou particulier (une mission propre, après que l’être ait été construit).

Si nous avons droit à des signes ? Bien entendu! toutes les chances nous sont offertes et, pour tout observateur neutre, non impliqué, elles sont mêmes évidentes.

Les éléments du moi

Mais alors, qui ou quoi se réincarne ? L’être entier ou un élément privilégié ? Pourquoi ne se souvient-on pas systématiquement des vies antérieures si la réincarnation est un fait ?

Notre personne est une mosaïque d’éléments plus ou moins auto-nomes, plus ou moins antagonistes, plus ou moins bien reliés à notre personnalité de veille. Ces morceaux (qu’on appelle parfois maintenant subpersonnalités) à tendance anarchique constituent cependant notre moi. L’élément qui voyage en empruntant l’un de ces éléments pour une expérience onirique par exemple est la conscience; cette conscience (à ne pas confondre avec ce qu’on appelle, sans la définir, la conscience morale) est le JE, par opposition au MOI. Selon la Tradition, le psychique est l’élément unificateur, capable de maintenir tous ces morceaux ensemble durant une vie entière. C’est, toujours selon la Tradition, ce psychique qui se réincarne et construit chaque fois une nouvelle personnalité. C’est ce psychique qu’ignore (pour diverses raisons, dont des raisons d’ordre pédagogique) les Traditions prônant la dissolution de l’agrégat.

Un psychiatre installé depuis longtemps en Inde, méditant, habitué à la psychologie occidentale et aux connaissances orientales, écrit:
“Une autre notion récente de psychologie, qui remet sérieusement en question les fondements d’un ego stable, est la “subpersonnalité”. On parle aussi de “personnalités multiples” ou d’“états de l’ego”. [...] Une subpersonnalité est un état semi autonome et semi-permanent de la personnalité capable d’agir comme une personne. une subpersonnalité n’est pas une “chose”, mais un flot d’énergie. En faisant une revue des divers courants de la psychologie actuelle, Rowan a trouvé vingt-cinq noms différents pour désigner ce phénomène de subpersonnalité: les personnes introjectées, les rôles, l’animus, l’anima (Jung), etc. Les formes extrêmes correspondent à la dissociation schizophrénique, la mythomanie, l’hystérie et ce groupe nosologique qu’on appelle “psychose hystérique”. [...] Ces subpersonnalités représentent des forces plus que des personnalités, mais on peut leur parler, dialoguer avec elles. Leur venue régulière ou inattendue au premier plan permet de rendre compte de la plupart des changements de comportement d’un individu.”
(Vigne, Dr J., Méditation et psychologie, Albin Michel, 1996, pp. 187-188)

Nous allons constater que les Anciens savaient déjà tout cela, qu’il ne s’agit pas d’une fantaisie littéraire.

L’Égypte

L’Égypte avait déjà compris (ou reçu) que l’être humain était un agrégat plus ou moins durable d’éléments très divers, appartenant à différents plans d’existence.

“La personnalité humaine apparaît composée de quatre éléments: khet, le corps, particulièrement le corps mort, chout l’ombre, et deux éléments qui ne tombent pas sous les sens: le Ba et le Ka.”
(Montet, P., L’Égypte éternelle, Marabout, Paris, [1964] 1991, p. 176)

De nombreux auteurs dressent une liste bien plus longue des éléments du moi.

Laissons l’Égypte et passons à la Grèce, dont on sait parfaitement lire l’écriture. Là encore, on sait que l’être humain n’est pas constitué d’un seul morceau.

La Grèce

Celui qui a livré de plus de secrets, même en les voilant, est bien Plutarque. Il savait:
“ [...] il convient que ceux qui l’honorent [le dieu] s’adressent à lui et le saluent en disant: “Tu es”, ou même, par Zeus! comme le faisaient certains anciens: “Tu es un”. Car il n’est pas multiple, comme l’est chacun de nous, assemblage hétéroclite d’éléments divers et innombrables, sujets à modifications et réunis pêle-mêle à la manière d’une foule. Ce qui existe réellement ne peut être qu’un, de même que ce qui est un existe de toute nécessité. C’est parce que l’altérité diffère de l’être qu’elle dégénère et produit le non-être. ”
(Plutarque, Dialogues pythiques, Société d’édition “Les Belles Lettres”, Paris, 1974, pp. 32-33)

L’Inde

La Tradition de l’Inde est magistralement résumée puis explicitée, élargie, par Sri Aurobindo. Il sait.
“ Nous sommes composés de nombreuses parties, et chacune apporte sa part au mouvement total de notre conscience, de notre pensée, notre volonté, nos sensations, sentiments et actions. ”
(Sri Aurobindo, Lettres sur le Yoga, SAAT, Pondichéry, 1984, p. 1)
La Mère, responsable de l’ashram de Sri Aurobindo, dicte:

“On n’est pas fait d’un seul morceau. [...] Il y a dans l’être beaucoup de parties différentes, qui sont quelquefois tout à fait indépendantes les unes des autres, et qui prennent possession de la conscience presque à tour de rôle, et quelquefois même dans un ordre tout à fait régulier.”
(La Mère, Entretiens 1954, SAA, Pondichéry, 1980, p. 448)

“Il y a des êtres qui portent en eux des milliers de personnalités différentes et alors chacune a son rythme et son alternance, et il y a une sorte de combinaison; quelquefois, il y a des conflits intérieurs, et il y a un jeu d’activités qui sont rythmiques et avec des alternances de certaines parties qui viennent en avant et puis qui s’en vont en arrière et puis qui reviennent en avant.”
( Ibid., p. 245)

Premières conclusions

On peut donc écrire que notre personne est, en quelque sorte, une horde d’entités égocentriques, plus ou moins reliées à un responsable central. Lorsque le pont existe, l’individu est conscient des activités du morceau, de la subpersonnalité; lorsqu’aucun pont n’a été créé (initiation puis ascèse), l’individu ne se souvient pas des activités de ce morceau particulier.

Il nous est impossible, dans le cadre d’un article, de définir cet agrégat, cet adhara. Il faudrait ajouter de très nombreuses pages. Contentons-nous de citer, sans précisions, que cet agrégat se compose d’ensembles et de sous-ensembles; les grands ensembles s’appellent des “corps” ou étuis; les plans sur lesquels sont pris les éléments de ces ensembles s’étagent du Subconscient juqu’au Supraconscient, en passant par le physique, les plans du Vital, les plans du Mental, les plans spirituels; que le psychique émane des “antennes” appelées purusha , etc.

Chaque fois que le psychique s’incarne, il construit un nouvel être à partir de matériaux (matière première ou morceaux déjà constitués) qu’il prend dans la Nature universelle, sur les plans du Mental, du Vital et du Physique. Lorsque le psychique a terminé son expérience, c’est la mort du corps. Les enveloppes non physiques survivent un certain temps sur leur propre plan avant de se dissoudre comme le corps physique, en commençant par les enveloppes les plus rapprochées du physique, pour finir par l’enveloppe mentale. Le psychique, détaché de ses enveloppes, se retire dans son plan divin pour y attendre la prochaine incarnation, en assimilant les expériences vécues dans la vie qui vient de se terminer.

En fait, tel est le processus habituel pour tous les humains ayant atteint un développement ordinaire; c’est le cycle vécu par les multitudes de pro-fanes dont la vie est celle des égocentriques, instruits ou incultes, totalement étrangers à l’Évolution.
Mais, au milieu de cette multitude, brillent “les élus”, c’est-à-dire ceux et celles qui ont accepté de supporter l’Évolution en construisant un ou plusieurs éléments, en transformant des atomes inertes en une ou des constructions organisées. Le processus, nous l’avons vu, est différent.

Dans tous les cas, le psychique prend, en s’incarnant, autant de karma qui lui sera nécessaire: ce sont des germes d’actions nés des actes du passé et les fleurs doivent s’ouvrir un jour, fussent-elles douloureuses. Quelqu’un doit récolter ce qui a été semé.
Dans tous les cas, lorsque le psychique s’est libéré de ses enveloppes, il entre en repos pour assimiler les expériences qu’il a vécues tout au long de la vie qui vient de finir. Cette assimilation est une transformation, une sublimation des souvenirs. Le psychique ne dispose pas de la mémoire du Mental, encore moins d’une mémoire d’ordinateur, ni celle d’un magnétophone, d’une caméra ou d’un magnétoscope. Le psychique retient l’essence spirituelle des expériences. Je dois insister: l’essence spirituelle n’est pas une abstraction; il s’agit du germe spirituel, donc de l’Idée au sens platonicien du terme.

Le psychique ne revient pas en arrière: il ne construit jamais une nouvelle personnalité moins évoluée que la précédente. Une fois incarné dans un être humain, il ne s’incarne plus dans un animal, ce qui ne contredit en rien la croyance en la métempsycose: des morceaux peuvent entrer dans des animaux ou des plantes, mais pas le psychique .

Certaines parties de l’être peuvent rester formées après la mort et entrer dans un être non humain, comme nous l’avons déjà dit plus haut. Il s’agit d’éléments (de morceaux) du Vital et non du Mental, puisque les humains sont les seuls capables de supporter une enveloppe mentale (où s’accrocherait un morceau mental en entrant dans un animal ou dans une plante ?). Il s’agit d’éléments centrés autour d’un intense désir, d’un appel constant pour des expériences vitales (obsessions sexuelles ou autres, les vices, les toxicomanies, etc.). Tel animal pourra satisfaire les exigences du morceau entré en lui, qui continue à vouloir jouir, sans se soucier du psychique qu’il a toujours ignoré.

Au moment de la mort, l’être entier (tout ce qui n’est pas le corps) sort par la tête, par un point connu des acupuncteurs. L’être sort “en astral”, comme lors du “voyage astral” (l’être sortait alors par le cœur). Un voyant ouvert à la vision sur ce plan très près de la matière peut voir sortir l’être qui meurt. À cet instant, l’être est entier, à la condition qu’il parte dans le calme et non pas lors d’un accident ou d’une catastrophe: il “exploserait” et ses éléments (ses morceaux) s’éparpilleraient; si le psychique est très développé, il peut ramener ensuite les éléments autour de lui.

Il nous est impossible, dans le cadre d’un article, de définir cet agrégat, cet adhara. Il faudrait ajouter de très nombreuses pages. Contentons-nous de citer, sans précisions, que cet agrégat se compose d’ensembles et de sous-ensembles; les grands ensembles s’appellent des “corps” ou étuis; les plans sur lesquels sont pris les éléments de ces ensembles s’étagent du Subconscient juqu’au Supraconscient, en passant par le physique, les plans du Vital, les plans du Mental, les plans spirituels; que le psychique émane des “antennes” appelées purusha , etc.

Chaque fois que le psychique s’incarne, il construit un nouvel être à partir de matériaux (matière première ou morceaux déjà constitués) qu’il prend dans la Nature universelle, sur les plans du Mental, du Vital et du Physique. Lorsque le psychique a terminé son expérience, c’est la mort du corps. Les enveloppes non physiques survivent un certain temps sur leur propre plan avant de se dissoudre comme le corps physique, en commençant par les enveloppes les plus rapprochées du physique, pour finir par l’enveloppe mentale. Le psychique, détaché de ses enveloppes, se retire dans son plan divin pour y attendre la prochaine incarnation, en assimilant les expériences vécues dans la vie qui vient de se terminer.

En fait, tel est le processus habituel pour tous les humains ayant atteint un développement ordinaire; c’est le cycle vécu par les multitudes de pro-fanes dont la vie est celle des égocentriques, instruits ou incultes, totalement étrangers à l’Évolution.
Mais, au milieu de cette multitude, brillent “les élus”, c’est-à-dire ceux et celles qui ont accepté de supporter l’Évolution en construisant un ou plusieurs éléments, en transformant des atomes inertes en une ou des constructions organisées. Le processus, nous l’avons vu, est différent.

Dans tous les cas, le psychique prend, en s’incarnant, autant de karma qui lui sera nécessaire: ce sont des germes d’actions nés des actes du passé et les fleurs doivent s’ouvrir un jour, fussent-elles douloureuses. Quelqu’un doit récolter ce qui a été semé.
Dans tous les cas, lorsque le psychique s’est libéré de ses enveloppes, il entre en repos pour assimiler les expériences qu’il a vécues tout au long de la vie qui vient de finir. Cette assimilation est une transformation, une sublimation des souvenirs. Le psychique ne dispose pas de la mémoire du Mental, encore moins d’une mémoire d’ordinateur, ni celle d’un magnétophone, d’une caméra ou d’un magnétoscope. Le psychique retient l’essence spirituelle des expériences. Je dois insister: l’essence spirituelle n’est pas une abstraction; il s’agit du germe spirituel, donc de l’Idée au sens platonicien du terme.

Le psychique ne revient pas en arrière: il ne construit jamais une nouvelle personnalité moins évoluée que la précédente. Une fois incarné dans un être humain, il ne s’incarne plus dans un animal, ce qui ne contredit en rien la croyance en la métempsycose: des morceaux peuvent entrer dans des animaux ou des plantes, mais pas le psychique .

Certaines parties de l’être peuvent rester formées après la mort et entrer dans un être non humain, comme nous l’avons déjà dit plus haut. Il s’agit d’éléments (de morceaux) du Vital et non du Mental, puisque les humains sont les seuls capables de supporter une enveloppe mentale (où s’accrocherait un morceau mental en entrant dans un animal ou dans une plante ?). Il s’agit d’éléments centrés autour d’un intense désir, d’un appel constant pour des expériences vitales (obsessions sexuelles ou autres, les vices, les toxicomanies, etc.). Tel animal pourra satisfaire les exigences du morceau entré en lui, qui continue à vouloir jouir, sans se soucier du psychique qu’il a toujours ignoré.

Au moment de la mort, l’être entier (tout ce qui n’est pas le corps) sort par la tête, par un point connu des acupuncteurs. L’être sort “en astral”, comme lors du “voyage astral” (l’être sortait alors par le cœur). Un voyant ouvert à la vision sur ce plan très près de la matière peut voir sortir l’être qui meurt. À cet instant, l’être est entier, à la condition qu’il parte dans le calme et non pas lors d’un accident ou d’une catastrophe: il “exploserait” et ses éléments (ses morceaux) s’éparpilleraient; si le psychique est très développé, il peut ramener ensuite les éléments autour de lui.

Le psychique emporte l’essence de tout cela, l’essence dans l’acception philosophique du terme. Ce qui fut l’existence s’évanouit, sauf les parties très bien structurées (qui, rappelons-le, peuvent rester liées au psychique, ou devenir autonomes et entrer dans un nouvel être). La religion exotérique enseigne donc la vérité: la réincarnation n’existe pas, c’est une vaine croyance: “le bon peuple” croit à la réincarnation de l’être entier , du moi conscient, puisqu’il ne comprend pas que nous sommes une mosaïque au ciment très friable.

Ce survol est bref, abrupt, sans beaucoup d’exemples concrets: il s’agit d’un simple article et non d’un traité; à chacun(e) d’approfondir le sujet. Néanmoins, dans le seconde partie de l’exposé (dans le prochain numéro d’Occulture) nous traiterons du déjà vu et du déjà su, des régressions, des thérapies, de l’Illusion cosmique et de certains éléments non encore abordés.





:aureole7:
Le Mal triomphe par l'inaction des gens de bien. E Burke

L'expérience de chacun est la richesse de tous.

#165 cristal

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Posté 13 mai 2007 à 06:55

Salutation à tous,

Voici la deuxième partie d’un texte auquel j’adhère totalement tant c’est conforme à ma pensée et à mon expérience, c’est tiré d’une magnifique mais défunte revue Occulture #10. J’espère que vous apprécierez.

La réincarnation, mythe ou réalité ?
Claude-Gérard Sarrazin
Deuxième partie

Dans l’article précédent, nous avions rappelé les enseignements de la Tradition : ce n’est pas la personne entière qui se réincarne mais son être central, l’âme immortelle, que Sri Aurobindo appelle le psychique, terme que nous avons retenu pour éviter les innombrables et inévitables quiproquos nés d’un usage trop large du substantif âme. Nous avions donc précisé la double nature de la réincarnation:

— celle du psychique, responsable de la réincarnation évolutive, sans discontinuité, qui choisit, au début de chaque incarnation, ce qui lui est nécessaire pour évoluer;

— celles des “morceaux” tout prêts, éléments évolués éparpillés lors de la mort; c’est une réincarnation fonctionnelle qui reprend des éléments déjà utilisés ailleurs.

Ainsi l’individu A est dirigé par son psychique mais le moi de A comprend des “morceaux” ayant pu appartenir au moi de B, C, ou D. A peut avoir hérité de l’intelligence supérieure de B, du talent de peintre de C et du caractère épouvantable de D.

Notre moi n’est pas un vague ramassis coagulé de pensées et d’affects, mais un ensemble de morceaux plus ou moins autonomes. C’est bien plus complexe que ne l’affirmait Freud (qui expliquait tout ou presque par le subconscient). Notre personne est bien une mosaïque d’éléments plus ou moins auto-nomes, plus ou moins antagonistes, plus ou moins bien reliés à notre personnalité de veille. Ces morceaux (qu’on appelle parfois maintenant subpersonnalités) à tendance anarchique constituent cependant notre moi. Selon la Tradition, le psychique est l’élément unificateur, capable de maintenir tous ces morceaux ensembles durant une vie entière. C’est, toujours selon la Tradition, ce psychique qui se réincarne et construit chaque fois une nouvelle personnalité.
Selon la Tradition, certains morceaux, les moins nombreux, sont bien plus évolués que notre personnalité consciente; d’autres morceaux, plus nombreux, sont loin en arrière.



Construction de l’être

Toujours selon la Tradition, le psychique tente d’éveiller ce “moi” à la Lumière comme une mère de famille nombreuse tirant derrière elle une ribambelle de voyous parmi lesquels tente de grandir un enfant plus évolué que les autres.

L’être central est donc le psychique, personnalité divine qui se construit, au cours des incarnations successives, autour d’une étincelle du Divin. Cet être central est, au départ, un centre psychique mais, quand il est bien individualisé, c’est un être psychique. Ce psychique est conscient de son origine et de sa nature divines; il pousse le reste de la personne à évoluer, à aspirer à l’illumination; il organise les événements, les prises de conscience pour que l’individu qu’il supporte ait, à chaque incarnation, la chance de découvrir la Lumière.

C’est lui qui peut faire revivre le souvenir des vies antérieures. Encore faut-il qu’il ait pu accumuler des souvenirs: il doit avoir été présent quand l’événement se produisait. Dans une vie normale, sans expériences spirituelles, le psychique est voilé par la grisaille ou l’excitation de la personnalité de surface: aucun souvenir ne peut s’inscrire. Si un moment de grâce se produit, le psychique est présent et le souvenir s’inscrit dans sa mémoire.

Le corps subtil du psychique, le corps psychique donc, est à l’image exacte d’un dieu, toute beauté, toute perfection. Plus l’être physique est libéré de l’obscurité, plus le corps de chair peut ressembler au corps psychique.

En résumé, le centre de la personne humaine, l’élément qui tient en-semble tous les morceaux, qui naît avant le corps et ne meurt point après la mort du corps, l’élément non-né, immortel, d’essence divine, c’est le psychique.

Cet être en formation, le psychique, quitte un corps qui meurt pour aller dans un monde lumineux en attendant de redescendre pour reprendre le Travail évolutif dans un nouveau corps. Cette attente peut être très longue (des millénaires), surtout durant la période de formation du psychique. Les décisions mentales ou émotives du moribond n’ont aucun poids et ne modifient en rien la décision du psychique de s’incarner dans telles circonstances et à telle époque. Le moribond est mortel — il est en train de le prouver —, le psychique est immortel, il se prépare déjà pour la prochaine vie; le moribond est inconscient du Grand Plan, le psychique a la vision du Suprême.

Le psychique se construit donc lentement, de vie en vie, en “coagulant” une substance d’ordre spirituel. Une fois construit, cet être psychique ressemble à un dieu ou aux anges de la Tradition chrétienne, mais sans chemise ni ailes, et il a tous les pouvoirs d’un dieu. L’être psychique accompli n’est pas Dieu mais un dieu (et tous les dieux ensemble ne sont pas Dieu, qui déborde et transcende tout ce qu’Il a manifesté).

Illumination progressive

Autour du psychique, d’autres graines sont semées: ce sont les purusha, les germes du mental, du vital et du physique. Ces purusha sont les prolongements du psychique. Si l’adhara leur en donne l’occasion, ils “coagulent” eux aussi une substance propre à leur plan. Ainsi peuvent se construire un étui (kosha) mental, un étui vital et un étui physique. Ce sont des morceaux intérieurs, profonds, divinisés, immortels, dont l’être extérieur n’a généralement pas conscience, auxquels ils n’a pas naturellement accès, sauf ascèse particulière.

Ces morceaux divinisés attirent à eux des morceaux tout construits s’ils en ont besoin pour évoluer et en absorbent l’essence (ce qui fait “germer”, grandir les morceaux divinisés) sans en rien diminuer les morceaux non divinisés; ils y ajoutent même une lumière divine. Lorsqu’un morceau est suffisamment coagulé autour du germe, il ne se dissout pas à la mort, descend avec le psychique dans la vie suivante et se manifeste selon les besoins du psychique.

Ce n’est en rien la pensée (“la pensée peut tout”, répètent certains profanes) qui construit les étuis, les morceaux intérieurs. C’est le germe qui coagule autour de lui la substance que livrent une ascèse, un Travail évolutif, un travail créateur.

Si nous ne disposions que d’une seule vie, ce serait sans espoir et le “Créateur” accueillerait sans cesse des êtres immatures. S’il créait des psychiques adultes (donc des dieux conscients et puissants), on ne parlerait pas de vallée de larmes, et les hommes agiraient comme des dieux et non comme des amibes à deux pattes et amplificateurs de caprices.

L’Évolution consiste à construire des morceaux divinisés et non à s’abrutir en confiant à des machines toutes les responsabilités.

Chaque vie est utile à l’évolution.

Quand l’individu-support refuse d’agir dans le sens du progrès, le psychique pousse quand même et toutes les résistances extérieures se lèvent pour protester: ce sont les “épreuves”. En vérité, les épreuves ne sont généralement que des refus. L’individu mortel s’arqueboute, s’accroche, refuse d’avancer vers la Lumière; le char du Devenir lui passe dessus alors que ce même char s’offrait pour le conduire plus loin.

La mort

La mort est, sauf exception, une plongée dans l’acide nitrique, qui dissout l’être, comme le professent les athées. Cependant, contrairement à ce que pensent ces mêmes athées, l’être central, immortel, ne se dissout pas, et il n’en tient qu’à la volonté personnelle d’organiser la vie de manière à ne pas se dissoudre tout entier, en unissant tous les morceaux au psychique. La porte est étroite, mais elle est lumineuse.

Quant au Subconscient individuel, incohérent par construction, anar-chique, désordonné, coagulé en plusieurs petits tas (les complexes, les blocages, les phobies, etc.), totalement fermé à l’évolution, il se dissout totalement à la mort. Il ne se réincarne donc pas. Le nouvel individu fabrique son Subconscient individuel, mais il hérite du Subconscient collectif dès qu’il entre dans un nouveau corps.

Les morceaux coagulés sans être reliés aux purusha, aux germes divins, ne peuvent résister à la mort, et l’individu qui a vécu à l’extérieur de son être (fût-il savant renommé, artiste consacré, etc.) se retrouve plus que nu après la mort: seul son psychique reste entier; peu à peu, tout le reste se dissout et c’est la lente désintégration , en commençant par les morceaux les plus près du physique et en remontant vers le mental. Les atomes “coagulés” s’éloignent, comme ceux d’entre eux qui avaient construit le corps de chair. Si ces morceaux sont solides, ils s’éloignent du psychique et attendent qu’un autre psychique les accapare, comme nous le savons. On comprend maintenant pour quelle raison l’immense majorité des humains “a bu les eaux du Léthé”: il ne reste rien de la personnalité extérieure lorsque le psychique reconstruit un nouvel être.

Injustice ?

L’évolution n’est pas la même pour tous, quoi que prétendent certains égalitaristes.

À l’origine, lorsque le Suprême émana les âmes — en supposant qu’il les ait émanées toutes ensemble, mais quand on parle du Divin, il est difficile de parler de temps et de déroulement... —, elles étaient égales, en ce sens qu’elles disposaient du même potentiel évolutif; elles étaient issues de la même source (le Divin), disposaient de la même immortalité et des mêmes capacités de transformation.

Certains individus-supports évoluèrent et, au-dedans, l’âme évolua aussi pour, en s’incarnant de nouveau, poursuivre son évolution. D’autres, majoritaires, stagnèrent et ne se soucièrent absolument pas de spiritualité; l’âme, en se réincarnant, en était encore au stade du fœtus au début de sa formation. “Beaucoup d’appelés et peu d’élus”. Ce n’est pas un Dieu fantaisiste qui choisit un chouchou et en fait un élu, c’est chacun qui répond ou non à l’appel.

Les individus supportant une âme adulte sont évidemment minoritaires tandis que les individus supportant une âme fœtus constituent l’écrasante majorité de l’humanité. La surpopulation est un signe de catastrophe évolutive: les âmes adultes restent en nombre limité tandis que les fœtus (sans jeu de mots) se multiplient. (La porte est étroite, certes, mais elle est si lumineuse que tous peuvent répondre à l’appel).

Les expériences authentiques ne nous sont accordées que dans le but de nous faire prendre conscience de notre origine divine, donc d’évoluer, et jamais pour “nous faire plaisir”; comme si Dieu était une gentille maîtresse d’école maternelle distribuant des images aux enfants sages “pour les encourager”.

Échapper aux renaissances, dissoudre l’agrégat.

Il nous faut ouvrir une parenthèse et tracer, en quelques mots, l’essentiel d’une métaphysique très répandue: l’advaita, le monisme absolu. Le terme est plus précisément advaita-vedanta. Il s’agit d’une doctrine de non-dualité, ce qui signifie que tout est Un, aussi bien dans le macrocosme que dans le microcosme; seul est vrai Brahman, l’Absolu, l’Un. Cela va infiniment plus loin que dans notre monothéisme où l’on conçoit Dieu comme unique mais distinct de sa Création. Pour l’advaitavadin , la Manifestation, la multiplicité ne sont qu’illusion. Tout est maya, illusion pure; c’est la Puissance cosmique qui conduit l’homme à prendre le phénomène pour le noumène, c’est la puissance d’illusion de l’Absolu.

Il est ô combien étrange de constater qu’un terme aussi répandu dans son acception classique (“Illusion cosmique”) ait signifié, dans le Veda (expression voilée mais non déformée de la Tradition primordiale), la Connaissance absolue, créatrice, sagesse.

L’Occident n’est pas le seul territoire des glissements de sens ...

Si tout n’est qu’illusion, il est logique de vouloir fuir cette monstruosité douloureuse et se fondre dans... dans quoi ?
On comprend que la réincarnation (punarjanma) soit une malédiction pour un mayavadin.

Sri Aurobindo écrit justement:

“Les védântistes purement monistes disent: tout est Brahman, la vie est un rêve, une irréalité; seul Brahman existe. On a le Nirvâna ou la moukti, ensuite on vit jusqu’à ce que le corps tombe — après cela, il n’y a plus de vie.

Ils ne croient pas à la transformation, parce que le mental, la vie et le corps sont une ignorance, une illusion —la seule réalité est le Moi sans forme et sans relation, Brahman. [...] Quelle serait l’utilité ou la possibilité de transformer une illusion qui ne pourra jamais être autre chose (quelle que soit la transformation) qu’une illusion?”
(Sri Aurobindo, Lettres sur le Yoga, vol. 1, S.A.A.T. 1982, p. 12)

Et il ajoute ironiquement (et puissamment):

“Maya nous poursuit jusqu’en notre évasion et se rit de notre triomphante logique qui avait paru trancher le nœud de son mystère.”
(Sri Aurobindo, Métaphysique et psychologie, Albin Michel, Spiritualités vivantes n° 69, 1988, p. 43)

Ou mieux encore:

“Selon la conception moniste... nous arrivons donc à ceci: l’évasion d’une âme illusoire et non existante hors d’un esclavage illusoire et non existant en un monde illusoire et non existant est le bien suprême que doit poursuivre cette âme non existante.”
(Ibid., p. 43)

Nous n’insisterons pas sur cette métaphysique qui, après avoir envahi l’Inde commence à envahir l’Occident. Demandons-nous si ces grands méditants (on ne peut nier leur sincérité!) pensent que l’Absolu (le Suprême) soit aussi une illusion, ou qu’il s’agit d’un Fou tout-puissant, qui a créé un univers pour aliénés et ces aliénés veulent s’enfuir... où d’ailleurs? pour se dissoudre. Pourquoi alors cette Manifestation, cette mascarade?

La Tradition primordiale ne parle pas d’illusion cosmique mais de désordre cosmique (d’où est né le Dualisme tardif et mal compris). De ce côté de la planète, la Tradition juive a parfaitement conservé cette Connaissance:

“Après le bris des vases intervient la dernière phase du processus théogonique, celui du Tiqqûn, de la réparation ou de la restauration du monde cassé.” (p. 116)

“Le Tiqqûn des mondes n’est cependant pas mené à son terme par les soins de l’Émanateur. L’un des effets du bris des vases [Tsimtsûm ] a été de faire descendre chacun des mondes plus bas que le lieu qui lui était assigné à l’origine. En vertu de quoi le monde de l’Asiyyah qui devait être un monde purement spirituel fut dégradé, se mêla à la partie inférieure du monde des Kelippot et avec la matière physique qui le domine. La tâche dévolue à l’homme est précisément de restaurer le monde de l’Assiyyah en son lieu purement spirituel, de le séparer entièrement du monde des écorces, en rassemblant les parcelles de sainteté et d’établir enfin une communication de chaque créature avec le divin que rien ne pourra interrompre.” (pp. 116-117)

(Roland Goetschel, La Kabbale, QSJ 1105, P.U.F, 1989)

Louable, en effet, que cette fuite éperdue hors de l’Illusion, mais le psychique reviendra quand même faire son Travail évolutif et il sera forcé de construire un nouvel agrégat.

Logique: on ne cherche pas le psychique, seule Réalité divine, donc permanente, on ne le trouve donc pas. Tout est de ce fait impermanent: c’est la Manifestation, où tout est mouvant; le grand chaudron où tout est dissout et remodelé.

L’ascèse née de cette conception est une excellente préparation: elle apprend à se libérer des liens trop retardateurs.

L’expérience du déjà vu
Laissons la grande métaphysique pour descendre au niveau quotidien. Examinons l’un des arguments proposés par certains réincarnationistes (très profanes en la matière): l’expérience du déjà vu.

Chaque détail, chaque geste, chaque phrase, tout est reconnu, mais on ne peut savoir quand on a déjà vécu cette scène. On est pourtant absolument certain de l’avoir déjà vécue.

Cependant, il est impossible de vivre deux fois la même situation; à la rigueur, nous pourrions porter les mêmes vêtements, faire les mêmes gestes, MAIS que l’autre personnage prononce les mêmes mots avec la même intonation, porte lui aussi les mêmes vêtements, que le décor soit strictement identique, que le dialogue soit reproduit mot à mot... Alors ?

a/ Explication matérialiste invérifiable

Bien que rassurante, (et cela fait bien, sérieux et informé), on se contente de phraséologie: double circuit de neurones avec décalage, d’où double perception des données et impression de reconnaissance. Tout se passerait comme si on décalait les deux pistes d’un enregistrement stéréophonique: un côté, disons le gauche, arriverait en retard dans une oreille; le “ cerveau ” aurait le temps de reconnaître au fur et à mesure les données de la piste retardataire (la piste gauche) puisqu’il viendrait de les entendre à droite.

Il faudrait évidemment voir ces neurones, mesurer l’électricité pendant l’expérience même, ce qui est impossible. On préfère énoncer gravement ces sottises pseudo scientifiques ; au besoin, en élargissant le vocabulaire pour assommer le profane...

b/ Souvenir d’une vie antérieure.

On revivrait une situation semblable, un siècle au moins plus tard...
C’est évidemment impossible: le décor, les costumes au-raient changé en un siècle au moins (et rares sont ceux et celles qui se réincarnent aussi vite). Il faudrait que l’autre, qu’on voit en face de nous, se réincarne dans un corps identique, et s’habille exactement de la même manière au bon moment. Pour que pareille coïncidence se produise, il faudrait aussi que les événements alentour soient identiques... Le langage même aurait changé. De plus, se réincarne-t-on obligatoirement dans le même pays ?

c/ Explication sérieuse

Rêvé la nuit et oublié le rêve.

Certains retrouvent le rêve et savent alors pourquoi ils reconnaissent la scène. Systématique-ment, j’ai cherché si l’explication était toujours la même; elle l’est, mais rares sont ceux qui se souviennent de leurs rêves. Par ailleurs, c’est l’explication connue des initiés.

On a donc rêvé au futur puisque la scène vécue avait été vue dans tous ses détails plusieurs heures auparavant. On peut donc voir le futur ? Ceci nous amène aux rêves prémonitoires, ce qui ne concerne pas notre sujet.

Reconnaître un lieu

Il arrive qu’on reconnaisse un lieu pourtant jamais visité ou une personne pourtant jamais rencontrée physiquement. C’est une expérience précise, évidente et troublante. Nous sommes alors certains de reconnaître l’endroit; nous pouvons même décrire à l’avance des coins que nous visiterons dans l’instant qui suit; quant à la personne que nous reconnais-sons, nous lui demandons si nous ne l’avons pas rencontrée à tel endroit, à telle occasion. Il faut se rendre à l’évidence: la personne comme le lieu n’étaient pas connus auparavant.

a/ Explication rassurante

De la fausse reconnaissance, le déjà vu. Mêmes fantaisies neurologiques pour l’explication rationnelle.

b/ Souvenir d’une vie antérieure.

Possible mais rare. On reconnaît la vibration mais pas le détail. L’endroit aurait tout de même un peu changé en un siècle ou plus ! La personne aurait aussi changé. Nous pouvons faire les mêmes remarques que pour le déjà vu.

c/ Explication sérieuse

1. On a rêvé au futur et vécu la scène à l’avance (rêve prémonitoire).

2. On a rêvé dans le physique subtil ; on a donc visité presque physiquement le lieu. Pour la personne, on l’a vraiment rencontrée dans le subtil. Dans ce cas, il arrive que la personne se souvienne elle aussi du rêve. J’ai pu le vérifier. Certains détails changent dans le souvenir, mais la scène et les activités, les attitudes, les paroles, tout est semblable.

Le déjà su

Les enfants prodiges ont toujours fasciné. Ils nous fascineront aujourd’hui, car ils nous livrent une preuve formelle de la réincarnation d’un “morceau” déjà construit..

Certes, on pourrait encore noyer le poisson (dans les eaux du Léthé, sans doute) en parlant, selon l’usage, de complexité neuro-corticale qui, parce que..., et refuser la simple évidence: un enfant prodige dispose des capacités d’un adulte, alors qu’aucun enfant normal ne peut seulement assimiler la centième partie des connaissances requises, alors que l’enfant prodige lui-même n’a pas eu le temps matériel d’apprendre et de maîtriser physique-ment ce qui demanderait normalement vingt années de travail acharné, alors que son milieu n’est pas toujours propice à pareil apprentissage.

Certes, certes, répliqueront les tenants du petit catéchisme: le Bon Dieu peut bien créer des génies précoces, tout de même! S’Il les crée Lui-même tels qu’ils sont, c’est qu’Il décide de tout ce qui arrive. Il crée donc, de la même manière, les innombrables bandits qu’Il attend à la sortie pour leur montrer du doigt les portes de l’Enfer. Amen.

Prenons tout d’abord l’exemple des musiciens interprètes prodiges.
Je choisirai les pianistes parce que je connais l’instrument et ses exigences. Jouer du piano n’est pas à la portée du premier venu même si tout un chacun peut enfoncer quelques touches d’un doigt raide et faire crier le piano pour exécuter (à tous les sens du terme) une mélodie populaire ou un petit air folklorique. Apprendre et interpréter les grandes œuvres du répertoire exige des capacités peu communes (une mémoire sans faille, une grande assurance en public, etc.). Certains adultes parviennent tout de même à devenir de vrais pianistes. Que dire alors d’un enfant qui joue comme un adulte à l’âge où ses pairs jouent aux billes (ou se vautrent devant les jeux vidéo), ânonnent quelques textes en classe, n’entendent même pas une œuvre classique? La plupart des enfants sont incapables d’écouter, encore moins d’apprécier, le grand répertoire musical. Les enfants ne peuvent rester attentifs plus de dix minutes... et certaines sonates durent bien plus longtemps. La plupart des enfants sont incapables de s’astreindre à un entraînement sérieux, qui les priverait de leurs jeux d’enfants.

Quant à retenir de mémoire d’innombrables pages de musique... Quant à jouer avec un orchestre! L’égocentrisme naturel d’un enfant ne peut lui permettre le jeu avec un groupe constitué... Pensons que ces prodiges ont joué en public (véritable récital ou concert et non exhibition devant un parterre de parents complaisants) à l’âge de six ou sept ans.

Laissons pour le moment les interprètes et regardons du côté des compositeurs.

On ne parle pas souvent de l’enfant prodige que fut Gioacchino Rossini (1792-1868). Pourtant...

À 11 ans, il est corniste; de plus, il chante et accompagne au piano à vue. À 12 ans, il est déjà l’auteur de Six sonates pour instruments à cordes.

Il compose à 14 ans son premier opéra (Demetrio et Polibio ). Il présente avec succès des opéras bouffes à Venise. Ce qu’il a écrit à 12 ans vaut ce que ses confrères moins célèbres aujourd’hui écrivaient une fois compositeurs accomplis.

Oublierait-on Camille Saint-Saëns (1835-1921)? Le musicien réincarné poussait très fortement. Malgré une maladie des poumons qui l’affaiblit, l’enfant décide, à deux ans et demi, d’apprendre le piano.

Il assimile en quelques mois la technique du piano que lui enseigne une célèbre virtuose, Camille-Marie Stamaty. Il commence à jouer en public dès l’âge de 5 ans.

Il triomphe, le 6 mai 1846, à la salle Pleyel, à Paris. Il n’a que 11 ans. Il est remarqué et joue à la cour.

On a aussi retenu qu’il était doué d’une mémoire musicale prodigieuse et d’une culture hallucinante. Liszt sera émerveillé par sa technique. Liszt n’était pas le premier venu... Wagner (un autre “super-grand”) s’extasie de la manière dont Camille Saint-Saëns déchiffre la partition de Tristan. Déchiffrer une partition d’orchestre représente un exploit que peu de pianistes adultes peuvent accomplir.

On ne peut passer sous silence le plus célèbre des compositeurs prodiges: Mozart. On a tout dit, tout écrit sur lui. Wolfgang Amadeus Chrysosthomus Mozart est né en 1756 et il est mort en 1791. Ses premières compositions (écoutables) datent de 1762. Il était déjà connu comme interprète et faisait des tournées d’enfant prodige. Ce qu’il compose à 12 ans écrase déjà ses contemporains adultes. Déjà, à huit ans, il avait composé une symphonie comparable en qualité d’écriture à tout ce qu’on connaissait à son époque, c’est-à-dire qu’il égalait ses confrères... adultes. Il les dépassera bientôt. On a vite fait de dire que, grâce à son père compositeur et chef d’orchestre, le jeune prodige n’eut qu’à se servir et être servi... D’autres génies eurent des enfants (Mozart lui-même, Schumann, Liszt, Wagner, etc.) et ils ne furent pas des enfants prodiges.

Abandonnons le royaume de la musique pour passer au domaine de l’intelligence pure et voyons la manifestation du réincarné qu’était Jean-François Champollion (1790-1832), contemporain de Rossini.

Je citerai simplement les “impossibilités” en me servant de l’ouvrage de référence intitulé Champollion .

“François assimila avec avidité les premières notions de latin et de grec, faisant d’étonnants progrès dans la lecture de ces langues dont le sens semblait lui sauter aux yeux. Il aurait ardemment souhaité se perfectionner en dessin, mais aucun professeur n’était à portée, ce qui le plongeait dans de vrais accès de mélancolie, accès qui devinrent plus nombreux à partir de l’automne 1799.”

Champollion était né le 23 décembre 1790, vers deux heures du matin. Ce qui signifie qu’il n’avait pas encore 9 ans quand il découvrait avec avidité le grec et le latin dont le sens semblait lui sauter aux yeux. De plus, il voulait faire du dessin: la photographie n’existait pas encore; un futur archéologue devait savoir dessiner. Quand on parle de dessin, on ne parle pas des gribouillis d’enfant.

“Les jeux des enfants de son âge, il ne les partageait plus depuis longtemps, lui qui en fait de divertissement ne lisait qu’Homère et Virgile [...] dans le texte original. Il en récitait de longs passages par cœur.

“Il eut la permission tout à fait exceptionnelle d’apprendre dans les règles avec l’abbé Dussert l’hébreu qu’il s’était efforcé jusque-là de travailler seul — cela se passait en 1801; il venait donc d’avoir onze ans.”

“L’école n’était pas négligée pour autant: “Je suis très content de Monsieur Champollion junior”, écrivait l’abbé Dussert à Figeac qui finit par autoriser son frère à apprendre, en plus de l’hébreu, trois autres langues sémitiques: d’abord l’arabe, puis le syriaque et le chaldéen.”

Terminons cette brève démonstration en rappelant que Champollion était, à 19 ans, docteur ès lettres, secrétaire de la faculté des lettres, professeur d’histoire ancienne. “Ce n’est que...” dira-t-on encore.
Champollion avait un rival plus âgé, et quel rival! Thomas Young (1773-1829). Young essaya vainement de traduire la fameuse pierre de rosette, honneur qui reviendra à Champollion.

Ce qui retiendra notre attention: à 14 ans, Young connaissait le grec, le latin, le français, l’italien, l’hébreu, l’araméen, le syriaque, l’arabe, le persan, le turc, l’éthiopien et, bien entendu, sa langue maternelle, l’anglais. Complexité neuro-corticale ou réincarnation d’un “morceau” déjà construit?

Il fut plus tard l’auteur de la théorie de la propagation ondulatoire de la lumière; il fut connu comme médecin, grâce à ses découvertes sur les propriétés du cristallin et le mécanisme de l’accommodation.

On dira encore que le cerveau humain... En s’incarnant, Young, comme Champollion, avaient annexé le bagage tout prêt qui leur serait nécessaire pour leur mission.

Avant d’être dans Champollion ou dans X et Y, le savant était déjà formé. Le “savant” (pas l’homme) s’était réincarné, avec son intelligence et son savoir d’adulte accompli; si c’était un savant tout entier, le jeune prodige se serait souvenu de ce qu’il était. Les enfants prodiges ne sont pas brillants dans tous les domaines du savoir, mais dans un domaine, aussi vaste soit-il, celui d’une mission particulière, celui qui fut maîtrisé par un seul homme dans une vie précédente.

Thérapie

On parle de plus en plus de thérapie par la régression, la réactivation de souvenirs d’une incarnation précédente. Il est à regretter qu’on n’ait pas souvent pensé à utiliser les souvenirs positifs, les réalisations précédentes, les illuminations antérieures, pour épanouir un patient.

Généralement, le thérapeute utilise des techniques apparentées à la sophrologie. Le patient est donc plus ou moins en train de rêver. Les résultats sont assez probants pour que, statistiquement, on puisse parler de succès.

Ce qui nous intéresse n’est pas le travail thérapeutique en soi, mais ce qui est en cause.

Dans bien des cas, le patient rêve, tout simplement et ses fantasmes sont réactivés, mis en scène comme dans un rêve nocturne. C’est une psychanalyse en accéléré, ce qui n’infirme nullement le résultat, mais ne confirme en rien le souvenir d’une vie antérieure. Il n’est nul besoin de faire appel à la réincarnation. Le patient reste lui-même, avec sa vie actuelle et son monde intérieur que le thérapeute remet en ordre.

Dans d’autres cas, il s’agit réellement d’un élément de l’agrégat venu d’ailleurs. C’est un morceau introduit dans l’agrégat au moment de l’incarnation. Ce morceau peut appartenir (fait exceptionnel) à l’individu lui-même ou (plus généralement) à n’importe qui. C’est un morceau d’être (une subpersonnalité) ramassée en descendant dans un corps. Ce morceau a réellement vécu une autre incarnation. Le succès est là, puisque ce morceau est corrigé. Cette guérison d’un symptôme désagréable ou traumatisant prouve que quelque chose s’est réincarné, mais l’erreur consisterait dans le fait de prétendre que c’est CE patient qui a déjà vécu l’événement ancien.

Enfin (ce qui peut arriver lorsque le patient est naturellement sans protection personnelle — capacités médiumniques par exemple), une entité peut profiter de l’état de passivité pour s’introduire dans l’être et créer “le souvenir”. Le résultat risque de ne pas être très probant, mais le patient est alors persuadé d’avoir revécu une vie précédente tant le scénario était intensément mis en scène. Si le thérapeute est préparé (ce qui est rarement le cas, puisqu’il sera formé académiquement, universitairement seulement), l’entité pourra être expulsée ou mieux détruite, mais cela demande des connaissances d’exorciste. Nous n’irons pas plus loin.
Les enfants qui se souviennent.

Dans leurs ouvrages, le suédois Sture Lönnerstrand et surtout l’américain Ian Stevenson ont démontré au-delà de tout doute que “quelque chose” se réincarne. Un enfant raconte sa dernière vie, dans tous ses détails, sans rien oublier.

Il s’agit bien d’une réincarnation, mais d’un “morceau”, généralement vital (plan des sentiments et des émotions), non détruit, non dissout par la mort. Ce morceau n’est en rien la personne complète, mais une portion de l’ancien agrégat. Le psychique n’a aucun souvenir de ce genre. Connaître la couleur du vêtement de quelqu’un ou l’adresse, le nom des enfants, etc., n’est en rien spirituel. Les souvenirs psychiques sont d’un autre ordre. Il n’empêche que la preuve est fournie. C’est une démonstration phénoménologique: on décrit ce qu’on voit. L’interprétation est peut-être hâtive: on conclut trop vite que A est devenu B.

Résumé

La réincarnation est un fait mais, en quelque sorte, elle se mérite. Adeptes et adversaires de la philosophie réincarnationiste ont donc raison en même temps: ils ne parlent pas du même phénomène. Il fallait d’abord définir les termes et raffiner les expériences.

Le retour dans un nouveau corps est une grande expérience, et le souvenir d’une ou plusieurs incarnations préalables est une aventure éblouissante, mais encore faut-il ne pas se perdre en chemin: des clés sont nécessaires.

En effet, ce n’est pas M. Dupont qui devient, dans la vie suivante, M. Durand. L’être incarné est en réalité constitué de plusieurs “morceaux” plus ou moins autonomes dans leurs incarnations, et certains ne sont formés qu’à partir de la naissance. Ce qui explique les régressions, les thérapies basées sur les réminiscences, les talents innés, le karma et le destin particulier.

Tout comme en Inde aujourd’hui, tout comme les Grecs de l’Antiquité, les premiers Chrétiens “croyaient” à la réincarnation; c’était pour eux une évidence. L’Occident retrouve peu à peu ses racines réincarnationistes.

Conclusion

Tout n’a pas été créé au point de départ par un dictateur; bien au contraire, tout évolue, mais ces transformations n’auraient aucun sens si chacun des êtres n’était qu’une feuille éphémère qui tombe d’un arbre pour se perdre dans l’humus. Il faudrait alors accepter la terrible profession de foi des athées: tout se termine à la mort, après avoir commencé par hasard à la conception.

D’un point de vue extérieur (le phénomène visible, si l’on peut tolérer pareil pléonasme), les êtres naissent et meurent tandis que l’espèce évolue lentement, méprisant les innombrables individus qui meurent sans avoir pris conscience de leur participation involontaire à l’Évolution... qui profitera peut-être à un lointain descendant. Le phénomène cache un noumène, mais un noumène descendu des sphères de l’abstraction pour s’incarner dans la réalité; ce noumène est l’essence, le ressort intime de l’Évolution. C’est un être vivant, immortel, transcendant la mort visible.

Tout ce que le profane connaît de lui-même s’effrite après la mort du corps, mais sa raison d’être demeure, comme le phénix renaissant de ses cendres. Vie après vie se construit un être vraiment “à l’image de Dieu”, un dieu de lumière, qui dirige le destin de celui qui le porte sans le savoir, à moins de passer par la porte étroite.

La réincarnation du psychique est un fait d’ordre cosmique, inéluctable, mais le profane est à jamais inconscient de la présence divine en lui; tout se passe comme si le psychique n’était pas incarné. Le profane ne se réincarne pas; seuls quelques éléments le peuvent (et pas toujours dans des êtres humains).

Les religions populaires occidentales ont raison quand elles affirment: la réincarnation est une illusion; oui, pour leurs fidèles à jamais profanes. Elles devraient se faire discrètes et encourager l’enseignement pour ceux et celles qui peuvent le porter et montrer la voie qui conduit à cette porte et permet de la franchir.
Il est offert à chacun d’être immortel en se “dépouillant du vieil homme”; en s’unissant à ce dieu, chacun peut devenir “un élu”. C’est possible, puisque des milliers l’ont fait. Encore faut-il le désirer.

Si l’appel est sincère, il est entendu, et ce dieu caché organise aussitôt les événements pour que le chercheur de Vérité puisse recevoir l’aide nécessaire. Tout lui arrivera “par hasard”; il saura et il pourra.

Le chercheur de Vérité se découvrira et découvrira le dieu en lui. Il pourra méditer alors sur la belle formule initiatique:

“Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux”.
__________________

Claude-Gérard Sarrazin a publié depuis 1958 près de cinquante ouvrages sur des sujets divers; cependant, tous convergent vers l’éveil et l’élargissement de la conscience. Pour en savoir plus sur la réincarnation, lire "L’expérience de la réincarnation" aux éditions du Rocher.



:aureole7:
Le Mal triomphe par l'inaction des gens de bien. E Burke

L'expérience de chacun est la richesse de tous.

#166 david972

david972

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Posté 07 décembre 2009 à 21:19

La Bible enseigne qu’après la mort aucune partie invisible ne subsiste pour se réincarner. L’âme est la personne elle-même. Ainsi, vous pouvez lire dans la Bible qu’après que le premier homme a été créé, il fut appelé une “âme”. Quand il est mort, cette “âme” est arrivée à sa fin, comme Dieu l’avait dit: “À la sueur de ton visage tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol, car c’est de lui que tu as été pris. Car tu es poussière et tu retourneras à la poussière.” Ailleurs, la Bible montre à maintes reprises que l’“âme” humaine meurt. — Genèse 2:7; 3:19; Josué 10:32; Ézéchiel 18:4; Jacques 5:20; Révélation 16:3.

Songez à ce que cela signifie : avant que Dieu l’ait créé à partir de la poussière, Adam n’existait pas. Après sa mort, il est retourné au même état de non-existence.

Pour dire les choses simplement, la Bible enseigne que la mort est le contraire de la vie. En Ecclésiaste 9:5, 10, nous lisons : “ Les vivants savent qu’ils mourront ; mais les morts, eux, ne savent rien, et ils n’ont plus de salaire, car leur souvenir est bel et bien oublié. Tout ce que ta main trouve à faire, fais-le avec ta force, car il n’y a ni œuvre, ni plan, ni connaissance, ni sagesse dans le shéol, le lieu où tu vas. ”
Cela signifie que les morts sont incapables de faire ou de ressentir quoi que ce soit. Ils n’ont plus aucune pensée ni aucun souvenir. Le psalmiste fait remarquer : “ Ne placez pas votre confiance dans les nobles, ni dans le fils de l’homme tiré du sol, à qui n’appartient pas le salut. Son esprit sort, il retourne à son sol ; en ce jour-là périssent ses pensées. ” — Psaume 146:3, 4.

La Bible montre clairement qu’à la mort l’âme ne transmigre pas dans un autre corps mais qu’elle meurt. “ L’âme qui pèche — c’est elle qui mourra ”, affirme-t-elle sans équivoque (Ézékiel 18:4, 20 ; Actes 3:23 ; Révélation 16:3). Ainsi, la doctrine de l’immortalité de l’âme — le fondement même de la théorie de la réincarnation — ne s’appuie pas sur les Écritures. Sans ce fondement, l’idée de la réincarnation s’écroule d’elle-même.

Ce message a été modifié par david972 - 07 décembre 2009 à 21:20.


#167 MecKisé

MecKisé

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Posté 07 décembre 2009 à 21:41

Voir le messagedavid972, le 07 décembre 2009 à 21:19, dit :

La Bible enseigne qu’après la mort aucune partie invisible ne subsiste pour se réincarner. L’âme est la personne elle-même. Ainsi, vous pouvez lire dans la Bible qu’après que le premier homme a été créé, il fut appelé une “âme”. Quand il est mort, cette “âme” est arrivée à sa fin, comme Dieu l’avait dit: “À la sueur de ton visage tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol, car c’est de lui que tu as été pris. Car tu es poussière et tu retourneras à la poussière.” Ailleurs, la Bible montre à maintes reprises que l’“âme” humaine meurt. — Genèse 2:7; 3:19; Josué 10:32; Ézéchiel 18:4; Jacques 5:20; Révélation 16:3.

Songez à ce que cela signifie : avant que Dieu l’ait créé à partir de la poussière, Adam n’existait pas. Après sa mort, il est retourné au même état de non-existence.

Pour dire les choses simplement, la Bible enseigne que la mort est le contraire de la vie. En Ecclésiaste 9:5, 10, nous lisons : “ Les vivants savent qu’ils mourront ; mais les morts, eux, ne savent rien, et ils n’ont plus de salaire, car leur souvenir est bel et bien oublié. Tout ce que ta main trouve à faire, fais-le avec ta force, car il n’y a ni œuvre, ni plan, ni connaissance, ni sagesse dans le shéol, le lieu où tu vas. ”
Cela signifie que les morts sont incapables de faire ou de ressentir quoi que ce soit. Ils n’ont plus aucune pensée ni aucun souvenir. Le psalmiste fait remarquer : “ Ne placez pas votre confiance dans les nobles, ni dans le fils de l’homme tiré du sol, à qui n’appartient pas le salut. Son esprit sort, il retourne à son sol ; en ce jour-là périssent ses pensées. ” — Psaume 146:3, 4.

La Bible montre clairement qu’à la mort l’âme ne transmigre pas dans un autre corps mais qu’elle meurt. “ L’âme qui pèche — c’est elle qui mourra ”, affirme-t-elle sans équivoque (Ézékiel 18:4, 20 ; Actes 3:23 ; Révélation 16:3). Ainsi, la doctrine de l’immortalité de l’âme — le fondement même de la théorie de la réincarnation — ne s’appuie pas sur les Écritures. Sans ce fondement, l’idée de la réincarnation s’écroule d’elle-même.



Héhé bas en voila un homme qui dit pas de la merde.

  Je dis pour ma part que l'âme est le corps, parce que la personne ça me parait ambigüe. Quoique c'est pas faux non plus dans ma vision des choses.

  D'ailleurs les citations sont sympathiques car elles ramènent à la question ,qui nait ? qui meurt ? l'identité tout simplement.
Qui suis je?

  Cette envie de posséder une âme invisible qui persistera au delà du corps c'est tout simplement, vouloir que son individualité persiste à travers les âges, une expression de l'ego lié au mental tout simplement.
  Quand je suis en sommeil profond je ne suis ni heureux ni malheureux, je ne pense pas autrement ça ne serait pas du sommeil profond.C'est comme être mort, seul la matière se manifeste de manière automatique.
Les rêves sont justes des manifestations de l'ego+mental pour prouver son existence.
Et ensuite on se réveille et on prend son petit déjeuner. ^^

Pour revenir à la réincarnation, je dis que nos vies antérieures sont nos ancêtres et nos réincarnations nos enfants.


La prochaine fois j'interviendrai pour prouver que Dieu existe.