Signes eschatologiques: Le maïs génétique et l’hécatombe des bovins, par Kalus Feissner
(Alliance Pierres Vivantes)
date: 2005-10-17 | posteur: nicolas |
Partie I
M. Gottfried Glöckner
Agriculteur de Wölfersheim
Hessen
Allemagne
«Aujourd’hui est un jour historique», dit Gottfried Glöckner d’une voix profondément triste. «Aujourd’hui», c’est le 13 décembre 2004, il fait froid et c’est inhospitalier à Wölfersheim, dans la province de Hesse [Allemagne], où Glöckner exerce son activité d’agriculteur. «Aujourd’hui, ajoute-t-il tout abattu, je fais emmener mes dernières vaches laitières. Ensuite, l’étable sera vide.» Alors que cette même étable était, il y a tout juste quatre ans, bondée de septante vaches. Ce même fermier qui avait toujours scrupuleusement veillé à la bonne marche de son activité, ne devrait donc plus héberger des animaux d’exploitation. Que s’est-il passé? «Ce qui est arrivé ici, nul ne peut se l’imaginer – je ne le pouvais pas non plus.»
«C’est une bombe qui est tombée ici», raconte-t-il, comme s’il venait de voir un film policier au dénouement lugubre. Et c’est le cas, à la différence près que ce film policier s’est déroulé pendant quatre ans dans sa ferme et que son scénario n’aurait guère pu être plus dramatique.
Les éléments de base de ces évènements, Glöckner les avait déjà posés en 1994 : ce fermier diplômé, enthousiaste des technologies, en quête constante de nouvelles manières de diriger sa ferme de façon plus rentable, s’était tourné vers les techniques génétiques. Il devenait ainsi l’un des premiers fermiers utilisateurs des technologies génétiques d’Allemagne et de toutes les régions germanophones. Jusqu’en 1996, il faisait des demandes pour des semences de colza et de maïs génétiques, résistantes aux herbicides. En collaboration avec l’entreprise pour la protection des plantes et des semences génétiques «AgrEvo», il se mit à cultiver de petites parcelles expérimentales de quelques centaines de mètres carrés. Les résultats ne s’avérèrent concluants pour aucune des trois semailles, car les opposants à ces essais avaient tout d’abord empêché la pousse du colza génétique en l’aspergeant d’un produit, et avaient ensuite coupé ou arraché le maïs génétique.
En 1997, la commission de la CEE autorisa la mise en circulation du maïs génétique Bt-176, permettant ainsi de le cultiver et de le donner à manger aux animaux. Glöckner lut tous les rapports scientifiques qui lui étaient accessibles et apprit que les plantes génétiquement modifiées étaient classées par les autorités responsables de l’admission, «substantiellement équivalentes», c’est-à-dire, du point de vue des matières qui les constituent, d’une même valeur que les espèces conventionnelles correspondantes. Glöckner se disait donc qu’il n’avait pas de souci à se faire. Le coup d’envoi de la culture «correcte» de plantes génétiquement modifiées était donné : «Il y avait une curiosité à l’égard de cette nouvelle technologie, j’y étais ouvert et je voulais savoir ce qui se passait.» A partir de ce jour, il allait donc mettre en champ ouvert le maïs génétiquement modifié Bt-176 de Novartis. Après la fusion du secteur agronomique de Novartis avec celui de Zeneca, dès l’an 2000, l’entreprise se nommait «Syngenta». La plante de maïs produit la toxine du «Bacille thuringiensis», qui doit servir à combattre la «pyrale du maïs», un organisme nuisible.
La satisfaction du début
Parallèlement à la première mise en culture, Glöckner annonçait publiquement qu’il allait publier d’éventuelles nouvelles découvertes – quelle que soit la direction où elles pourraient mener. «Il est intéressant de constater que dès 1997, les opposants ne s’étaient pas du tout intéressés à la culture à grande échelle et qu’ils me laissèrent travailler tranquillement», s’étonne encore le fermier de ce soudain désintéressement de la part des opposants au génie génétique utilisé dans ses champs.
Une surface de 0,5 hectares de maïs transgénique fut cultivée par Glöckner cette année-là, puis augmentée à 5 hectares en 1998. En 2000, il utilisait déjà toute la superficie destinée à la culture de maïs pour de la semence génétiquement modifiée, soit dix hectares, car il était satisfait des caractéristiques visibles du maïs génétiquement modifié : «Les plantes se tenaient droites comme des soldats, ayant l’air d’avoir été posées là, mûrissant de façon uniforme et il n’y avait pas de perte de récolte due à la pyrale du maïs.
En tant que praticien, j’étais fasciné par l’abondance de la récolte et par l’apparence saine des plantes». Des croissances différentes, des plantes qui se cassent sous l’inclinaison de l’épi, les atteintes parasitaires de la pyrale du maïs ou les épis mûrissant de façon décalée dans le temps, tout ceci semblait appartenir au passé.
«Les promesses ont été tenues, tout va bien pour les plantes», pensait Glöckner, et il en concluait que la technique génétique fonctionnait. Mais ce n’était pas tout : lorsque les résultats des analyses des produits de fourrage indiquèrent une teneur en protéines de 15 à 20% plus élevée dans le maïs génétique que dans la variété de maïs conventionnelle correspondante «Pactol», le Hessois se réjouit encore davantage d’un «effet secondaire positif pour toute la qualité des produits de fourrage du maïs ensilé, effet positif que le fabricant de semences génétiques ne lui avait pas communiqué». La teneur plus élevée en protéines dans le maïs génétique devait augmenter la production laitière des vaches, entraînant ainsi la réduction d’achat complémentaire de tourteaux de soja contenant de la protéine. Glöckner tint compte du taux élevé de protéines dans le maïs génétique pour son calcul de rations de fourrage, mais il s’aperçut qu’il n’était pas méthodiquement transformé en capacité laitière. Il décrit ainsi les premiers dérèglements : «Ce fut la première fois que quelque chose se passait différemment de ce que j’avais imaginé.» En réaction, il acheta davantage de tourteaux de soja, ce qui amena les vaches à produire à nouveau plus de lait.
En automne 2000, le fermier put se réjouir des excellentes récoltes de ses champs. Les entrepôts étaient remplis de la récolte de maïs d’ensilage provenant de huit hectares de superficie. Dans sa région, toute la plante – feuilles et tiges incluses – est donnée en nourriture. Par conséquent, Glöckner put laisser mûrir le maïs des deux hectares restants et le récolter un bon mois plus tard, comme maïs en grains. Le 18 décembre de la même année, il réalisa avec son conseiller en produits de fourrage un nouveau calcul de rations en tenant compte du maïs en grains. Il commença à distribuer cette nouvelle recette dès fin 2000 - début 2001.
L’année 2001 avait à peine commencé que les évènements prirent un cours inimaginable : cela faisait presque deux ans et demi que Glöckner nourrissait ses vaches avec du maïs génétiquement modifié «en quantité conforme» – et ceci sans problèmes notables, à l’exception de l’insuffisance en protéines transformées. Soudain, ses vaches commencèrent à souffrir d’une diarrhée collante grise et blanche. Glöckner pensa que cela résultait d’une quantité trop élevée de protéines dans la nourriture, il réduisit l’apport en soja et rajouta du foin. Mais l’état des vaches ne s’améliora pas, au contraire, ainsi que l’agriculteur nous le décrit :
«Il se produisit des accumulations d’eau au niveau des articulations, des œdèmes aux pis, des dilatations des vaisseaux sanguins et chez certains animaux, des éclatements des veines. Il y avait de plus en plus de sang dans le lait, ce qui est inhabituel en pleine lactation. Des animaux souffraient de néphrites et leur urine contenait du sang.
A tout cela s’ajoutèrent des formes de maladies rares et inexplicables, telles que, dans un des cas, des paralysies au niveau de la racine de la queue, empêchant l’animal de lever sa queue pour uriner et déféquer. D’autres animaux avaient la peau du pis sèche et gercée, elle ne se graissait plus d’elle-même, et elle pela. Certaines vaches passèrent brusquement d’une capacité de 20 litres de lait à zéro goutte. Chaque animal réagissait différemment, exprimant le même message : “Quelque chose ne va pas, au secours.”»
Mais, désemparé comme son vétérinaire, il ne pouvait les aider; tous deux «n’avaient jamais vécu une chose pareille.» En mars 2001, Glöckner décida d’arrêter complètement le soja – l’effet fut surprenant : «Les vaches donnèrent soudainement du lait en grande quantité et nous ne savions pas pourquoi.»
Fausses couches et vaches mortes
Tout s’accentua et les premières malformations de veaux apparurent – comme par exemple le cas de l’un d’eux qui naquit avec une poche de sang au niveau de l’épaule – ou des malformations aux pis des génisses (jeunes vaches qui ne produisent pas encore de lait). D’une façon générale, tous les animaux devinrent plus vulnérables aux maladies. «Nous avions transformé l’étable en clinique et mis les vaches sous perfusion, afin de pouvoir sauvegarder l’exploitation.» Les animaux finissaient quand même par mourir. Entre mai et août 2001, les décès s’élevèrent à cinq : «Les vaches couraient du pré à l’étable et agonisaient dans leur box. Elles ne luttaient pas, ni ne se rebellaient, mais s’endormaient tout simplement. Ce qui m’avait le plus intrigué à ce moment était le fait qu’elles se trouvaient à cette époque dans les conditions qu’elles aimaient le plus en temps normal : elles pouvaient bouger librement dans leur pâturage, elles mangeaient de l’herbe fraîche et étaient à l’air libre et au soleil», décrit Glöckner.
Selon M. Glöckner : «Cette entreprise a fait de fausses promesses. Avec le temps, elle a de moins en moins agi comme un partenaire commercial honnête et droit.»
Il ne devait trouver l’explication de leur mort que plus tard. Une réponse rapide – mais insatisfaisante – lui fut donnée par les conseillers de la société de génie génétique «Syngenta» : «Ils disaient que j’avais nourri les animaux de façon erronée», raconte le fermier, avouant aujourd’hui, riche de son savoir actuel, qu’ils n’avaient pas tort : «Je ne pouvais nourrir les animaux comme je l’avais appris pendant ma formation, compte tenu du fait que les produits de fourrage à ma disposition étaient rendus en partie toxiques par leur teneur en aminoacides modifiés.»
Aussi, vers la fin de l’été, la production laitière moyenne par vache diminua de façon significative et il se produisit un nouveau phénomène inexplicable, ainsi que le démontre Glöckner dans ses annotations précises : la teneur du lait en protéines dépassa soudainement celle de la graisse, «ce qui est normalement impossible à obtenir, même si on le désire.» Glöckner y vit un autre indice évident d’un dérèglement du métabolisme.
Malgré cela, les vaches continuaient à dépérir : «A la fin de l’automne 2001, le troupeau avait une “allure dégueulasse”. Le poil des animaux était hirsute et l’apparence des vaches s’était tellement dégradée que les personnes convoquées de la Fédération de l’élevage étaient épouvantées», se rappelle Glöckner. Le scénario d’un film inédit se déroulait : «Les animaux ne pouvaient être nourris, car ils ne pouvaient assimiler la cellulose de la paille – ils eurent des diarrhées massives à répétition, la paille n’étant pas ruminée, mais déféquée dans le même état qu’elle avait été ingurgitée. C’était de la folie, car lorsqu’il n’y a plus de métabolisme dans le “réacteur” que peut représenter une vache, cela est très grave.»
En février 2002, Glöckner reçut le conseil d’un partisan de la protection de l’environnement de ne plus utiliser de maïs ensilé comme fourrage – il avait déjà stoppé le maïs en grains en juin 2001. «Je n’aurais jamais eu cette idée», avoue l’agriculteur sinistré en précisant que jusqu’à ce moment-là, il n’avait pas encore soupçonné la possibilité que le maïs génétique pouvait être le déclencheur des problèmes. «Après avoir arrêté le maïs ensilé, les animaux se portaient un peu mieux. Ils avaient l’air d’être en meilleure santé et la production de lait augmentait également», dit Glöckner en mettant en évidence une nouvelle corrélation entre ses animaux et le fourrage.
En avril de la même année, il fit prélever officiellement des échantillons du maïs ensilé de la récolte 2000, ainsi que du maïs ensilé, du maïs en grain et de l’herbe ensilés de l’année 2001; il fit déterminer la teneur en toxines Bt des échantillons de maïs. Il informa ensuite l’Institut Robert-Koch, responsable des admissions d’organismes génétiquement modifiés en Allemagne, qu’il s’agissait d’une présomption de dommage, selon la loi sur les techniques génétiques, § 34. «A ce moment-là, à base des nombreuses recherches et des prélèvements systématiques de fourrage, je pouvais exclure toute autre raison, telle que les dommages dus aux divers produits ou à leur composition», dit Glöckner.
Analyses des produits de fourrage
Le 16 avril 2002, s’ensuivit le plus important prélèvement d’échantillons de produits de fourrage, dans le but de déterminer en laboratoire la cause des évènements. Ernst Dieter Eberhard, expert officiellement désigné et assermenté de l’Office Hessois du Développement Régional et de l’Agriculture prit, en présence de Thoralf Küchler (collaborateur de «Syngenta») et de Gottfried Glöckner, des échantillons des ensilages de maïs de 2000 et 2001, du maïs en grains de 2000 et de l’herbe ensilée de 2001. Ces échantillons furent envoyés à différents moments, à plusieurs laboratoires d’Allemagne et des Etats-Unis. Beaucoup de données précieuses purent en être tirées :
Le Centre Clostridien de l’Université de Göttingen constata ceci le 3 mai 2002 : «Dans aucun spécimen, il n’a été trouvé du Clostridium botulinum. Même une incubation supplémentaire de longue durée n’a apporté aucun résultat positif.» Le Clostridium botulinum, un germe anaérobique présent dans le fourrage ensilé, est l’agent responsable de la maladie du botulisme qui peut tuer les animaux en peu de temps. A plusieurs reprises dans le passé et aussi par la suite, Glöckner fut accusé d’avoir agi de façon négligente et inadéquate et on lui dit que tous ses malheurs étaient de sa faute, en raison de la présence du Clostridium botulinum. L’expertise officielle du laboratoire de l’Université de Göttingen parla pourtant un tout autre langage.
L’Institut de Technologie des Denrées Alimentaires de l’Université de Hohenheim ne trouva pas de Clostridium décomposant le lactate dans le maïs ensilé et en conclut que «lors de l’ensilage du maïs, il ne s’était pas produit de propagation de la listéria monocytogène». Pour l’herbe ensilée, le rapport était semblable. La listériose est provoquée par la bactérie listéria monocytogène, qui peut se trouver dans un ensilage de moindre qualité, non entièrement fermenté. Ce rapport met en évidence qu’il faut exclure la listériose comme cause du dépérissement des animaux.
A l’Institut d’Analyse et de Recherche Agricole à Kiel («LUFA»), les produits de fourrage furent examinés, notamment la composition des ingrédients – de l’eau aux minéraux et mycotoxines, en passant par les protéines et l’amidon. Grâce aux données contenues dans le rapport des examens du 2 mai, Glöckner avait la conviction «que le fourrage mixte était en règle».
En août 2002, un résultat très important parvint au maître agriculteur (Glöckner) de l’Institut d’Etat d’Enseignement Technique à Neustadt, rue «Weinstrasse» : Dans le maïs ensilé Bt-176, de l’année 2000, on trouva 8,3 micro-grammes de toxines par kilogramme de quantité fraîche. Auparavant, Glöckner avait reçu par E-mail et sans signature, les résultats de la même analyse du Centre de recherche de la «Syngenta» en Caroline du Nord (USA). Le message disait : «pas de toxine Bt dans les analyses de fourrage». Glöckner était surpris : «A ce moment-là, nous avons réalisé, pour la première fois, que les analyses scientifiques peuvent parvenir à des résultats différents.»
A suivre…
Tiré du magazine «IMPULS» n° 22 / 2005, de Aegis Suisse, Littau
Condensé du livre de M. Klaus Feissner – Editeur : Manfred Grössler
Traduction APV / Corr. JPT / 10. 10. 2005
Titre du livre : «Danger – Technique génétique
Fausse route et son issue – des experts nous renseignent»
(Alliance Pierres Vivantes - Disclaimer) ajoutée le 2005-10-17
http://www.bethel-fr....php?id=14938.3
MERCI DE REAGIR A CET ARTICLE.