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Canada AFGAN Pipeline inc.


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2 réponses dans ce topic

#1 KeBeK

KeBeK

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Posté 27 septembre 2005 à 07:10

Contre la guerre canadienne pour le Trans-Afghan Pipeline !

Citation

Êtes-vous prêt à tout pour défendre les intérêts d'une poignée de décideurs, dont notre ex-Premier Ministre Monsieur Jean Chrétien, devenu conseiller pour plusieurs firmes impliquées dans le projet de construction et d'exploitation de pipelines en Afghanistan?

Nos dirigeants n'étaient peut-être pas intéressés comme le clan Bush-Cheney aux États-Unis à partir en guerre pour le pétrole en Irak... mais pour le pipeline en Afghanistan, il semble que ce soit une toute autre histoire... L'histoire d'une Liberal Party Connection mettant en vedette Jean Chrétien, Bennett Jones, Hennan Blaikie, PetroKasakhstan, Buried Hill et cie... L'histoire d'un conflit d'intérêt qui pourrait bien nous jeter dans un enfer dont, ironiquement, nos forces armées sont payées pour nous mettre à l'abri.

Déjà, en novembre 2002, le lieutenant-colonel Pat Stogran reconnaissait que " Nous avons participé à trois opérations offensives à grande échelle mettant à contribution une force de la taille d'un bataillon à la poursuite d'Al-Qaida". Il ne faut donc pas s'étonner si, selon Jim Dudd, directeur du service canadien du renseignement de sécurité, "le Canada a été carrément mentionné par Oussama Ben Laden comme figurant parmi les « cibles désignées » des actes terroristes en raison de notre rôle en Afghanistan dans la foulée du 11 septembre. Le Canada a été cité deux fois par Al-Qaïda comme cible d'attentats terroristes". Le fait que le Canada s'apprête maintenant à renforcer son contingent en envoyant 1400 soldats supplémentaires et se prépare à effectuer de nouvelles missions à haut risque au sud de l'Afghanistan, officiellement pour aider les afghans et pour assurer notre sécurité, défie l'entendement.

Pour ce qui est des intentions altruistes, la démarche est plutôt boiteuse: Si la préoccupation première des maîtres à penser de l'occupation avait été de défendre les populations civiles, les droits et libertés et la condition des femmes en Afghanistan, dans un premier temps après le 11 septembre, les dirigeants américains n'auraient pas armés l'Alliance du Nord, un regroupement de bandes ultra-sanguinaires en faveur de la sharia, pour évincer les Talibans - qui, faut-il le rappeler, avaient eux-même été armé par la C.I.A - et l'O.N.U ne les aurait pas ensuite poussé, lors de la conférence de Bonn, dans le gouvernement intérimaire afghan pour entourer le président Hamid Karzai, une marionnette charismatique ayant déjà travaillé, selon plusieurs sources, chez Unocal, un empire américain du pétrole...

Et pour ce qui est d'assurer notre sécurité, la vérité est que cette opération risque bien d'entraîner tout à fait l'effet contraire... Disons-le franchement, on attire les foudres du terrorisme et des citoyens canadiens risquent de payer de leurs vie pour protéger les intérêts de crétins qui se balladent en limousine blindée autour du 24 Sussex.

Sachez qu'en septembre 2004, notre ex-Premier Ministre Jean Chrétien, devenu à la fois conseiller aux relations internationales pour PetroKazakhstan, une firme basée à Calgary*, ainsi que conseiller pour deux cabinets d'avocats spécialisés dans le secteur du pétrole et du gaz, soit Bennett Jones et Hennan Blaikie, a participé à une délégation canadienne au Turkmenistan, aux cotés des magnats canadiens de l'industrie tel que Roger Heines, président de Buried Hill, pour des négociations concernant le Trans-Afghan Pipeline. Ce pipeline devrait traverser l’Afghanistan et approvisionner le Pakistan - et possiblement l'Inde - en gaz provenant du Turkmenistan, un pays soumis à la dictature du président Saparmurat Niyazov, dénoncé par la communauté internationale pour ses arrestations arbitraires. Le Trans-Afghan Pipeline devrait croiser la ville de Kandahar, en Afghanistan, justement là où se concentreront les troupes additionnelles de l'armée canadienne.

Bien sûr, on sait bien qu'entre Jean Chrétien et certains membres du nouveau caucus libéral, ce n'est pas la plus grande histoire d'amour. Toutefois, il est probablement possible de vérifier dans ce cas-ci l'expression "Money talk"... En consultant le tableau des contributions corporatives faites aux Parti Libéral, on constate que Bennett Jones se situe régulièrement dans le top 10 (troisième en 2003) . D'ailleurs la Liberal Party of Canada-Bennett Jones-connection, ne compte pas seulement sur Jean Chrétien comme intermédiaire. Chacun peut également compter sur les services de Benjamin J.Hurtzel, directeur de la Federal Liberal Agency, le comité de surveillance des finances du Parti Libéral du Canada et présenté avec fierté en tant que partenaire chez Bennett Jones. Quant à elle, la Liberal Party-Heenan Blaikie-connexion n'est pas en reste en terme de bon contact. Après avoir co-fondé Heenan Blaikie, Donald J.Johnston, aujourd'hui secrétaire général de l'O.C.D.E, a été au sein du cabinet Libéral successivement Président du conseil du trésor, Ministre d'État chargé du développement économique et régional, Ministre chargé des sciences et de la technologie, Ministre de la justice et Procureur général du Canada. Après avoir claqué, en 1988, la porte du Parti (à qui il critiquait de ne pas de ne pas appuyer l’accord de libre-échange), il fut néanmoins élu président du parti en 1990, poste qu'il conserva jusqu'en 1993. Alors, il ne faut pas se surprendre si les intérêts de ces entreprises et ceux du Parti Libéral, tel que manifestés par l'engagement militaire de ces derniers, convergent.

Toute cette convergence d'intérêts, qui pourrait bien compromettre gravement notre sécurité, fait qu'il est légitime de soupçonner que cette opération des forces armées canadienne vise avant tout, non pas à protéger les populations afghanes, encore moins à nous protéger, mais bien à prendre le contrôle de territoires stratégiques afin de mieux protéger les futurs pipelines... et ça va faire bientôt 4 ans qu'on force notre chance à laisser frimer cette sinistre bande de parvenus-à-nos-dépens... Bien sûr, on ne nous a pas consulté... N'ATTENDONS PAS QU'ILS NOUS CONSULTENT... CITOYENS-CITOYENNES, FAISONS-NOUS ENTENDRE!

Philippe Vallie

Sources principales:
The Liberal-Party-of-Canada-TransAfghan Pipeline Connection

http://www.turkmenis...040904_eng.html
http://www.newscentr...article&sid=876
http://www.eurasiane...040903&lang=eng
http://www.friends.c...les07030312.asp
http://www.friends.c...les11040001.asp
http://www.bennettjo...files/99108.htm
http://www.heenanbla...Profile/history
http://www.prnewswir...lease?id=116322
http://www.zsa.ca/En...cle.php?aid=759 http://www.newscentr...rticle&sid=1191
http://dogryyol.com/...ection/1/1.html

Securite Nationale
http://www.parl.gc.c...F&Parl=37&Ses=2
http://www.csis-scrs...20050222_f.html
http://cjm.cerium.ca/article1130.html
http://www.radio-can...nistan-rb.shtml

Alliance du Nord
http://www.hrw.org/b...han-bck1005.htm
http://www.rawa.org/na-past_fr.htm
http://www.rawa.org/dec10-01_fr.htm
http://cicg.free.fr/...ha/dossier2.htm http://www.cooperati...onde121301.html

*Petro-Kasakhstan vient d’être vendu à des intérêts chinois.

http://www.latribudu...775.html#003775

Ce message a été modifié par KeBeK - 27 septembre 2005 à 07:13.


#2 KeBeK

KeBeK

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Posté 27 septembre 2005 à 07:20

Centre de recherche sur la mondialisation
Des terroristes noirs, liquides, cachés dans le sous-sol
par  Solidaire


Solidaire,  le  17 octobre  2001
Centre de recherche sur la mondialisaiton (CRM), globalresearch.ca le 30 novembre  2001


Citation

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Les Etats-unis déplacent-ils leur armée uniquement pour aller débusquer Ben Laden et ses quelques centaines de sympathisants? Non, évidemment. Tout comme dans la guerre contre l’Irak, les enjeux s’appellent pétrole et contrôle de l’Asie centrale.

Au Nord de l’Afghanistan, se trouve une des régions pétrolifères les plus riches du monde: Kazakhstan, Turkménistan, Tadjikistan et Ouzbékistan. Les réserves prouvées se montent à 28 milliards de barils de pétrole, surtout au Kazakhstan et 7.000 milliards de mètres cube de gaz, surtout en Turkménistan. On suppose que les réserves sont plus grandes encore, car, à beaucoup d’endroits, les forages viennent seulement de commencer1.

Depuis la disparition de l’Union soviétique et l’indépendance des anciennes républiques soviétiques situées autour de la Mer Caspienne, une bataille féroce se déroule pour le contrôle de la région et des pipelines acheminant gaz et pétrole. A part l’Iran et la Russie, aucun pays de la région n’a accès à la mer. Dès 1993, les vautours américains, européens et japonais se sont rués sur la région. La société américaine Chevron a commencé la prospection en 1993 sur le champ pétrolifère de Tenghiz, dans le Kazakhstan. On y trouve également Mobil et d’autres encore. Les contrats signés par les firmes pétrolières US et britanniques avec le seul Azerbaïdjan dépassaient, en 1999, les 30 milliards de dollars (1.300 milliards de FB).

Le gouvernement américain attache tellement d’importance à cette bataille qu’il a installé un groupe de travail permanent consacré à l’énergie de la Mer Caspienne, placé sous les auspices de la NSC,l’agence nationale de sécurité, et qui se réunit chaque mois, voire chaque semaine. Trop dépendants du pétrole du Moyen-Orient, les pays de l’Otan veulent diversifier leur approvisionnement. L’Europe, elle aussi, a incorporé le pétrole du Caucase dans ses plans énergétiques stratégiques2.

Mais il y a un hic. Tout le pétrole et le gaz sont acheminés vers l’Ouest par des pipelines qui passent par la Russie ou des régions contrôlées par la Russie. Un pipeline à travers l’Iran n’entre pas en ligne de compte pour les Américains: le pays est antiaméricain et les compagnies pétrolières françaises rivales y sont déjà trop bien implantées. En novembre 1997, des représentants politiques des Etats-Unis, Turquie, Grande-Bretagne, Russie, Azerbaïdjan et d’autres pays d’Asie centrale ont rencontré des responsables des compagnies pétrolières pour évoquer la construction de pipelines transportant le pétrole et le gaz de la région. Toutes les contradictions entre les USA, l’Union européenne et la Russie y sont apparues.

Clinton voulait construire un pipeline reliant Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, au port méditerranéen turc de Ceyhan et passant par la Georgie, pays dont le président Chevarnadze est pro-américain. Richardson, ministre US de l’énergie sous Clinton, parlait de ce projet comme d’un «concept stratégique pour garantir la sécurité des Etats-Unis».

Un autre projet avait les faveurs de Bob Todor, vice-président de la société pétrolière américaine Unocal, basée en Californie. Au milieu des années 90, Unocal a mis sur pied le consortium Centgas avec Hyundai (Corée), Saudi Arabian Delta Oil et Crescent (Pakistan) pour construire un pipeline de deux milliards de dollars (88 milliards de FB) pour le transport du pétrole et du gaz de Turkménistan vers l’Océan Indien à travers l’Afghanistan et le Pakistan. Une alternative à ceux qui traversent la Russie et à ceux qui débouchent en Europe.

Les Talibans ne seraient jamais arrivés au pouvoir sans le soutien du Pakistan, avec l’accord des Etats-Unis

Seulement, «il fallait d’abord que l’Afghanistan, déchiré par la guerre civile, dispose d’un gouvernement internationalement reconnu»3. Dans un premier temps, la compagnie a payé les Talibans, une fraction de la résistance intégriste aux Soviétiques, qui étaient en train de remporter la victoire. Le 3 octobre 1996, Taggart, le vice-président d’Unocal qualifie l’avance des Talibans, «d’élément positif». Et comme «les récents événements étaient susceptibles de favoriser le projet (de pipeline)», il envisage même la reconnaissance des Talibans par Washington.4

Les Talibans ne seraient jamais arrivés au pouvoir fin 1996 sans le soutien des services secrets pakistanais, avec l’accord des Etats-Unis et de l’Arabie Saoudite, tous partenaires du projet de pipeline vers l’Océan Indien au détriment de la Russie, de l’Iran et de l’Europe.5 Mais la guerre civile a continué et cette stratégie a failli. En 1998, le projet a dû être abandonné.

Car à part le Pakistan, tous les Etats de la région, confrontés eux-mêmes à des rébellions intégristes, étaient opposés aux Talibans et soutenaient d’une façon ou de l’autre l’opposition, appelée Alliance du Nord. Y compris les Russes pour lesquels les Talibans sont inacceptables vu leurs liens avec le Pakistan et les USA, et leur soutien à la rébellion tchétchène. Quant à l’Iran, elle veut briser l’encerclement imposé par les Etats-Unis, le Pakistan et l’Afghanistan des Talibans.

Loin de la lutte contre le terrorisme, voilà une raison urgente de mettre des anti-talibans au pouvoir. En passant évidemment par une occupation (permanente?) de l’Afghanistan et la création de bases américaines au Pakistan et dans certains pays de l’ex-URSS, tels l’Ouzbékistan. Ils assureront la protection des compagnies de pétrole américaines, étant donné que les régimes pakistanais et des Talibans pro-américains mis en place par eux, se sont avérés trop instables.


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Notes

1. Knack, 3/5/2000 

2. Michel Collon, Poker Menteur, EPO, pp 112-113.

3. John Beecher, Washington Post, 25/11/97.

4. Financial Times, 3/10/2001.

5. Olivier Roy, Le Monde Diplomatique, 11/96.


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Copyright  , Solidaire, 2001.

 
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L'adresse URL de cet article est la suivante :
http://www.globalres...es/SOL111A.html


#3 KeBeK

KeBeK

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Posté 27 septembre 2005 à 17:57

L'Asie Centrale sera le cheval de bataille entre Russe, Chinois, Américain , Canadien et toute les république hostile a cet réalisation de pipeline comme le Turkménistan.

Citation

Les talibans, les États-Unis et les ressources de l'Asie centrale
par Peter Symonds
24 octobre 2001


L'agression militaire de l'Afghanistan par les États-Unis a maintenant pour cible le régime taliban. Toutefois, ce serait en vain que l'on chercherait dans l'imposante couverture de presse de la " guerre au terrorisme " une explication cohérente des origines de cette organisation intégriste islamique, ou de ses fondations sociales et idéologiques, ou encore de son arrivée au pouvoir. Cet oubli n'est pas un accident. Une étude sérieuse du régime des talibans montre quel fut le rôle de Washington dans la génèse du régime théocratique aujourd'hui au pouvoir à Kaboul.

L'administration Bush s'en prend aux talibans parce qu'ils hébergent l'intégriste islamiste Oussama ben Laden et son organisation, Al Qaida. Mais tout au long des années 1980, les différentes administrations américaines ont financé à coups de milliards de dollars la guerre sainte islamique, aussi nommée djihad, menée par les moudjahidin contre le régime prosoviétique en place à Kaboul dans le but de contre l'Union Soviétique. De plus, jusqu'à la fin des 1990, les États-Unis ne se sont pas inquiétés de l'islamisme et des politiques sociales rétrogrades des talibans, qui bénéficiaient de l'appui politique et financier des deux plus proches alliés des États-Unis dans la région, l'Arabie Saoudite et le Pakistan.

Le principal facteur déterminant les changements de cap de Washington par rapport à l'Afghanistan n'est pas la menace du fondamentalisme islamique, mais plutôt la recherche de la meilleure façon de saisir les nouvelles possibilités qui s'ouvraient à lui en Asie centrale après l'effondrement de l'Union Soviétique en 1991. Tout au long de la dernière décennie, les États-Unis ont rivalisé avec la Russie, la Chine, les puissances européennes et le Japon pour l'influence politique dans cette région stratégique cruciale et pour avoir accès aux plus grandes réserves en pétrole pas encore exploitées qu'on trouve dans les nouvelles républiques d'Asie centrale, le Turkménistan, le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kirghizstan.



La clé des immenses profits potentiels en Asie centrale se trouve dans la distribution du pétrole et du gaz naturel de ces régions isolées, en retard économiquement et sans accès maritime vers les principaux marchés pour ces sources d'énergies. Les seuls pipelines qui existent présentement sont ceux du réseau de distribution de l'ancienne Union Soviétique passant par la Russie. Alors que la lutte pour les ressources de la région s'intensifie, le but des États-Unis est très clair. Ils cherchent à miner le monopole économique de la Russie tout en bloquant ses rivaux. Les pipelines doivent donc passer par des pays sur lesquels les États-Unis ont une importante influence économique, ce qui exclut la Chine et l'Iran.

Les républiques de l'Asie centrale faisaient autrefois partie de l'Union Soviétique et ont de longues frontières en commun avec la Chine et l'Iran. Aussi un pipeline qui ne passerait ni par la Russie, la Chine ou l'Iran ne laisse que deux alternatives. La première est le difficile parcours qui consiste à passer sous la Mer Caspienne pour continuer à travers le Caucase en passant l'Azerbaïdjan, la Géorgie en finalement la Turquie. La deuxième est de passer par l'Afghanistan et le Pakistan, un parcours beaucoup plus court, mais qui soulève immédiatement la question des difficultés politiques. Avec qui négocier en Afghanistan et comment s'assurer d'une stabilité politique suffisante pour construire et maintenir en état d'utilisation un réseau de pipelines ?

Depuis que le régime appuyé par les Soviétiques de Mohammed Najibullah est tombé en 1992, Kaboul est devenu un champ de bataille pour les milices moudjahidin concurrentes. Le professeur Burhanuddin Rabbani fut tout d'abord à la tête du gouvernement, présidant une coalition instable et changeante qui était assise surtout sur les Tadjiks et les Ouzbeks du nord de l'Afghanistan. Retranchée dans les banlieues de Kaboul, on trouvait aussi la milice rivale Hezb-e-Islami, qui recrutait surtout dans la majorité pachtoune du sud de l'Afghanistan. Sous la direction de Gulbuddin Hekmatyar, elles ont attaqué les positions gouvernementales dans la capitale au moyen d'une quantité immense de roquettes.

L'existence de nombreuses autres milices se rangeant derrière l'un ou l'autre des forces en présence, dont les luttes menaient à la destruction de Kaboul et provoquaient des vagues de réfugiés, est une manifestation des innombrables divisions sur des lignes ethniques et religieuses que l'on trouve en Afghanistan. Ces rivalités ne sont pas que l'expression des animosités au niveau local, mais aussi des intérêts de différents pays qui offre un appui financier, chacun cherchant à imposer son influence. Le Pakistan appuyait Hekmatyar, l'Iran se liguait derrière le Hazaras chiite, et l'Arabie Saoudite finançait plusieurs organisations, principalement celles se réclamant à sa vision de l'islam, le wahabbisme. Les républiques de l'Asie centrale avaient des liens avec les groupes ethniques du nord de l'Afghanistan et, en arrière-plan, l'Inde, la Russie et les États-Unis étaient tous impliqués dans les affaires internes de l'Afghanistan.

La situation à Kaboul était une représentation à petite échelle du pays dans son ensemble. Le gouvernement de Rabbani n'y avait pas véritablement de pouvoir hormis les zones directement sous son contrôle militaire. Le pays était divisé entre les différentes milices rivales, l'économie était en ruine et le tissu social en lambeaux. Plus d'un million de personnes sont mortes dans la guerre contre le régime appuyé par les Soviétiques au cours des années 1980, et plus encore étaient des réfugiés. À la moitié des années 1990, l'espérance de vie ne dépassait pas les 44 ans, et le quart de tous les enfants n'atteignait pas l'âge de cinq ans. Pas plus de 29 pour cent de la population avait accès à des soins médicaux et un petit douze pour cent à de l'eau sûre.

Les régions pachtounes au sud du pays, desquelles les talibans se sont développés en 1994, étaient le siège du plus grand chaos. Kandahar, la deuxième ville en importance au pays, était divisée entre trois seigneurs de la guerre rivaux, et les régions avoisinantes étaient soumises à la loi arbitraire et souvent brutale d'une douzaine des commandants de milice. C'est cette région, une des plus en retard économique et des plus conservatrices socialement d'Afghanistan, d'où provient traditionnellement les rois du pays. Le ressentiment contre les nouveaux dirigeants tadjiks et ouzbeks était augmenté du désespoir qu'engendrait les intolérables conditions économiques et sociales.

Toutefois, les parcours de nombreux pipelines allant du Turkménistan au Pakistan passaient par le sud de l'Afghanistan. Une compagnie argentine, Bridas, fut la première à entrer dans la course. En 1992 et 1993, la compagnie a obtenu les droits d'exploration et d'exploitation pour le gaz naturel du Turkménistan, et en 1994, entreprenait des pourparlers avec les gouvernements turkmène et pakistanais pour la construction d'un pipeline pour le gaz naturel, qui fut conclu au début de 1995 par la signature d'un accord sur une étude de faisabilité. Bridas avait tout d'abord tenté de faire participer le géant américain, Unocal au projet. Unocal avait ces propres ambitions et plus tard la même année signa un accord séparé pour un pipeline, ce qui amorça une rivalité aiguë et des procédures judiciaires entre les deux compagnies.

Tous les plans pour la construction d'un pipeline faisaient l'hypothèse qu'il y aurait une solution politique aux conditions chaotiques que l'on trouvait sur le parcours proposé. Il y avait aussi d'autres intéressés, quoique de moindre envergure, à mettre un terme aux règnes des petits seigneurs de la guerre et aux milices. La route qui va de Quetta au Pakistan au Turkménistan en passant par Kandahar et Herat était la seule alternative à la route du nord de l'Asie centrale passant par une Kaboul en guerre. Les compagnies de transport routier et les propriétaires de camions impliqués dans la très payante affaire du commerce et de la contrebande en Asie centrale devaient payer d'imposants droits de passage aux commandants de milice chaque fois qu'ils passaient sur un des territoires que ceux-ci contrôlaient, une situation que les propriétaires auraient bien aimé voir disparaître.


Les origines des talibans

Dans le cadre de ces discussions, le mouvement taliban est apparu comme une solution possible. Ça ne veut pas dire que les talibans (étudiants ou talibs des écoles islamiques ou madrasas) étaient simplement une créature des gouvernements et des milieux d'affaires. L'émergence soudaine de ce nouveau mouvement en 1994 et la rapidité de sa croissance et de ses succès ont été le produit de deux facteurs, soient le bourbier social et politique qui fournissait une réserve abondante de recrues et l'aide extérieure venant du Pakistan, de l'Arabie saoudite et fort probablement des États-Unis, sous la forme de financement, d'armes et de conseillers.

Bien que de nombreux dirigeants talibans avaient combattu dans le «djihad» parrainé par les États-Unis contre l'Union soviétique, le mouvement n'était pas issu ou formé d'autres factions moudjahidines. Il était essentiellement basé sur une nouvelle génération qui n'avait pas été directement impliquée dans les luttes des années 80. Ces gens étaient hostiles à ce qu'ils voyaient comme le pouvoir corrompu de petits despotes moudjahidines, qui n'avait amené que misère et souffrances aux Afghans ordinaires après la chute de Najibullah. Leurs propres vies avaient été ravagées par la guerre. Beaucoup d'entre eux avaient grandi dans les camps de réfugiés au sein du Pakistan et reçu une formation rudimentaire dans les madrasas dirigées par divers partis islamiques pakistanais extrémistes.

Un auteur a donné la description suivante : «Ces garçons vivaient dans un monde à part des moudjahidines que j'avais connus dans les années 80, des hommes qui pouvaient décliner leurs lignées tribales et de clan, qui se rappelaient avec nostalgie leurs fermes et vallées abandonnées et racontaient les légendes et les contes de l'histoire afghane. Ces garçons étaient d'une génération qui n'avait jamais vu leur pays en temps de paix, un Afghanistan n'étant pas en guerre contre des envahisseurs ou contre elle-même. Ils étaient littéralement les orphelins de la guerre, sans racines, sans emplois, pauvres et peu formés.

«Leur croyance simple en l'islam messianique et puritain que leur martelaient de simples mullahs de villages était le seul point d'ancrage auquel ils pouvaient s'accrocher et qui donnait un sens à leurs vies. Formés à rien, même pas aux occupations traditionnelles de leurs ancêtres telles que l'agriculture, l'élevage ou l'artisanat, ils étaient ce que Karl Marx aurait appelé le lumpenprolétariat de l'Afghanistan» [Taliban : Islam, Oil and the New Great Game in Central Asia, Ahmed Rashid, I.B Tauris, 2000, p. 32, traduit par nous].

L'idéologie des talibans était un pot-pourri d'idées qui avaient évolué pour plaire à ces couches sociales. Dès le début, le mouvement était profondément réactionnaire. Face aux questions sociales, il regardait en arrière dans un passé mythique où les préceptes du prophète Mahomet étaient strictement observés. Il était profondément imprégné de l'anti-communisme virulent qui avait été généré par la sauvagerie et la répression de régimes successifs pro-soviétiques à Kaboul, qui avaient gouverné sous la fausse bannière du " socialisme ".

Comme les Khmers rouges en Cambodge, les talibans exprimaient les craintes et l'hostilité de couches rurales opprimées envers la vie urbaine, l'enseignement, la culture et la technologie. Leurs dirigeants étaient des mullahs de village semi-formés, et non des intellectuels islamiques possédant à fond les écritures et les préceptes religieux. Ils étaient hostiles à d'autres sectes islamiques, les Shias en particulier, et aux groupes ethniques non-pachtounes. Le code social régressif des talibans reprenait autant les lois tribales pachtounes que la tradition islamique. Dans la mesure où son idéologie avait une base islamique c'était le déobandisme, influent mouvement de réforme sociale du 19e siècle, mais sous une forme dépourvue de tout contenu le moindrement progressiste.

Les talibans sont apparus dans un Afghanistan ravagé par la guerre comme une forme de fascisme clérical. Ils reflétaient la déroute et le désespoir de couches déracinées et déclassées de la petite-bourgeoisie rurale, fils de mullahs, de petits fonctionnaires, fermiers ou commerçants. Face aux misères sociales qui se multipliaient en Afghanistan, ces couches ne pouvaient voir aucune autre solution que l'imposition d'un régime islamique dictatorial.

Le compte-rendu que donnent les talibans eux-mêmes de leurs origines nous permet de mieux comprendre leur nature. En juillet 1994, le haut dirigeant des talibans, Mohammed Omar, alors un mullah de village, a reçu une demande d'aide pour libérer deux filles qui avaient été kidnappées par un commandant de la milice locale puis violées. Omar, qui avait combattu dans l'une des organisations moudjahidines, rassembla un groupe de partisans parmi les étudiants religieux des madrasas locales. Armé de quelques fusils, le groupe libéra les filles, captura le commandant et le pendit au canon de son tank.

Que cette histoire soit vraie ou non, les talibans se sont présentés comme des groupes religieux de vigilance, voués à combattre les misères faites aux gens ordinaires. Leurs dirigeants insistaient sur le fait que le mouvement, contrairement aux organisations moudjahidines, n'était pas un parti politique et ne visait pas la formation d'un gouvernement. Ils alléguaient que leur but était de frayer la voie à une administration véritablement islamique et exigeaient sur cette base de grands sacrifices à leurs recrues, qui ne recevaient aucune paye, rien que des armes et de la nourriture.


Aide du Pakistan

Il y avait cependant un grand fossé entre l'image et la réalité. Si les talibans devaient être plus qu'un groupe de fanatiques religieux armés engagés dans des actions de guérilla, le mouvement avait besoin de beaucoup d'argent, d'armes et de munitions, de même que d'une considérable expertise technique et militaire. Leurs recrues appauvries ne pouvaient leur apporter rien de tout cela.

Dès le début, le plus important parrain des talibans était le Pakistan. La puissante agence de renseignements du Pakitan, l'ISI, qui avait été le principal convoyeur de l'argent, des armes et de l'expertise américaines aux groupes moudjahidines durant toutes les années 80, était profondément mêlé à la politique afghane. En 1994, le gouvernement de Benazir Bhutto a ouvert des discussions avec la compagnie argentine Bridas, mais était encore loin d'avoir ouvert une route passant par le sud de l'Afghanistan. Le principal atout du Pakistan, Hekmatyar, était empêtré dans les combats à Kaboul et plutôt mal placé pour amener une solution.

Marchant à tâtons à la recherche d'une solution de rechange, le ministre de l'Intérieur de Bhutto, Naseerullah Babar, a sorti l'idée d'utiliser les talibans. En septembre 1994, il organisa une équipe d'arpenteurs et d'officiers de l'ISI pour étudier la route passant par Kandahar et Herat vers le Turkménistan. Le mois suivant, Bhutto se rendit au Turkménistan où elle s'assura le soutien de deux commandants militaires clés, Rashid Dostum, qui contrôlait des régions de l'Afghanistan situées près de la frontière turkmène, et Ismail Khan, qui gouvernait Herat. Dans un effort pour attirer un soutien financier international, le Pakistan amena également à Kandahar et Herat de nombreux diplomates étrangers basés à Islamabad.

Ayant obtenu un certain appui en faveur de son projet, le ministre de l'Intérieur Babar organisa un convoi d'essai de 30 camions militaires, conduits par d'anciens chauffeurs de l'armée sous le commandement d'un officier d'expérience de l'ISI et gardés par des combattants talibans. Le départ des camions eut lieu le 29 octobre 1994 et, quand la voie était bloquée, les talibans s'occupèrent des milices responsables. Quelques jours plus tard, soit le 5 novembre, les talibans avaient non seulement ouvert le passage mais aussi pris contrôle de Kandahar sans grands combats.

Au cours des trois prochains mois, les talibans prirent contrôle de 12 des 31 provinces de l'Afghanistan. Quelques-unes de ses " victoires " à tout le moins étaient dues à des largesses faites à des commandants de milice locale. Après avoir subi des échecs militaires au milieu de 1995, les talibans se réarmèrent et se réorganisèrent avec l'aide du Pakistan et en septembre 1995, ils faisaient leur entrée à Herat, ouvrant essentiellement la voie du Pakistan à l'Asie centrale. Le mois suivant, Unocal signait son entente de pipeline avec le Turkménistan.

Le Pakistan a toujours était très prudent lorsqu'il s'agissait d'admettre un soutien direct aux talibans, mais les liens sont assez évidents. Les talibans ont des contacts étroits avec le Jamiat-e-Ulema Islam (JUI), un parti extrémiste islamique basé au Pakistan, qui dirigeait ses propres madrasas dans les régions situées sur la frontière afghane. Le JUI a fourni aux talibans un grand nombre de recrues de ses écoles, ainsi qu'un canal de communication avec les cercles dirigeants de l'armée pakistanaise et de l'ISI.

Le signe le plus frappant d'une implication extérieure était le succès militaire du mouvement taliban. En à peine plus d'un an, il était passé d'une poignée d'étudiants à une milice bien organisée qui pouvait aligner 20.000 combattants, épaulés par des tanks, une artillerie, et une force aérienne, et qui contrôlait de larges portions du sud et de l'ouest de l'Afghanistan.

Comme l'a fait observer un auteur : " Il est également inconcevable qu'une force composée essentiellement d'anciens guérilleros et d'étudiants amateurs aurait pu agir avec le niveau d'expertise et d'organisation dont ont fait preuve les talibans dès le début de leurs opérations. Bien qu'il y avait sans doute parmi eux d'anciens membres des forces armées afghanes, la rapidité et la préparation sophistiquée de leurs offensives, la qualité d'éléments tels que leurs communications, leurs frappes aériennes et leurs tirs d'artillerie, menaient à la conclusion inéluctable qu'ils devaient beaucoup à une présence militaire pakistanaise, ou tout au moins à un soutien professionnel " [Afghanistan : A New History, Martin Ewers, Curzon, 2001, pp 182-3, traduit par nous].

Le Pakistan n'était pas la seule source d'aide. L'Arabie saoudite a également fourni une aide financière et matérielle substantielle. Peu après la prise de contrôle de Kandahar par les talibans, le chef de JUI Maulana Fazlur Rehman commença à organiser des " parties de chasse " pour des invités royaux d'Arabie saoudite et des États du golfe. Vers le milieu de 1996, l'Arabie saoudite envoyait des fonds, des véhicules et du mazout pour épauler la poussée des talibans sur Kaboul. Les raisons des Saoudiens étaient doubles. Au niveau politique, l'idéologie fondamentaliste des talibans était proche de leur propre idéologie wahhabite. Elle était hostile à la secte chiite et donc à la principal rivale régionale de Riyad, à savoir l'Iran. À un niveau plus prosaïque, la compagnie de pétrole saoudienne, Delta Oil, était partenaire dans le pipeline d'Unocal et misait sur une victoire des talibans pour démarrer le projet.

http://www.wsws.org/..._taliban1.shtml