Le danger des machines à voter
Aucune garantie de confidentialité, de fiabilité, ni de sécurité
Comment considéreriez vous un système de vote où la confidentialité n'est pas garantie avec certitude, où le dépouillement ne pourrait être contrôlé, où le recomptage des bulletins serait impossible, où de graves dysfonctionnements auraient été observés et où enfin on aurait découvert de larges failles rendant la fraude extrêmement aisée ?
Peut être répondriez vous que ce système est l'apanage des dictatures et des républiques douteuses, mais qu'heureusement en France notre système électoral est un modèle de transparence. Certes, mais avec l'apparition des machines à voter électroniques ce « modèle de démocratie » se révèle être en danger...
Lors des prochaines élections en 2007, plus d’un million d’électeurs, répartis dans plus d’une cinquantaine de villes, devront utiliser ses machines plutôt que les traditionnels bulletins papier. A priori la venue de ses machines à voter pourrait être vue d’un bon oeil car elles facilitent effectivement l’organisation des suffrages. Cependant, de nombreuses objections, et pas des moindres, ont été levées à l’encontre de ce dispositif par la CNIL et par de plus en plus de citoyens.
Le problème de ces machines à voter vient du fait qu’elles appartiennent à des groupes industriels privés, et ces derniers refusent de laisser quiconque analyser le fonctionnement, dont les codes sources des programmes, de leurs machines. Ainsi à part eux, personne ne sait véritablement comment sont traités les votes. Nous ne pouvons donc que faire aveuglément confiance aux machines sans avoir la possibilité de vérifier. Une institution se disant démocratique ne pourrait tolérer une telle opacité. Et pourtant, le Ministère de l’Intérieur lui-même a donné son aval à l’installation de ses machines dans les bureaux de vote.
Avant d’instaurer un quelconque dispositif électronique, voici les points qui doivent être étudiés sérieusement pour rendre la machine parfaitement fiable et opérationnelle.
Assurer la confidentialité du vote
Afin de garantir l’anonymat, l’ordinateur de la machine se doit de séparer distinctement les informations concernant les électeurs des votes en eux-mêmes pour rendre tout recoupement impossible. Or tel n’est pas le cas actuellement, ou plutôt devrait on dire qu’il n’y a pas moyen d’en être certain. Jusqu’à aujourd’hui l’isoloir jouait ce rôle et il est indispensable d’être assuré qu’un vote puisse se faire dans le secret. Nous savons qu’avec l’informatique la confidentialité est un enjeu délicat qui demande de réelles garanties.
Être fiable
Les machines à voter sont déjà utilisées dans de nombreux pays, ce qui nous a permis de remarquer que des dysfonctionnements survenaient parfois. Ceux-ci sont effectivement rares mais toutefois inquiétants quand il s’agit d’élire les hommes qui dirigeront le pays. Aux Etats-Unis, une machine a enregistré plus de votes que d’électeurs, une autre a comptabilisé un nombre de votes négatif. Au Québec, des votes ont été comptés deux fois. En Belgique, un bug a ajouté des voix supplémentaires à un candidat. Et il y en a d’autres… Dans l’état actuel des choses, les machines à voter ne sont pas fiables, malgré le discours rassurant de ceux qui voudraient nous les imposer. Il faudrait pouvoir examiner le programme lui-même, mais comme il a été dit cela reste infaisable, donc nous ne pouvons rien faire.
Être sécurisée
Des informaticiens ont démontré, preuves à l’appui, que ces machines à voter présentaient d’énormes failles de sécurité permettant à des individus mal intentionnés de pirater facilement le système. Avec un simple programme que l’on a pu insérer dans la machine, il a été possible de trafiquer les votes, de « voler » des voix d’un candidat pour les donner à un autre. Vidéo à l’appui, on nous montre avec quelle aisance cela est exécuté, en quelques minutes une machine peut être piratée. Même en amont, les concepteurs des programmes eux-mêmes peuvent y insérer des codes non autorisés sans que cela ne se remarque, et là encore il n’y a aucun moyen de vérifier. C’est après que de telles failles aient été mises à jour que le scandale éclata en Hollande. En Irlande, le gouvernement est même allé jusqu’à renoncer à utiliser les machines qu’il avait pourtant acheté en grand nombre, en raison de gros doutes liés à la sécurité.
Et pourtant des solutions existent...
Malgré ces grosses réserves vis-à-vis des machines à voter, il existe des solutions, simples, pour vérifier efficacement leur fiabilité et au besoin pour les perfectionner.
Tout d’abord, les machines pourraient rendre un « reçu » papier servant à deux choses : confirmer à l’électeur son vote, et, en parallèle des machines, conserver les urnes traditionnelles pour recompter les voix et comparer avec les résultats de la machine. Cette mesure permettrait de tester la machine et de pouvoir, au cas où, recompter manuellement les votes. Ainsi cela mettrait un terme aux doutes et on pourrait ensuite affirmer si les machines sont fiables ou non.
Ensuite, il faudrait que les codes sources soient rendus publiques, de la même manière que pour les logiciels libres. De la sorte, chacun pourrait les analyser, repérer les failles, les erreurs et les rectifier. Les machines deviendraient transparentes, on saurait comment elles fonctionnent et cela rendrait les possibilités de piratage quasi nulles.
En dernier lieu, la création d’un comité indépendant chargé de superviser et de vérifier le système de vote électronique permettrait une fois pour toute de se détacher des intérêts privés.
En attendant que l’on nous propose un dispositif de vote électronique infaillible intégrant ces mesures, nous devons tout faire pour refuser celui que l’on tente actuellement de mettre en place sans notre accord et qui représente de réels risques. Faisons passer l’information autour de nous, montons des groupes de pression envers nos élus, tout ce qu’il sera nécessaire pour les faire reculer. Nous sommes citoyens et responsables, à nous de faire ce qu’il faut pour rejeter ce système en contradiction avec les principes démocratiques.
Trintawak
Lire ou poster un commentaireSources :
- http://www.cnil.fr/index.php?id=1009
- http://www.sciences.univ-nantes.fr/info/perso/permanents/enguehard/
- http://www.infos-du-net.com/actualite/8001-machine-vote.html
- Un excellent reportage était disponible sur YouTube. Ce reportage en anglais non sous-titré s'appelait Hacking Democracy. Il a récemment été supprimé (censuré?) pour des problèmes de droits d'auteurs. Mais en cherchant « bien » vous pouvez le trouver facilement ;)
