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L'AFSSAPS ?


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13 réponses à ce sujet

#1 petrus

petrus

    Zombie Infiltré

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Posté 26 aot 2005 à 13:17

Texte de la section « Un concurrent des anxiolytiques retiré illico »
du chapitre 6 « Gouvernement et Industrie »
du livre « Au nom de la science »
de Andew Goliszek et Thierry Souccar.



Au moment où l’AFSSAPS temporisait et passait l’éponge sur les décès du VIOX, elle prenait des mesures rapides et radicales pour protéger la santé des français assez inconscients pour préférer les plantes aux médicaments.

Le 9 janvier 2002, elle a interdit la délivrance et l’utilisation de produits de phytothérapie contenant du kava (Piper methysticum), une plante originaire des îles du sud du Pacifique, réputée pour ses propriétés anxiolytiques. L’AFSSAPS réagissait avec une rapidité insolite chez elle à des nouvelles inquiétudes venant d’Allemagne et de Suisse. Voici comment les choses étaient présentées dans son communiqué :
« L’AFFSAPS a été informée d’une trentaine de cas d’atteinte hépatique survenues en Allemagne et en Suisse chez des personnes ayant consommé des produits à base de kava. Une personne est décédée et quatre autres patients ont dû faire l’objet d’une transplantation hépatique. Selon les données disponibles, ces atteintes hépatiques sont imprévisibles et peuvent survenir après plusieurs mois de traitement. Dans certains cas, les produits à base de kava étaient utilisés de manière discontinue. »

Avant le 9 janvier 2002, le kava était de plus en plus prisé par les français à la recherche d’une alternative efficace et sûre aux benzodiazépines, les médicaments anxiolytiques consommés par plus d’un adulte sur dix dans notre pays. Les compléments à base de kava grignotaient mois après mois ce marché juteux.

Ni avant ni après sa décision du 9 janvier l’AFSSAPS n’a jugé utile d’enquêter sur les trente accidents rapportés par les autorités sanitaires allemandes et de suisses.

Voyons donc ce qu’il en était.

Dans vingt-sept cas sur trente, les malades à l’origine de l’interdiction du kava utilisaient d’autres médicaments que le kava ou abusaient de l’alcool, deux facteurs ayant pu contribuer aux problèmes hépatiques. Aux USA, l’Association américaine de phytothérapie (AHPA) a chargé un expert en toxicologie et pharmacie, le Dr Donald Waller, d’analyser l’ensemble de ces cas.

Le Dr Waller a conclu qu’il « n’existe aucue preuve claire que les cas d’atteinte hépatique rapportées aient été causées par la consommation de kava. » Il ajoute : « Le kava, lorsqu’il est consommé aux doses appropriées pendant une période raisonnable, n’est pas susceptible de provoquer des dommages au foie. Cependant, comme c’est le cas pour tout agent pharmacologiquement actif il existe toujours la possibilité d’interactions avec des médicaments, de maladies pré-existantes ou de réactions d’hypersensibilité qui peuvent exacerber la toxicité d’un tel agent. » A la suite de ce rapport, l’AHPA s’est rapproché de la FDA pour arrêter une proposition sur la sécurisation des produits à base de kava. La FDA n’a à ce jour jamais déclaré que le kava était dangereux, pas plus qu’elle n’a demandé le retrait des produits à base de kava.

Les autorités allemandes de leur côté ont comme l’AFSSAPS suspendu l’autorisation de vendre du kava en 2002. Cependant, la très officielle Commission E allemande qui évalue l’efficacité et la sécurité des plantes a commenté ainsi les décisions des agences allemande et française :
« Lorsqu’on examine les réactions en détail, il apparaît que la décision d’attribuer au kava des troubles hépatiques est dans une large mesure incompréhensible et arbitraire. De plus, dans l’évaluation à laquelle elle a procédé, l’agence allemande n’a pas pris en compte des informations pourtant disponibles, concernant d’autres causes possibles. Un exemple extrême est donné par le cas du décès : il était notoire que la cause d’insuffisance hépatique dans ce cas était due à plusieurs années d’alcoolisme, et que le kava n’était en aucune manière impliqué dans la genèse des symptômes hépatiques. L’autopsie a montré que le processus de cirrhose avait commencé bien avant la prise de kava. »

Le kava est consommé traditionnellement et semble-t-il sans aucun effet secondaire notable depuis des milliers d’années en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie. La décision de l’AFSSAPS ne s’applique d’ailleurs pas à ces territoires d’outre-mer.

La teinture de kava a été introduite en Grande-Bretagne dans les années 1850 et utilisée par de très nombreux médecins dès cette époque. Les principes actifs du kava sont connus sous le terme de kava lactones.

La plupart des cas d’hépatotoxicité ont été rapportés chez des personnes qui utilisaient des extraits secs obtenus avec de l’acétone et de l’alcool. Ces extraits diffèrent sensiblement des extraits aqueux tels qu’ils sont traditionnellement consommés en Océanie. On ne peut donc pas exclure que dans certaines circonstances les extraits de kava commercialisés en Europe et aux USA soient toxiques pour le foie, mais il est impossible de l’affirmer.

Le principe de précaution évoqué par l’AFSSAPS pour interdire une plante médicinale qui reste autorisée ailleurs prend une signification singulière à la lecture de la saga du VIOX.


L'AFFSAPS SERVIRAIT-ELLE A PROTEGER LES INTERETS FINANCIERS DE A LA PHARMACO-CHIMIE ?

Modifié par petrus, 26 aot 2005 à 13:19.


#2 petrus

petrus

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Posté 26 aot 2005 à 13:20

Section « Un concurrent des antidépresseurs baillonné »
du chapitre 6 « Gouvernement et Industrie »
du livre « Au nom de la science »
de Andew Goliszek et Thierry Souccar.



Ce n’est pas la première fois que les autorités françaises s’en prennent à une substance naturelle qui fait de l’ombre aux médicaments fabriqués par les laboratoires pharmaceutiques.

Printemps 200. Alors que les premiers signes sur la sécurité du VIOX devraient l’alarmer, l’AFSSAPS a une autre préoccupation en tête : le millepertuis. L’extrait de millepertuis (Hypericum perforatum) a le vent en poupe. De nombreux consommateurs en France et surtout en Allemagne et aux USA l’utilisaient pour soulager les dépressions légères à modérées – effets secondaires en moins. L’information fait la une des journaux et voici brusquement la petite plante aux fleurs jaune en passe de concurrencer les antidépresseurs de synthèse, consommés par un million deux-cent mille français. Un marché au bas mot de deux milliards et demi de francs [381 237 619 euros]. Mais c’est sans compter avec l’AFSSAPS.

Le 1er mars, sous le titre Risques liés à l’utilisation du millepertuis, l’agence française publie le communiqué suivant : « Le millepertuis (Hypericum perforatum ou herbe de Saint-Jean ou St John’s wort) est une plante médecinale utilisée en phytothérapie et disponible en officine. Cependant, de nombreux produits à base de millepertuis sont également commercialisés dans certains magasins de diététique, supermarchés ou accessibles sur internet ou par correspondance. Cette plante fait l’objet d’une médiatisation croissante axée sur sa possible utilisation dans des troubles de l’humeur (anxiété, dépression), sans qu’une activité thérapeutique ait pu être réellement démontrée. D’ailleurs, aucune spécialité pharmaceutique à base de millepertuis ne bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché en France. »

Selon l’AFSSAPS, non seulement le millepertuis n’a pas d’effet démontré sur la dépression, mais la plante serait dangereuse. Des chercheurs ont montré qu’elle peut nuire à l’efficacité d’un médicament immunosuppresseur, d’un antiviral prescrit contre le virus HIV, et des anticoagulants.

La sortie de l’AFSSAPS s’accompagne - coïncidence, bien sûr -, de descentes musclées de la Direction générale de la concurrence, la consommation et la répression des fraudes (DGCCRF) chez les fabricants et les distributeurs de millepertuis, procès verbaux et procès à l’appui. Dans « l’intérêt du consommateur », bien sûr. Et, accessoirement, dans celui des fabricants d’antidépresseurs de synthèse.

La presse s’empare de l’affaire et en fait ses gros titres. Le Parisien, Le Monde s’émeuvent de la consommation « sauvage » d’une plante « inutile » et « toxique ».

L’AFSSAPS oublie simplement de dire que le phénomène d’interaction médicamenteuse qui est reproché au millepertuis est retrouvé dans de nombreux aliments. Sauf à interdire aussi le jus de pamplemousse, le vin rouge ou le broccoli, il n’y a pas lieu de restreindre la diffusion de millepertuis, disent d’ailleurs en substance la plupart des agences sanitaires étrangères qui ont pris de simples mesures d’informations.

Malheureusement pour l’AFSSAPS, l’efficacité du millepertuis dans les dépressions légères à modérées est déjà bien établie au printemps 2000. En septembre, une étude du British Medical Journal enfonce le clou : Le millepertuis est aussi efficace qu’un médicament de synthèse sur ces formes de dépression. Depuis, la majorité des études publiées ont confirmé cette efficacité du millepertuis. Aucun effet secondaire grave n’est venu assombrir sa réputation.

L’AFSSAPS a d’ailleurs fini par accorder en 2002 une AMM à une spécialité à base de millepertuis.

Mais en 2005, les distributeurs français de millepertuis-complément alimentaire continuent à être traités par l’administration comme des braqueurs de banque. Saisies, vexations, procès se succèdent. L’administration n’en est d’ailleurs pas à une incohérence près. Après avoir assuré en 2000 que le millepertuis est aussi efficace que la poudre de perlimpinpin, la voilà qui soutient mordicus qu’il a bien des qualités thérapeutiques ! En décembre 2004 est paru au Journal officiel un avis selon lequel un complément alimentaire à base de millepertuis importé des USA et vendu en France par la société Solgar est en réalité « un médicament. » Explication de ce revirement : cette requalification permet de poursuivre les chefs d’entreprises pour « exercice illégal de la pharmacie », un chef d’inculpation qui devrait les décourager une fois pour toutes de vouloir débarrasser les français de leur dépendance aux antidépresseurs de synthèse fabriqués par l’industrie pharmaceutique. Et ce alors même que la Communauté européenne autorise l’utilisation de cette plante dans les denrées alimentaires et les boissons …

#3 petrus

petrus

    Zombie Infiltré

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Posté 26 aot 2005 à 13:22

Section « Un antidépresseur naturel interdit »
du chapitre 6 « Gouvernement et Industrie »
du livre « Au nom de la science »
de Andew Goliszek et Thierry Souccar.


L’un des régulateurs naturel de l’humeur, le tryptophane, est un acide aminé naturel qui donne naissance à la sérotonine, un neurotransmetteur très important pour l’équilibre de l’humeur. La plupart des antidépresseurs récents agissent en élevant le taux de sérotonine disponible pour les neurones. Là où ces médicaments interfèrent avec un processus naturel, avec le risque récemment révélé d’effets secondaires graves, le tryptophane élève directement le taux de sérotonine disponible dans les cellules nerveuses. Les études conduites à ce jour montrent que cette substance (et son métabolite, le 5-HTP) améliore les symptômes de la dépression. Il s’agit donc d’une alternative naturelle aux antidépresseurs de synthèse …

En dépit de ces promesses, ou plus vraisemblablement à cause d’elles, le L-tryptophane a été interdit en janvier 1990 en France (un arrêté du 14 mai 1991 a prolongé cette interdiction). Motif : Le L-tryptophane provoquerait un syndrome d’éosinophilie myalgie (EMS), parfois mortel.

En réalité, ces troubles étaient dus à un agent contaminant appelé pic X, entrant dans la fabrication des produits à base de L-tryptophane et non au L-tryptophane lui-même. Il faut savoir en effet que le L-tryptophane était produit quasi-exclusivement par un laboratoire japonais (Showa-Denko, à 75% du marché) ; le procédé de fabrication de ce laboratoire a d’ailleurs été mis en cause par le Centre de contrôle des maladies d’Atlanta.

Bizarrement, tout en présentant le tryptophane comme un acide aminé potentiellement dangereux, les autorités sanitaires françaises continuaient de l’autoriser dans les médicaments (à l’exception des préparations magistrales) ; les aliments pour enfants en bas âge ; les aliments hypoallergéniques pour les nourrissons ; les préparations diététiques pour nourrissons ; les mélanges nutritifs pour l’alimentation liquide spéciale !

Aujourd’hui, le tryptophane a été lavé des accusations d’éosinophilie myalgie. Mais il reste toujours interdit en France comme complément alimentaire. Sans aucune explication.

#4 Libertie

Libertie

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Posté 26 aot 2005 à 14:10

:tresfache: Pourquoi ont-ils été moins diligents en ce qui concerne les vaccins, certains anti inflamatoire...?



On peut tout de même se poser la question de leur impartialité quand il s'agit de mettre sur le marché des médicaments dangereux. Pourquoi n'ont ils pas interdit la vente de l'Hexavac? Il me semble bien plus dangereux puisqu'il a été donné comme responsable de mort subite du nourrisson;dés sa mise sur le marché! :tresfache:

Merci Petrus pour tous ces articles très interressants.
Actuellement, je suis en train de lire le livre de Philippe Pignare: le grand secret de l'industrie pharmaceutique. A lire absolument!

Modifié par Libertie, 26 aot 2005 à 14:12.

"On ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux"! Extrait du petit prince de St Exupéry.

#5 Cheminot

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Posté 26 aot 2005 à 14:30

je suis en train de lire un bouquin de chimie pharmaceutique écrit à l'intention des facs de pharma : en chimie pure, c'est presque du zéro pointé.

#6 petrus

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Posté 27 aot 2005 à 11:55

:tresfache: Pourquoi ont-ils été moins diligents en ce qui concerne les vaccins, certains anti inflamatoire...?



On peut tout de même se poser la question de leur impartialité  quand il s'agit de mettre sur le marché des médicaments dangereux. Pourquoi n'ont ils pas interdit la vente de l'Hexavac? Il me semble bien plus dangereux puisqu'il a été donné comme responsable de mort subite du nourrisson;dés sa mise sur le marché! :tresfache:

Merci Petrus pour tous ces articles très interressants.
Actuellement, je suis en train de lire le livre de Philippe Pignare: le grand secret de l'industrie pharmaceutique. A lire absolument!

Oui, chère Libertie, Thierry Souccar se contente de citer les faits sans en tirer les conclusions évidentes.

Comment s'appelle le fait d'utiliser sa fonction de gardien au sein de la société pour en tirer des profits personnels ? Corruption certainement ! Mais, il ne faut pas oublier que ces actes s'accompagnent de la mise en danger d'autrui. C'est donc à mon avis du gangtérisme qui devrait être passible des assises.

Ce livre est intéressant Libertie ? Quel est le secret de l'industrie pharmaceutique ? Que les médicaments servent à limiter la vie des gens ?



Je voudrais signaler aux personnes qui ont eu des ennuis avec le VIOX qu'elles peuvent se regrouper pour une éventuelle action collective en justice. Voici l'adresse de l'Association d'Aide Aux Victimes des Accidents par Médicaments (AAAVAM) :


AAAVAM
10, rue de la Paix
75002 PARIS

Tel : 01 41 10 87 00
Email : aaavam@wanadoo.fr


#7 sicnarfa

sicnarfa

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Posté 27 aot 2005 à 12:42

Comment s'appelle le fait d'utiliser sa fonction de gardien au sein de la société pour en tirer des profits personnels ?


Quand on utilise l'autorité que nous confére une fonction , pour en retirer des avantages personnels , je crois qu'en droit , cela s'appelle ...un abus de pouvoir.

#8 petrus

petrus

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Posté 27 aot 2005 à 14:39

Section « Des experts sous influence »
du chapitre 6 « Gouvernement et Industrie »
du livre « Au nom de la science »
de Andew Goliszek et Thierry Souccar.


Les laboratoires pharmaceutiques ne misent pas sur la présentation de leurs études pour convaincre les experts des agences sanitaires. Ils misent sur les experts eux-mêmes.

Jusqu’en 1993, les autorisations de mise sur le marché des médicaments étaient délivrées par la commission des AMM de la Direction de la pharmacie et du médicament (DPhM). Dans cette commission siégeaient vingt-trois experts titulaires et vingt-trois experts suppléans. Près de 80% d’entre eux travaillaient pour l’industrie pharmaceutique ou pour des sociétés qui conseillaient les laboratoires. En 1994, la justice s’était ainsi intéressée à la réalité des prestations de Médiconseil, une société de conseil pour l’industrie pharmaceutique dirigée par l’adjoint d’un maire d’une ville de province. Le chiffre d’affaires de cette société avait connu une progression remarquée après la nomination, à la fin des années 1980, de son directeur à la Commission d’autorisation des médicaments.

Cette situation était propice aux dérapages. Bernard Topus rapporte les circonstances de mise sur le marché en 1985 d’un vasodilatateur cérébral, l’Adlone (Exifone). Avant même d’être autorisé, ce médicament avait entraîné des dommages au foie bien documentés, pour une efficacité contestable. L’expert de la DPhM avait donc donné deux avis défavorables, mais le ministre avait préféré faire appel à un autre expert, plus complaisant. Le médicament a donc reçu son autorisation de mise sur le marché avant que son AMM soit suspendue quelques années plus tard suite à 82 cas d’hépatites dont un mortel.

Ces affaires, mais aussi celle du sang contaminé, ont conduit à la création en 1993 de l’Agence du médicament. Celle-ci avait pour objectif de « garantir l’indépendance, la compétence scientifique, le bon fonctionnement des études et des contrôles en ce qui concerne la fabrication, les essais, les propriétés thérapeutiques et l’usage des médicaments ». Des objectifs que l’Agence du médicament devait concilier avec celui de « contribuer au développement de la recherche pharmaceutique et des activités industrielles ». Un exercice délicat.

Aussi, en 1995, après les remous suscités par l’affaire du sang contaminé, le directeur de l’époque, Didier Tabuteau, décide la mise en place des déclarations d’intérêts pour que l’agence soit à la fois « d’un très haut niveau scientifique et absolument irréprochable ».

Concrètement, les experts siégeant à l’Agence du médicament devaient dans une déclaration sur l’honneur déclarer leurs liens directs ou indirects avec des organismes, des entreprises, des établissements, des sociétés de conseil dont l’activité entrait dans le domaine de compétence de l’agence. Cette initiative sera reprise par l’AFSSAPS.

La décision de Didier Tabuteau est un bon point pour la transparence. Mais a-t-elle fait disparaître les risques de dérapages ?
« Lorsque l’on prend connaissance des déclarations d’intérêt faites par les personnes siégeant dans les commités scientifiques de l’Agence du médicament, on reste rêveur », analyse dans Santé, mensonges et propagande maître Isabelle Robard, spécialiste du droit de la santé : « Par exemple, la lecture du rapport de 1996 fait apparaître que onze personnes sur les vingt-cinq siégeant au conseil d’administration de l’Agence du médicament déclaraient des intérêts, tandis qu’au conseil scientifique de l’agence, pourtant chargé de veiller « à la cohérence de la politique scientifique de l’agence », c’est le cas de vingt-deux personnes sur vingt-sept. (…) Sur quatre cent dix-sept personnes présentes dans les commissions spécialisées rattachées à l’Agence du médicament, plus de tris cent avaient des intérêts dans les laboratoires pharmaceutiques les plus divers ! » L’année précédante, sur les cinquante-six membres de la Commission d’AMM, celle qui est chargée de délivrer les autorisations aux médicaments candidats, suels cinq experts ne déclaraient aucun lien (ce qui ne signifie pas qu’ils n’en ont pas !). A lui seul, le laboratoire français Rhône Poulenc peut compter sur seize « représentants. » En 1997, soixante-six des soixante-dix-huit membres de cette commission d’AMM déclarent des liens financiers avec l’industrie.

Ce qui devait conduire, en 1998, la Cour de comptes à relever, dans son rapport annuel au parlement, que « le nombre élevé de liens avec l’industrie pharmaceutique reconnus par les membres des commissions conduit nécessairement à poser la question de leur neutralité ».

A sa création en 1998, l’AFSSAPS reprend le principe des déclarations d’intérê instauré par Didier Tabuteau, un rapport de 1997 ayant précisément fait état de la « crainte qu’il puisse y avoir interférences entre les considérations économiques et d’ordre sanitaire ».

Quelle est la situation depuis ? En 2003, relevait-on dans Santé, mensonges et propagande, sur les six cent soixante-cinq personnes siégeant dans les diverses commissions ou au conseil d’administration de l’AFSSAPS, quatre cent quinze (c’est à dire 62,4%) déclarent un lien avec l’industrie. Seules deux cent sept (31,1%) ne déclarent aucun lien, sous réserve que leur mémoire ne leur joue pas des tours !

Et il y a en effet de quoi s’inquiéter pour leur mémoire. Dans un rapport récent, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) stigmatise le comportement de l’AFSSAPS dans la mesure où « l’agence ne s’assure pas que tous les experts ont rempli leur déclaration. […] S’agissant des experts sollicités dans le cadre de l’instruction des dossiers d’AMM [autorisation de mise sur le marché], cette part atteint 48%. »

Qu’il y ait un problème d’expertise à l’AFSSAPS n’est un secret pour personne. « Nous avons un problème d’attractivité pour trouver les experts », disait le 20 décembre 2004, dans Le Monde, Emmanuelle Wargon, adjointe à la direction générale de l’AFSSAPS, après retrait du VIOXX. Il est vrai qu’ils ne reçoivent pas de rémunération. Mais pourquoi ne pas instaurer justement une rétribution ? L’agence en a les moyens. Et pourquoi l’AFSSAPS ne fait-elle pas plus souvent appel à l’avis de chercheurs étrangers ?

Modifié par petrus, 27 aot 2005 à 15:15.


#9 petrus

petrus

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Posté 27 aot 2005 à 14:42

Comment s'appelle le fait d'utiliser sa fonction de gardien au sein de la société pour en tirer des profits personnels ?


Quand on utilise l'autorité que nous confére une fonction , pour en retirer des avantages personnels , je crois qu'en droit , cela s'appelle ...un abus de pouvoir.


Abus de pouvoir par tromperie, (petit abus ? Pas sûr car il s'agit des responsables de la situation sanitaire)
quitte à mettre leur santé et leur vie en danger, (très grave : guillotine :malice: )
pour enrichissement personnel. (grave : goudron et plumes)

#10 petrus

petrus

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Posté 27 aot 2005 à 14:48

Section « Une agence sous influence »
du chapitre 6 « Gouvernement et Industrie »
du livre « Au nom de la science »
de Andew Goliszek et Thierry Souccar.


Dans un article bien documenté du 17 janvier 2005, l’Express revient sur la catastrophe du VIOXX. Avec un regard critique sur le système de santé américain : « C’est l’ensemble du système de santé américain qui vacille. En l’espace de quelques semaines, on apprend que (…) la FDA est financée à 70% par des groupes pharmaceutiques et non par des fonds fédéraux. »

Mais le journal ne dit rien de la situation budgétaire de l’AFSSAPS. Dommage. Peut-être pense-t-il naïvement que, contrairement à la FDA, l’AFSSAPS fonctionne essentiellement avec des fonds publics, ce qui garantirait son indépendance. Mais c’est faux.

Les subventions de l’état sont très minoritaires dans le financement de l’agence française puisqu’elles ne représentent pas plus d’un tiers de son budget. Comme aux USA, donc, l’AFSSAPS est financée à peu près de 70% par les groupes pharmaceutiques, et cette tendance n’a cessé de s’amplifier depuis sa création. La loi de finances 2004 a d’ailleurs encore renforcé le dispositif de taxes et redevances payées par l’industrie à l’AFSSAPS.

Par exemple, pour déposer une demande d’AMM contenant un nouveau principe actif, les laboratoires doivent passer à la caisse. La taxe a été fixée à 25 000 euros en 2004 (+ 10%). En 2005, elle devrait rapporter plus de 22 millions d’euros à l’AFSSAPS.

L’AFSSAPS perçoit aussi une taxe sur les médicaments et produits qui ont déjà une AMM, lorsque leur chiffre d'’ffaire est supérieur à 1,5 millions d'’euros, en fonction d'un seuil d’imposition et d’un plafond. En 2004, le seuil d’imposition a été éliminé, le montant du plafond relevé de 3050 à 17 000 euros. Quatre tranches additionnelles de taxation ont été crées, la dernière s’appliquant aux chiffres d’affaire supérieurs à 30 millions d’euros. En 2004, cette taxe a rapporté à l’AFSSAPS 16 millions d’euros, contre 9,4 millions d’euros en 2002.

L’AFSSAPS perçoit une redevance sur tout dossier de demande d’inscription d’un médicament sur la liste des spécialités remboursables. En 2004, une taxe spécifique a été instaurée sur les demandes de renouvellements d’inscriptions.

L’AFSSAPS bénéficie également d’une taxe sur le chiffre d’affaires des dispositifs médicaux. Le taux de cette taxe est passé de 0,15 à 0,28% entre 2001 et 2004.

Au moment de la création de l’agence, il avait été prévu que la part des subventions ne serait pas inférieure à 40%. Ce n’est plus le cas. En novembre 2000, la Commission des affaires sociales du Sénat s’était d’ailleurs publiquement inquiété « des conséquences que pourrait avoir un désengagement financier de l’état sur l’indépendance de l’agence ».

L’AFSSAPS, financée majoritairement par les laboratoires, peut aussi accorder des subventions. La Cour des comptes indique que « les critères d’attribution des subventions sont imprécis, engendrant des interrogations, comme le montre la longueur des débats au sein du Conseil d’administration ». La cour précise aussi, à propos de ces collaborations avec l’extérieur, que des précisions devront être apportées dans les règlements intérieurs pour « mettre fin aux incertitudes actuelles ».

Dans Santé, Mensonges et Propagande, nous écrivions, avec Isabelle Robard : « Le fait au sein de l’AFSSAPS de percevoir d’un côté des redevances pour la mise sur le marché des médicaments et de l’autre d’être censé exercer un pouvoir de contrôle et de police sur ceux-là même à qui on a accordé les autorisations, peut troubler l’esprit. Bref, éclaircir la situation à ce sujet, c’est peut-être le moins que l’on puisse faire car si d’un côté, l’institution elle-même ne respecte pas les règles éthiques, susceptibles d’ailleurs d’entraîner sa responsabilité, elle est en bien mauvaise posture pour montrer l’exemple … D’ailleurs, il serait souhaitable que l’agence elle-même publie une déclaration d’intérêts mentionnant tous ses liens et partenariats avec l’extérieur. Bien sûr, cette déclaration devrait figurer noir sur blanc dans ses rapports d’activité. »

Ce qui est frappant, c’est que, confrontée à un risque sanitaire, l’AFSSAPS n’agit pas de la même manière selon qu’elle a face à elle un médicament fabriqué par les laboratoires pharmaceutiques ou une substance naturelle qui leur échappe. Elle fait preuve, dans ce dernier cas, d’un zèle tout particulier.

Modifié par petrus, 27 aot 2005 à 15:14.


#11 Maximus

Maximus

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Posté 01 septembre 2005 à 23:05

pour info : thierry soucar et une autre journaliste parle aussi de ce probmème dans leur livre :"santé, mensonges et propagandes"

#12 Fleur de Diamant

Fleur de Diamant

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Posté 30 janvier 2011 à 14:28

L'affsaps ne serait plus financée par les labos ???
Ce que tu donnes est à toi, mais ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse.

Mon lien

#13 benzo

benzo

Posté 22 septembre 2011 à 22:41

L'afssaps n'est qu'une vaste escroquerie de plus....

http://afssaps.wordpress.com/

#14 benzo

benzo

Posté 22 septembre 2011 à 22:52


Au moment où l'AFSSAPS temporisait et passait l'éponge sur les décès du VIOX, elle prenait des mesures rapides et radicales pour protéger la santé des français assez inconscients pour préférer les plantes aux médicaments.


La responsabilité du gouvernement dans la non dénonciation de cette assassinat massif avec le vioxx et le celebrex a été dénoncé par le professeur Even

http://catavioxx.wordpress.com

Cependant rien ne bouge en France.
Pire : le celebrex ne semble toujours pas retiré du marché et une nouvelle coxib est sortie en 2010...

Modifié par benzo, 22 septembre 2011 à 22:57.