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Le journaliste, les autruches et le bon Dieu


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7 réponses dans ce topic

#1 Diégo

Diégo

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Posté 26 octobre 2005 à 15:09

CONTE MODERNE
LE JOURNALISTE, LES AUTRUCHES ET LE BON DIEU.

N
ous avions mordu, une lichette, sur le troisième millénaire. Les journaux, les périodiques, hebdomadaires et mensuels proliféraient à un tel point qu’ils envahissaient les magasins de presse au point de coller la danse de St-Gui à leurs propriétaires qui passaient leur temps à classer, ranger, déranger et renvoyer à l’expéditeur ces innombrables revues souvent inutiles, remplies de niaiseries, bobards de toute sorte. Le travail était tel qu’ils en oubliaient leurs devoirs conjugaux. Inutile d’ajouter que la plupart étaient célibataires ou divorcés. Les femmes de ce temps là appréhendaient bougrement la cellulose, le papier si vous préférez.
Il était notoire que l’information se dénaturait à la base, soit par les Agences de presse, soit par l’opération du Saint-Esprit. Les journalistes déstabilisés, ne pouvaient de ce fait que narrer les volontés de ces derniers. Violentée, dénudée, opérée, elle empêchait l’explication rigoureuse, à laquelle aurait pu tenir tout citoyen de bon sens. Aucun problème ne pouvait se régler et chacun de tourner irrémédiablement en rond. L’Histoire même qui devrait se rapprocher au mieux de la réalité avait été conquise, asservie, puis malmenée par de vulgaires maquignons la dirigeant au scion.
Le résultat ne tarda pas à se manifester. Les animaux crevèrent en grand nombre, les aliments devinrent insipides ; les hommes s’effondraient à la moindre contrariété ; les femmes perdaient leur éclat, leur splendeur, leur féminité. Seules les grandes Compagnies n’en finissaient pas de se frotter les mains et de se remplir les poches. Il n’en demeurait pas moins évident que ces rares favorisés passaient l’arme à gauche tout aussi rapidement que les autres. Un seul critère les différenciaient du commun des mourants : leur cercueil se fabriquait dans le meilleur de nos derniers noyers français. La grande classe, comme de par le passé, mais seulement pour passer l’arme à gauche
Pourtant un gazetier plus entreprenant et curieux que les autres, Paul Poinglié, à la solde de la revue fort connue, « Expression et Liberté Conditionnée », se résolut à entreprendre une tournée en France profonde et à traquer l’information bien avant les Agences de presse.
L
ors de l’énième plaie, dite égyptienne, qui secoua le monde agricole, il fut au première loge. Le manège durait d’ailleurs depuis bien des lustres. Il s’aperçut alors qu’une ribambelle de fonctionnaires autorisés, largement rétribués, sous l’emprise d’une folie profiteuse, débitaient de telles billevesées que les paysans, tels des perroquets récitaient et appliquaient ces méthodes absurdes qui n’en finissaient pas de les rendre tributaires et asservis aux marchands monopolistes. On leur avait appris à produire en quantité, au mépris d’un blé qui se couchait au moindre souffle de vent. On leur avait indiqué de quelle manière élever « hors-sol », à ne plus savoir où coller du sparadrap, tant leurs vaches s’en allaient en « biberine ». Ils avaient même tant pollué leurs cultures, que la nature leur rendait bien, le mal qu’ils lui prodiguaient. Une petite toux grasse les prenait la nuit, les laissant exsangues, à l’aube naissante.
Se rendant compte du contexte, Paul, lors de l’une de ses étapes, se permit une étrange rencontre un soir, alors qu’il venait toute la journée de fréquenter la désolation. Quittant en catimini le petit hôtel où il venait d’élire domicile, il partit en petite foulée vers la chapelle sise à très peu de distance.
Dès la porte poussée, Dieu le prit par l’épaule. Il l’entraîna vers le transept, à l’endroit où les vibrations ont tout lieu de donner le maximum de bon sens à tout être humain. Il lui tint à peu près ce langage.
_ « Tu t’es sans doute rendu compte des errements de tout ce peuple qui ergote sur le secondaire, qui pinaille sur la vétille, enfantant la bêtise, voire même plus grave : la stricte connerie. Tu es le jouet, comme eux, de ces mirages dont l’homme vénal est l’auteur. Vous courrez tous, sans exception vers le profit. Eux, vers un nombre toujours croissant d’ animaux, toi vers des papiers sortant de l’ordinaire, alors que tu n’as surtout pas le droit de transgresser la morale journalistique liée à l’intérêt. C’est un cercle vicieux dont vous ne pourrez sortir. ».
_ Paul osa regarder le créateur. Il n’avait pas une forme humaine, mais il lançait des éclairs et parlait oh prodige ! Français. Nos amis les juifs n’avaient pas le monopole de courtiser l’éternel. Le journaliste ne savait plus à quel saint se vouer. Il se faisait si petit, que chacun l’aurait pris en pitié. Ses bras s’élevaient au-dessus de sa tête, il avait peur d’être battu.
Le grand bâtisseur à la longue patience se plaça face à son interlocuteur qui n’en finissait pas de faire grise mine. Cette voix ineffable reprit : – « Tu dois savoir Paul, très exactement ce que sont devenus les humains, ce qu’ils représentent véritablement à mes yeux. Tu te rendras compte qu’il y a trois groupes distincts. Mais je ne t’en dis pas davantage. Tes yeux demain, s’émerveilleront de ce que tu n’avais pu découvrir la veille. Sache mettre à l’avenir ton regard à la hauteur de ton ressenti et de ton raisonnement. Il n’y a plus de place pour la canaille sur cette terre.
L’entretien était terminé. Seule la clochette de la chapelle tinta à la sortie du pauvre gribouille.
Le lendemain, après une assez mauvaise nuit, Paul plia ses affaires, fit un brin de toilette et en descendant dans la grande salle qui servait de restaurant. Il fut surpris de ne pas rencontrer l’hôtesse ou le marmiton. Un silence inhabituel s’était installé comme définitif. S’agissait-il d’une fin du monde originale ?
Il ouvrit la porte et face à lui devant la mairie, un spectacle qu’il n’aurait jamais imaginé s’offrait à son regard.
U
ne rangée impressionnante de volatiles africains, de splendides autruches en chair et en plumes, plongeaient avec énergie, jusqu'à la gorge leur tête dans le sable. On ne voyait que leur derrière haut-pité, tandis qu’une petite troupe de diablotins, nus comme vers, s’escrimaient à leur enfoncer à l’endroit le plus charnu de leur corps de volatile, un suppositoire, symbolisant sans doute le culte de la pensée unique inspiré par l’Ecu. Pourtant sur le toit de la mairie de douces colombes, semblaient se moquer de cette triste cérémonie.
Il était le seul humain, qui demain dans la presse « Expression, Liberté conditionnée » aurait l’avantage de circonstancier de tels faits.
Qui donc aurait la possibilité de lire ce conte à dormir debout, puisque les humains venaient comme par enchantement de disparaître de la circulation ?
Jacques Daudon (Conte d’Outre-Tombe)

#2 FestinMWM

FestinMWM

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Posté 29 octobre 2005 à 20:26

:ange: Cela ressemble un peu aux révélations de Jean dans la bible :aureole7:, du point de vue des "images" métaphores, je pense qu'il faut les interpréter au sens figuré (Oh tiens pas mal le jeu de mot).
Jacques est un observateur qui partage son point de vue. A lire donc.

#3 c-cube

c-cube
  • Invités

Posté 29 octobre 2005 à 21:59

Amusant conte moderne ! :)

Pour la petite annecdote, ce comportement qu'on prête à l'autruche depuis des décennies n'existe pas.

Jamais vous ne verrez une autruche faire ça. C'est un mythe qui se fonde sur une erreur d'observation ayant donné lieu à une fausse rumeur.

Il y a, tout près de chez moi, un élevage d'autruches que j'ai eu la chance de visiter récemment.
Outre la joie d'approcher les autruches et de "jouer" avec elles, j'ai également eu à cette occasion le plaisir de discuter avec la propriétaire de cet élevage : une femme très sympathique qui parle avec passion de ces animaux.

La question est donc naturellement venue sur le tapis : "Et alors les autruches, c'est vrai ce qu'on dit ? Elles se planquent la tête dans le sol ?"

Réponse : "Non c'est complètement faux. En fait les premiers explorateurs occidentaux qui ont observé les autruches dans leur milieu naturel, en afrique, les ont observé de loin alors qu'elles se désaltéraient ou bien se nourissaient. Ces observateurs ont faussement interpété cette posture comme un comportement lié à la frayeur. De loin ils avaient l'impression qu'elles cherchaient à s'enterrer la tête dans le sable."

Une autre raison de ce comportement, que j'ai découvert par la suite, c'est que l'autruche adopte également une telle posture (baisser la tête) pour ne pas attirer l'attention pendant sa période de couvaison. Ceci dit, là encore, elle ne l'enterre absolument pas dans le sable.

Quelques liens qui confirment ces dires :

http://monde-animal....cle-568055.html

http://www.africanim...ux/autruche.php

http://fr.wikipedia.org/wiki/Autruche


Peut-être eut-il été alors plus approprié de nommer cette petite histoire "Le journaliste, les hérissons et le bon Dieu" puisque le hérisson, quand il est effrayé, se roule en boule.

Mais c'est certain qu'il est alors moins pratique de lui enfoncer quoi que ce soit dans l'arrière train... Et les diablotins pourraient alors repartir la queue entre les jambes en découvrant par exemple que le hérisson mâle est le mammifère qui possède le plus gros apendice sexuel par rapport à sa taille. :lol:

#4 Isis Rider

Isis Rider

    Bonobo ? ; )

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Posté 29 octobre 2005 à 22:18

Merci C-cube, au moins avec toi on apprend quelque chose ! :bravo:

Mais c'est dommage, j'aimais tant la citation de Samuel Beckett :

« N'importe quel imbécile peut fermer l'oeil, mais
qui sait ce que voit l'autruche dans le sable? »  :ptdrasrpt2:

Ce message a été modifié par Isis Rider - 29 octobre 2005 à 22:18.


#5 Tixi

Tixi

    Sans Titre

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Posté 29 octobre 2005 à 22:20

ha ben merde ... je croyais vraiment que l'autruche faisait ça ^^
ça fout en l'air un tas de citations d'homme de renoms ça ...

#6 c-cube

c-cube
  • Invités

Posté 30 octobre 2005 à 16:38

Tu l'as dit Tixi ! ;)

Mais finalement je pense que l'expression est si bien passée dans le langage courant que, bien qu'elle repose sur une erreur, elle a encore de beaux jours devant elle.


Isis ! :)

Merci pour la citation. Elle est pas mal ! :D