Aller au contenu


futur primitif


  • Please log in to reply
9 réponses dans ce topic

#1 moimaime

moimaime

    Chercheur d'idées

  • Membres
  • 779 Messages :

Posté 30 septembre 2005 à 12:54

Edit modération : couleur modifié pour rendre la lecture plus confortable

http://endehors.org/news/7090.shtml


le texte est long mais en vaut la peine.Voici ce que je considere comme l'essentiel du document(pour ceux qui n'ont pas envie de tout lire :piout: ).


Bonne lecture :ange:


« L’objet de l'archéologie n'est pas seulement d'interpréter le passé mais de transformer la manière dont il est interprété au profit de la reconstruction sociale actuelle. »




" On a long- temps expliqué le renoncement et la soumission qui caractérisent la vie moderne par les contingences de la « nature humaine ». Au bout du compte, le mythe de notre existence pré-civilisée, prétendument faite de privations, de brutalité et d'ignorance a fini par faire apparaître l'autorité comme un bienfait qui nous a sauvés de la sauvagerie. On invoque toujours l'« homme des cavernes » et l'« homme de Néanderthal » pour nous rappeler ou nous en serions sans la religion, I'Etat et le travail pénible.
Or, cette vision idéologique de notre passé a été radicalement bouleversée au cours des dernières dizaines d'années grâce aux travaux d'universitaires comme Richard Lee et Marshall Sahlins. On a ainsi abouti á un renversement presque complet de I'orthodoxie anthropologique, lourd de conséquences. On admet désormais que, avant la domestication - avant I'invention de l'agriculture -, l'existence humaine
Se passait essentiellement en loisirs, qu'elle reposait sur une intimité avec la nature, sur une sagesse sensuelle, source d'égalité entre les sexes et de bonne santé corporelle. Telle fut notre nature humaine pendant environ deux millions d'années - avant notre asservissement par les prêtres, les rois et les patrons.
"


"La situation « naturelle » de l'espèce reposait á I'évidence sur un régime fait en grande partie de végétaux riches en fibre, tout autre que l'alimentation moderne á teneur élevée en matière grasse et protéines animales, avec son cortège de désordres chroniques. Nos premiers ancêtres utilisaient leur « savoir détaillé de I'environnement et une sorte de cartographie cognitive » pour se procurer les plantes qui servaient á leur subsistance. En revanche, les témoignages archéologiques de l'existence de la chasse n'apparaissent que lentement au cours du temps. En outre, de nombreux éléments sont venus contredire la thèse soutenant que la chasse était très répandue à l’age préhistorique. Par exemple, les amas d'ossements où l'on croyait autrefois voir la preuve de tueries massives de mammifères se sont avérées être, en y regardant de plus près, des vestiges d'inondations ou de tanières d'anímaux. Selon cette nouvelle approche, les premières chasses significatives seraient apparues il y a 200.000 ans, au plus tôt. Adrienne Zihlman, elle, est parvenue á la conclusion que « la chasse est apparue relativement tard dans I'évolution », et « n'existait pas avant les derniers cent mille ans ». Et nombre de chercheurs ne décèlent aucune preuve de chasses importantes de gros gibier avant une date encore plus tardive, à savoir la Fin du paléolithique supérieur, juste avant l'apparition de l'agriculture. "



"L’apparition de la culture symbolique, mue par son besoin inhérent de manipuler et de dominer, a tôt ouvert la voie á la domestication de la nature. Après deux millions d'années de vie humaine passées à respecter la nature en équilibre avec les autres espèces, l'agriculture a modifié notre existence, notre façon de nous adapter, d'une manière inconnue jusqu'alors. Jamais auparavant une espèce n'avait connu un changement radical aussi profond ni aussi rapide. L’autodomestication par le langage, le rituel et l'art inspira le dressage des plantes et des animaux qui suivit. Apparue il y a seulement dix mille ans, l'agriculture a rapidement ..triomphé car la domination engendre par elle-même et exige sans cesse son propre renforce- ment. Une fois répandue, la volonté de produire est devenue d'autant plus productive qu'elle s'exerçait efficacement, et de ce fait d'autant plus prédominante et adaptative. L’agriculture permet une division du travail largement accrue, crée les fondements matériels de la hiérarchie sociale et amorce la destruction de I'environnement. Les prêtres, les rois, les corvées, l’inégalité sexuelle, la guerre sont quelques-unes de ses conséquences spécifiques assez immédiates. Alors que les humains du paléolithique avaient un régime extrêmement varié, se nourrissant. de plusieurs milliers de plantes différentes, l'agriculture réduisit considérablement ces sources d'approvisionnement.
Étant donné I'intelligence et le très vaste savoir pratique de I'humanité de l’âge de pierre, on s’est souvent posé la question suivante : « Pourquoi l’agriculture n'est-elle pas apparue, par exemple, un million d'années avant notre ère au lieu de 8.000 ans seulement ? » J'y apporte une brève réponse plus haut en formulant l'hypothèse d'une lente et insidieuse progression de l'aliénation fondée sur la division du travail et la symbolisation. Mais á considérer ses désastreuses conséquences, cela reste un phénomène effarant. Aussi, comme le dit Binford : « la question á poser n’est pas de savoir pourquoi l'agriculture ne s'est pas développée partout mais plutôt pourquoi elle s'est développée tout court. » La fin de la vie de cueilleur-chasseur a entraîné un déclin de la taille, de la stature et de la robustesse du squelette, et amené la carie dentaire, les carences alimentaires et la plupart des maladies infectieuses. On observe « dans l’ensemble une baisse de la qualité - et probablement de la durée - de la vie humaine », en, concluent Cohen et Aremelagos. "



"Une autre conséquence a été I'invention du nombre, inutile avant I'existence de la propriété des récoltes, des bêtes et de la terre, qui, est une des marques de l’agriculture. Le développement de la numération a accru le besoin de traiter la nature comme une chose á dominer. L’écriture était également requise par la domestication, pour les premières formes de transactions commerciales et d'administration politique. Lévi-Strauss a démontré de manière convaincante que la fonction première de la communication écrite a été de favoriser l'exploitation et la soumission ; les cités et les empires, par exemple, auraient été impossibles sans elle. On voit ici clairement s'unir la logique de la symbolisation et la croissance du capital.
Conformité, répétition et régularité sont les clefs de la civilisation triomphante, remplaçant la spontanéité, l'enchantement et la découverte, caractéristiques de la situation humaine pré-agricole qui a survécu si long- temps. Clark parte de « l'ampleur du temps de loisir » du cueilleur-chasseur, et en conclut que « c’est cela et le mode de vie agréable qui allait avec, et non la pénurie et un long labeur quotidien, qui explique pourquoi la vie sociale est restée si statique ». Un des mythes les plus vivaces et les plus répandus est I'existence d'un Age d'or, caractérisé par la paix et l'innocence, avant que quelque chose ne détruise ce monde idyllique et nous réduise á la misère et á la souffrance. L’Eden, ou quel que soit le nom qu'on lui donne, était le monde de nos tout premiers ancêtres cueilleurs-chasseurs ; ce mythe exprime la nostalgie de ceux qui travaillaient sans répit la glèbe á l'égard d'une vie libre et plutôt facile - mais désormais perdue. "



"Le riche environnement habité par les humains avant la domestication et l'agriculture a aujourd'hui presque disparu. Pour les rares cueilleurs-chasseurs survivant aujourd’hui il ne reste que les terres les plus marginales, les lieux isoles non encore revendiqués par l’agriculture et les conurbations. En outre, les rares cueilleurs-chasseurs qui parviennent encore á échapper aux pressions énormes de la civilisation visant á les transformer en esclaves (c'est-à-dire en paysans, en sujets politiques, en salariés) ont tous été influencés par les contacts avec des peuples extérieurs.
Duffy note ainsi que les cueilleurs-chasseurs actuels qu'il a étudiés, les pygmées Mbouti d'Afrique centrale, ont été acculturés par les agriculteurs-villageois environnants depuis des centaines d'années et, dans une moindre mesure, par des générations de contact avec l'administration coloniale puis néo-coloniale et avec. Les missionnaires. Pourtant, il semble qu'une volonté de vie authentique venue du fond des siècles persiste parmi eux. « Essayez d'imaginer, demande Duffy, un mode de vie où la terre, le logement et l'alimentation sont gratuits, et ou il n’y a ni dirigeants, ni patrons, ni politique, ni crime organisé, ni impôts, ni lois. Ajoutez á cela l'avantage de faire partie d'une société où tout est partagé, où il n'y a ni riches ni pauvres et où le bonheur ne signifie pas l'accumulation de biens matériels. » Les Mbouti n'ont jamais domestiqué d'animaux ni fait pousser de végétaux"



"Chez les membres des bandes non agricoles existe une combinaison remarquablement saine de faible quantité de travail et d'abondance matérielle. Bodley a découvert que les San (connus sous le nom de Bochimans) de l'aride désert du Kalahari, au sud de l'Afrique, travaillent moins et sont moins nombreux á i travailler que leurs voisins agriculteurs. De plus, en période de sécheresse, ce sont aux San que les paysans s'adressent pour survivre.
Selon Tanaka, ils passent « un temps extraordinairement court á travailler et la plupart de leur temps á se reposer et á se distraire », et d'autres ont noté la vitalité et la liberté des San comparés aux paysans sédentaires, ainsi que la sécurité relative et l'insouciance de leur vie.
Flood a remarqué que les aborigènes d’Australie considèrent que « le travail requis pour labourer et planter n'était en rien contre- balancé par les avantages qu'il procurait ». Sur un plan plus général, Tanaka a relevé l'abondance et I'équilibre des aliments végétaux dans les toutes premières sociétés humaines, ainsi que dans toutes les sociétés de cueilleurs- chasseurs modernes. De même, Festinger parle de l'accès chez les humains du paléolithique « á des quantités considérables de nourriture sans grand effort », ajoutant que les groupes contemporains qui vivent encore de chasse et de cueillette s'en sortent très bien, même s'ils ont été repoussés vers des habitats très marginaux ».
Comme Hole et Flannery l'ont résumé,« aucun groupe sur terre ne dispose de plus de loisir que les chasseurs et les cueilleurs, qui consacrent le plus clair de leur temps au jeu, á la conversation et á la détente
Ils disposent de plus de temps libre, ajoute Binford, « que les ouvriers industriels ou agricoles modernes, ou même que les professeurs d'archéologie»."



"LES NON-DOMESTIQUÉS sayent que, comme le dit Vaneigem, seul le présent peut être total. Cela signifie qu'ils vivent leur vie avec une immédiateté, une densité et une passion incomparablement plus grandes que nous ne le faisons. On a dit que certaines journées révolutionnaires valaient des siècles ; en attendant, « nous regardons avant et après », comme l'a écrit Shelley, « et soupirons pour ce qui n'est pas... ».
Les Mbouti estiment qu'« avec un présent convenablement rempli, les questions du passé et de l'avenir se régleront d'elles- mêmes ». Les primitifs n'ont pas besoin de souvenirs et n'attachent généralement aucun intérêt aux anniversaires ni au décompte de leur 'age. Quant á ¡'avenir, ils ont aussi peu de désir de dominer ce qui n’existe pas encore qu'ils en ont de dominer la nature. Leur consciente d'une succession d'instants se mêlant au flux et au reflux du monde naturel n’empêche pas la notion des saisons mais elle ne constitue pas une Consciente séparée du temps qui les prive du présent.
Même si les cueilleurs-chasseurs actuels mangent plus de viande que leurs ancêtres préhistoriques, la nourriture végétale constitue toujours l'essentiel de leur menu dans les régions tropicales et subtropicales. Les San du Kalahari et les Hazda d'Afrique orientale, où le gibier est plus abondant que dans le Kalahari, dépendent de la cueillette pour 80 % de leur alimentation. Le rameau !Kung des'San cueille plus d'une centaine de végétaux différents et ne présente aucune carence alimentaire. Leur régime ressemble á celui, sain et varié, des cueilleurs-chasseurs australiens. Le régime global des cueilleurs est meilleur que celui des cultivateurs, la disette est très rare et leur état de santé est généralement supérieur, avec beaucoup moins de maladies chroniques. Lauren Van der Post s'est émervjamais chez les civilisés ». Il a jugé que c'était le signe d'une grande vigueur et d'une clarté des sens qui réussit encore á résister et á se soustraire aux assauts eillé devant l'exubérance du rire des San - un rire qui surgit « du creux du ventre, un rire qu'on n’entend de la civilisation. Truswell et Hansen auraient pu dire la même chose de ce San qui avait survécu á un combat sans arme contre un léopard ; blessé, d avait quand même réussi a tuer l'animal a mains nues. Les habitants des îles Andaman, á l’Ouest de la .Thaïlande, ne se soumettent á aucun dirigeant ; ils ignorent toute représentation symbolique et n’élèvent aucun animal domestique. On a également observé chez eux l'absence de l'agressivité, de la violence et de la maladie ; leurs blessures guérissent á une vitesse surprenante et leur vue, comme leur ouïe, est d'une singulière acuité. On dit qu'ils ont décliné depuis l'intrusion des Européens au milieu du XIX siècle, mais ils présentent encore des traits physiques remarquables tels qu'une immunité naturelle á la malaria, une peau suffisamment élastique pour n'avoir aucune vergeture après l'accouchement ni les rides que nous associons généralement á la vieillesse, et des dents d'une force incroyable » : Cipriani a ainsi raconté avoir vu des enfants âgés de dix á quinze ans broyer des clous entre leurs mâchoires. Il a aussi témoigné d'une habitude en vigueur á Andaman et consistant á récolter le miel sans le moindre vêtement protecteur : « lis ne se font pourtant jamais piquer, et en les regardant j'avais l'impression d'être en présence d'une sorte de mystère ancien, perdu pour le monde civilisé. »
DeVries a fait toutes sortes de compara¡- sons permettant d'établir la supériorité des cueilleurs-chasseurs en matière de santé, dont l'absence de maladies dégénératives et d'infirmités mentales, ainsi que la capacité d'accoucher sans difficulté et sans douleur. Il a aussi noté que ces qualités s'érodent peu á peu á la suite du contact avec la civilisation.
Dans le même ordre d'idées, on dispose de nombreuses preuves non seulement de la vigueur physique et émotionnelle des primitifs mais aussi de leurs remarquables capacités sensorielles. Darwin a décrit les habitants de la pointe de l'Amérique du sud qui vivaient quasi-nus dans des conditions de froid extrême. De même Peasley a observé des aborigènes qui étaient renommés pour leur capacité á passer la nuit dans te désert par un froid mordant - sans la moindre forme de vêtement ».
Lévi-Strauss a raconté sa surprise d'apprendre qu’une tribu particulière d'Amérique du sud pouvait voir la planète Vénus en plein jour, prouesse comparable á celle des Dogons d'Afrique du nord qui considèrent Sirius B comme l'étoile la plus importante - ayant ainsi connaissance, sans instruments, d'une étoile qu'on ne voit qu'avec les télescopes les plus puissants. Dans la même veine, Boyden a écrit la capacité des Bochimans de voir á l’œil nu quatre des lunes de Jupiter. "


Dans The Harmless People, E. Marshall a relaté comment un Bochiman s'était dirigé avec précision vers un point situé au milieu d'une vaste plaine « sans buisson ni arbre pour marquer l'endroit », et avait montré du doigt un brin d'herbe entouré d'un filament de liane quasi invisible, qu'il avait repéré plusieurs mois auparavant, á la saison des pluies, quand il était vert. Le temps étant devenu caniculaire, il avait creusé á cet endroit et mis au jour une racine succulente dont il avait étanché sa soif. Toujours dans le désert du Kalahari, Van der Post a médité sur la communion des San avec la nature, parlant d'un niveau d'expérience qu'on « pourrait presque appeler mystique. Par exemple, ils semblaient savoir ce qu’on éprouve quand on est un éléphant, un lion, une antilope, un steinbock, un lézard, une souris zébrée, une mante religieuse, un baobab, un cobra à crête jaune ou une amaryllis, pour ne citer que quelques-uns des êtres innombrables et colorés au milieu desquels ils évoluaient ». Il semble presque banal d'ajouter qu'on s'est sou- vent extasié devant I'habileté des cueilleurs- chasseurs á suivre une piste en défiant presque toute explication rationnelle.Rohrlich-Leavitt a noté que « les données dont on dispose montrent que généralement les cueilleurs-chasseurs ne cherchent pas á délimiter un territoire propre et marquent un attachement bilocal ; ils ignorent l'agression collective et rejettent la concurrence entre groupes, partagent librement leurs ressources, apprécient I'égalitarisme et l'autonomie personnelle dans le cadre de la coopération de groupe et sont indulgents et tendres avec les enfants ». Des dizaines d'études font du partage communautaire et l’égalitarisme le caractère distinctif de ces groupes. Lee a parlé de l’ »universalité (du partage) chez les cueilleurs-chasseurs », de même que l’ouvrage classique de Marshall faisait état d’une « éthique de générosité et d’humilité » démontrant une tendance « fortement égalitaire » chez les cuilleurs-chasseurs. Tanaka nous fournit l’exemple typique : « le trait de caractère le plus apprécié est la générosité, et le plus méprisés sont l’avarice et l’égoïsme ».
Baer a répertorié « l’égalitarisme et le sens démocratique, l’autonomie personnelle et l’instinct nourricier » comme étant les vertus cardinales des non-civilisés ; et Lee a parlé d’ »une aversion absolue pour les distinctions hiérarchiques chez les peuples cuilleurs-chasseurs du monde entier, ». Leacock et Lee ont précisé que « toute présomption d’autorité » au sein du groupe « provoquait la moquerie ou la colère chez les !Kung, comme on l’avait relevé à propos des Mbouti, des Hazda et des Montagnais-Naskapi, entre autres ».
« Même le père d'une famille élargie ne peut dire á ses fils et ses filles ce qu'ils doivent faire. La plupart des individus semblent agir selon leurs propres règles internes », a rapporté Lee á propos des !Kung du Botswana. Ingold a estimé que « dans la plupart des sociétés de chasseurs et de cueilleurs, on attache une valeur suprême au principe de l'autonomie individuelle », équivalant á la découverte de Wilson d'« une éthique d'indépendance » qui est « commune aux sociétés ouvertes en question ».l’anthropologue de terrain Radin est allé jusqu á dire : « Dans la société primitive, on laisse le champ libre á toutes les formes concevables de manifestation ou d'expression de la personnalité. On n’émet aucun jugement moral sur quelque aspect que ce soit de la personnalité humaine en tant que telle ».
Observant la structure sociale des Mbouti, Turnbull s'est étonné d'y trouver « un vide apparent, une absence de système interne quasi anarchique ». Selon Duffy, « les Mbouti sont naturellement égalitaires : ils n'ont ni chefs ni souverains, et les décisions concernant la bande sont prises par consensus ». Sur ce chapitre, comme sur bien d'autres ' on note une énorme différence qualitative entre les cueilleurs-chasseurs et les paysans. Les tribus d'agriculteurs bantous (comme les Saga) qui entourent les San sont organisés par la royauté, la hiérarchie et le travail, alors que les San eux- mêmes ne connaissent qu'égalitarisme, autonomie et partage. La domestication est le principe qui préside á cette différence radicale.
La domination au sein d'une société n'est pas sans l¡en avec la domination de la nature. En revanche, dans les sociétés de cueilleurs- chasseurs, il n'existe aucune hiérarchie entre l'espèce humaine et les autres espèces animales, de même que les relations qui unissent les cueilleurs-chasseurs sont non hiérarchiques. Fait caractéristique, les non-domestiqués considèrent les animaux qu'ils chassent comme des égaux, et ce type de relation fonda- mentalement égalitaire a duré jusqu'à l'avènement de la domestication. "



"Quand l'éloignement progressif de la nature est devenu domination sociale patente (agriculture), ce ne sont pas seulement les comportements sociaux qui ont changé. Les récits des marins et des explorateurs qui arrivaient dans des régions « nouvellement découvertes» nous apprennent qu'au départ les mammifères et les oiseaux sauvages n'avaient absolument pas peur des envahisseurs humains. Quelques groupes de cueilleurs actuels ne chassaient pas avant d'avoir un contact avec l’extérieur, par exemple les Tassaday des Philippines ; et si la majeure partie de ces survivants s'adonne á la chasse, « il ne s'agit pas d'un acte agressif -. Turnbuil a observé que la chasse chez les Mbouti se pratique sans le moindre esprit agressif et suscite même une sorte de regret. Et Hewitt a noté le ¡¡en de sympathie qui unissait chasseur et chassé chez les Bochimans Xan qu'il rencontra au XIX siècle.
En ce qui concerne la violence chez les cueilleurs-chasseurs, Lee a découvert que « les !Kung ont horreur de se battre, et trouvent stupides les gens qui se battent ». D'après le récit de Duffy, les Mbouti « considèrent toute forme de violence entre un individu et un autre avec beaucoup d'horreur et de dégoût, et ne la représentent jamais dans leurs danses ou leurs jeux théâtraux ». L:homicide et le suicide, conclut Bodiey, sont « véritablement exceptionnels » chez nos paisibles cueilleurs-chasseurs. La nature « guerrière » des peuples indigènes d'Amérique a souvent été fabriquée de toutes pièces pour donner un semblant de légitimité aux projets de conquête des Européens; les cueilleurs-chasseurs comanches ont conservé. leurs manières non violentes pendant des siècles avant l'invasion européenne, et ne sont devenus violents qu'au contact d'une civilisation de pillards.

Chez de nombreux groupes de cueilleurs- chasseurs, le développement de la culture symbolique, qui a rapidement conduit á l'agriculture, est lié, au travers du rituel, á une vie sociale aliénée. Bloch a découvert une corrélation entre les niveaux de rituel et de hiérarchie. Et Woodburn a établi une connexion entre absence de rituel et absence de rôles spécialisés et de hiérarchie chez les Hazda de Tanzanie. "




"Un curieux phénomène concernant les femmes « cueilleuses-chasseuses » est leur capacité d'empêcher la grossesse en l'absence de tout moyen de contraception. Diverses hypothèses ont été échafaudées et réfutées, par exemple le fait que la fertilité soit liée á la quantité de graisse contenue dans le corps. L’explication qui semble plausible s'appuie sur le fait que les humains non domestiques sont beaucoup plus en harmonie avec leur être physique que nous-mêmes. Les sens et les processus biologiques des cueilleuses-chasseuses ne leur sont pas étrangers ni ne sont engourdis; la maîtrise de la fécondation est sans doute beau- coup moins mystérieuse pour celles dont les corps ne sont pas devenus des objets extérieurs sur lesquels on agit. "


"Les Pygmées du Zaire célèbrent les premières règles de toutes les filles á I'occasion d'une grande fête de gratitude et de réjouis dance. La jeune femme en éprouve de la fierté et du plaisir, et tout le groupe exprime son
bonheur. Par contre, chez les villageois agriculteurs, une femme qui a ses règles est jugée
et dangereuse, et est tenue en quarantaine par un tabou. Draper a été impressionnée par les relations détendues, égalitaires entre hommes et femmes san, avec leur souplesse des rôles et leur respect mutuel - type de relations qui perdure, a-t-elle noté, tant que les San restent cueilleurs-chasseurs.
Duffy a découvert que tous les enfants d'un campement mbouti appellent tous les hommes «pére» et toutes les femmes , «mère». Les enfants des cueilleurs-chasseurs bénéficient de beaucoup plus de soin, de temps et d'attention que ceux des familles nucléaires isolées par la civilisation. Post et Taylor ont décrit le «contact presque permanent » avec leurs mères et les autres adultes dont profitent les enfants bochimans. Les bébés ! kung étudiés par Ainsworth présentaient une précocité marquée du développement des premières aptitudes cognitives et motrices. Il les attribuait tant à la pratique et á la stimulation favorisées par une liberté de mouvement sans entraves qu'au haut niveau de chaleur et de proximité physiques entre parents et enfants.
Draper a pu observer que la « compétition dans les jeux est presque totalement absente chez les !Kung », de même que Shostack relevait que « les garçons et les filles ! kung jouent ensemble et partagent la plupart des jeux ». Elle a découvert aussi qu'on n'interdisait pas aux enfants les jeux sexuels expérimentaux, ce trait allant de pair avec la liberté avec laquelle les jeunes Mbouti, dès la puberté, « se livrent avec délice et enthousiasme á des activités sexuelles préconjugales ». Et les Zouni «n’ont aucune notion de péché », notait Ruth Benedict dans le même ordre d'idée. «La chasteté comme mode de vie est gravement déconsidérée... Les relations agréables entre les sexes ne sont qu'un des aspects des relations agréables entre les êtres humains... La sexualité est un fait banal dans une vie heureuse. » "


"Coontz et Henderson font état d'un amas de preuves toujours plus nombreuses á l'appui de l'idée que les relations entre les sexes sont extrêmement égalitaires dans les sociétés de cueilleurs-chasseurs les plus rudimentaires. Les femmes jouent un rôle essentiel dans l'agriculture traditionnelle mais ne bénéficient pas d'un statut correspondant á leur contribution, contrairement á ce qui se passe dans les sociétés des cueilleurs-chasseurs. Avec l'arrivée de l’agriculture, les femmes sont domestiquées, comme les plantes et les animaux. La culture, qui s'établit par l'instauration de l'ordre nouveau, exige la soumission autoritaire de l'instinct, de la liberté et de la sexualité. Tout désordre doit être banni; l'élémentaire et le spontané doivent être pris fermement en main. La créativité des femmes et leur être même en tant que personnes sexuées sont écrasés pour céder la place au rôle, exprimé dans les religions paysannes, de la Grande Mère, c'est-à-dire de l’être fécond, nourricier, pourvoyeur d'hommes et de nourriture.
Les hommes de la tribu des Munduruc, cultivateurs d'Amérique du Sud, utilisent une même formule pour parier de la soumission des plantes et des femmes : « Nous les domptons avec la banane. » Même Simone de Beauvoir a reconnu dans l'équivalence char- rue-phallus le symbole de l'autorité masculine sur la femme. Chez les jivaro d'Amazonie, autre groupe d'agriculteurs, les femmes sont des bêtes de somme et la propriété personnelle des hommes; « l'enlèvement de femmes adultes constitue le motif essentiel de beaucoup de guerres » pour ces tribus des plaines d'Amérique du Sud. Ainsi, le traitement brutal et l'isolement des femmes semblent être des fonctions des sociétés agricoles et, dans ces groupes, les femmes continuent aujourd’hui d'exécuter la majeure partie, voire la totalité du travail.
La chasse aux têtes est pratiquée par les groupes mentionnés ci-dessus, laquelle fait partie de la guerre endémique qu'ils se livrent pour la possession des terres arables convoitées ; la chasse aux têtes et l'état de guerre quasi constant existent aussi dans les tribus d'agriculteurs des hauts plateaux de la Nouvelle-Guinée. Les recherches des époux Lenki ont abouti á la conclusion que la guerre est rare chez les cueilleurs-chasseurs mais devient extrêmement courante dans les sociétés agricoles. Comme l'exprime succinctement Wilson : « La vengeance, la querelle, I'émeute, la bataille et la guerre semblent apparaitre avec les peuples domestiqués et les caractériser. » "



"Selon Kitwood, les peuples de cueilleurs- chasseurs n’ont développé « aucune conception de la propriété privée ». Comme nous l'avons noté plus haut, á propos du partage et de la définition des aborigènes par Sansom comme « peuple sans propriété », les cueilleurs-chasseurs ne partagent pas I'obsession des civilisés pour les choses extérieures. « Le mien et le tien, graines de toutes les discordes, n'ont aucune place chez eux », écrivait Pietro en 1511 à propos des indigènes qu'il rencontra, lors du deuxième voyage de Colomb. Selon Post, les bochimans n'ont «aucun sens de la possession», et Lee a observé qu'ils n’opéraient «aucune dichotomie marquée entre les ressources de l'environnement naturel et la richesse sociale ». Comme nous l'avons déjà dit, il existe une ligne de démarcation entre nature et culture, et les non-civilisés ont choisis la première. Il existe beaucoup de cueilleurs-chasseurs qui pourraient transporter tout ce dont ils ont besoin d'une seule main, et qui meurent avec grosso modo ce qu'ils avaient en venant au monde.

Il fut un temps où les humains partageaient tout; avec l'irruption de l'agriculture, la propriété devient essentielle et une espèce prétend posséder le monde. Il s'agit là d'une distorsion que l'imagination aurait eu peine á concevoir.
Sahlins a parlé de cela de manière éloquente :« Les peuples les plus primitifs du monde ont peu de possessions mais ils ne sont pas pauvres. La pauvreté n'est pas une petite quantité de biens déterminée ; ce n'est pas seulement non plus une relation entre des moyens et des fins ; c'est avant tout -une relation entre les gens. La pauvreté est un statut social. En tant que tel, c'est une invention de la civilisation.» "



"La « tendance courante » des cueilleurs- chasseurs « á rejeter l'agriculture jusqu'à ce qu'elle leur soit imposée de manière absolue » exprime une division entre nature et culture, bien présente dans l'idée des Mbouti selon laquelle quiconque devient villageois cesse du même coup d'être mbouti. Ils savent que la bande de cueilleurs-chasseurs et le village de paysans sont des sociétés opposées ayant des valeurs antagoniques.
Il arrive cependant parfois que le facteur crucial de la domestication soit perdu de vue. « Les populations de cueilleurs-chasseurs de la côte Ouest de l'Amérique du Nord, connues des historiens, sont atypiques par rapport aux autres chasseurs-cueilleurs », a déclaré Cohen.
Comme le dit Kelly, «les tribus de la côte du Nord-ouest heurtent tous les stéréotypes sur les chasseurs-cueilleurs ». Ces cueilleurs-chasseurs, dont le principal moyen de subsistance est la pêche, présentaient des traits aliénés tels que la hiérarchie, la guerre et l'esclavage. Mais on a presque toujours négligé le fait qu'ils cultivaient le tabac et élevaient des chiens. Ainsi donc, même cette célèbre « anomalie» comporte des traits qui la relient á la domestication. Dans la pratique, le rituel tout d'abord puis la production semblent ancrer et favoriser, de par les formes de domination qui les accompagnent, les divers aspects du déclin survenu depuis un état de grâce antérieur.
Thomas fournit un autre exemple pris en Amérique du Nord, -celui des Chochones du Grand Bassin et de trois des sociétés qui les composent, les Chochones de la montagne Kawich, les Chochones de la rivière Reese et les Païutes de la vallée d'Owens. Les trois groupes connaissent trois niveaux différents d'agriculture, marqués par un sens croissant du territoire (ou de la propriété) et de la hiérarchie et correspondant étroitement aux divers degrés de domestication. "



voila,fin du loooong résumé(si on peut encore appeler ça comme ça :D )

#2 napo

napo

    Chercheur de lumière

  • Modérateurs
  • 2 838 Messages :
  • Genre : Femme
  • Localisation : Belgikistan

Posté 30 septembre 2005 à 14:19

Ravie que tu nous aies communiqué ce texte. Cela répond justement aux questions que je me posais sur le sujet, merci beaucoup  :calin:
Par contre, le choix de la couleur rouge, au secours ! j'ai plus 20 ans moi ! Toutes les lignes se mélangent :humhum:
La vérité est un pays sans chemin (krishnamurti)

#3 nexus11

nexus11

    Toujours en pleine recherche...

  • Membres
  • 1 068 Messages :
  • Genre : Femme
  • Localisation : chez moi

Posté 30 septembre 2005 à 18:31

Mouai, personnellement je suis pour un retour à la nature bien sûr, mais pas n'importe lequel, ni n'importe comment.

Pour moi, l'avenir de l'humanité dépend de la technologie et du "progrès", l'équilibre idéal serait qu'on vivent tous dans des maisons autonomes non polluantes, avec un peu d'agriculture et d'élevage à usage personnel (quitte à faire des échanges entre nous), et qu'on continue notre évolution scientifique et technologique, bref, notre boulot d'être humain, afin de pouvoir quitter cette planète en temps voulu (en emportant avec nous l'ensemble de la vie qui y subsiste).
A nous de trouver le moyen d'y parvenir, avec un retour au troc pour nous par exemple, et surtout une reconnaissance et un respect de chaque être vivant.

C'était mon avis...
:salut:

#4 Didier

Didier
  • Invités

Posté 30 septembre 2005 à 18:49

Un texte bien plus important qu'il n'y paraît, à relier avec la plupart des topics qui traînent par ici.

#5 moimaime

moimaime

    Chercheur d'idées

  • Membres
  • 779 Messages :

Posté 30 septembre 2005 à 19:07

napo, le Vendredi 30 Septembre 2005, 14:21, dit :

Ravie que tu nous aies communiqué ce texte. Cela répond justement aux questions que je me posais sur le sujet, merci beaucoup  :calin:
Par contre, le choix de la couleur rouge, au secours ! j'ai plus 20 ans moi ! Toutes les lignes se mélangent :humhum:
désolé pour le rouge!!!

mais la modération a heureusement reglé le probleme.Je m'apercois aussi que j'ai trop surligné.Enfin il est toujours possible de lire le texte en integralité.


Pour l'avenir de l'humanité je pense que gaia a son mot a dire.

Qu'elle va réduire la population si nous ne l'avons pas fait avant et qu'elle va détruire pas mal de construction humaine.

Les especes qui survivront pourrrons alors vivre plus harmonieusement si elle le désirent.

Oui je suis du meme avis que didier,je trouve ce texte tres important.

#6 moimaime

moimaime

    Chercheur d'idées

  • Membres
  • 779 Messages :

Posté 01 octobre 2005 à 10:05

http://kollectiftp.l...ssprim/agri.htm

L'Agriculture :
le moteur démoniaque de la civilisation
John Zerzan

L'agriculture, fondement essentiel de la civilisation, apparut à
l'origine avec l'émergence du temps, du langage, du nombre et de
l'art. En tant que matérialisation de l'aliénation, l'agriculture
est le triomphe de la désunion et de la rupture définitive entre la
culture, la nature et l'humain.

L'agriculture c'est la naissance de la production, complète et avec
ses caractéristiques essentielles, et la déformation de l'existence
et de la conscience. La terre devient un instrument de production et
les espèces de la planète ses objets. Des termes comme sauvage ou
apprivoisée, mauvaises herbes ou cultures, parlent de cette dualité
qui paralyse l'essence de notre être, introduisant, relativement
vite, le despotisme, la guerre et l'appauvrissement de la haute
civilisation sur la vaste étendue de cette précédente unité avec la
nature. La marche forcée de la civilisation, qu'Adorno reconnut
dans "l'hypothèse d'une catastrophe irrationelle au commencement de
l'histoire," que Freud ressentit comme "quelque chose d'imposé à une
majorité résistante," et où Stanley Diamond ne trouva que "des
conscripts, mais pas de volontaires," fut dicté par l'agriculture.
Et Mircéa Eliade avait raison d'estimer que sa venue avait "provoqué
des boulversements et des effondrements spirituels" dont l'esprit
moderne ne peut imaginer la magnitude.

"Niveler, standardiser le paysage humain, effacer ses irrégularités
et bannir ses surprises," ces mots de E. M. Cioran s'appliquent
parfaitement à la logique de l'agriculture, la fin de la vie en tant
qu'activité principalement sensuelle, l'incarnation et la
génératrice de la vie séparée. Le manque de naturel et la travail
ont progressivement augmenté depuis son développement sous forme de
culture : en domestiquant les animaux et les plantes, l'homme s'est
nécessairement domestiqué lui-même.

Le temps historique, comme l'agriculture, n'est pas inhérent à la
réalité sociale, mais lui est imposé. La dimension de temps ou
d'histoire est une fonction de la répression, dont le fondement est
la production ou l'agriculture. La vie de chasseur-cueilleur était
anti-temps dans son ouverture simultanée et spontanée ; la vie
fermière génère un sens du temps de par la limitation de ses tâches
successives, sa routine ordonnée. Alors que la variété de la vie du
Paléolithique cèda sa place à l'enclosure réelle de l'agriculture,
le temps s'attribua le pouvoir et en vint à prendre le caractère
d'un espace clos. Les points de référence temporelle formalisés -
les cérémonies à dates fixes, l'attribution de noms aux jours, etc. -
sont cruciaux pour la mise en ordre du monde de la production ;
comme un plan de production ; le calendrier fait partie intégrante
de la civilisation. Réciproquement, non seulement la société
industrielle serait impossible sans programmmes temporels, mais la
fin de l'agriculture (fondement de toute production) serait la fin
du temps historique.

La représentation commence avec le langage, un moyen de brider le
désir. En remplaçant les images autonomes par des symboles verbaux,
la vie est réduite et placée sous un contrôle strict ; toute
expérience directe, non médiatisée est subsumée par ce mode suprême
d'expression symbolique, le langage. Le langage découpe et organise
la réalité, comme le souligne Benjamin Whorf, et cette segmentation
de la nature, un aspect de la grammaire, prépare le terrain pour
l'agriculture. Julian Jaynes conclut en fait que la nouvelle
mentalité linguistique menait tout droit à l'agriculture.
Indiscutablement, la cristalllisation du langage en écriture,
principalement amené par le besoin de tenir les comptes des
transactions agricoles, est le signal du commencement de la
civilisation.

Dans le génie non-commodifié et égalitaire du chasseur-cueilleur,
dont la base (qui a été souvent mise en avant) était le partage, le
nombre n'était pas désiré. Il n' y avait pas de motif pour inciter à
quantifier, pas de raison de diviser ce qui était un tout. Pas avant
que la domestication des animaux et des plantes fit complètement
émerger ce concept. Deux des figures séminales du nombre attestent
clairement de cette alliance avec la division et la propriété :
Pythagore, centre d'un culte religieux du nombre très influent, et
Euclide, père des mathématiques et de la science, dont la géométrie
servit d'abord à mesurer les champs pour des raisons de propriété,
de taxation et de servage. L'une des premières formes de
civilisation, la chefferie, impose un ordre linéaire de classement
dans lequel chaque membre est assigné à une place numérique précise.
Puis, en suivant la linéarilité anti-naturelle de la culture du
labour, l'inflexible plan de terrain de foot à 90 degrés de cités
encore plus précoces apparut. Leur régularité insistante constitue
une idéologie répressive. La culture, désormais chiffrée, devient
encore plus fermément liée et sans vie.

De même que l'art, dans sa relation avec l'agriculture, met en
évidence les deux institutions. Il commence comme un moyen
d'interpréter et d'adoucir la réalité, de rationnaliser la nature,
et de se conformer au grand tournant que constitua l'agriculture
dans ses caractéristiques fondamentales. Les peintures pré-
Néolitiques de grottes, par exemple, sont vives et audacieuses, une
exaltation dynamique de la grâce et la liberté animale. Cependant
l'art Néolithique des fermiers et pastoraux, se renforce en formes
stylisées ; Franz Borkenau caractérisa ses poteries d'"amas étroit
et timide de matériaux et de formes". Avec l'agriculture, l'art
perdit sa variété et se standardisa en formes géométriques qui
tendaient à dégénérer en modèles ennuyeux et répetitifs, une
réflexion parfaite de la vie standardisée, confinée, et dirigée
selon des modèles. Et bien qu'il n'y eut pas de représentation
d'hommes tuant des hommes dans l'art Paléolithique, l'obsession de
décrire les confrontations entre peuples avança avec la période du
Néolithique, les scènes de bataille devenant communes.

Agriculture et Symbolisation

Le temps, le langage, le nombre, l'art et tout le reste de culture,
qui précède et mène à l'agriculture, repose sur la symbolisation.
Tout comme l'autonomie précède la domestication et l'auto-
domestication, le rationnel et le social précède le symbolique.

La production de nourriture, et cela est éternellement et grandement
reconnu, "permit au potentiel culturel de l'espèce humaine de se
développer". Mais quelle est cette tendance au symbolique, à
l'élaboration et à l'imposition de formes arbitraires ? C'est le
développement d'une aptitude à l'objectification, par laquelle ce
qui est vivant est réifié, tels des objets. Les symboles sont plus
que les unités de base de la culture ; ce sont des mécanismes de
projection qui nous éloignent de nos expériences. Ils classifient et
réduisent, "pour supprimer," dans la phrase remarquable de Leakey et
Lewin, "le fardeau presque intolérable de faire partager une
expérience à quelqu'un".

Ainsi, la culture est dirigée par la nécessité de réformer et de
subordonner la nature. L'environnement artificiel qu'est
l'agriculture accomplit cette médiation essentielle avec le
symbolisme des objets manipulés lors de la construction de relations
de dominance. Car ce n'est pas uniquement la nature externe qui est
subjuguée : la qualité en face-à-face de la vie pré-agricole
limitait rigoureusement la domination, alors que la culture l'étend
et la légitime.

Il est vraissemblable que déjà durant la période Paléolithique,
certaines formes ou noms étaient attachés à des objets ou des idées,
de façon symbolique mais en un sens changeant, fugitif, éphémère,
peut-être espiègle. La volonté d'uniformité et de sécurité découvert
dans l'agriculture signifie que les symboles devinrent aussi
constants et statiques que la vie à la ferme. La régularisation, le
calcage des conventions sociales, et la différenciation
technologique, sous le signe de la division du travail,
interagissent pour fonder et faire avancer la symbolisation.
L'agriculture complète le changement symbolique et le virus de
l'aliénation a vaincu la vie authentique et libre. C'est la victoire
du contrôle culturel ; comme le soulignait l'anthropologue Marshall
Shalins, "la quantité de travail par personne augmente avec
l'évolution de la culture et la quantité de loisirs par personne
décroit".

Actuellement, les quelques chasseurs-cueilleurs survivant occupent
les zones du globe les moins "intéressantes économiquement," là où
l'agriculture n'a pas encore pénétré, comme les étendues neigeuses
des Inuit (les "Esquimaux") ou le desert des Aborigènes australiens.
Et pourtant, le refus de travail fastidieux, même en milieux
hostiles, porte ses fruits. Les Hazda de Tanzanie, les Tasaday
philippins, les !Kung du Bostwana, ou les !Kung San du désert de
Kahlahari (les "bushmen") - que Richard Lee vit survivre facilement
à une rude sécheresse de plusieurs années tandis que leurs voisins
fermiers mourraient de faim - confirme également la conclusion de
Hole et Flannery qui est qu'"aucun groupe sur terre n'a plus de
moments de loisirs que les chasseurs-cueilleurs, qui les passent
principalement à jouer, converser et se relaxer". Service attribuait
judicieusement cette condition à "la réelle simplicité de la
technologie et au manque de contrôle sur l'environnement" de tels
groupes. Et pourtant, les méthodes simples du Paléolithique étaient,
à leur manière, "avancées". Imaginez une technique culinaire de base
comme la cuisson à la vapeur effectuée à l'aide de pierres chaudes
placées dans un trou couvert ; elle est bien plus ancienne que
n'importe quelle poterie, bouilloires ou paniers (elle est en fait,
anti-récipient dans son orientatioin dénuée de surplus et d'échange)
et c'est aussi la façon de cuisiner la plus saine et nutrionelle,
bien meilleure pour la santé que la nourriture cuite à l'eau
bouillante, par exemple. Ou bien imaginez la fabrication d'outils en
pierre comme les couteaux "feuilles de laurier," longs et
exceptionnellement fins, délicatement taillés mais solides, que les
techniques de l'industrie moderne ne peuvent reproduire.

Le mode de vie de chasseur-cueilleur représente l'adaptation la plus
réussie et la plus durable jamais accomplie par l'humanité. Dans les
phénomènes occasionnels de pré-agriculture, la récolte intensive de
nourriture ou la chasse systématique d'une seule espèce peuvent être
les signes de l'effondrement imminent d'un mode de vie agréable qui
demeura trop longtemps statique précisément parce qu'il était
agréable. La "pénurie et le labeur quotidien" de l'agriculture,
selon les termes de Clark, est le véhicule de la
culture, "rationnel" uniquement dans son déséquilibre perpétuel et
sa progression logique vers une destruction toujours plus grande,
comme cela sera souligné par la suite.

Bien que les mots chasseur-cueilleur devraient être inversés (et ce
fut le cas grâce à des anthropologues) parce qu'il est reconnu que
la cueillette représente de loin le plus important facteur de
survie, la nature de la chasse présente un contraste flagrant avec
la domestication. La relation du chasseur envers l'animal chassé,
qui est souverain, libre et même considéré comme égal, est bien sûr
qualitativement différente de celle du fermier ou du berger envers
ses troupeaux réduits en esclavage sur lesquels il règne en maître
absolu.

La Religion Emerge pour Légitimer la Culture

La preuve du besoin d'imposer l'ordre ou de subjuguer se trouve dans
les rites coercitifs et les tabous impurs de la religion naissante.
La soumission du monde résultante qu'est l'agriculture, a au moins
certains de ses fondements où le comportement ambigü est exclu, la
pureté et la souillure imposées.

Lévi-Strauss définit la religion comme l'anthropomorphisme de la
nature ; la spiritualité première avait un lien participatif avec la
nature, ne lui imposant ni valeurs ni traits culturels. Les sens
sacrés dont elle est séparée, et le rituel et la formalisation,
supprimés de façon croissante des activités de la vie quotidienne et
sous le contrôle de spécialistes comme les chamanes et les prêtres,
sont étroitement liés à la hiérarchie et au pouvoir
institutionalisé. La religion émerge pour faire naître et légitimer
la culture, au moyen d'un ordre "plus élevé" de réalité ; elle est
particulièrement requise, dans cette fonction de maintient de la
solidarité sociale, par les demandes non naturelles de l'agriculture.

Dans le village Néolithique de Catal Hüytük en Anatolie Turque, une
pièce sur trois était utilisées dans des buts rituéliques. Le labour
et les semailles peuvent être perçus comme des renonciations
rituelles, selon Bukert, une forme de répression systématique
accompagnée par un élément sacrificiel. Parler de sacrifice, le
meurtre d'animaux domestiques (ou même d'humains) dans le but d'un
rituel, est répandu dans les sociétés agricoles et ne se retrouve
que là.

Certaines des religions principales du Néolothique ont souvent tenté
de soigner la rupture agricole avec la nature grâce au mythe de la
terre mère, et il est inutile de préciser que cela ne permet pas de
restaurer l'unité perdue. Les mythes de la fertilité occupent
également une place centrale : Osiris en Egypte, Perséphone en
Grèce, Baal à Canaan, et Jésus dans le Nouveau Testament, des dieux
dont la mort et la résurrection témoignent de la ténacité du sol,
sans parler de l'âme humaine. Les premiers temples impliquaient
l'émergence de cosmologies basées sur un modèle de l'univers comme
une arène de domestication ou une basse-cour, qui à son tour sert à
justifier la suppression de l'autonomie humaine. Alors que la
société précivilisée était, comme le souligna Redfield, "maintenue
par des conceptions éthiques largement non déclarées mais
continuellement réalisées," la religion se développait de façon à
créer des citoyens, en plaçant l'ordre moral sous contrôle public.

La domestication entraina l'initiation de la production, augmenta
largement la division du travail, et l'achèvement des fondations de
la stratification sociale. Ceci déboucha sur une mutation périodique
à la fois dans le caractère de l'existence humaine et de son
développement, qui ternit la dernière avec encore plus de violence
et de travail. Soit dit en passant, contrairement au mythe des
chasseurs-cueilleurs violents et aggressifs, des preuves récentes
montrent que les non-fermiers actuels, comme les Mbuti
(les "pygmés") qu'étudia Turnbull, et qui apparemment tuent, le font
avec un esprit dénué d'aggressivité, et même avec une sorte de
regret. D'un autre côté, la guerre et la formation de toute
civilisation ou état, sont irrémédiablement liées.

Les peuples primitifs ne se battaient pas pour des zones vers
lesquelles des groupes distincts pouvaient converger pour la
cueillette ou la chasse. Du moins, les luttes "territoriales" ne
font pas partie de la litérrature éthnographique, et il semble
improbable qu'elles aient eu lieu à la préhistoire alors que les
ressources étaient bien plus nombreuses et le contact avec la
civilisation inexistant.

En fait, ces peuples n'avaient aucune conception de propriété
privée, et le jugement figuratif de Rousseau, qui la divions sociale
était fondé par l'homme qui ensemençait le premier une parcelle de
terre, en disant "Cette terre m'appartient," et trouvait d'autres
personnes pour le croire, est essentiellement valide. "A moi et à
toi, les graines du mal n'ont pas leur place avec eux," lit-on dans
le compte-rendu de Pietro (1511) sur les indigènes rencontrés lors
du second voyage de Colomb. Des siècles plus tard, les Amérindiens
ayant survécu demandaient, "Vendre la Terre ? Et pourquoi pas aussi
vendre l'air, les nuages, la mer ?" L'agriculture cré et élève les
possessions ; songez à la racine anglaise, longing (envie) de
belogings (possessions), comme si elles en compensaient la perte à
jamais.

Existence Sédentaire et Servile

En outre, le travail, en tant que catégorie distincte de la vie,
n'existait pas avant l'agriculture. La capacité humaine à être
enchaîné aux cultures et aux troupeaux, se transmit plutôt
rapidement. La production de nourriture triompha de l'absence
commune ou de l'indigence ou du rituel et de la hiérarchie dans la
société, et introduisit des activités civilisées comme le travail
forcé pour la construction des temples. Voici la véritable "rupture
Cartésienne" entre la réalité intérieure et extérieure, la
séparation par laquelle la nature devint juste quelque chose
à "exploiter". Sur cette capacité à une existence sédentaire et
servile repose l'entière superstructure de la civilisation avec son
poids de répression sans cesse grandissant.

La violence masculine envers les femmes provient de l'agriculture,
qui transforma les femmes en bêtes de somme et en reproductrices.
Avant l'agriculture, l'égalitarisme de la vie de
fouilleurs "s'appliquait autant aux femmes qu'aux hommes," jugeait
Eleanor Leacock, dû à l'autonomie des tâches et au fait que les
décisions étaient prises par ceux qui les accomplissaient. En
l'abscence de production et de travaux laborieux pour les enfants
comme le désherbage, les femmes n'étaient pas consignées à de
pénibles corvées ou à la production constante de bébés.

Avec la malédiction du travail perpétuel, via l'agriculture, lors de
l'expulsion de l'Eden, Dieu dit à la femme, "j'augmenterai la
souffrance de tes grossesses ; tu enfenteras dans la douleur ; et
tes désirs se porteront vers ton mari, et il te dominera". De la
même façon, les premières lois codifiées connues, celles du roi
summerien Ur-Namu, prescrivaient la mort pour toute femme
assouvissant ses désirs hors du mariage. Puis Whyte fit référence au
motif que les femmes "perdirent leur lien avec les hommes lorsque
les humains abandonnèrent pour la première fois le mode de vie
simple de chasse et de cueillette," et Simone de Beauvoir vit dans
l'équation culturelle du labour et du phallus un symbole parfait de
l'oppression des femmes.

Alors que les animaux sauvages sont convertis en machines à produire
de la viande, le concept d'être "cultivé" est une vertue imposée au
peuple, impliquant l'élimination de la liberté d'avoir sa propre
nature, au service de la domestication et l'exploitation. Comme le
souligne Rice, à Summer, la première civilisation, les premières
cités possédaient des usines avec leur organisation élevée et leur
réfraction des techniques caractéristiques. A ce point, la
civilisation exige le travail humain et la production en masse de
nourriture, de constructions, la guerre et l'autorité.

Pour les Grecs, le travail était une malédiction et rien d'autre.
Son nom - ponos - possède la même racine qu'en Latin poena, la
peine. La fameuse malédiction de l'agriculture de l'Ancien Testament
lors de l'expulsion du Paradis (Genèse 3:17-18) nous remémore
l'origine du travail. comme le souligna Mumford, "Le conformisme, la
répétition, la patience, étaient les clés de cette culture
(Nélothique)... la patiente aptitude au travail". Dans cette
monotonie et cette passivité à cultiver et à attendre sont nées,
selon Paul Shepard, "les ressentiments profonds et latents, les
mélanges rudimentaires de rectitude et de lourdeur, et l'absence
d'humour" du paysan. On pourrait également ajouter une insensibilité
stoïque et un manque d'imagination, inséparables de la foi
religieuse, une humeur maussade et de la suspicion, parmi les traits
largement attribués à la vie domestiquée de la ferme.

Bien que la production de nourriture inclut, de par sa nature, une
acceptation latente de la domination politique, et bien que la
culture civilisatrice constituait dès le départ sa machine de
propagande, le changement impliqua une lutte monumentale. Against
His-Story, Against Leviathan !, de Fredy Perlman, sans égal sur le
sujet, enrichit largement l'attention de Toynbee concernant
le "prolétariat interne" et "externe," mécontent à l'intérieur et à
l'extérieur de la civilisation. Cependant, en suivant l'axe de la
plantation dans le fermage, du labour dans l'agriculture, jusqu'aux
différents systèmes d'irrigation, un génocide presque total des
chasseurs-cueilleurs se produisit par nécéssité.

La formation et le stockage des surplus font partie de la volonté
domestiquante de contrôler et de faire des statistiques, un des
aspects de la tendance à symboliser. Remparts contre le flot de la
nature, les surplus prennent la forme de troupeaux et de greniers.
Stocker le grain fut le premier véhicule d'équivalence, la plus
ancienne forme de capital. Ce ne qu'avec l'apparition de la richesse
sous forme de grains entreposable que la progression du travail et
des classes sociales avança. Alors qu'il y avait certainement des
grains sauvages avant tout ceci (et le blé sauvage, en fait,
contient 24 % de protéïnes contre 12 % pour le blé domestique) la
tendance à la culture fait toute la différence. La civilisation et
ses cités reposaient plus sur les grains que sur la symbolisation.

Les Origines de l'Agriculture

Le mystère autour de l'origine de l'agriculture semble bien plus
impénétrable à la lumière du récent renversement des notions de
longue date faisant de l'ère antérieure, celle de l'hostilité à la
nature et de l'abscence de loisirs. "On ne peut plus prétendre,"
écrit Orme, "que les premiers hommes domestiquèrent les plantes et
les animaux afin d'échapper aux travaux pénibles et à la famine. En
fait, le contraire s'avèra plutôt exact, et la venue de la culture
vit la fin de l'innocence". Durant longtemps, la question fut de
savoir "pourquoi n'avait-on pas adopté l'agriculture plus tôt au
cour de l'évolution humaine ?" Depuis peu, nous savons que
l'agriculture, selon les termes de Cohen, "n'est pas plus facile que
la chasse et la cueillette et n'offre pas de nourriture de meilleure
qualité, au goût plus agréable, ni plus saine". Alors, la question
consensuelle est désormais, "pourquoi l'avoir adopté dans ce cas ?"

De nombreuses théories furent avancées, aucune ne s'avérant
convaincante. Childe et d'autres prétendent que l'augmentation de la
population poussa les sociétés humaines à des contacts plus intimes
avec les autres espèces, menant à la domestication et au besoin de
produire afin de nourrir les personnes supplémentaires. Mais il a
été prouvé de manière plutôt concluante que l'augmentation de la
population n'a pas précédé l'agriculture mais en fut la cause. "Je
ne vois aucune preuve de par le monde," conclut Flannery, "qui
suggère que la pression de la population fut responsable du
commencement de l'agriculture". Une autre théorie veut que des
changements climatiques majeurs survinrent à la fin du Pléistocène,
il y a environ 11 000 ans, ce qui surpris le vieux monde des
chasseurs-cueilleurs et mena directement à la culture de certaines
denrées survivantes. Les méthodes de datation récentes ont permis de
démolir cette approche ; il ne se produisit aucun changement
climatique de ce genre qui aurait pû déboucher sur un nouveau mode
de vie. A côte de celà, il existe un grand nombre d'exemples où
l'agriculture a été adoptée - ou refusée - sous tout type de climat.
D'après une autre hypothèse majeure, l'agriculture fut introduite
par une découverte fortuite ou par invention comme s'il n'était
jamais arrivé aux espèces avant un certain moment que, par exemple,
la nourriture pousse à partir de graines plantées. Il semble que les
humains du Paléolithique avaient une connaissance virtuellement
inépuisable de la flore et de la faune depuis plus de dix mille ans
avant que ne commence la culture des plantes, ce qui rend cette
théorie plutôt faiblarde.

Se rattacher à la synthèse de Carl Sauer prétendant
que "l'agriculture ne provient pas de la culture ou du manque
répétitif de nourriture" suffit, en fait, à écarter virtuellement
toutes les théories originaires qui ont été avancées. Une idée
persistante, présentée par Hahn, Isaac et d'autres, soutient que la
production de nourriture démara à la base comme activité religieuse.
Cette hypothèse est la plus convaincante.

Les moutons et les chèvres, les premiers animaux domestiqués, sont
réputés pour avoir largement été utilisés lors de cérémonies
religieuses, et pour avoir été élevés dans des prés clos afin d'être
sacrifiés. Cependant, avant qu'ils ne soient domestiqués, les
moutons n'avaient pas de laine permettant des usages textiles. La
principale utilisation de poules en Asie du Sud-Est et dans la
Méditerranée Orientale - les premiers centres de civilisation -
"semble avoir été," selon Darby, "sacrificielle ou divinatoire
plutôt qu'alimentaire." Sauer ajoute que les qualités de la ponte
d'oeuf et la production de viande de la volaille apprivoisée "sont
plus des conséquences tardives de leur domestication". Les bovins
sauvages étaient féroces et dangereux ; ni la docilité des boeufs ni
la texture modifiée de la viande de ces oeunuques n'étaient
prévisibles. La traite des bovins ne se produisit que plusieurs
siècles après leur captivité initiale, et les représentations
indiquent que leur premiers harnachements servaient à tirer les
chariots lors de processions religieuses.

Les plantes, qui furent contrôlées par la suite, présentent des
éléments similaires pour autant que l'on sâche. Prenons les exemples
de la courge et de la citrouille du Nouveau monde, utilisées à la
base comme hochets de cérémonies. Johannessen examina les mobiles
religieux et mystiques liés à la domestication du maïs, la culture
la plus importante du Mexique, et au centre de la religion indigène
du Néolithique. De même, Anderson effectua des recherches sur la
sélection et le développement de types distincts de diverses plantes
cultivées pour leur signification magique. j'ajouterai que les
chamanes se trouvaient bien placés dans leurs positions de pouvoir
pour introduire l'agriculture via l'apprivoisement et la plantation
impliqués dans les rituels et la religion, superficiellement
mentionés ci-dessus.

Même si l'explication religieuse des origines de l'agriculture fut
quelque peu oubliées, elle nous amène, à mon avis, sur le seuil de
la véritable explication de la naissance de la production : cette
force aliénatrice non rationelle et culturelle qui se répand sous
les formes du temps, du langage, du nombre et de l'art, pour
finalement coloniser la vie matérielle et psychique dans
l'agriculture. La "religion" est une conceptualisation trop étroite
de cette infection et de son développement. La domination est trop
pesante, trop omniprésente pour avoir été uniquement véhiculée par
la pathologie qu'est la religion.

Mais les valeurs culturelles de contrôle et d'uniformité qui font
partie de la religion font certainement partie de l'agriculture, et
ce, depuis le départ. En remarquant que la pollinisation croisée des
variétés de maïs se faisaient très facilement, Anderson étudia les
agriculteurs primitifs d'Assam, la tribu Naga, et leur variété de
maïs qui ne présente aucune différence de plante à plante. Conforme
à la culture, montrant qu'elle est complète dès le début de la
production, les Naga conservèrent leurs variétés aussi
pures "uniquement grâce à une adhésion fanatique au type idéal."
Ceci illustre le mariage de la culture et de la production dans la
domestication, et son inévitable progéniture, la répression et le
travail.

L'entretien scrupuleux des variétés de plantes trouve son parallèle
dans la domestication des animaux, qui défie également la séléction
naturelle et rétablit le monde organique contrôlable à un niveau
dévalorisant et artificiel. Comme les plantes, les animaux sont de
simples choses que l'on manipule ; une vache, par exemple, est
considérée comme une sorte de machine transformant l'herbe en lait.
Transmuer de l'état de liberté à celui de parasites sans défense,
ces animaux deviennent complètement dépendant de l'homme pour leur
survie. Chez les mammifères domestiques, en règle générale, la
taille du cerveau devient relativement plus petite puisque les
spécimens sont produits pour fournir plus d'énergie à la croissance
et moins à l'activité. Placides, infantilisés, peut-être
caractérisés par les moutons, les troupeaux les plus domestiqués ;
l'intelligence remarquable des moutons sauvages se perd totalement
dans leurs équivalents domestiques. Les relations sociales chez les
animaux domestiques sont réduites au plus strict minimum. Les
parties non-reproductive du cycle de vie sont minimisées, les
parades de séduction sont écourtées, et les véritables capacités de
l'animal à reconnaître sa propre espèce sont diminuées.

Le fermage créa également le potentiel pour une destruction
environnementale rapide et la nouvelle domination de la nature a
déjà commencé à transformer le vert manteau qui recouvrait les lieux
de naissance des civilisations en zones stériles et sans vie. "De
vastes régions ont complètement changé d'aspect," estime
Zeuner, "toujours pour des conditions presque plus sèches depuis les
débuts du Néolithique". Des déserts occupent désormais la plupart
des endroits où fleurirent jadis les grandes civilisations, et l'on
trouve beaucoup d'indices historiques prouvant que ces formations
ruinèrent inévitablement leurs environnements.


Dans le Bassin Méditerranéen et dans les régions avoisinnantes du
Proche Orient et de l'Asie, l'agriculture transforma des terres
luxuriantes et hospitalières en terrains épuisés, secs et
rocailleux. Dans Critias, Platon décrivit Attica comme "un squelette
ravagé par la maladie," en faisant réference à la déforestation de
la Grèce et en la comparant avec ses richesses premières. Le
pâturage de chèvres et de moutons, les premiers ruminants
domestiqués, fut l'un des principaux facteurs du dépouillement de la
Grèce, du Liban et de l'Afrique du Nord, ainsi que de la
désertification des empires Romain et Mesopotamien.

Les Humains Firent Long Feu

Un autre aspect plus immédiat de l'agriculture, mis à jour de façon
croissante ces dernières années, implique le bien-être physique de
ses sujets. Les recherches de Lee et Devore montrent que "le régime
des cueilleurs était bien meilleur que celui des cultivateurs, que
la famine est rare, que leur état de santé était générallement
supérieur, et qu'il y avait un plus faible effets de maladies
chroniques". De même, Farb résuma, "La production fournit un régime
alimentaire inférieur basé sur un nombre limité d'aliments, bien
moins fiables à cause des saccages et des caprices du temps, et bien
plus coûteux en terme de travail humain".

Le champ nouveau qu'est la paléopathologie a atteint des conclusions
bien plus catégoriques soulignant, comme Angel, le "brusque déclin
de la culture et la nutrition" provoqué par le changement entre la
cueillette de nourriture et la production de nourriture. Des
conclusions antérieures sur la durée de vie ont également été
revues. Malgré les compte-rendus de témoignages visuels espagnols du
16ème siècle, parlant des pères, chez les Indiens de Floride, qui
voyaient leur cinquième génération avant de trépasser, on a
longtemps cru que les primitifs mourraient vers 30 ou 40 ans.
Robson, Boyden et d'autres ont dissipé la confusion entre la
longévité et l'espérance de vie, et découvert que les chasseurs-
cueilleurs moyens, sauf en cas de blessure et d'infection grave,
survivaient souvent à leurs contemporains civilisés. Depuis l'époque
industrielle, ce n'est que très récemment que la durée de vie s'est
allongée pour l'espèce, et il est maintenant largement reconnu qu'à
la période du Paléolithique, les humains vivaient longtemps, une
fois que certains risques étaient passés. DeVries a raison en
considérant que la durée de vie est brusquement retombée au contact
de la civilisation.

"La tuberculose et les maladies diarrhéiques ont dû attendre le
développement des fermes, la rougeole et la peste bubonique,
l'apparition des grandes cités," écrivit Jared Diamond. La malaria,
probablement la plus grand tueuse de l'humanité, et presque toutes
les autres maladies infectieuses sont l'héritage de l'agriculture.
Les maladies nutritionelles et dégénératives apparaissent
généralement avec le reigne de la domestication et de la culture. Le
cancer, la thrombose coronarienne, l'anémie, les carries dentaires,
et les troubles mentaux ne sont que quelques-unes des empreintes de
l'agriculture ; auparavant les femmes accouchaient sans difficultés
et avec peu ou pas de douleur.

Les gens étaient bien plus vivants dans tous les sens du terme. Les !
Kun San, reporte R.H. Post, entendent le moteur d'un avion passant
à100 m d'altitude, et beaucoup d'entre-eux parviennent à voir les
quatre lunes de Jupiter à l'oeil nu. Le jugement sommaire de Harris
et Ross, d'"un déclin général de la qualité - et probablement dans
la durée - de la vie humaine chez les fermiers comparé aux premiers
groupes de chasseurs-cueilleurs," est minimisé.

L'une des idées les plus persistantes et universelles est qu'il y
eut jadis un Age d'Or de l'innocence précédant le début de
l'histoire. Hésiode, par exemple, se réferra à "la terre
nourricière, qui produisisait ses fruits abondants non corrompus par
le labeur." L'Eden était clairement le foyer des chasseurs-
cueilleurs et le désir exprimé par les images historiques de paradis
doivent avoir été celles de laboureurs désillusionés par la perte
d'une vie de liberté et de confort relatif.

L'histoire de la civilisation montre le déplacement croissant de la
nature dans l'expérience humaine, en partie caractérisé par une
diminution du choix de nourriture. Selon Rooney, les peuplades
préhistoriques tiraient leur nourriture de près de 1500 espèces de
plantes sauvages, alors que, "Toutes les civilisations", nous
rappelle Wenke, "ont été basées sur la culture de six sortes de
plantes : le blé, l'orge, le millet, le riz, le maïs, et les
patates".

Il est criant de vérité qu'au cours des siècles "le nombre
d'aliments comestibles différents qui sont réellement mangés,"
souligne Pyke, "a régulièrement diminué". La population mondiale
dépend désormais pour la plus grande partie de sa subsistance, de
seulement une vingtaine de sortes de plantes alors que leurs
variétés naturelles sont remplacées par des hybrides artificielles
et que le pool génétique de ces plantes devient beaucoup moins
varié.

La diversité de la nourriture tend à disparaître ou à se restreindre
au fur et à mesure qu'augmente la proportion de nourriture
manufacturée. Aujourd'hui on distribue dans le monde entier les même
articles alimentaires de sorte qu'un Inuit et un Africain pourront
bientôt manger du lait en poudre fabriqué dans le Wisconsin ou des
sticks de poissons surgelés provenant d'une usine Suédoise. Quelques
grosses multinationales telles qu'Unilever, la plus grosse
entreprise de produits alimentaires du monde, président un système
de service hautement intégré dont l'objectif n'est pas de nourrir ni
même d'alimenter, mais d'imposer au monde entier une consommation
toujours plus importante de produits fabriqués et transformés.

Lorsque Descartes énonça le principe de l'exploitation complète de
la matière pour n'importe quelle utilisation comme fonction unique
de l'homme, notre séparation de la nature était virtuellement
complète et dressait le décor pour la Révolution Industrielle. Trois
cent cinquante ans plus tard cet esprit perdure en la personne de
Jean Vorst, conservateur du Musée Français d'Histoire Naturel, qui
proclame que notre espèces, "à cause de l'intellect", ne peut plus
retraverser un certain seuil de civilisation et faire à nouveau
partie d'un habitat naturel. Il déclare en plus, exprimant
parfaitement l'impérialisme originel et persistant de
l'agriculture, "Comme la terre, dans son état primitif, ne suis pas
notre expansion, l'homme doit l'enchaîner pour remplir la destiné
humaine."

Les premières usines ont bel et bien imité le modèle de
l'agriculture, indiquant encore qu'à la base toute prodcution de
masse c'est la ferme. Il faut briser le monde naturel et lui imposer
le travail. On pense aux prairies du centre des Etats-unis où les
colonisateurs durent atteler six boeufs à un joug afin de creuser le
sol pour la première fois. Ou à une scène des années 1870 dans La
Pieuvre de Franck Norris, dans laquelle les convois de charrues
étaient conduits comme "une grande colonne d'artillerie de campagne"
à travers la Vallée de San Joaquin, creusant 175 sillons à la fois.

L'Organique est Mécanisé

Aujourd'hui, l'organique, du moins ce qu'il en reste, est pleinement
mécanisé sous l'égide de quelques compagnies pétrochimiques. Leurs
engrais, leurs pesticides, et leurs herbicides chimiques ainsi que
le quasi-monopole des stocks de graines mondiaux définissent un
environnement total qui intègre la production de nourriture depuis
les semis jusqu'à la consommation. Même si Lévi-Strauss a raison en
disant que "La civilisation produit la monoculture comme celle de la
betterave à sucre", ce n'est que depuis la Seconde Guerre Mondiale
qu'une orientation complètement synthétique a commencé à dominer.

L'agriculture fait ressortir du sol plus de matière organique
qu'elle n'en fait rentrer, et l'érosion du sol est la base de la
monoculture de plantes annuelles. En ce qui concerne ces dernières,
certaines sont développées avec des résultats dévastateurs pour la
terre ; c'est le cas du coton et du soja, du maïs, qui sous sa forme
de culture actuelle est totalement dépendant de l'agriculture pour
sa survie, ce qui est particulièrement mauvais. J. Russel Smith
l'appelait "la tueuse de continent ... et l'une des pires ennemies
de l'avenir de l'humanité." Le coût des érosions d'un boisseau de
maïs en Iowa correspond à deux boisseaux de couche arable, ce qui
met en évidence la destruction plus générale des terres agricoles à
l'échelle industrielle. Le labour continuel de vastes monocultures,
avec en plus l'utilisation massive de produits chimiques sans aucune
application de fumier ou d'humus, va évidemment provoquer la
détérioriation du sol et une perte énorme à des niveaux plus
importants.

Pour le mode d'agriculture dominant, le sol a besoin d'infusions
massives de produits chimiques, supervisées par des techniciens dont
l'objectif primordial est de maximiser la production. Les engrais
artificiels et tout le reste nécessaire à cette récolte élimine le
besoin du sol pour la vie complexe et le convertit en fait en un
simple instrument de production. La promesse de la technologie c'est
un contrôle total, un environnement complètement artificiel qui ne
fait que remplacer l'équilibre naturel de la biosphère.

Mais on consacre de plus en plus d'énergie pour financer les grandes
récoltes de monocultures qui commencent à décliner, sans se
préoccuper de la contamination du sol, des nappes phréatiques et de
la nourriture par des produits toxiques. Le Département Américain de
l'Agriculture prétend que l'érosion due à l'agriculture dans ce pays
survient au niveau de deux milliards de tonnes de terre par an.
L'Académie des Sciences estime que plus d'un tiers de couches
arables a déjà définitivement disparu. Le déséquilibre écologique
causé par les monocultures et engrais sythétiques provoque un
important développement des maladies dues aux parasites et aux
cultures ; depuis la Seconde Guerre Mondiale, la perte de récoltes
dues aux insectes a en fait doublé. La technologie répond, bien
évidemment, en faisant monter en flèche l'utilisation d'engrais
synthétiques, mais aussi d'herbicides et de pesticides, accélérant
ainsi le crime contre la nature.

Un autre phénomène d'après-guerre, la Révolution Agraire, annoncée
comme le salut du Tiers Monde appauvrit par le capitalisme et la
technologie Américaines. Mais plutôt que de nourrir les affamés, la
Révolution Agraire transforma des millions de pauvres des campagnes
d'Asie, d'Amérique Latine et d'Afrique en victimes d'un programme
favorisant les grandes fermes industrielles. Cela se conclut par une
énorme colonisation tehnologique créant une dépendance envers l'agro-
business capitaliste-intensif, détruisant un communalisme agraire
plus ancien, nécessitant une consommation massive d'énergie fossile
et détruisant la nature à un niveau sans précédent.

La désertification, ou la perte des terres due à l'agriculture,
augmente régulièrement. Chaque année, de par le mode, une zone
équivalent à deux fois la Belgique est recouverte par les sables. Le
destin des forêts tropicales est un facteur dans l'accélération de
ce assèchement : la moitié d'entre-elles ont été rasées durant les
30 dernières années. Au Botswana, la dernière région sauvage
d'Afrique a disparu comme la jungle d'Amazonie et plus de la moitié
des forêts tropicales d'Amérique Centrale, principalement pour y
élever du bétail destiné aux marché du hamburger aux USA et en
Europe. Les quelques zones ayant échappé à la déforestation sont
celles où l'agriculture ne souhaite pas aller ; la destruction de la
terre aux USA s'étend sur une surface plus large que celles
comprenant les 13 colonies d'origine, au fond, c'est comme les
graves famines en Afrique au début des années 80 et l'extinction
d'espèces d'animaux et de plantes sauvages l'une à la suite de
l'autre.

Pour en revenir aux animaux, on se souviendra des mots de la Genèse
où Dieu dit à Noé,"Vous serez un sujet de crainte et d'effroi pour
tout oiseau du ciel, pour tout ce qui se meut sur la terre, et pour
les poissons de la mer : ils sont livrés entre vos mains". Lorsqu'un
territoire nouvellement découvert était visité par l'avant-garde de
la production, comme le démontre une littérature largement
descriptive, les mammifères et les oiseaux sauvages ne montrèrent
aucune peur face aux explorateurs. Cependant, la mentalité agricole,
si bien prédit par le passage biblique, projette une croyance
exagéré en la férocité des animaux sauvages, provenant d'un
éloignement et d'une perte de contact avec le monde animal ainsi que
du besoin d'y maintenir une domination.

Le destin des animaux domestiques est défini par le fait que les
techniciens agricoles prennent continuellement les entreprises comme
modèles pour affiner leur systèmes de production. La nature est
bannie de ces systèmes commme de plus en plus les animaux de fermes
sont maintenus largement immobiles tout au long de leur vie
déformée, confinés dans un environnement à haute-densité et
complètement artificiel. Des milliards de poulets, de porcs et de
veaux, par exemple, ne voient même plus la lumière du jour et vont
encore moins paître dans les champs - les champs poussent dans le
silence puisque de plus en plus de pâturages sont labourés pour y
cultiver afin de nourrir ces êtres honteusement enfermés.

Les poulets haute-technologie, dont l'extrémité du bec a été coupée
pour éviter les morts dues aux combats provoqués par le stress,
vivent souvent à quatre ou cinq dans des cages de 30 x 45 cm et sont
régulièrement privés de nourriture et d'eau pendant presque dix
jours pour réguler leurs cycles de pontes. Les porcs vivent à même
les sols en béton et sans paillasse ; les pieds gangrenés, les
queues coupées et le cannibalisme sont endémiques à cause des
conditions physiques et du stress. Les truies allaitent leurs petits
en étant séparées par des grilles métalliques, la mère et sa
progéniture se voient ainis privées de contacts naturels. Les veaux
sont souvent élevés dans l'obscurité totale, enchainés à des stalles
si étroites qu'elles les empêchent de tourner ou d'adopter toute
autre position. Ces animaux sont généralement soumis à des régimes
constants de médicaments à cause des tortures et de leur sensibilité
accrue aux maladies : la production animale automatisée repose sur
les hormones et les antibiotiques. Une telle cruauté, aussi
systématique, en plus du genre de viande qui peut en résulter, nous
rappelle que la captivité et toute forme d'esclavage a pour
concepteur ou modèle l'agriculture.

Projet de Maîtrise de la Nature

La nourriture a été l'un de nos plus directs contacts avec
l'environnement naturel, mais nous nous sommes rendus de plus en
plus dépendant du système de production technologique dans lequel,
finalement, même nos sens sont devenus redondants ; le goût, jadis
vital pour juger de la valeur ou de la sûreté d'un aliment, n'est
plus expérimenté, mais plutôt certifié par un label. Généralement,
la salubrité de ce que nous consommons décline et la terre jadis
cultivée pour la nourriture produit désormais du café, du tabac, des
graines pour les alcools, de la marijuana, et d'autres drogues qui
favorisent les contextes de famine. Même les aliments non-
transformés comme les fruits ou les légumes sont désormais cultivés
pour devenir sans goût et identiques parce que les demandes de
manutention, de transport et de stockage, sont des considérations
plus essentielles que les demandes en nutrition et en plaisir.

La guerre totale s'inspira de l'agriculture pour défolier des
millions d'acres en l'Asie du Sud-Est durant la guerre du Vietnam,
mais le pillage de la biosphère devient même encore plus mortel dans
ses formes quotidiennes et globales. La nourriture, en tant que
fonction de production a également lamentablement échoué au niveau
le plus évident : la moitié de l'humanité, comme chacun le sait,
souffre de malnutrition et de famine.

Pendant ce temps, les "maladies de la civilisation", dont parlaient
Eaton et Konner dans le New England Journal of Medecine du 31
Janvier 1985, une fois comparées aux régimes sains pré-agricoles,
mettent en valeur le monde d'inadaptation persistante, triste et mal
en point dans lequel nous vivons, en étant les proies des
fabriquants de médicaments, de cosmétiques, et de nourriture. La
domestication atteint de nouveaux sommets dans la pathologie avec
l'alimentation génétique, avec de nouveaux types d'animaux en
perspective, ainsi que l'invention de plantes et de microrganismes.
Logiquement, l'humanité finira elle aussi sous une domestication de
cet ordre puisque le monde de la production nous transforme autant
qu'il dégrade et déforme tout autre système naturel.

Le projet de maîtrise de la nature initiée et menée à bien par
l'agriculture, a pris des proportions gigantesques. Le "succès" du
progrès de la civilisation, un succès que l'humanité première n'a
jamais voulu, a de plus en plus un goût de cendres. James Serpell le
synthétisa de cette façon : "En résumé, il apparaîtrait que nous
ayons atteint le bout de la ligne. Nous ne pouvons plus nous
étendre ; il semble que nous soyons incapables d'intensifier la
production sans déclencher de nouveaux chamboulements, et sans que
la planète ne deviennent rapidement un terrain vague". Lee et Devore
notèrent comment tout cela arriva vite, et à quoi ressemblera le
destin probable de la civilisation pour les archéologues
interplanétaires du futur : "... une période longue et stable de
chasse et de cueillette à petite échelle fut suivie par une
efflorescence apparemment instantanée de technologie ...menant
rapidement à l'extinction. 'Stratigraphiquement' l'origine de
l'agriculture et de la destruction thermonucléaire apparaîtront
essentiellement simultanées".

Le physiologiste Jared Diamond désigne le début de l'agriculture
comme "une catastrophe dont nous ne nous sommes jamais remis".
L'agriculture a été et demeure une "catastrophe" à tous les niveaux,
une catastrophe qui étaye la matière et la culture spirituelle de
l'aliénation qui est en train de nous détruire. La libération est
impossible sans sa dissolution.

#7 doutoïd

doutoïd

    Guerrier mystique gaïen

  • Bannis
  • 1 776 Messages :
  • Genre : Homme
  • Localisation : par ici ou par là

Posté 01 octobre 2005 à 11:14

Bonjour,

Je vois pas bien où tu veux en venir?

Les chasseurs-cueilleurs étaient-ils pacifiques?

Quels étaient les rapports hommes/ femmes?

les jeunes en âge de procréer ne provoquaient-ils pas leurs ainés?

Ne se battaient-ils pas  lorsque deux groupes se rencontraient sur une même zone de chasse ou de cueillette?

les groupes plus faibles numériquement étaient-ils exterminés?

Les groupes plus faibles ne compensaient-ils pas leur faiblesse en se reproduisant plus rapidement?

ne compensaient-ils pas en innovant?

L'homme n'avait-il pour seuls buts, le loisir, la chasse, la cueillette et la reproduction?

N'avait'il pas la conscience de la mort et donc un questionnement intérieur?

n'a t'il pas appris naturellement que les plantes poussaient à partir de graines et que par simple observation, il compris qu'il pouvait faire pousser ce qu'il aimait manger?

La cause de tous ces problèmes est elle bien l'agriculture, ou bien ne serait ce pas plutôt l'ignorance??

A bientôt :D

#8 moimaime

moimaime

    Chercheur d'idées

  • Membres
  • 779 Messages :

Posté 01 octobre 2005 à 17:51

doutoïd, le Samedi 01 Octobre 2005, 11:16, dit :

Bonjour,

Je vois pas bien où tu veux en venir?

Les chasseurs-cueilleurs étaient-ils pacifiques?

Quels étaient les rapports hommes/ femmes?

les jeunes en âge de procréer ne provoquaient-ils pas leurs ainés?

Ne se battaient-ils pas  lorsque deux groupes se rencontraient sur une même zone de chasse ou de cueillette?

les groupes plus faibles numériquement étaient-ils exterminés?

Les groupes plus faibles ne compensaient-ils pas leur faiblesse en se reproduisant plus rapidement?

ne compensaient-ils pas en innovant?

L'homme n'avait-il pour seuls buts, le loisir, la chasse, la cueillette et la reproduction?

N'avait'il pas la conscience de la mort et donc un questionnement intérieur?

n'a t'il pas appris naturellement que les plantes poussaient à partir de graines et que par simple observation, il compris qu'il pouvait faire pousser ce qu'il aimait manger?

La cause de tous ces problèmes est elle bien l'agriculture, ou bien ne serait ce pas plutôt l'ignorance??

A bientôt :D
bonjour.

Eh bien simplement je pense et ces texte vont dans ce sens,qu'il existe une enorme différence entre etre humain civilisé,domestiqué et entre ceux qui ne le sont pas.

Oui je pense qu'ils étaient et sont(il en reste encore quand meme mais leur espace de vie finit en papier cul,en journaux ou en table...)

Ces textes vont dans le sens d'un raport homme femme egalitaire.

Apres,une fois déréglés,on peut penser que les homme de par leur force physique prennent le pouvoir.


Pourquoi les jeunes devraient provoquer leur ainé?(surtout si on a pas profiter d'eux pendant qu'ils étaient jeune comme on le fait dans les sociétés modernes).

De plus les ainés ne sont pas obligatoirement des vieux croulant quelques soit leur ages.


Lorsqu'il y a abondance je ne vois pas l'interet de se battre.


Lorsque ce n'est pas le cas,non plus.(de plus,n'oublie pas que l'on a pas toujours été 6,5 milliards.Apperemment la population a été stable pendant tres longtemps...)



les groupes plus faible numériquement?  pkoi plus faible?

Pourquoi exterminés?



Pourquoi faudrait il une carrotte pour avoir envie de prolonger son existence, peut etre étaient ils tout simplement heureux de vivre.

Les "buts" que nous nous fixons sont tout à fait illusoire.Meme si l'on dit "vouloir sauver la planete" ce but n'est possible que parce que l'on à  bien abimé notre planete.Alors s'il faut faire des bétises pour que les generations suivante aient un but...



La conscience de mort,n'implique pas la peur de la mort.

Et je les imagine spirituellement bien plus élevés que les civilisés.

(toi qui parle de chamanisme dans un autre post,tu as remarqué dans le premier texte,il est ecrit a propos d'une tribu qu'elle semble  savoir ce que ressente les animaux qui les entourent.Surement les plantes aussi.)


Alors pour la question suivane,deja il faut savoir que dans un contexte d'alimentation 100 % naturel,il n'y a rien de bon ou de mauvais dans l'absolu.Le gout agréable ou désagreable(ainsi que l'odeur ) indique si le corps a besoin de tel ou tel aliment.

Pour ce qui est des chasseurs ceuilleurs qui transforment une partie de  leur nourriture(cuisson,melange...) ça change déja la donne(aujourd'hui les c.ceuilleurs restant sont surement tous dans ce cas là).

Là effectivement,ils doivent déja avoir des préférences gustatives et se dire que,mettons le manioc cuit aura toujours le meme gout(ou presque).


D'ailleurs je pense que c'est surement la cuisson qui est à l'origine de l'agriculture puisque cette derniere leur permettait de produire leur propre nourriture et donc de manger les aliments(transformés) qui leur plaisaient le plus(avec un plaisir bien moindre qu'un aliment naturel ,consommé lorsque l'ont en a besoin).

Et là,on s'est retrouvé avec qques pauvres variétés de céréales du lait de vache,des animaux qui ne ressemblent à plus rien et qques fruit et légumes...

Et "l'obligtion" de trouver des recettes de plus ne plus compliquées pour trouver du plaisir à manger.


Maintenant,des chasseur ceuilleur actuel qui transforme une partie de leur nourriture (nourriture qui est bien supérieur à la notre à la base) qui vivent en pleine foret,qui ne perdent pas leur vie à la gagner etc..
s'en sorte surement beaucoup mieux que nous quand meme.

Et c'est ce qui semble etre dit dans le texte.Et ça ne m'etonne pas.




L'ignorance de quoi serait la source de tous nos problemes?

Je suggérerai plutot l'oublit dans ce cas.Et le fait de ne plus s'ecouter soi meme mais de s'en remettre à d'autre(les parents,le maitre d'ecole,le medecin,dieu,les pasteur(et Pasteur aussi  :D )...les chamans! comme il le dit dans le texte   etc etc...)

#9 doutoïd

doutoïd

    Guerrier mystique gaïen

  • Bannis
  • 1 776 Messages :
  • Genre : Homme
  • Localisation : par ici ou par là

Posté 02 octobre 2005 à 06:53

Bonjour,

les études qui ont été faites sur les chasseurs cueilleurs sont récentes, il me semble.

rien ne dit que les chasseurs -cueilleurs du paléolithique avait les mêmes comportements.

ceux qui ont été étudiès ne sont peut être que des exceptions qui confirment la règle.

je ne pense pas que tous les groupes d'hommes avaient le même comportement.

Il me semble que compte tenu du cerveau qui est le nôtre et celui qui était le leur à cette époque, ils se soient contentés de chasse et de cueillette. Ils devaient ,à coup sûr, se trouver un homme ou une femme plus malin que les autres pour inventer une astuce permettant de se facilité la vie.

l'égalité homme, femme suppose que l'homme accepte que les femmes aillent voir d'autres hommes. ce comportement existe chez certains groupes dans la forêt amazonienne, sauf que ces groupes peuvent vous fracasser le crâne d'un coup de gourdin dés que vous avez tourné le dos.

Les jeunes hommes en âge de se reproduire sont très puissants et fougueux, tous les groupes n'ont peut être pas su réguler leur agressivité naturelle.


Non, en fait ce qui me gène dans ce texte, c'est le caractère uniforme, homogène qu'on prête aux chasseurs-cueilleurs et la transition vers l'agriculture comme une anomalie qui serait apparu sans qu'on sache comment.

A mon sens, intuitivement, les groupes d'hommes n'étaient pas homogènes, les groupes, même en petit nombre, n'avaient probablement pas les mêmes habitudes, ni les même "coutumes".

Du fait de leur petit nombre et le fait, supposé, qu'ils ne se rencontraient que très rarement, laisse supposer qu'ils se sont développés séparément et dans des directions différentes.

Le groupe de chasseur-cueilleur est certainement un groupe qui a su vivre en paix et en harmonie avec son environnement, mais d'autres groupes ont pris un chemin différent.

ce qui me gène dans ce genre de discours c'est le côté unilatéral et manichéen, d'un côté les bons chasseurs-cueilleurs et de l'autre les mauvais qui ont inventé l'agriculture, la roue, la cuisson des aliments....

c'est pour ça, il me semble, que c'est l'ignorance qui est en jeu dans cette histoire.

Il ne s'agit pas d'ignorance au sens où on l'entend, en opposition à celui qui est éduqué, mais de l'ignorance de celui qui n'a pas ou qui a perdu la sagesse, le sentiment, l'intuition des conséquences et de l'importance des choses. Il ne s'agit pas d'oubli, il s'agit de comportements déviant et associaux dûs, il me semble, à l'exclusion, à  des éléments qui ont été chassés ou forcés à migrer pour une raison inconnu.

dieu chassant Adam et Eve de l'eden??

Quel dieu? une entité étrangère?

la naissance d'une croyance particulière?

l'utilisation de plantes psychotropes?

evolution naturelle de l'homme qui tend à transformer son environnement?

ou peut être tout ça à la fois, car la diversité est plus probable que l'uniformmité.

A bientôt :D

#10 moimaime

moimaime

    Chercheur d'idées

  • Membres
  • 779 Messages :

Posté 02 octobre 2005 à 11:52

doutoïd, le Dimanche 02 Octobre 2005, 06:55, dit :

Bonjour,

les études qui ont été faites sur les chasseurs cueilleurs sont récentes, il me semble.

rien ne dit que les chasseurs -cueilleurs du paléolithique avait les mêmes comportements.

ceux qui ont été étudiès ne sont peut être que des exceptions qui confirment la règle.

je ne pense pas que tous les groupes d'hommes avaient le même comportement.

Il me semble que compte tenu du cerveau qui est le nôtre et celui qui était le leur à cette époque, ils se soient contentés de chasse et de cueillette. Ils devaient ,à coup sûr, se trouver un homme ou une femme plus malin que les autres pour inventer une astuce permettant de se facilité la vie.

l'égalité homme, femme suppose que l'homme accepte que les femmes aillent voir d'autres hommes. ce comportement existe chez certains groupes dans la forêt amazonienne, sauf que ces groupes peuvent vous fracasser le crâne d'un coup de gourdin dés que vous avez tourné le dos.

Les jeunes hommes en âge de se reproduire sont très puissants et fougueux, tous les groupes n'ont peut être pas su réguler leur agressivité naturelle.


Non, en fait ce qui me gène dans ce texte, c'est le caractère uniforme, homogène qu'on prête aux chasseurs-cueilleurs et la transition vers l'agriculture comme une anomalie qui serait apparu sans qu'on sache comment.

A mon sens, intuitivement, les groupes d'hommes n'étaient pas homogènes, les groupes, même en petit nombre, n'avaient probablement pas les mêmes habitudes, ni les même "coutumes".

Du fait de leur petit nombre et le fait, supposé, qu'ils ne se rencontraient que très rarement, laisse supposer qu'ils se sont développés séparément et dans des directions différentes.

Le groupe de chasseur-cueilleur est certainement un groupe qui a su vivre en paix et en harmonie avec son environnement, mais d'autres groupes ont pris un chemin différent.

ce qui me gène dans ce genre de discours c'est le côté unilatéral et manichéen, d'un côté les bons chasseurs-cueilleurs et de l'autre les mauvais qui ont inventé l'agriculture, la roue, la cuisson des aliments....



dieu chassant Adam et Eve de l'eden??

Quel dieu? une entité étrangère?

la naissance d'une croyance particulière?

l'utilisation de plantes psychotropes?

Bonjour.

Eh bien justement,j'ai tendance a penser que les chasseur ceuilleurs actuels ne sont que des ersatz de ceux du paléolithique(je ne parle meme pas de nous,et de moi lol).

non,surement que tout le monde n'etait pas pareil.Au contraire,c'est plutot la marque de fabrique de la civilisation d'essayer de produire des individus identique,non?

de l'elevage industriel pour humain!


Des exeptions qui confirment quelle regle?



Je ne vois pas ce qu'il y a de mal ou d'inférieur,à se contenter de chasse et de cueillette.Au contraire.

ça sert à quoi tout notre superflu,sinon à combler nos besoin primaire non satisfait?

De quoi avait il besoin d'autre que leur nourriture,leur sexualité,leur spiritualité?

Ils vivaient tout le temps dans la nature,avait de l'activité physique,enfin bref tout ce qu'il faut je ne vois pas quoi demander de plus.facilité la vie?  J'imagine leur vie bien plus agreable que la notre.

Oui ,justement,compte tenu du cerveau perturbé qui est le notre...

Oui,je les imagines polygame(hommes et femmes).
sans notion de propriété privée,puis de jalousie je ne vois pas ce" que la monogamie viendrait faire la dedans.

D'ailleurs je ne comprend pas l'interet de la monogamie.Il a meme fallu inventer des dogmes religieux pouque les etres humains aillent vers la monogamie.

Avec toute les frustrations que cela comporte.

Je n'ai jamais entendu parler de ce groupe.


Je pense que l'aggessivité est tout,sauf naturelle.


Pour la transition vers l'agriculture,la piste de la cuisson est interessante.



ça m'etonnerait qu'un "dieu" est chassé qui que ce soit(d'ailleurs dans la bible,ils n'expliquent pas comment l'humanité s'est perpétué à partir des enfants d'adam et eve qui sont deux hommes...).

Mais je sais qu'apres qu'eve ai gouté le fameux fruit défendu,l'une des maledictions est qu'ils devront cultiver leur nourriture dans des champs(cereales).

Que la femme accouchera dans la douleur aussi.

Il y a aussi le mythe de prométhée

qui a volé le feu aux dieu pour que les
hommes puissent cuire leur nourriture et qui comme punition,se fait manger le foie sauf que celui
ci e regenere infiniment et ainsi de suite.

je ne pense pas qu'il y ait un dieu qui nous veuille du mal,ni de diable.

La naissance d'une croyance particuliere, j'ai entendu que les religions organisées sont nées aux néolithique.

à plus.